LA ZONE -
Résumé : Ce remix de la série Médiums de Lapinchien est pas désagréable malgré ses défauts. Un peu de délire entre pensionnaires d'asile, quelques visions d'apocalypse, un peu de pouvoirs psychiques à la mords-moi-le-noeud, deux trois vannes imbéciles... C'est trop déstructuré, il se passe trop de trucs trop vite et soutenus par des explications pas trop crédibles, limite werberiennes, ça part trop dans tous les sens en même temps pour être franchement valable, mais c'est pas illisible.

Mnenium (apocalypse mix)

Le 23/10/2006
par Tyler D
[illustration] [ remix de Médiums ( 1 / 2 / 3 ) de Lapinchien ]
Tantôt sous le soleil vertical qui trône au centre d’un azur impeccable, tantôt à l’ombre des palmiers, dont les longues feuilles s’agitent doucement sous la caresse des alizés, un insouciant morpho agite ses grandes ailes d’un bleu brillant entre les pousses de fleurs d’acacia qu’il butine avec insouciance. Soudain, une main rouge et crevassée s’empare du papillon avec une exceptionnelle vivacité et le fourre dans une gueule sale à la dentition incomplète, qui se referme sur lui et le déchire rageusement en deux.

    - Des saloperies comme ça, ça devrait même pas exister !
Après avoir jeté ce qui reste de l’insecte, le pensionnaire se jette sur l’acacia et arrache toutes les fleurs qui se trouvent à sa portée, en criant :
- Vous entendez, bande de pustules d’hémorroïdes mal infectées ?
Une sévère claque sur l’arrière du crâne le stoppe instantanément.
- Arrête, crétin ! Tu vas encore rameuter les infirmiers.
Le rabat-joie lance un regard furibond à son camarade, qui se cache le visage dans le creux du coude. Les dizaines de grosses blattes ailées qui nichent dans son costume blanc courent en tous sens, affolées. D’un geste brusque, il croque celle qui s’avançait imprudemment sur le dos de sa main, puis en crache les tripes sur la tête du soupe au lait attardé. Les quelques pensionnaires qui traînaient dans les parages s’éclipsent discrètement. Les cafards se réfugient dans les poches ou sous les plis du vêtement de leur maître. Deux énormes infirmiers au crâne rasé pénètrent dans le jardin de l’asile, en jouant machinalement avec leur matraque.
- Il y a un problème, par ici ? Quelqu’un a besoin d’être calmé ?
L’éleveur de dictyoptères tente immédiatement de calmer le jeu :
- On était juste en train de jouer à la botanique appliquée et…
Il n’a pas le temps de finir sa phrase : un monstrueux éclair déchire le ciel parfaitement bleu, et une sévère pluie sortie de nulle part commence immédiatement à s’abattre sur tous les protagonistes, qui se hâtent de rentrer dans le bâtiment. Les deux compères profitent de la confusion pour disparaître dans la masse de pyjamas blancs dirigés par des regards que les tranquillisants ont laissés vides. Dès qu’ils ont passé le premier angle de couloir, le plus nerveux des deux s’agrippe aux barreaux de la fenêtre et se hisse pour mieux voir à l’extérieur.
- Waouh ! Là, Il me trouent [ndla : ceci n’est pas une faute d’orthographe] carrément le cul. Déjà, faire briller le ciel comme en plein jour pendant toute la nuit, ça commençait à me chatouiller profondément l’an…
Une nouvelle claque sur la tête l’interrompt net.
- Imbécile, lance l’ami des insectes. Tu veux qu’on finisse tous à s’arracher les couilles avec les dents, c’est ça ? Si je t’entends encore faire allusion à Lui, je te les faits bouffer moi-même.
Quelques blattes se mettent à sortir leurs antennes des poches du costume, pendant que leur maître jette un œil au coin du mur. Il sursaute en voyant les infirmiers se diriger lentement dans sa direction en inspectant minutieusement les environs, le regard mauvais. Les deux pensionnaires se lancent dans un sprint aussi silencieux que possible. Après avoir foulé les carreaux mal posés de plusieurs couloirs blancs crûment éclairés aux néons, ils rencontrent un camarade qui s’avance en pas chassés, le dos collé au mur, l’air terrorisé, et qui se jette à genoux devant eux :
- Pitié ! pitié ! je ne Lui ai rien fait ! Pardonnez-moi, Grands Préfets de ma conscience ! Dites-moi, que puis-je faire pour obtenir votre pardon ?
- JvlTap.
Le plus petit a pris un coup sur la tête avant d’avoir pu finir son premier mot. L’autre se frotte le menton avec le pouce et l’index, l’air rêveur, puis esquisse un sourire sardonique.
- Il n’y avait plus de pécu aux chiottes, tout à l’heure. Ca commence à me gratter le cul, alors j’aimerais que tu me nettoies tout ça avec ta langue.
Il baisse son pantalon, et le pétochard se met à quatre pattes pour lécher le rectum de son camarade. Quelques passants désoeuvrés s’arrêtent pour observer la scène, qui en suçant son pouce, qui en jouant avec son yo-yo. Mais soudains, la porte d’une des cellules s’ouvre brusquement, tâchée de rouge, et en sort un en type décoiffé, portant maladroitement sa blouse blanche maculée de sang, l’air furieux. Il s’éloigne en courant. Alors la petite troupe de pensionnaires s’avance très prudemment, à petits pas, vers la pièce. Les plus hardis passent un œil dans l’entrebâillement de la porte.
- Il a tué l’un d’entre Lui !
Le groupe explose instantanément en hurlements affolés, et tout le monde se disperse aussitôt en courant au hasard, la tête entre les mains.

***

- Ah merde ! Le compresseur de la clim se remet à nous les briser.
Silverside jette son rubik’s cube sur la table, se lève nerveusement de son fauteuil et fait le tour du bureau pour examiner l’appareil.
- Je crois que cette fois, il nous a définitivement lâchés, déclare bientôt le psychiatre avec plus de calme.
- C’est pas étonnant. T’as vu la chaleur qu’il fait ? lui lance son collègue Mac Manus, depuis le siège des visiteurs où il passe habituellement la moitié de ses journées à siroter son café en bavardant. Le climat devient complètement délirant. Il paraît que tout à l’heure, il s’est mis à pleuvoir sans qu’il y ait eu le moindre nuage dans le ciel, renchérit-il.
- Ca, je le croirait quand je le verrai, lui rétorque Silverside.
- Peut-être que nous allons devoir redéfinir ce qui est crédible et ce qui ne l’est pas… Par exemple, ces treize boules de feu qu’on voit dans le ciel, même en pleine journée, et qui rendent les nuits aussi claires que le jour, hé ben ce sont des supernovae. Pourtant, il n’y a que celles qui se forment dans un rayon de quelques dizaines de milliers d’années-lumière qui sont susceptibles d’engendrer un tel éclat. Or, depuis l’an zéro, on n’en a recensé qu’une dizaine. La probabilité pour que treize de ces explosions se produisent en même temps est donc extrêmement faible.
Silverside lui renvoie une moue peu convaincue.
- Ce n’est pas tout, continue Mac Manus. Les observations faites dans les télescopes ces derniers jours remettent en question tout ce qu’on croyait savoir en astronomie et en cosmologie. La théorie de la relativité, et même les lois newtoniennes les plus basiques sont complètement incapables de fournir le moindre modèle d’interprétation pour ces évènements : la longueur des jours a diminué de plusieurs secondes, puis de plusieurs minutes, la lune s’éloigne sensiblement et ne nous présente déjà plus exactement la même face, la ceinture d’astéroïdes se désagrège, les orbites de Pluton et d’Uranus sont complètement perturbées, les pulsars et les étoiles à neutrons s’affolent, les galaxies se mettent à tourner de plus en plus vite, leur vitesse de rotation étant proportionnelle à leur nombre de redshift, les quasars s’allument et s’éteignent comme des guirlandes de noël… Tout se passe comme si la vitesse d’écoulement du temps augmentait avec l’éloignement de la Terre, ou comme si la vitesse d’expansion de l’univers s’accélérait vertigineusement. Avoue qu’il y a quand même de quoi commencer à chier dans son froc, ou au moins à se changer l’idée qu’on se fait du monde, non ?
Silverside n’a pas le temps d’ouvrir la bouche pour lui répondre : un infirmier trempé de sueur fait irruption dans la pièce.
- C’est une émeute ! Ils ont tous pété les plombs en même temps !

***

Silverside déboutonne sa chemise et se passe le poignet sur le front pour éponger sa sueur. Sur tous les écrans de contrôle, c’est la panique : les infirmiers ne parviennent pas à contenir les pensionnaires, qui essaient de se cacher sous les meubles, dans les placards ou les poubelles, et qui s’enfuient en courant ou deviennent agressifs dès qu’on tente de les en déloger.
- Je crois savoir ce qui a déclenché cette émeute, déclare l’un des agents de sécurité. C’est ici.
- Très bien, passez-moi la séquence, répond le psychiatre.
Sur l’un des moniteurs apparaissent quelques pensionnaires affairés dans un manège étrange. Puis, au loin, une porte s’ouvre et quelqu’un sort de la cellule.
- C’est la chambre de qui ?
L’agent parcourt rapidement une liste de noms et déclare :
- Spiegler, l’un des autistes.
- D’accord, revenez en arrière, ordonne Silverside. Stop. Lecture… Pause. Agrandissez-moi ça. Mais… C’est Van Derglück ! Qu’est-ce qu’il fait là ? Il devrait être en train de travailler avec Harris.
Les écrans se sont parcourus par une vague de parasites multicolores, pendant que le ventilateur voit sa vitesse de révolution augmenter, jusqu’à ce qu’il se décroche pour aller s’encastrer dans un mur. Silverside, lui, ne perd pas le nord :
- Vous avez appelé la police ? Non ? Mais qu’est-ce que vous attendez, bordel de merde ? Et envoyez-moi une équipe sur place !
- Monsieur, interrompt un agent de sécurité.
- Quoi encore ?
- Je crois que j’ai repéré Van Derglück… là ! On dirait qu’il se bat avec des infirmiers.
Sur l’écran, Silverside découvre Van Derglück en train de mettre au sol un gaillard deux fois plus large que lui. Il s’empare ensuite de sa matraque et, dans une série de gestes fulgurants, assomme les deux autres infirmiers. Le psychiatre empoigne le premier talkie-walkie qui lui tombe sous la main et s’éloigne en courant, Mac Manus sur les talons. Les deux collègues, écrasés par la touffeur, n’avancent qu’à petites foulées.
- Qui c’est, ce Van Derglück ? Il ne fait pas partie de l’équipe officielle… Sur ce coup, tu ne peux plus me tenir à l’écart, Silverside. Va falloir que tu me briffes.
- Ok, ok ! Van Derglück est le noyau dur d’un programme de recherche spécial qu’il a lui-même mis sur pied. Lorsqu’il était enfant, c’était lui aussi un autiste. Vers l’âge de huit ans, il a réussi à revenir à la réalité. Mais il est toujours resté très spécial. Il a apparemment des pouvoirs parapsychologiques qui lui permettent, entre autres, d’entrer en communication télépathique avec les autistes. On a accepté de le faire travailler avec eux dans un cadre expérimental. Jusqu’à présent, tout s’est très bien passé, et les résultats étaient positifs. Mais on ne voulait pas s’afficher avec ça. La parapsycho, ça fait pas très sérieux
- Ben là, c’est un peu merdé, tu crois pas ?
Soudain, l’alarme incendie se déclenche, puis s’éteint, se rallume, s’arrête de nouveau, tandis que les jets d’eaux aspergent aléatoirement certaines zones du bâtiment. Les psychiatres, trempés, continuent leur course sans se laisser démonter.

***

Les néons qui éclairent le couloir clignotent, chacun à son rythme, laissant régulièrement certaines zones dans la pénombre. Mac Manus et son collègue, ainsi que deux infirmiers, dont l’un a l’arcade sourcilière cassée, attendent aux aguets devant une cellule, trempés et luttant tant bien que mal contre la chaleur qui les étourdit.
- Van Derglück ! Tu ne pourras pas t’en sortir comme ça. On est déjà une dizaine ici, et les renforts armés vont arriver d’un instant à l’autre. Tu n’as pas de meilleur choix que de te rendre. Relâche ton otage.
Un extincteur explose, ouvrant une brèche dans le mur. Des canalisations d’eau se rompent et en clin d’œil le corridor se transforme en rivière.
- Ta flicaille n’aura même pas le temps d’arriver ici, Silverside. Les carottes sont déjà cuites. Son pouvoir est sans limites et Il feront tout ce qu’Il veulent. Moi, Il sont en train de me transformer en putain de relais de télécommunication !
Des éclairs parcourent le plafond, font exploser toutes les ampoules et mettent l’alarme incendie ainsi que les jets d’eau hors service.
- Mais de qui tu parles, Van Derglück ?
- Tu n’as pas encore compris ? Ouvre les yeux, mon vieux, ou bien c’est Lui qui te les ouvriront, et tu n’y survivras pas. Arrête de vouloir tout contrôler. Laisse-toi aller.
Les dalles du carrelage commencent à sortir de leur matrice, certaines sont éjectées au plafond. Bientôt, il devient impossible aux quatre fonctionnaires de rester dans le couloir. N’ayant pas d’autre choix, ils pénètrent dans la cellule où s’était réfugié Van Derglück, pour le voir s’enfuir avec son otage par la fenêtre, sur l’escalier de secours, en direction du toit. Les murs de la pièce se lézardent, se fissurent, le plafond s’effondre par plaques, mais Silverside, toujours maître de lui, se lance à la poursuite de Van Derglück. Lorsqu’il atteint l’escalier métallique, il reste déconcerté par le panorama qui s’offre à lui : des panaches de fumée noire s’élèvent un peu partout au-dessus de la ville, aussi bien au fond des rues, où les badauds paniqués s’enlisent dans le goudron devenu complètement liquide, que dans les immeubles, dont certains semblent ravagés par de monstrueux incendies. Un vent violent et très chaud se lève tout à coup, et fait violemment trembler l’escalier. Silverside reprend ses esprits et entame la montée, quatre à quatre. Il ne tarde pas à rencontrer le cadavre défiguré de Harris, mais il continue sa course.
A son arrivée sur le toit, il se baisse instinctivement et échappe ainsi à la décapitation : un abris bus passe à quelques centimètres seulement au-dessus de sa tête. La nouvelle perspective qu’il obtient en débouchant sur la plateforme lui découvre un spectacle inouï : une dizaine de tornades, enracinées dans un ciel pourtant totalement vide, balaient la ville en charriant leurs nuages de débris, des voitures, des lampadaires ou des machines à laver. A chaque seconde, des centaines d’éclairs silencieux se croisent pour former un réseau lumineux sans cesse changeant, dans un ciel dont la couleur tire progressivement sur le violet, tout en s’assombrissant. Silverside aperçoit alors Van Derglück qui flotte dans les airs au-dessus de lui, les bras et les doigts écartés, les yeux luisant d’une lumière jaune.
Soudain en plein milieu du vacarme des intempéries, une voix très calme se fait entendre. Silverside reconnaît celle de Van Derglück.
- Tu n’as aucune raison d’avoir peur, car tout est parfaitement sous contrôle. Mais aujourd’hui, ton destin, qui peut être bienheureux ou malheureux, ne dépend que de toi, car tu es le seul maître de ta conscience.
En entendant ces mots, Silverside constate que, le soleil s’étant éloigné de la Terre, il fait de plus en plus sombre, bien que la lumière produite par les éclairs continue à éclairer le sol en permanence. Les étoiles les plus brillantes commencent à apparaître dans le ciel.
- Je suis une entité que tu qualifierais de collective. Le résultat de l’interconnexion des consciences de nombreux humains, que tu connais sous la dénomination d’autistes. Ils m’ont créé voici des siècles pour remplir mon actuelle mission. Détends-toi et laisse-moi te raconter pourquoi et comment nous en sommes arrivés là aujourd’hui.
La respiration de Silverside s’accélère. Le soleil et la lune, qui paraissent maintenant tous petits, tournent à grande vitesse, chacun selon son mouvement, et font le tour du ciel en quelques secondes. Pendant ce temps, la température a fortement diminué.
- Depuis la nuit des temps, à l’époque où les hommes vivaient de cueillette et de charognerie, tous étaient dans un état de conscience proche de ce que tu étiquettes d’autisme. Leur vie était très différente, puisqu’ils n’étaient pas scindés en deux par la barrière d’inconscience qui sépare l’univers de tes nuits et celui de tes jours. Leur conscience gardait à tous les instants la même lucidité. Puisqu’ils percevaient avec une grande précision toutes les formes d’existence avec lesquelles nous coexistons, ils comprenaient parfaitement quelle était leur place dans ce monde, et jouaient ainsi leur rôle à la perfection.
Une gigantesque faille semble s’être creusée dans le sol. Des geysers rouge en sortent, projetant alentours d’énormes vagues de lave incandescente qui s’accumulent au fond des rues, ce qui occasionne un réchauffement de l’atmosphère.
- Mais cet art de vivre, qui est celui des autres animaux, impliquait une certaine force d’âme nécessaire à l’acceptation consciente des lois naturelles qui nous sont imposées, ainsi que de l’influence exercée par les entités aussi puissantes que mystérieuses qui ont du pouvoir sur nos existences. Beaucoup préférèrent utiliser les capacités qui avaient émergé avec leur conscience pour oublier des pans entiers de leur être, afin de vivre dans une insensible et insouciante inconscience [ndla : ça sonne bien, hein ?], rejetant l’univers trop complexe et trop incontrôlable de leurs rêves, qu’ils auraient pourtant pu choisir de privilégier. Mais comme ils ne comprenaient plus d’où venaient leurs malheurs ou leurs bonheurs, il leur fallut à tout prix rationaliser ce qu’ils vivaient dans le but de trouver des explications sur le fonctionnement du monde. Ils s’accrochèrent donc de plus belle à ce qu’ils appelèrent la réalité, et se mirent à travailler, à cultiver la terre, à s’enrichir et à commercer.
    Silverside est étourdi par le mouvement circulaire incessant qu’effectuent les étoiles dans le ciel. Il a le mal de mer. Il vomit. Pendant ce temps, la voix continue, imperturbable.
- Chez les habitants de la vallée de l’Indus, les Egyptiens, les Olmèques, les Chinois et les Babyloniens, la perpétuation de l’art de vivre primaire était le privilège d’une petite classe de dirigeants et de chamanes. Mais très rapidement, la démographie explosa et ceux qui conservaient un mode de vie plus animal furent complètement noyés dans une masse d’ignorants. Certains parvenaient cependant à apprendre à retrouver leurs rêves, mais c’est un travail très difficile, que de moins en moins d’entre eux effectuaient. Un jour, il ne resta plus qu’un très petit nombre de conscients, ceux qui refusaient instinctivement le formatage social dès leurs premières années. Afin de ne pas avoir de problèmes avec les ignorants, ils choisirent, plutôt que de tenter d’utiliser leurs capacités pour exercer un pouvoir sur leurs semi-semblables, de passer socialement pour des rebuts à enfermer dans des asiles psychiatriques ou des monastères haut perchés. Ils pouvaient ainsi vivre librement selon leur art, sans avoir à se soucier des besoins primaires, puisqu’ils étaient nourris, logés et blanchis aux frais de la collectivité.
Le mouvement de la Terre devient si rapide que Silverside sent le monde tourner sur lui-même, comme s’il se trouvait sur une toupie géante. Dans le même temps, le cosmos semble se distordre dans tous les sens. Il voit s’approcher et s’éloigner, dans des mouvements insupportablement vertigineux, toutes sortes d’étoiles, de planétoïdes, de galaxies ou de nuages de poussières. Il s’effondre, complètement désorienté.
- C’est dans ces conditions que j’ai vu le jour. Il a fallu des siècles pour que je sois à même de remplir ma mission, car il fallait que je sois assez nombreux pour pouvoir mettre sur pied ce qui est en train de se produire. Compte tenu de l’extrême minorité des autistes au sein de la population, il a fallu attendre que la démographie humaine devienne insupportablement monstrueuse. Et pendant ce temps, le rationalisme triomphant exultait dans l’omniprésence des sciences mécanistes et réductionnistes, saluant ainsi au XXème siècle l’apogée du capitalisme et du communisme, ces deux faces complémentaires du matérialisme extrémiste.
Complètement terrorisé, Silverside fait un suprême effort pour se relever, puis s’avance en titubant jusqu’à la rambarde et s’y hisse comme il peut. Sans même jeter un œil en contrebas, il se jette dans le vide, au-dessus des laves fumantes. Mais une violente bourrasque d’un vent ascendant le propulse dans les airs.
- Aujourd’hui, continue la voix de Van Derglück, qui n’a pas bougé d’un poil, nous allons révolutionner tout cela en forçant la sélection naturelle : les humains vont devoir changer, accepter de renouer avec leur essence profonde. Ils seront tous soumis à la même épreuve, et chacun d’eux devra décider à l’intérieur de lui-même de son trépas ou de sa survie, car la seule révolution qui vaille est une révolution intérieure. Tu n’as qu’une seule chose à comprendre : tout ce que tu perçois, et en particulier ces bouleversements incroyables, n’a jamais existé que dans ton esprit. Tu peux donc tout diriger, comme tu aurais pu jusqu’à présent maîtriser tes rêves, si tu l’avais seulement souhaité.
La vitesse de rotation de la Terre est devenue tellement rapide que Silverside ne parvient plus à distinguer clairement le sol. Les bourrasques de vent le projettent dans toutes les directions et le font tourner dans tous les sens, à une vitesse toujours plus grande. Bientôt, il lui devient impossible de distinguer quoi que ce soit de ce qui l’entoure.
- Tout ne dépend que de toi, reprend la voix de Van Derglück.
Une sorte de vortex enflammé se forme autour de lui et l’aspire vers une direction inconnue. Le vide sidéral ? La fournaise des entrailles terrestres ? Un seul mot lui vient à l’esprit :
- Merde…

= commentaires =

Ange Verhell


    le 23/10/2006 à 23:13:48
je suis sûr qu'on peut winzipper le texte de moitié rien qu'en le purgeant de la chiée d'adjectifs, des brouettées de superlatifs,et des tonnes d'adverbes en -ent.
Mais c'est peut-être ça le fond de l'histoire, ce qui fait que j'ai rien capté...
Lapinchien


tw
    le 28/10/2006 à 20:27:54
oui t'as rien capté. çà sert à rien de charier le texte d'une personne qu'a volontairement décidé de s'exiler à l'age du feu.
Tyler     le 08/11/2006 à 19:50:42
mais si... ça fait toujours deux remarques stupides à se mettre sous la dent.
Lapinchien


tw
    le 08/11/2006 à 23:33:31
Faut remercier Europe Assistance ?

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