LA ZONE -
Résumé : Après le guide de lecture de la Zone, voici un guide d'écriture, classé (à l'arrache) dans le nouveau dossier 'la subversion pour les nuls'. On détaille ici, à l'attention des novices en matière d'écriture sUbVerSiVe, les différents genres prisés sur notre site et comment les imiter au mieux, grâce à quelques astuces simples. Le propos est illustré par des passages de textes : c'est très didactique, très instructif, très con.

La subversion pour les nuls : écrire comme un zonard

Le 16/08/2005
par nihil
[illustration] La Zone est un site qui se veut subversif, et qui regroupe sous cette bannière floue de nombreux textes sombres, violents, disjonctés.
Voici quelques recettes simples, illustrées d’exemples, pour rivaliser avec les meilleurs zonards, sur leur propre terrain, même si on n’a jamais rien écrit d’autre dans sa vie que des courriers administratifs.
Le gore

C’est très facile, pas besoin de vous encombrer d’une intrigue ou d’une psychologie, éléments complexes à imaginer et mettre en oeuvre, il vous suffit de trancher des bras à la scie sauteuse, d’exciser des vierges avec les dents et d’affubler votre héros d’un couvre-chef formé par un poumon fraîchement arraché à un nourrisson. Vous rencontrerez forcément un franc succès. Le public zonard n’est guère regardant, il est diverti à peu de frais. Une bonne scène de boucherie effacera tous vos défauts de style, la stupidité de votre propos, la vacuité de votre style.
Vous devez surpasser les limites de l’humainement acceptable, c’est la seule condition. C’est une course à l’armement, celui qui va le plus loin gagne. Vous pouvez vous armer de perversions sexuelles pour agrémenter : nécrophilie, zoophilie, sont des petits plus toujours appréciés. Le second degré permettra de camoufler la facilité du procédé, si votre texte semble trop sérieux, il sera vite tourné en dérision. Le gore c’est kitsch, point-barre. Faut assumer.
Ne vous encombrez pas d’un style, une simple description clinique style rapport de gendarmerie suffira amplement.

« Une fois le scalpel en main, il le dirige inconsciemment vers la petite jambe dodue qu’il découpe soigneusement en faisant attention à ne pas l'abîmer. Elle se détache comme une patte de poulet trop cuit. Le sang gicle par pulsation, il passe le visage dessous et sent le liquide encore chaud lui dégouliner dans le cou. »
Herpès

« Georges coinça le petit corps entre ses jambes, au niveau des épaules. Puis il saisit la tête, et commença à la faire pivoter, jusqu’à ce que celle-ci prenne un angle insensé et que les cervicales se brisent dans un bruit de craquement sec. »
Nounourz

« Y avait une foutue traînée de sang monstrueuse qui partait de la table, vers le recoin. Là-bas le chien éventré gémissait interminablement en léchant les bords trempés de bile et de sang de son immense blessure. Etalé partout, traînant ses tripes derrière lui, il s’était reveillé à peu près en même temps que moi. »
nihil

La poésie et la poésie en prose

La poésie en prose, si elle est faite avec un peu d’habileté, vous signalera comme un être tourmenté, un artiste maudit qui voit au-delà de notre basse réalité. Au niveau du style, c’est très facile, il vous suffit d’aligner mécaniquement des mots qui n’ont rien à voir entre eux, mélanger les genres, saborder la construction de vos phrases pour les faire paraître alambiquées. Faites n’importe quoi avec la mise en forme, sautez des lignes au milieu des phrases, bannissez les verbes, refusez la dictature de la ponctuation, vous êtes un rebelle subversif, vous innovez, vous inventez la littérature de demain. Si vous employez des mots rares, vous prenez au passage un bonus de dix points dans l’esprit des lecteurs.
La poésie à proprement parler est un art délicat car bien délimité par un certain nombre de contraintes. Décidez franchement de passer outre, ça vous facilitera la tâche et ça passera pour de la subversion, du rejet, de la révolte contre les formats établis.
La clé ici, c’est d’être incompréhensible. Hélas il faut redoubler de ruse pour tromper le zonard blasé, qui n’a plus peur de signaler le fait qu’il n’ait rien calé à un texte comme un défaut majeur. Il s’agit donc de lui laisser supposer qu’il y a quelque chose de plus que de la simple écriture aléatoire. Lui jeter quelques indices en pâture. Lui faire entendre que vous parlez effectivement de quelque chose, caché sous un torrent de métaphores, et que s’il ne comprend pas, c’est que ce n’est tout simplement pas à sa portée.

« Là profond —

reflets diaphanes
en obsianes laiteuses
— les carrés de verre

incessants les sons
lents et longs et lancinants
fards — sales — du silence

gluance glissant
sur — prosternés sans vertèbres —
les dos des pavés

sous la rougeur sourde
au ventre du ciel obèse
opaque ———— »
Glaüx

« Écrire en dégoulinantes blessures sur la face cachée des émotions, salie jusqu'à l'obsession.
Enrager jusqu'à plus soif de la terrible excitation, la terrible qui broie l'amour sans concession ! L'orage qui bat les flancs d'un tourment sans plaisir, crache sa fureur en mots crus exhibés sur page blanche. Les cafards n'ont qu'à bien se tenir, l’œil reste fixé sur l'insomnie. Le fil se promène sur des chairs invisibles, pantins muets de nos imaginations… »
Anthrax

« Bruyante invisible, dans cet espace confiné et étouffant
Cette intimité voyeuriste
Entre les quatre gardiens de mes pluies acides
Je retrouve mon enfer quotidien, pourtant désiré
Devant cette bouche béante
Abîme aquatique à la circonférence trop lisse
Qui mange mes maux
Comme je les dégouline
Bercée par le souffle de ma respiration saccadée »
Deroxat

L’introspection
    
Depuis que raconter sa vie minable n’a plus le moindre crédit sur la Zone, il va vous falloir essayer de raconter vos pensées minables. Vous pourrez très bien remplir votre vacuité intérieure grâce à quelques recettes efficaces, l’astuce ici étant d’aggraver toute chose. Tous les sentiments doivent être portés à l’extrême. Vous n’avez pas sommeil, vous avez besoin de vous effondrer dans l’oubli. Vous n’êtes pas triste, vous êtes torturés par une souffrance perpétuelle. Vous ne vous ennuyez pas, vous êtes anéanti par le doute indicible et la douloureuse anticipation de la mort. Chaque sentiment étant nécessairement négatif, puisque vous êtes un être déchiré par le tourment. Le ton doit être geignard, puisez à fond dans le champ lexical de la peine, de la souffrance, n’hésitez jamais à ajouter avant et après chaque mot quelques adjectifs bien noirs. L’excès n’est jamais nuisible en terme d’introspection.
La première personne est bien entendu de rigueur, le lecteur doit à chaque instant être persuadé que cette créature harcelée par la douleur et le remords, c’est bien vous, jusqu’à vous contacter pour vous réconforter de son mieux. Inutile donc de chercher à mettre en scène un autre personnage que le votre, il vous suffit de puiser votre inspiration dans votre propre vie.

« Chaque fois que la nuit tombe, que je me perds dans cette bataille quotidienne avec moi-même pendant que vous tous vous dormez du sommeil du juste, je m’imagine vous criant ma haine, vous envoyant la vérité en plein visage autant que vous me renvoyez mon inutilité, ma différence, toute ma chienne de vie en permanence dans le mien.»
Aka

« Je suis désolée, pardonne moi.
Pardonne pour ce que j’ai fait. Je ne pouvais plus être la seule à sentir tout ce mal, toute cette plénitude des autres qui me fait tant souffrir.
Pardonne moi.»
Petitclaxon

« Ce monde sans âme dans lequel mes congénères évoluent et se complaisent m’effraye. Comme s’il avait été façonné pour qu’il y ait de la place pour tout le monde sauf quelques uns. Et j’ai beau chercher, je ne trouve pas la mienne. Alors je continue de chercher, sans relâche, mais tous les chemins sont sans issue, me forçant à faire constamment demi-tour pour en essayer d’autres…
Il n’y a pas le moindre point de répère et quand je me rends compte que je tourne en rond, je sombre dans la folie. J’essaye de me rappeler mais tout est confus, comme si mes souvenirs n’avaient jamais existé et qu’ils n’étaient que pure fabulation de mon esprit qui tenterait de les oublier. Par gêne ? Par honte ? Par peur ? Je ne sais pas… Je m’effondre… Et je crie… »
Tulia

La rage

Les textes colériques sont monnaie courante sur la Zone, où l’humeur noire fut longtemps considérée comme un genre littéraire à part entière. L’unité grâce à laquelle on mesure le degré colère sur la Zone, c’est l’insulte. Ne dites pas un poteau, mais un putain de poteau. Ne dites pas ce chien, mais cette saloperie de clébard. Ne dites pas mes collègues, dites ces salopards de merde. Avec ce système, vous pouvez raconter n’importe quelle anecdote banale, elle passera pour un monument de rage.
Le texte rageur vous permet d’exposer tous vos fantasmes sadiques, votre violence rentrée sous un jour naturel. N’hésitez pas à exercer votre fureur sur l’objet de votre tracas, violemment et physiquement, mais toujours en pensée. Votre colère est rentrée, cachée sous une apparence de normalité. Cette nuance est celle qui différencie l’homme de la rue du psychotique et ici, c’est bel et bien le premier qui nous intéresse. Toutes vos petites révoltes adolescentes, vos coups de gueule quotidiens, vos conflits minables seront de la partie. Vous haïssez tout le monde sans distinction et avec la même ferveur. Tout doit être peint sous un jour noir, et la seule solution envisageable pour sortir de l’impasse, c’est la destruction. Vous êtes un meurtrier, un terroriste en puissance. Vous êtes un fou furieux.

« Mon oeil ducon, regarde toi, pauvre loque abrutie par un esclavagisme indirect, tu payes tes impôts, t'as une femme qui te trompe parce que t'es un raté et jamais à la maison, t'as un boulot de merde avec des chefs qui t'enfilent à longueur de journée pour une paye minable! Toi cloîtré dans ton bureau de trois mètres sur trois à taper sur un ordinateur, attendant tes pseudo-vacances, pour une pseudo-illusion avec bobone qui s'ennuie de son mec, et tes marmots qui te les brisent parce qu'ils n'ont pas la nouvelle console de jeux vidéos dernier cri... Et tout ça pour un retour au bercail après tes malheureuses semaines passées à Plouguirec-les-Bains, vers un bureau terne et sans vie, sans couleur, sans verdure, sans rien, attendant l'an prochain, même date! »
Six-Feet-Under

« Putain de roumain avec son accordéon, il est trop tôt pour ta musique de merde ! Non j’ai pas de thunes, pis tu vois pas que tu fais chier tout le monde ! Se concentrer sur la vitre. Pub. Pub. Pub. SDF. Pub. Pub…deux lycéennes s’asseyent devant moi et continuent leur conversation comme si je n’existais pas. L’une d’elle ne sait pas si elle devrait coucher avec lui après la soirée de Steph vu qu’ils sont ensemble que depuis trois jours. Mais on s’en branle, fais toi troncher, tombe enceinte, fais toi avorter à coup de batte et ferme ta gueule. »
Guilhan

« Genre humain ! je t’exècre, je te vomis, je te maudis, je t’abhorre ; présentez-vous à moi un par un que je vous étrangle, que je sente votre putain de vie inutile s’échapper dans un dernier souffle. Je fantasme sur l’exctinction de cette putain de planète dans un holocauste de flammes et d’acier, rêve de voir ici et là des corps empalés, des têtes arrachés qui roulent encore poussées par le vent, marcher sur le sol jonché de membres humains, me maquiller du sang qui coule presque noir des cœurs arrachés et des organes en putréfaction. »
Nounourz

La polémique

C’est le genre littéraire le plus complexe, et c’est bien pour cela qu’il est quasiment délaissé sur la Zone : la raison étant qu’il faut évidemment avoir quelque chose à dire. A dénoncer ou à défendre, c’est selon, mais ça doit se faire avec des arguments raisonnés et si possibles suffisamment intéressants pour sortir du cadre de la conversation de comptoir. Autant dire qu’il faut puiser dans ses réserves de pertinence, de logique et de persuasion. D’autant que sur la Zone, le débat est clairement orienté vers le jmenfoutisme général et absolu, ce qui réduit à néant bien des tentatives. La seule forme de polémique en vigueur est donc la démonstration d’un dédain notoire pour un phénomène de mode ou un débat qui passionne les foules. La technique la plus prisée étant globalement de se servir de l’argument-phare : « les gens sont des cons, donc ils ont forcément tort ». Il s’agit de cracher exclusivement sur ce que la masse aime, respecte, considère comme juste : de la démocratie aux téléphones portables. Il reste toujours la solution facile et expéditive d’accuser le Système de tous les maux, ce qui permet de rester suffisamment abstrait pour ne pouvoir être contredit trop facilement.
Pour donner de l’impact à votre propos, comme pour le texte rageur, plaquez un maximum d’insultes, qui reste le meilleur moyen pour cracher votre hargne et montrer votre mépris. Soyez vindicatif, crachez votre fiel. Vous êtes un putain de leader d’opinion, un prêcheur terroriste en campagne, t'as compris, pauvre mouton ?! Là où vous vos arguments font défaut, montez sur vos grands chevaux, faites péter le slogan, la phrase qui claque, elle remplacera bien des châteaux de cartes théoriques. Là où vous ne sauriez convaincre, séduisez, manipulez, utilisez toutes les méthodes des gens sur lesquels vous tirez à vue.

« La dictature impose l’idéologie dominante à la matraque et interdit les autres. La démocratie l’impose également, par le formatage, l’éducation, un système de valeurs morales auquel on n’échappe pas. On est libre d’agir à notre guise, mais on ne fait que suivre le troupeau parce qu’on a nous a matraqué des valeurs qui nous empêchent de penser par nous-mêmes. Et qui nous empêchent de remettre le système en question. Ma révolte elle-même est formatée, je sais, je suis déjà au courant. La subversion ne peut exister dans un système qui admet toutes les insurrections idéologiques mais ne change jamais.»
nihil

« Et si la laïcité n’était rien d’autre qu’une saloperie de religion d’état ? Un substitut à la chrétienté qui légitimait la royauté, lui même venant légitimer la république ? Il y a tant de républiques fantoches qui se clament laïques ! Les valeurs distillées officiellement par l’état, estampillées et validées par ses plus hauts dignitaires seraient donc les seules à avoir une sorte de statut à part, les autres ne seraient que des enseignements tribaux, traditionnels, culturels, faux par nature et ne méritant d’être considérés que sous le prisme d’une certaine poésie en relativisant la portée fonctionnelle… L’enseignement scolaire, c’est une certaine vision des choses quant même non ? L’objectivité, l’impartialité sont les plus grosses conneries qu’on ait jamais inventé…»
Lapinchien

« Alors voyons...paternité, paternalisme, pater noster. Ah ouais, j'vois le genre. La paternité rendrait les mecs utiles et en ferait des hommes. Avant c'est des grosses larves qui se traînent sans but précis, comme des vers de terres, et après, d'un coup, ça devient des hommes fiers et utiles, avec une raison de vivre. Utiles, comme un outil, un objet, prêts à être utilisés, donc, manipulés. »
Taliesin
    
Le psychopathologique

Ce genre littéraire, roi sur la Zone, vous autorise tous les délires, toutes les dérives, tous les défauts de réalisme. Vous aurez le droit de raconter n’importe quoi sans chercher à vous rattraper aux branches d’une quelconque cohérence. Voilà de quoi vous soulager. Vous pourrez laisser votre personnage accomplir des choses totalement absurdes sans avoir à les justifier. C’est très simple et très pratique. Les scènes les plus incongrues renforceront même l’idée que votre personnage perd les pédales. N’hésitez pas à être obscur, à embrouiller volontairement votre texte, vous passerez pour un génie qui a su saisir l’essence de la folie.
Si vous n’avez pas d’idée, vous pouvez toujours vous inspirer d’une maladie mentale reconnue. Paranoïa, dédoublement de personnalité, hypocondrie, mélancolie, toutes les formes de maladie mentale y passent. Mettez-vous dans la peau d’un psychotique et dévidez la liste des symptômes tel qu’ils sont indiqués sur votre encyclopédie de service. Le tout à la première personne. La maladie mentale tiendra lieu de justification, pas besoin de début ni de fin. Si vous souhaitez toutefois développer une certaine forme d’intrigue, il suffit de mettre en scène une progression dosée : une personne normale (malgré la présence de signes avant-coureurs) qui se change petit à petit en monstre psychotique, jusqu’à un paroxysme de fureur hallucinatoire. C’est le format classique « pétage de plombs », très prisé. La progression est alimentée simplement par la montée en puissance d’hallucinations présentées comme réelles. Quelqu’un, le héros ou quelqu’un d’autre, devra bien sur mourir pour conclure ce type d’histoire. Suicide ou meurtre, c’est égal. Voilà qui devrait vous épargner de devoir chercher une chute originale.

« Je veux fuir vers l'intérieur de la pièce, mais les murs me poursuivent, j'en heurte l'un ou l'autre, toujours, partout. Il n'y a plus de plan droit, plus d'angles, tout est mobile, flottant. Les voix meuglent une parole continue que je ne comprends pas. Dans l'obscurité, je vois nettement les zones écarlates, les ombres noires d'encre laissés par les membres de la chose lorsqu'ils veulent m'atteindre. C’est le monde entier qui se rue sur moi pour me dévorer, m’avaler, me digérer.»
nihil et Glaüx

« JE VOUS BUTERAI TOUS pour prouver au monde que la pensée vraie est protégée contre toute justice qui ne s’inscrit pas dans ses rangs. Je ne suis qu’un ange dont le verbe est la parole d’un Dieu unique, créateur de l’humanité et de la vie. Mon corps est son marteau et votre sang son jugement, je vous punis pour vos agissements blasphématoires. JE VAIS TOUS VOUS CREVER !!! MORT ! MORT ! MORT ! »
Bobby-Joe

« Moi je règne sur les profondeurs abyssales de son marécage poisseux, quelque part dans les affres aux couloirs sans fond de sa psyché…
Je suis son démon intérieur, la succube de ses nuits, fille de l’ombre et grande prêtresse des ténèbres…
Je suis sa douleur, sa déchirure, son venin.
Je suis celle qui crachera dans vos tombeaux tout en surveillant de près la chorégraphie des punaises, des mouches et des vers qui se succèderont pour vous bouffer les tripes… »
Nephtys

L’anticipation

A la manière du genre psychopathologique, l’anticipation vous permettra de vous abstraire de nombreuses contraintes inhérentes au réalisme. C’est donc dans un cadre moins ferme, malléable à loisir que vous pourrez répandre vos théories les plus lourdes, mettre en scène vos visions les plus absurdes. Si votre histoire ne tient pas debout, la placer dans le futur vous autorisera plus de flexibilité. Votre personnage pourra bien se couper un doigt sans avoir mal, il vous faudra juste sous-entendre une évolution de la technologie. Les humains pourront bien être amenés à s’entre-dévorer, pour peu qu’une bombe atomique soit tombée dans le coin.
C’est aussi un cadre plus large que celui de la psychopathologie, où le délire est forcément interne ou lié à l’environnement proche du narrateur. Dans la science-fiction, tout peut être fait à grande échelle et certains ne se sont pas privés de mettre en scène de véritables délires paranoïaques sous forme de récits d’anticipation. Toutes vos théories fumeuses ont droit de cité.
Evitez les clichés du genre, les vaisseaux spatiaux et les extra-terrestres sont passés de mode et feraient inévitablement passer votre texte pour une parodie. Les deux sous-genres les plus en vogue sont le cyberpunk (à base de réalité virtuelle et d’informatique) et l’anticipation-catastrophe (le monde après une guerre nucléaire par exemple).

« Mon grand-père ne savait pas exactement qui avait commis l’irréparable, mais la planète avait commencé à se vider. Peu à peu, la vie animale en avait disparu. Personne ne s’en est vraiment rendu compte au début. Ca avait commencé avec les rats, mais personne ne l’avait vraiment remarqué. Puis tous les autres animaux, y compris les humains. Au début, les scientifiques avaient dit que l’espèce évoluait, et que nous devenions de plus en plus intelligents. Que c’était pour ça que les enfants étaient de plus en plus éveillés. Et puis les gens ont commencé à mourir plus jeunes, toujours plus jeunes… Et les autres animaux aussi. »
Kirunaa

« Un spectacle chaotique s’offre à elle… Un vaste champ d’organes divers souffrant de multiples malformations s’étend à perte de vue sur des reliefs tapissés de chair nécrosée et bordés de denses forêts de longs neurones. Leurs axiones sont emportés dans de folles chorégraphies dirigées par de grandes rafales de vent. Leurs dendrites par milliers claquent comme des fouets les uns contre les autres. La femme se sait sur Terre même si elle n’en reconnaît plus la flore… »
Lapinchien

« Bug système les robots s’arrêtent les robots s’arrêtent les robots pleurent - erreur dans le module de gestion tion erreur les robots pleurent et l’huile suinte de leurs mécanorganes visuels erreur répétition pleurent des larmes de mercure bug alerte incohérence indéfinie les robots immobiles contemplent le complexe de leurs yeux éteints - peu à peu le clignotement vert et rouge ralentit, les diodes restent sombres et le complexe est peu à peu englouti dans l’obscurité. »
Nounourz

La parodie

Il vous suffit de tenter d’imiter au mieux un texte ou une forme littéraire qui ne vous est pas familière. Vos lacunes dans le domaine changeront bien vite votre texte en un monument de ridicule, qui sera agréablement justifié par le second degré. Agrémentez de quelques discrètes vannes pour ne laisser aucun doute sur le bien-fondé de votre démarche parodique. Remplacez un personnage par un autre qui n’a rien à faire ici, le décalage qui en découlera fournira l’effet humoristique. Appuyez à loisir sur les poncifs du genre, rajoutez-en, insistez. Inutile de se creuser la tête, la même vanne répétée encore et encore passera pour du comique de répétition.

« Elle était prête à se donner, à se damner de par la fougue incroyable de son ardent désir de sexe. Elle se mordit une phalange pour ne pas faire trop de bruit alors qu’il enfonçait l’une de ses mains, plus loin encore, toujours plus loin… Il la regarda droit dans les yeux en retirant lentement ses mains de l’endroit, et Natacha sentit un peu de bave ruisseler sur son doigt qu’elle mordillait et suçotait de plus en plus vite.
- Alors, kommençons, fit-il avec un sourire de prédateur, cruel et dominant.
Il se saisit d’une clé à molette et la montra à Natacha sans un mot.
- Mon Dieu, mais… Mais elle est si grosse ! Vous êtes sûr ?
- Ne vous inkiétez pas, tout ira bien. Je vous mets une nouvelle latte juste après.
- Oh ouiii mets-la moi toute !»
nihil

« Un week-end qu’il avait emprunté son véhicule de fonction pour faire une petite ballade dominicale en famille sur les bords de la fosse où tous les soirs il vidait ses réservoirs, pour montrer « où c’est ty que papa ki bosse », et bien ce fût le drame… un drame terrible… les freins du véhicule lâchèrent et toute la famille fit un plongeon dans cet océan de déjections canines… Le petit Davidson et sa mère n’en survécurent pas… ils moururent noyés dans d’atroces souffrances… Markus, quant à lui, eut plus de chance, si l’on peut dire… Il fut repêché sur le point de trépasser, collé à la grille du sanibroyeur central, inconscient…»
Lapinchien

« Une étude très sérieuse parue dans le numéro 1056 du célèbre quotidien Italien, le « Vaticane Tribune », révèle une baisse de plus de 80% des piqûres de moustique sur le corps de Jean-Paul II depuis qu’il a déclaré la maladie de Parkinson. Les tremblements incessants causés par la maladie, empêcheraient de façon durable ces petits insectes de se poser sur la peau du Saint homme. »
Scorbut

Le surréalisme

Le surréalisme est la forme littéraire ultime pour les gens qui n’ont rien à dire. Bien qu’elle bénéficie de peu de crédit, elle peut servir de dernier réflexe de survie pour l’auteur en perdition. Les choses sont très simples, il faut seulement se vider la tête et écrire sans réfléchir, juxtaposant des éléments sans rapport. Le surréalisme le plus apprécié est celui qui sous-entend une vérité caché sous une masse indistincte d’images emmêlées. Il faut alors ajouter des éléments qui reviennent régulièrement, sans forcément se préoccuper de les justifier. Pour ceux qui ne sont même pas capables de ça, il reste le surréalisme extrême, qui sera forcément décrié à juste titre. Couvrez-vous par le principe que l’écriture automatique révèle bien des choses sur une personnalité. Cela vous donne une caution psychologique expérimentale qui musellera vos détracteurs. Et vous pourrez aligner des pages et des pages sur le principe. Vous ne serez lu par personne, mais l’important c’est d’être un auteur actif.

« J’ai planché sous les tranches de pingres ! Les bonnes tranches de la société ! On m’apprit jusque dans le gland que la mort est héréditaire et mon « athlétisme affectif » est, quand je brasse l’air, une poutrelle où les mots s’agglutinent. Vainement. Donc je veux perpétuer la maladie du reflet démocrate : je me regarde et j’observe. »
Relou-le-Gueux

« Le corps putréfié gargouillait dans les sous-bois tortueux et oniriques de l’autre monde. Les petits ruisseaux sanglants font les grandes rivières morbides, charriant des charniers d’hécatombes apocalyptiques, tumultueuses comme les torrents d’hémoglobine des montagnes balayées de pluies pourpres. Eli, Eli, lama sabachtani ? Tais-toi, brigand ! Ton appel est vain. Il n’y a rien de l’autre coté du miroir, rien que le reflet de ton âme malade. »
Taliesin

« L'Eglantier s'écrasa sur la Jeep des scientifiques ballonnés, éclaboussant les rats bronzant au soleil et bonne merde pour les éclaboussures de parasol. Ben-Hur fut tué sur le coup, un morceau de l'éprouvette ayant pénétré dans son aorte cervicale, perforant son poumon gauche et lui faisant éclater l'estomac qui fut projeté hors de son corps par le nombril. »
Etylhic

= commentaires =

Lapinchien


tw
    le 16/08/2005 à 23:21:24
si je voulais être un brin subversif je dirais que ceci est une pietre tentative de reveiller les morts vivants qui hantent les lieux...


Parlez-moi d'moi
Y a qu'ça qui m'intéresse
Parlez-moi d'moi
Y a qu'ça qui m'donne d'l'émoi
De mes amours mes humeurs mes tendresses
De mes retours mes fureurs mes faiblesses
Parlez-moi d'moi
Parfois avec rudesse
Mais parlez-moi, parlez-moi d'moi

Vous me dites-ci
Vous me dites-ça
Comment vous avez vaincu vos orages
Vos petits soucis
Et vos gros tracas
Mais si vous voulez m'toucher davantage
{au Refrain}

Comme c'est touchant ce que vous vivez
Mon Dieu vous racontez bien vos angoisses
Ce que les méchants vous ont fait baver
Entre nous tous vos problèmes m'agacent
{au Refrain}

Je voudrais un peu parler un instant
Jamais vous ne me laissez en placer une
Lorsqu'enfin je peux déserrer les dents
J'ai l'impression de l'ouvrir pour des prunes
V'la qu'j'en ai assez de tous ces laius
Il est grand temps maintenant de nous taire
De nous embrasser
De secouer nos puces
C'est comme ça qu'vous comprendrez mon mystère

Parlez-moi d'moi
Y a qu'ça qui m'intéresse
Parlez-moi d'moi
Y a qu'ça qui m'donne d'l'émoi
Et plus vous pleurerez sur mes détresses
Plus voyez vous ça nous mettra en joie



Guy Beart RuL3z UlTimat3 Su8v3r5iv WarRioR !
P-E


    le 16/08/2005 à 23:32:58
Et si j'écris une recette de cuisine à base de psychotropes et de tranquilisants, c'est subversif?

P-E, mise en forme dans un texte nécro-gore-surréaliste bien sûr.
nihil


    le 17/08/2005 à 23:29:18
"une pietre tentative de reveiller les morts vivants qui hantent les lieux"

Hé ben ça a pas l'air de fonctionner. Y a quelqu'un bordel ?
Lapinchien


tw
    le 17/08/2005 à 23:46:25
Fait péter le Ouija...
nihil


    le 17/08/2005 à 23:54:11
C'est fait :

"Scorbut es-tu là ?"
"Va te faire enculer !"
Lapinchien


tw
    le 18/08/2005 à 00:01:26
et si on reconstruisait un Scorbut avec des bouts de viande morte ? Dr Frankenstein a bien reussi lui
nihil


    le 18/08/2005 à 00:18:22
Genre avec des bouts de Petitclaxon et de M. Goret par exemple, ça pourrait fonctionner ?
Lapinchien


tw
    le 18/08/2005 à 00:24:02
faudrait un trop gros éclair dans ce cas de figure, les sujets veraient leur neuronnes fondre comme fond l'eternité des neiges eternelles face à l'effet de serre
Glaüx-le-Chouette


    le 18/08/2005 à 00:43:24
Merde, je suis subversif ?

Ma maman va être furieuse.

Bon sinon ben j'ai bien rigolé.
Mais j'ai pas lu les exemples de polémiques, faut pas trop en demander aux lecteurs, quand même.
Nounourz


    le 19/08/2005 à 20:34:24
Haha, bien rigole aussi !
nihil


    le 19/08/2005 à 20:40:22
T'as été cité au moins six fois dans les exemples, alors ta gueule, stéréotype vivant !
myra     le 28/08/2005 à 20:12:35
Cela dit, la partie polémique, ca fait tache dans tout ca. Un peu comme une clé perdue dans un tas de merde puant.
Aka


    le 28/08/2005 à 21:08:14
Myra a bien résumé la Zone : un tas de merde puant.
Glaüx-le-Chouette


    le 28/08/2005 à 21:10:22
D'un point de vue linguistiquomasturbatoire c'est plutôt une définition en expansion.
Aka


    le 29/08/2005 à 00:04:54
Tu serais pas une saloperie de prof toi ?
Glaüx-le-Chouette


    le 29/08/2005 à 00:35:13
D'un point de vue linguisticovéridique je t'encule.
Nourz     le 29/08/2005 à 06:33:10
d'un point de vue linguisticommercial, cette sodomie vous sera facturee 125 Euros HT
nihil


    le 29/08/2005 à 07:37:48
On peut plus enculer quelqu'un sans se faire enculer dans le coin ?
Mill


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    le 19/08/2007 à 19:10:08
A tous les nouveaux, ou à ceux qui passent à l'improviste et se risquent à lire à droite à gauche en se pinçant le nez, ce texte est pour vous. Un mode d'emploi largement parodique où règne l'autodérision. Florilège d'extraits bien choisis. Bandant.

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