LA ZONE -
Résumé : Comment nous sommes tous manipulés par nos parents, notre entourage, notre éducation, et pire encore, par nous-mêmes.

Manipulation 3

Le 02/02/2002
par nihil
[illustration] Je modifie cet article après quelques jours pour rajouter un petit avertissement : j'ai relu l'article, et me suis rendu compte que des lecteurs qui ne me connaissent pas et ne connaissent pas le site pourraient le comprendre au premier degré, et se croire dans un site pour fachos tendance travail-famille-patrie : j'annonce donc que cet article est basé sur l'ironie. Ce que je décris comme satisfaisant et merveilleux est en réalité effrayant et à gerber au plus haut point.
Et maintenant trève d'avertissements et bonne lecture.
Cessons, pour une fois, de critiquer les fondements même de notre société pour enfin se féliciter de sa bonne structure, de son homogénéité et de son enrichissant impact sur notre vie.

Examinons un sujet standard, que nous nommerons M. Dupont.

M. Dupond à une vie professionnelle intense, c'est un citoyen standard et un employé modèle. Son intégration à notre société mondialisée et libérale ne laisse en rien à désirer, et, comme il se doit, il vit par et pour son emploi. D'ailleurs son patron est son modèle.
Nous devons le clamer haut et fort : l'épanouissement ne passe que par le labeur et nous ne devons aspirer pour notre vie qu'à travailler quarante ou cinquante pour faire subsister notre foyer et nourir notre nombreuse famille.

Dans ce modèle de société parfaite et enrichissante, dans laquelle la normalité et l'uniformisation doivent rester l'objectif de chacun et la clé de la cohésion, toute activité sans relation directe avec notre sacerdoce, notre objectif suprême dans la vie : le travail, ne peut être considérée que comme éminemment suspecte et, oserai-je le mot : subversive.
L'homme moderne n'a que faire d'une passion, elle ne peut que le détourner du droit chemin et de la Sainte-standardisation. L'art, l'écriture n'encouragent que de malsains particularismes et ne couvrent que des tendances à la marginalité en entraînant chez les sujets "contaminés" une forme de réflexion de dangereuse.

Le bon citoyen ne peut se complaire que dans son travail, sa famille, et une certaine culture de la bienséance où l'a directement placé le besoin de ressembler à ses voisins, à ses collègues, à ses amis.

M. Dupond à trente-huit ans, est marié à une personne de bonne éducation. Sa femme reste au foyer pour s'occuper de la maison et de leurs deux enfants de quinze et onze ans. Un garçon et une fille. M. Dupond travaille dur, ne lésine pas sur les heures supplémentaires et déteste la fénéantise. Il entretient de bonnes relations avec son entourage et essaie d'inculquer de bonnes valeurs à son fils et à sa fille.

Il est un concept, que nous appellerons le "Système", qui régit nos vies. Un modèle de société idéale qui s'est mis en place au cours des âges et qui se pérpetue indéfiniment depuis, sans aide extérieure. L'individu n'y joue que le rôle que tient un grain de sable au milieu d'un désert.

Ainsi Carole Dupond est une jeune fille épanouie et équilibrée. Elle travaille bien à l'école et carresse l'objectif de devenir médecin, ce qui est très sain et très salubre. Elle se méfie un peu des garçons, ne fait pas de bêtises. Elle n'est encore jamais sortie le soir, et va à l'Eglise tous les dimanches.
Son adolescence se passe bien, malgré quelques conflits inévitables.
Tout le mérite en revient à ses parents M. et Mme Dupond, que nous sommes en droit de féliciter chaudement.
Carole souhaite pour son avenir se marier et avoir deux enfants, un garçon et une fille. Elle imagine un mari gentil, dont le métier lui permettrait de subvenir aux besoins du foyer. Elle pourrait ainsi arrêter de travailler pour s'occuper de ses enfants.

Le Système fonctionne un peu comme un engrenage, chaque action individuelle n'y étant interprétée que comme interaction avec l'ensemble. Pourtant aucun rouage cassé ne peut devier la course de la machine dans toute sa gloire. Seule une brutale déterioration de toutes les roues crantées en même temps saurait l'arrêter.

Ainsi nous pouvons être certains que dans cent ans, la famille Dupond figurera toujours en bonne place dans les tablettes de notre merveilleuse société, que les descendants de M. Dupond seront toujours des gens convenables, méritants et bien-pensants, car le modèle d'éducation des enfants par leurs parents se reproduit à chaque génération sans laisser le moindre libre cours à des déviations dangereuses. Eduquée pour ressembler à ses parents, Carole élevera ses enfants pour qu'ils lui ressemblent.
Heureusement les institutions sont là pour l'aider et pour maintenir tout élement pertubateur potentiel dans le droit chemin dès sa plus petite enfance.

Steevy Dupond, le cadet de la famille à onze ans. Il aime beaucoup jouer avec ses copains, il aime ses parents et ne dit jamais de mal d'eux. Il est resté traumatisé par un film qu'il a visionné deux ans plus tôt et qui montrait des gens agressifs, violents qui se droguaient. Depuis il se conduit bien. Il aime les jeux vidéo, les armes en plastique et les petits soldats de plomb. Il joue à la guerre et connait le nom de plusieurs fusils d'assaut de l'armée américaine. Il a une passion pour les avions de chasse et a ainsi pu décrire à ses parents les moyens dont diposaient les Etats-Unis lors d'une intervention au Moyen-Orient. Il rêve d'être pilote de chasse.

Ainsi Steevy Dupond est déjà parfaitement à même de comprendre le bien-fondé de certains conflits dans le monde, dont on voit des images à la télévision, entre vingt heures et vingt-heures trente. Il sait de quel coté se situent la justice et le bon droit. Il connait les gentils et les méchants, ses parents et sa maîtresse le lui ont expliqué.

Nous pouvons être certains que dans cent ans encore, la famille Dupond saura s'engager fermement pour le bien dans le monde, pour la paix et l'extension de la civilisation, de notre civilisation à l'ensemble de la Terre.

Nous pouvons être certains que, bien heureusement, rien ne changera jamais.


= commentaires =

pedro in vivo    le 20/02/2003 à 10:04:43
si tu veux voir in vivo ce que tu decris de facon legerement exageree au pays du camembert, je te sugeres te faire un tour au pays du sushi ou je vis.Alors la, super-consomation ,manipulation et conformite (pas comme Kojak) c est le riz quotidien. Et je ne parle meme pas des entreprises ou betise et obeissance aveugle sont des conditions necessaires au bien etre du "non-individu"
Kirunaa


    le 09/03/2004 à 13:48:58
C'est marrant, moi le coup de la roue dentée cassée sans conséquence je mettrais un bémol. Malgré une éducation "hors pair" et une éducation "protégée", la plupart des ados entrent qd meme a un moment ou a un autre en contact avec des éléments perturbateurs - des grains de sables quoi - et malgré toute l'huile que peut avoir la roue, ca casse quand meme quelque part.
OK l'inertie empeche pas mal de choses, mais quand meme, parfois...
MantaalF4ct0re


    le 27/05/2006 à 15:20:11
la déviance peut etre une roue crantée du mécanisme aussi.
la déviance canalisée, formatée. le rebelle est un modèle faisant partie du système et le consolidant. chaque génération se trouve une rébellion qui n'est plus que conformisme ensuite. la jeunesse catho bien pensante des rallyes danse à deux le twist , musique de rébellion commerciale de boutonneux quarante ans plus tôt. Ce qui est vraiment subversif, c'est ce qui déjoue les modèles et ne sert à rien. Difficile de l'être vraiment.
nihil


    le 28/05/2006 à 01:21:52
Je sais pas si on déjoue les modèles, mais on sert à rien, ça c'est sur. Selon ta définition on est sur la bonne voie. Ca tombe bien, j'ai toujours rêvé d'être un rebelZ.

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