LA ZONE -
Résumé : C'est plus intense et plus efficace que les mièvreries habituelles d'Ange Verhell, même si la base est la même (à savoir une pute et le tourment sentimental que l'abruti de service subit pour elle). C'est assez organique et du coup beaucoup plus passionnant pour un zonard. J'ai déjà lu mieux, là c'est assez confus, le style est pas très fluide et la fin se barre en couille, mais c'est sombre et lourd, on en demande pas plus.

T'as mal où ?

Le 14/05/2007
par Ange Verhell
[illustration] Ça fait mal. Mal à l’âme, mal partout, mal nulle part, mal où je pense, mal où je ne pense pas, mal à ton sourire, à toi en moi arrachée, mal à ma joie, à l’espérance, au devenir. C’est une détresse insupportable, quelque chose comme l’enfer. C’est une douleur de l’existence. C’est une douleur fantôme, elle n’a pas de siège, elle est au centre de toutes les choses. Ce n’est plus un endroit du corps qui fait mal, mais ce qui l’anime. Ce n’est pas une souffrance en soi, on fait partie d’elle.
C’est l’âme de la douleur.
Mon crâne sert d’entonnoir pour canaliser dans mon cœur et diffuser à mon être toute l’angoisse et le désespoir du monde. Je n’ai plus goût à rien, je ne peux effectuer la moindre tâche sans mobiliser un effort de volonté quasi insurmontable. Ce n’est pas l’énergie qui me manque, mais la motivation. Plus rien n’a d’importance, même l’inaction véhicule en elle-même quelque chose d’insupportable.
Mon unité est brisée. Du côté distal de la fracture est l’enfer de l’incertitude, du silence, des espérances lisses, sans rien à se raccrocher que les conseils inutiles, le soutien des proches, les incantations, la superstition et l’espoir.

2h30… ça fait onze jours. Je me réveille en sursaut. Mon cœur se met à bondir. Il cherche ton écho, sans succès. Alors, il cogne plus fort, essaye de se détacher d'un corps sans âme. Quelque chose aspire la vie dans ma poitrine, le négatif de ton existence évide la mienne. J’ai du mal à respirer. J’ai l’impression d’étouffer, ou plutôt quelque chose étouffe en moi. Je halète à petits coups, à la recherche d’un air différent que celui que je respire, plus essentiel, l’esprit de l’air, celui par qui tu rendais tout respirable.
Le congélateur démarre, pendant deux minutes le ronronnement étouffé de son moteur mime le bruit de ta voiture qui arrive dans la cour. Quand il se met en marche à l’heure où tu revenais, où tu pourrais revenir, je me prends à espérer quand même, je me sens comme un chien qui attend le retour de sa maîtresse. Mon esprit s’empare de ce bruit en incantation à ton retour.

Son empreinte est en moi, c’est physique. Il suffit d’un rien, d’une inattention, que cette carapace de soucis, qui pour une fois me protège, s’écaille, et elle resurgit, mais elle n’est pas à côté de moi pour emplir ce vide, calmer ce cri à l’envers, cet écho hystérique. Et même si j’arrive à retenir mon esprit sur autre chose, je sens qu’en arrière mon palpitant court après elle. Je ne me suis jamais drogué, mais j’imagine que cet état est similaire. Elle est enracinée en moi et tous mes sens la réclament, comme ils le feraient d’une drogue dure. Au point où j’en suis, je n’arrive pas à espérer un sevrage. Garder son empreinte c’est aussi espérer qu’elle revienne la remplir. Je crois que le degré de la dépendance est en rapport avec la force de l’Amour. Je comprends les tortures d’une désintoxication et l’envie de replonger, bien que dans leurs origines, je ne vois pas de similitude entre l’Amour partagé et l’enfer de la drogue (d’ailleurs, je vais essayer pour voir)… Je résiste encore à l’envie de me lever pour ne pas ajouter d’acuité au cauchemar, j’essaye de canaliser mes pensées pour contenir le sortilège, calmer l’esprit pour le disposer au sommeil. Des idées bizarres me trottent dans la tête. Même quand je ne penserais pas à elle, je sais qu’elle est inscrite dans ma substance.

Je ne peux pas comprendre pourquoi et comment a-t-elle pu partir comme ça, et puis ne plus donner signe de vie, me laisser écorché vif, désemparé, désorienté par les témoignages sans l’écho de sa présence, dans l’espoir d’un retour qui n’a d’autre caution que ses affaires, ses photos, sans un mot qui apaise. Je ne trouve pas d’explication parce que je l’aime. Mes copains, eux, ne se gênent pas pour essayer de m’ouvrir les yeux sur une fille qui n’a rien dans le crâne et qui ne sait pas ce qu’elle veut. Influencé par ces conseils, je l’ai appelée pour qu’elle vienne chercher ses affaires. Je tombe sur son répondeur. Son message délivre un paravent à la réalité, une apparence figée dans une intonation glaciale, comme un rempart sans consistance, mais infranchissable. La voix lointaine et agacée m’écorche les tripes. Je lui laisse un message. Elle me rappelle… Sa voix est sombre, fractale, gravillonnée. Remords ? Culpabilité ? Scrupules à éluder au plus vite dans la déconnexion ? - Ça ne peut pas durer, tu dois revenir ou bien partir complètement, mais ne pas me laisser dans cette situation, je ne peux pas me reconstruire comme ça - Eh bien je reviens chercher mes affaires. L’évidence redoutée me coupe les jambes, l’espoir s’écroule comme le pan d’un iceberg. Et puis elle ne donnera plus aucune nouvelle, sauf un texto dans lequel elle confirme qu’elle va venir, mais elle ne donnera pas suite. Et je suis toujours là, écartelé entre les conseils partisans et mon acharnement amoureux. Un texto ! Quel manque de courage. Comme si la voix risquait de dénoncer une absence de scrupule, le reproche des silences, ou bien raviver les échos des cœurs, une puissance de réminiscence des souvenirs, comme si elle craignait la confession de la voix, les mots traitres qui s’échappent, le mensonge qui perfuse. Les mots tués et rationnés par le texto sont plus commodes à employer.

Il ne faut pas bien longtemps avant qu’une paire de complices se présentent. Ils amènent leurs solutions ultimes à une absence intolérable. C’était inattendu pour quelqu’un comme moi. Avant, je considérais l’un comme une notion abstraite, improbable, et l’autre comme un allié auquel il ne faut recourir qu’avec circonspection, n’employer qu’avec l'appui de la patience. Ils sont attirés comme des requins par ce cœur en noyade.
La vengeance vous démarche d’abord, espérant de vous trouver assez faible et assez lâche pour recourir à son alternative. Dans cette déchéance où tout se délite, elle cherche à dévaloriser vos qualités de dignité, de fierté et de classe. Son compagnon le suicide prend son temps. Il a du travail. Il pourrait être le seul susceptible de vous soulager, un peu comme la dernière station avant l’autoroute de la quatrième dimension, comme le néant en remède contre le néant. Monsieur Suicide attend que les fils qui vous retiennent à la famille, au travail, aux amis, au sens de la vie, soient coupés. Il apporte aussi le dernier argument à la vengeance quand elle n’a plus d’autre objet que soi-même, du moins ce qu’il en reste, comme un scorpion cerné par le feu et qui n’a pas d’échappatoire, la vengeance ultime pour culpabiliser l’autre.
Dans cette forme d’hécatombe du patrimoine organique et mental de l’individu, il y a toujours ces deux charognards pour mettre un terme à l’agonie. Je les observe, je les apprends, je ne les chasse pas, je n’ai pas besoin d’eux, ils ne me font pas peur. Pour moi ce sont des aliens. Ce n’est pas parce qu’on les chatouille qu’ils peuvent vous apprivoiser. Encore suspendu aux fils de la vie, rien ne m’interdit de les regarder, par curiosité, pour mieux comprendre ceux qui ont eu recours à eux. Ceux-là je ne les jugerai plus, je les plaindrai juste.

Mon 6-35 ne me menace pas, je n’ai pas peur. Non. Il m’apprivoise, me séduit. Il me dit qu'il n'est pas chargé, que je peux le manipuler sans crainte. Essai gratuit, quoi. Après je pourrai m'amuser avec une balle percutée. Il sait y faire...


= commentaires =

nihil


    le 14/05/2007 à 22:14:05
Avec pareil titre, je m'attendais à une franche comédie lourdingue, donc tout le début m'a un peu calmé. Dommage d'ailleurs que ça s'arrête pas à mi-texte ce truc. Après on dégringole dans du sentimental classique, sombre mais classique, et ça tombe mal parce que c'est justement l'endroit où on commence à s'ennuyer. Ca n'arrange rien à l'affaire. Mais tout le début : glauque, organique, douloureux, bref, carrément ma came.
Connard Multiforme     le 15/05/2007 à 00:25:40
C'est vraiment de la merde. A part ça, nihil, c'est gentil de me laisser me connecter sous le nom Connard Multiforme.
Mill


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    le 15/05/2007 à 00:28:57
Ta gueule, connard!
Lapinchien


tw
    le 15/05/2007 à 01:14:10
heureusement qu'on a inventé les proxy pour que les schizos puissent avoir une vie virtuelle épanouie sur le net.
nihil


    le 15/05/2007 à 01:25:28
Pas besoin de proxy : maintenant que l'auteur Connard Multiforme a disparu, il est maintenant libre de droit et n'importe qui peut l'utiliser pour commenter.
Connard Multiforme     le 15/05/2007 à 08:38:33
Je suis un cochon de lait.
Mill


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    le 15/05/2007 à 08:40:18
Hihihihi
-Ryolait-     le 15/05/2007 à 08:41:14
VOILA MON GROIN GROUIK GROUIK GROUIK
ceacy     le 16/05/2007 à 08:07:56
"(d’ailleurs, je vais essayer pour voir)"
Cette chose fait tache.
-Ryolait-     le 16/05/2007 à 14:52:24
Putain, mais c'était tellement évident. Personne ne l'a vu.
Je suis étonné. Suis-je le seul à l'avoir notifié ?

Non, parce que la seule réponse logique au titre de ce texte, c'est bien sûr : DTC SALOPE.
Haaaaaaaahahahahhahjhjhejhjhtejetlllllll.

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