LA ZONE -
Résumé : Chacun de ces trois étranges dialogues schizophréniques correspond à un des trois thèmes imposés des JO de la Connerie 2005. Même si on peine à comprendre, on ressort du texte avec un impression confuse de malaise et d'angoisse larvée, preuve que c'est plutôt bon.

Phobie 13 : Troisième dialogue schizophrénique

Le 10/10/2005
par Johnny
Troisième dialogue schizophrénique, où chaque phrase se lit comme une conversation avec moi-même et où chaque point représente un silence de plusieurs secondes.
Quel con ce docteur. Comme si je n'avais rien d'autre à foutre. "Vous devrez faire un énorme travail sur vous-même pour arriver à supporter les autres, sinon, votre agoraphobie vous mènera tout droit dans un hôpital psychiatrique, et je serai le premier à vous dénoncer auprès des services sociaux pour engager une procédure d'internement forcé". C'est ça. "Puisque vous me parlez toujours de cet objet dont vous ne vous séparez jamais, il est temps de m'en dire un peu plus, et de m'expliquer comment un objet peut, à ce point, prendre autant d'importance dans votre vie". C'est ça. "Il y a forcément dans votre vie un moment d'humiliation que vous refoulez et où l'objet même de votre humiliation est devenu votre soufre douleur". Cause toujours. "Tant que vous n'admettrez pas le passé, vous continuerez à vous faire souffrir, et vous vivrez à côté de la réalité, dans un monde qui n'appartient qu'à vous, mais qui ne concerne personne d'autre". Blablabla, blablabla. "Parce que ne vous méprenez pas : ce phénomène est connu, et nous lui avons donné un nom". Javelot. "Dans nos services, nous l'appelons névrose, et si vous ne contrôlez pas cette névrose, elle prend un tout autre nom : psychose". Lance le javelot.

Partir. Marcher. Fuir.

Lui aussi, il cherche une place. Je suis arrivé avant. Il m'a remarqué, et il va essayer de me doubler au carrefour, pour me devancer. Je connais la technique. Le laisse pas passer. Héhé, malin, le coup de l'accélération. Sers à droite. Hop, rue des tilleuls, stationnement résidentiel, y a toujours des places entre midi et deux, et s'il ne tourne pas au stop, il s'engouffrera dans l'impasse, il fera demi-tour, il bloquera la circulation, tout le monde va l'insulter, et il perdra un temps précieux. Y a pas de places. Merde, il connaît le coup de l'impasse. Fais chier la vieille. Il passe. Grouille toi, bordel. Il est devant, il clignote, il recule, il se gare. Je supporte pas qu'on me pique ma place. Sers-le sur le côté, il pourra pas ouvrir sa portière. J'ai le droit de m'arrêter en double file, c'est sur le code de la route, surtout si je ne gêne pas la circulation et que je reste près de ma voiture. Gueule, vas-y, gueule. Y a rien sur les voitures en stationnement dans le code de la route. Putain, il sort de l'autre côté. Ah, il veut s'expliquer sur le trottoir. Vite. Je vais te montrer comment je m'explique avec les autres, moi. Lance le javelot.

Partir. Marcher. Fuir.

Encore un caillou sur la fenêtre. Dix-huitième caillou. Il joue depuis deux heures de l'après-midi, il shoote, il tape contre le mur, il traverse n'importe comment pour aller chercher son ballon de l'autre côté, et puis il s'arrête, il fouille le sol d'un regard pervers, il prend un caillou et le jette sur ma fenêtre. Il a pas vu que j'étais là. Il s'en fout, oui. Il regarde à peine en haut et reprend son petit train-train ludique. Shooter, traverser, fouiller. Dix-neuvième caillou. Raté, il a tapé contre le mur. Vingtième caillou. Fenêtre atteinte. Il a essayé deux fois de suite. C'est pour la gloire. Il essaye deux fois de suite parce que son but, c'est de taper contre ma fenêtre. Je l'ai vu l'autre jour, il taguait sur les boîtes aux lettres. Saletés de gamins. Quand ils sont pas devant la télé, ils font chier le monde avec leur ennui viscéral. Et puis je l'ai vu aussi piquer des gâteaux dans une poussette alors que la mère allaitait son bébé sur un banc. Shooter, traverser, fouiller. Vingtième caillou. A côté. Vingt-et-unième caillou. A côté. Vingt-deuxième caillou. Fenêtre atteinte. Saleté de gamin. Tant pis, j'ouvre la fenêtre. Lance le javelot.

Partir. Marcher. Fuir.

La vieille qui passe devant tout le monde à la poste. Lance le javelot. L'abruti d'épicier qui a encore augmenté le prix de ses filtres à café. Lance le javelot. Le vendeur de journaux qui me gueule dans les oreilles. Lance le javelot. La petite fille qui tourne autour de sa mère pour avoir une glace avec deux boules et un cornet aux smarties. Lance le javelot. L'aveugle qui manque de faire un croche-patte à tous les passants avec sa canne ridicule. Lance le javelot. Le chien qui pose sa crotte molle sur le trottoir. Lance le javelot. Les éboueurs qui font tomber des pots de yaourt et qui ne remettent jamais les containers à leur place. Lance le javelot. L'agent piétonnier qui fait semblant de ne pas te voir parce que tu as plus de trente ans et que tu es capable de traverser tout seul. Lance le javelot. Et toi, là, de l'autre côté du miroir, qui n'arrive pas à te regarder en face sans avoir envie de gerber. Je sais ce que feraient les japonais kamikazes dans ce cas-là. Chiche. Plante le javelot.

Et merde.

= commentaires =

Glaüx-le-Chouette


    le 10/10/2005 à 16:55:45
J'aime beaucoup. L'ensemble des trois dialogues schyzophréniques. Ce serait de moi, je me toucherais.

C'est le plus écrit (l'ensemble) des textes que j'aie lu, je crois, le plus posé et justifié.
Malgré les fôtes, qui passent aisément, dans un texte aussi chouette.
Lapinchien


tw
    le 10/10/2005 à 21:28:07
C'est Oulipien de relier des phrases aléatoires par des conjonctions de coordination ? On dirait du Relou Le Gueux , paix à son âne... écureil!écureil!écureil!écureil!écureil!écureil!écureil!écureil!écureil!
Monsieur Maurice     le 11/10/2005 à 15:05:30
Putain de sportif !
Johnny


    le 27/10/2005 à 16:55:01
"Ce serait de moi, je me toucherais."

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Retire tes mains, Glaux !
Lapinchien


tw
    le 27/10/2005 à 17:38:39
Je trouve qu'il faudrait donner des points de penalité aux personnes ayant donné des indices aux lecteurs. tant au niveau de l'ecriture du texte qu'au niveau de liens permettant de faire le rapprochement entre les 3 textes envoyés. pasque çà sent le plan foireux et la connivence... Personnellement je trouve ces textes à roter.

Bien sur pour mon coming out sur Celle qu'on ne doit pas nommer çà compte pas parce que c'etait pour brouiller les pistes bien sûr

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