LA ZONE -
Résumé : Comme si on avait pas déjà assez d'intellos sur ce site, Samforce vient en rajouter une couche, avec une tranche de vie à peu près dépourvue de sens, mais pleine de réflexions intelligentes, inutiles, déséspérantes et autres. Suffisamment de matière pour faire de ce grand puzzle de scènes sans rapport un texte lisible et pas ennuyeux. Mais ça ne répond pas à la grande question : 'à quoi ça nous mène, tout ça ?'

Chapter 5 et demi : où l'auteur rencontre les transhumanistes

Le 15/06/2007
par Samforce
[illustration] « La vitesse est la forme d'extase dont la révolution technique a fait cadeau à l'homme. » Milan Kundera
Vie de couple & Ecriture - 1

On entrait d’un pas nonchalant dans l’ascenseur, c’était le matin, enfin, c’est relatif, 13h, c’est le matin pour nous. Dans l’espoir de combler le silence intolérable, car, en tant que jeunes modernes, nous aimons le bruit, ma copine commence à me raconter, pendant notre descente vers le rez-de-chaussée, son dernier rêve sordide. « J’ai rêvé que je t’avais emprunté tes couilles », « Ha bon ? », « Oui, je te jure et je ne sais plus pourquoi… et je les ai perdues », « C’est fou ça, plutôt original même… », « Tu me les avais mises dans un Tupperware pourtant », « C’est vrai que ça me ressemble ». Après, par un jeu de l’esprit et d’association qui serait trop long à décrire ici, j’ai envisagé la possibilité d’acheter un billet de « Win For Life », un super jeu à gratter où on peut gagner 1000 euros par mois, jusqu’à la mort, et je me suis pris à rêver soudainement d’une vie rassurante, paisible, qui, grâce au gré du hasard, serait financée, sponsorisée, par l’état, j’en aurais presque eu le vertige.

C’est à ce moment là que ma compagne a marché dans un excrément de chien qui gisait là miraculeusement sur le trottoir bordant notre immeuble, et tout le monde sait que marcher dans la merde, ça porte chance, ce qui m’a renforcé dans ma conviction qu’il était temps pour nous, couple contemporain, de s’adonner à la loterie nationale, car je le rappelle, pour les lecteurs les moins attentifs, il était bel et bien 13h, on peut donc dire qu’il ne manquait plus que le trèfle à 4 feuilles pour fléchir le destin en ma(notre) faveur, et comme nous sommes dans une œuvre littéraire, je peux me permettre de rajouter un évènement fictif : à ce moment précis, un trèfle à 3 feuilles, car je veux rester réaliste et crédible dans cette ouvrage malgré les quelques faits imaginaires que je saupoudre méticuleusement sur mon oeuvre, est venu délicatement se poser sur mon nez. En guise de conclusion, je vous rassure, en noble serviteur de votre appétit de lecteurs sadiques, nous avons royalement perdu au « Win for Life ». Une belle leçon d’humilité. J’ai allumé ma clope du matin, pour célébrer notre défaite, et ma copine est devenue folle de rage. Depuis mon retour de l’hôpital, elle pense que j’ai commencé à fumer le tabac, ce que j’ai contredis immédiatement, expliquant que cette cigarette entre mes lèvres n’était qu’une coïncidence, une infamie visuelle, et que cet évènement ne se reproduirait plus jamais, sous ses yeux du moins ; ces 5 derniers mots, je ne les ai pas prononcé, toute personne ayant déjà menti dans sa vie l’aura compris dès la première lecture.

Transhuman Experience Part 0

Début 2004, je m’étais soudainement épris du posthumanisme, enchaînant les lectures et les recherches sur internet, je me suis retrouvé propulsé « chapter-officer » d’un groupe Yahoo Belge affilié à la WTA, la World Transhumanist Association, après avoir écrit quelques articles de vulgarisation de bonne facture. Tout un programme. Comme je suis plus ou moins allergique à tout ce qui ressemble à une communauté d’humain, j’eus vite fait d’espacer de plus en plus mes visites sur ce forum virtuel, si bien qu’un an plus tard, je ne le visitais, tout au plus, qu’une fois par mois. En Avril 2005, voilà que je reçois un mail amical de José Cordeiro, brillant chercheur du Venezuela au CV interminable, directeur de la WTA, membre des extropiens, ayant travaillé au MIT, ayant rencontré les plus grands futurologues, scientifiques, écrivains de S-F du globe. Il m’y expliquait que j’étais cordialement invité à la première rencontre entre transhumaniste dans un hôtel 4 étoiles de Bruxelles. Au départ je comptais rester au chaud chez moi, mais mes aspirations d’aventurier burlesque eurent vite fait de me pousser à accepter l’offre. J’ai hésité à enfiler ma chemise Hubo Goss et ma veste Prada, mais finalement, un bête pull de prolétaire fit l’affaire, ça faisait un peu plus scientifique. Je me suis tartiné en toute hâte un sandwich, mis dans mon sac quelques cannettes de Fanta, la boisson qu’un nazi entrepreneur a inventé pendant la seconde guerre avec les restes des restes des fruits pourris et dont Coca-Cola a racheté les droits dès l’armistice, et je me suis envolé par le premier train au point de rendez-vous en me préparant psychologiquement au pire. Une fois devant l’hôtel, il me restait à patienter 20 minutes, alors je me suis acheté un paquet de clope.

Vie de couple & Ecriture 0

Quand tout va bien, il devient nettement plus délicat de remplir, même sans le faire exprès, mes fonctions d’écrivain. Quand tout va bien, on a strictement rien à raconter, car le roman se nourrit, tel un parasite, de la pauvre vie de son auteur, et si cette dernière tourne en rond, on risque fort de lire les mêmes propos jusqu’à l’étourdissement. Un auteur n’ayant rencontré personne, n’ayant rien vécu, est-il capable d’inventer une histoire originale ? Peut-être, mais en tout cas, je suis sûr qu’il n’arrivera jamais à donner une quelconque consistance, réalité, psychologie à ses personnages. Quand tout va bien, on a rien à raconter, on est à l’écoute des autres, on peut donc s’inspirer de la vie d’autrui, on devient alors une sorte de biographe, de nègre, de caméra. Je ne dois pas être de nature très altruiste car je préfère, et de loin, écrire sur moi. Ma chère et tendre avait préparé un divin café, une petite ambiance jazzy, elle lisait un bouquin étendue gracieusement, de toute sa féminité, sur le lit, et moi, au bureau, devant l’ordinateur, à la lueur de l’écran et des bougies, je me remettais à la tâche après plusieurs mois d’interruption ; je m’étais consacré à la musique et à mes projets scientifiques entre autre, on peut noter aussi que je flânais, la plupart du temps, en essayant de planifier des activités que je ne ferai sans doute jamais, dans l’espoir de me réconcilier avec moi-même. Il était bon de se redécouvrir des sensations littéraires. L’auteur, moi, pour qui la vie est rose, pour le moment, va essayer d’accrocher, à nouveau, son lectorat. J’ai quand même écris des choses ces derniers temps, « Le sens de l’Humeur », une petite nouvelle bien expérimentale, elle cartonnait, je l’avais rédigée pour un concours de nouvelle qui a été interrompu, j’ai été un peu déçu. C’était une nouvelle assez sombre qui résumait à merveille mon état dépressif du moment. Et l’éditeur viendra sans doute râler à la lecture de ce paragraphe, il rugira des propos du genre : « Je pense que le lecteur s’en fout ». En fait, je vous emmerde amis lecteurs, mais vous aimez ça.

RELIGION INTERRUPTION

C'est Dieu qui éleva les cieux sans colonnes visibles et s'assit sur son trône. Il a soumis le soleil et la lune. Chacun de ses actes poursuit sa course jusqu'à un point déterminé ; il imprime le mouvement et l'ordre de tout ; il fait voir distinctement ses merveilles. Peut-être finirez-vous par croire fortement qu'un jour vous verrez votre seigneur.

HOPITAL PART 0

Quand l’armée de docteur a pénétré dans ma chambre, j’étais affalé en training adidas sur le lit, puant le vieux malade cramoisi, en bouquinant un ouvrage d’intelligence artificielle, on pouvait pas le rater, c’était écrit en gros sur la couverture, pour que les infirmières le voient bien. Histoire de simuler un intérêt quelconque à ma vie, un des médecins m’a lancé un : « Ca a l’air intéressant ce que tu lis, qu’est-ce que tu étudies exactement ? ». Là, j’ai pris une décision primordiale dans mon existence, dorénavant, je ne répondrai plus « informatique » à cette question. Pendant un instant, j’avais envie de dire « écrivain », ou « musicien », mais il fallait absolument éviter « informatique », ce mot sonne atrocement faux quand je le prononce. L’informatique de base m’ennuie tellement que mon cerveau aurait envoyé, inconsciemment, un signal pour déformer ma mâchoire et rendre la prononciation du mot, tant redouté, absolument niaise, totalement fausse, mon corps aurait adopté une contorsion ridicule pour que ce mot, ignoble, émerge de mes lèvres piteusement, confortant ainsi le stéréotype mondial, l’étiquette public, de l’informaticien autiste, peu sûr de lui, et au final, irrémédiablement abruti par sa discipline de jeune mal comprenant. Alors j’ai dit : « j’étudie l’Intelligence Artificielle… ». Directement, ça fait plus classe, et au final, ce n’est pas un mensonge, c’est juste que mes études ne s’intitulent pas ainsi explicitement. Plus tard, ce même médecin est repassé, en dehors de ses heures de service, et nous avons discuté intensément, de longues heures, de programmation et de bioinformatique.

Transhuman Experience Part 1

Ma première poignée de main alla pour José, c’était sans doute la plus importante de l’après-midi, par ce geste, voilà que je n’étais plus qu’à une seule poignée de main d’Arthur C. Clarke, de Marvin Minsky, de Nick Bostrom, d’Isaac Asimov, et j’en passe… un grand moment. Après cet instant émouvant, je remis pied sur Terre et je pris enfin la peine de regarder les autres personnes présentes à ses côtés. On était douze, moi, José, Tamara, Vincent, Samueli, Nadia, un sosie de J.R de Dallas, Pierre le vieux, René, Frederik, Charles-Philip et Maya. J’ai parlé en premier à Samueli, qui avait une tête à parler français, il venait pas loin de mon blède, j’ai alors paraphrasé Bouga, un grand rappeur contemporain : « Tout ça sort de la zone, hein ? Qui l’eut cru ? Pas eux en tout cas… ». C’est à ce moment-ci que j’ai décidé unanimement avec moi-même que ce passage de ma vie deviendrait un chapitre de mon roman, j’ai donc sorti mon crayon et une feuille, et j’ai commencé à prendre des notes personnelles sur ces curieux personnages, tout en faisant mine d’être un transhumaniste. Comment avoir l’air d’un transhumaniste me direz-vous ? Il suffit de sourire et d’avoir un air de joie et de positivisme infini, comme un jour de rentrée des classes à l’école primaire. Tout ce beau monde a été tranquillement s’installer au Lounge Bar de l’hôtel 4 étoiles. J’ai commandé un cappuccino, José m’a fait un clin d’œil, l’air de dire que c’était un très bon choix de gentleman moderne. Ha oui, j’oubliais, Charles-Philip a pris une Leffe blonde.

HOPITAL PART 1

Dans le tas d’infirmière, on pouvait quand même trouver de très jolies pièces. Les jeunes étudiantes infirmières étaient délicieuses, pleines de joie, pas encore recouvertes de varices, ne souffrant pas encore de douleurs aux dos, des infirmières fraîches, sorties de l’emballage, des nouvelles infirmières, qui étaient peut-être parfois nues sous leur tablier blanc. Toutes les 4 heures, une d’entre elle passait me piquer le bout d’un doigt, pour mesurer ma glycémie, des fois on m’envoyait les vieilles laides désagréables, parfois de jeunes femmes, parfois plus jeunes que moi, toutes innocentes, et qui ne manquaient jamais de faire un peu d’humour d’hôpital. Le plus chiant, c’était la mesure glycémique nocturne de 3h du mat. On venait vous réveiller, vous interrompre dans vos rêves, pour vous mesurer. Un soir, un des derniers soirs de mon séjour, je commençais à m’y habituer, vers 3h, mon sommeil se faisait plus léger, et j’entendais l’infirmière s’approcher de mon lit, et sans avoir besoin qu’elle me secoue, je me réveillais seul. Anecdote marrante, le soir où se fut une des plus belles infirmières du service qui était chargée de me mutiler le doigt, je me suis levé d’un bond, elle a eu un peu peur, et tel un fou, je me suis retourné vers elle, en levant le majeur, et la fixant droit dans les yeux, de la coiffure « effet saut du lit », j’ai prononcé : « Tu veux un doigt ? ». Délicieuse enfant.


Transhuman Experience Part 2

José était bien plus beau que sur la photo moche de sa homepage, quadragénaire intact, tout propre sur lui, mèche millimétrée, costard à peine froissé, sourire colgate écarlate, et très bon orateur, espagnol, anglais, français, il parle tout à la perfection. Tantôt, j’ai oublié de vous dire, après la poignée de main, il m’a filé un pin’s World Transhumanist Association, que j’eus vite fait de mettre dans ma poche. Il m’a vu et il a dit : « Ha non, il faut le mettre ! ». Je me suis exécuté. Je déteste les individus d’humain, les logos et les symboles. J’ai toujours détesté les repas de famille, quand je me suis retrouvé dans les logements étudiants de l’Université, je ne supportais pas la fausse ambiance gentille solidarité de voisinage, j’ai ensuite vite échappé à l’ambiance des cercles étudiants, quand a été lancé un forum pour l'entraide des cours, j’ai vite mené ma guérilla pour me faire éjecter au nom de la liberté d’expression, qui n’était peut-être qu’un prétexte pour foutre le bordel, quand je fréquentais les communistes et qu’ils m’ont proposé de se réunir dans un beau château du Loiret pour refaire le monde, je me suis enfui en pensant à la scène d’orgie de Eyes Wide Shut, quand on m’a enrôlé dans une dream team pour élever Electrobel, la plateforme musicale virtuelle belge, vers les hautes sphères, j’ai vite pété un plomb et j’ai craché dans la soupe, rebelote avec plein de trucs, et au final, quand j’ai décidé de monter mon propre forum sur internet, ma propre communauté, ça n’a pas été mieux, j’ai tout détruit en grand dictateur mégalo. Et là, voilà que je me retrouve avec un pin’s WTA qui ira sans doute, rejoindre, au fond d’un carton pourri, mes vieux pin’s Piscou Magazine.

HOPITAL PART 2

Je hais les vieux. Mon voisin de chambre était un vieux grec, d’au moins 80 ans, ne parlant pas français, et passant ses journées, et surtout ses nuits, à se plaindre. Il gémissait comme un mioche. Au début je compatissais, Dur dur d’être vieux, Quelle tristesse d’être vieux, Dire qu’un jour ce sera mon tour. Puis un jour, j’en ai eu vraiment marre de ce pleurnichard de la vie, quand il allait pisser, on l’entendait gueuler comme si on le sodomisait avec son propre bras, puis on entendait quelques gouttes tomber, puis il regueulait, et ainsi de suite, pisser était un supplice sans nom pour lui, une torture d’au moins 10 minutes. Le pire, c’est le jour où une charmante blonde ultra bandante est venue nettoyer gentiment nos chiottes communes, une fois son œuvre terminée, elle est partie et le vieux croûton n’a pas eu meilleure idée que d’aller gerber sur la planche et à côté aussi, plus moyen d’aller chier là dedans avant le retour de la blondasse, c'est-à-dire 48 heures plus tard. Les premiers soirs, je n’arrivais pas à dormir, il toussait, chantait son désespoir, se levait toutes les 5 minutes pour aller pisser. Un soir, dans la pénombre, il est tombé de son lit après un ultime gémissement, d’un coup, comme ça, et puis silence complet, j’ai hésité, je me suis dit qu’il fallait appuyer sur le bouton, appeler l’infirmière, aider ce pauvre monsieur Staliaras, Sacralias, Sacrilias, sacripan, un truc du genre, un nom grec. Je me suis retourné dans mes draps, et j’ai bien dormi ce soir là, silence complet dans la chambre, ô bonheur. Je vous rassure ami lecteur, amie lectrice surtout, il n’est pas mort, du moins, pas avant ma sortie de l’hôpital.

Transhuman Experience Part 3

José a eu une idée formidable. On a tous applaudi en cœur avec nos pin’s plantés dans nos beaux vêtements. Faire un tour de table où chacun doit se présenter aux autres, comme dans les clubs d’alcooliques anonymes. L’idée formidable. « Oui, je suis devenu transhumaniste depuis que ma femme m’a quitté, il me faut ma nano-dose de cyber-connerie chaque bio-matin ». En plus, il fallait se présenter en anglais, ça s’annonçait hard for me. Je comprends très bien l’anglais, je lis parfaitement l’anglais, mais pour parler, je ne vaux pas un poil de couille. Tamara venait d’Amsterdam, quadragénaire, bien conservée, très beaux seins, un cul rebondissant, le visage un peu destroy quand même, habillée en espèce d’altermondialiste gothique, c’était une spécialiste des technologies et de la futurologie. Vincent, rouquin moche, 20 ans tout au plus, parle mieux anglais que moi, habillé comme mon grand-père, étudie la biologie à l’université catholique. Après ce fut mon tour, j’ai dit « sorry for my pitiful english », avant de dire que j’étudiais l’Artificial Intelligence, ça fait plus classe, et là direct, je sentais que l’assemblée se voulait plus à l’écoute, ça marche du tonnerre de dire qu’on fait de l’IA, j’ai dit que j’étais compositeur aussi, que j’écrivais, puis j’ai fait des fautes d’anglais et j’ai terminé par un pathétique : « that’s all », et j’ai engouffré mon nez dans mon cappuccino. José tripotait Maya, la blonde superbe dont je n’ai pas encore parlé, quelle classe ce José avec son sourire de robot, je suis comme José en fait, il fait du transhumanisme pour chauffer les femmes, moi je fais de l’I.A. pour tremper mon biscuit, on est du même bord. Après ce fut le tour de Samueli, 25 ans tout au plus, sicilien d’origine, étudiant en économie, master business school, agenda surbooké, a voyagé au Canada, en Italie, aux States, anglais parfait, chemise Armani, super mignon, j’avais presque envie de lui mettre une main dans le pantalon, l’italien parfait, la classe. Nadia, écologiste, vieille peau d’au moins 60 piges, habillée en tailleur, écologiste-caviar, je l’imaginais dans sa villa en train d’élever ses sacrés de Birmanie au bord de la piscine. Jack, le sosie de JR de Dallas, un vrai cow-boy, un vrai ricain, un pur, sourire ultra-bright, cheveux blancs, bronzage parfait de banc solaire, le vieux moderne riche, la classe aussi. Pierre, le plus vieux de tous, presque 100 ans, dents pourries, ancien mathématicien, plein de tâches sur la tronche, on aurait dit un ancien agent de la gestapo, parle méga lentement, tellement lentement que je me vidais un café entre chacune de ses syllabes. René, vieux écologiste, barbe blanche, échappé de mai 68, t-shirt genre « je suis top c-o-o-l car je fume de la ganja », visage très sympathique, genre gentil voisin prêt à rendre service. Frederick, ingénieur telecom, au moins 40 ans, habillé en informaticien, avec la chemise et la paire de lunette bien comme il faut. Charles-Philip, col de chemise qui déborde, plus jeune que moi, je dirais genre 18 ans, tête de gagnant. Maya, blonde affolante, genre 35 piges, spécialiste en futurologie, top biche mignonne, à croquer, une posthumaine, fraîchement découpée du dernier catalogue Christian Lacroix, et José la pelote depuis tantôt avec ses mains latino-velues. Maya, je te ferai jouir, c’est sûr.

Vie de couple & Ecriture 1

J’ai décidé d’apprendre le chinois, c’est la langue du futur, je commence à préparer doucement mon exil. L’Europe n’aura bientôt plus rien à offrir. En attendant, j’écris en français et en Europe, faute de mieux. Avec ma copine, tout se passe pour le mieux, elle m’inspire, voilà une qualité que j’ai rarement retrouvée chez mes précédentes. Son passé de jeune néo-punk gauchiste lui permet d’être ouverte à tout, même aux idées les plus décalées. Elle a un don très fin de psychologue, bien plus qu’une de mes ex-démoniaques diplômée de psycho, et dont je me suis interdit de parler dans ce roman car elle m’a menacé d’un procès si j’osais encore écrire la moindre phrase, même gentille, ce qui serait improbable par rapport à ce qu’elle m’a fait subir, à son sujet. Elle est toujours à l’avance d’une guerre sur la pensée contemporaine, elle prévoit les modes, les attitudes, elle est souvent dans le bon, je retrouve même parfois dans les nouveaux romans qui sortent des idées qu’elle m’a exposées bien avant, c’est toujours assez gratifiant de sortir avec madame Soleil. Elle compense un de mes défauts, j’arrive à prévoir les tendances sur le très long terme, mais je reste assez médiocre dès qu’il s’agit d’anticiper le futur proche, ce qui fait qu’à nous deux, on forme une secte capable de prédire l’avenir des aléas du monde. On a réfuté pas mal de conceptions basiques du couple traditionnel, par exemple, on évite tous les pseudos bidons tel « bébé », « chouchou », « mon ange », « ma chérie », « boudi », on s’appelle par nos prénoms, sans les raccourcir à leur plus simple expression ; appeler quelqu’un par son prénom complet, en niant le diminutif, le pseudo, le surnom, l’appellation rose bonbon, le raccourci clavier, le synonyme, voilà quelque chose qui se fait de moins en moins, dans ce monde de vitesse haute voltige, chacun voulant nier sa réalité, fuyant dans des titres, cherchant à oublier sa propre existence, à devenir malhonnête avec soi-même, à éprouver un ressentiment injustifié avec ses origines. Rien de plus fort que le prénom, qui soulève chez l’interlocuteur les sensations parentales, qui esquisse sur le visage l’expression jubilatoire enfantine d’être interpellé par sa vraie étiquette, l’étiquette primordiale ; faire le moralisateur en terminant sa phrase par le prénom, ça a toujours plus d’effet, directement, les propos prennent plus de corps. Il faut noter aussi que l’on ne fête pas la Saint-Valentin, on a choisi de célébrer les fêtes des mères et des pères. On a renié le mot « couple » au profit du mot « secte », on a notre code de vie et quand on s’ennuiera, on fera ménage à plusieurs avec d’autres affiliés. On est sorti ensemble pour la première fois en décembre, mais on trouvait ça moche, alors on a décidé que notre secte allait débuter le 2 juillet. Le 2 de chaque mois, on fête notre union, là en avril, on a fêté nos -3 mois, ça fait -4 mois qu’on est ensemble. Le 2 juillet, on pourra enfin célébrer nos 0 mois.

HOPITAL PART 3

Boudi est venue me visiter à l’hôpital, oui, Boudi, mon ex avec qui ça a duré 3 ans, j’en parlais dans le chapitre 2, personne importante de ma vie. J’étais tout content, elle était désolée de me voir si amaigri. On a été manger à deux, en tête à tête, romantiquement, je la trouvais plus belle que jamais, elle faisait terriblement femme, ses formes étaient devenues affolantes, son cul était hypnotique. Elle m’a offert un cadeau, le plus beau cadeau qu’on m’ait offert lors de ce séjour forcé : Un Picsou magazine avec en supplément, une splendide paire de lunette ridicule. Dès ma sortie, je suis sorti à un bal, avec les lunettes en poche, là j’ai revu Boudi, on a dansé, on s’est dragué, j’avais envie d’elle comme un porc, je bandais comme un chien en dansant contre elle, et ça lui faisait plaisir. « L’esprit peut arrêter d’aimer, mais le corps a bien meilleure mémoire » ai-je prononcé malgré mon alcoolémie avancée pour justifier cette vilaine érection impressionnante mais néanmoins sauvage. Mais hors de question de tromper, même si au fond de moi, je sais que Boudi et moi, on sera amené à nous accoupler, de nouveau, comme des bêtes, un jour prochain de nos existences, mais on a encore le temps.

Transhuman Experience Part 4

Après un échange de cartes de visites, et autres petits documents de propagande transhumaniste, José a commencé un long discours qui n’a rien apporté de neuf dans mon existence. D’une anecdote parlant d’un mec qui a réussit à écrire un mail par la pensée grâce à un implant dans sa cervelle, aux rats qui restent éternellement jeunes, rien de bien extraordinaire par rapport à ce qu’on peut lire dans le NewScientist. Le public de la conférence était déjà éduqué, on est vite passé au sujet de l’immortalité. J’ai exposé ma théorie de la mort qui s’adapte à la technologie, La mort existera toujours, Elle s’adaptera à nos progrès technologiques, Il suffit d’imaginer des nanos-robots destructeurs ou des logiciels qui trufferont d’erreurs l’upload de l’esprit dans les machines… puis j’ai demandé quelle était la différence entre les extropiens et les transhumains. La question avait l’air d’embarrasser José, alors il m’a répondu n’importe quoi pour tenter de m’endormir, ce qui a fonctionné à merveille, après, je me suis enfoncé dans mon siège, et j’ai regardé les gens parler, de manière enthousiaste, de leur futur improbable de transhumain, j’en suis ressorti absolument pas moins mal comprenant. Maya riait beaucoup avec J.R, qui était plus vieux mais plus beau que José. Pierre le vieux croûton était chiant à mourir, mais ses propos étaient fort justes. Nadia me pelait les couilles. Vincent et Charles étaient inexistants même s’ils parlaient beaucoup. Tamara notait et parlait peu, comme moi. Samueli l’italien avait trop la classe, il avait sûrement de la coke sur lui. René et Frédérik étaient froids, ils avaient l’air de tout observer d’un air jovial, mais en fait, après, j’ai appris qu’ils étaient plus expérimentés, c’étaient déjà des extropiens convertis. José nous a encouragé à nous revoir chaque mois. On s’est levé. Le vieux Pierre m'a encouragé à persévérer car j'étais l'avenir du transhumanisme en Belgique. Merci Pierre. José m’a proposé de le rejoindre cet été, au Venezuela, faire de la plongée sous-marine. J’avais envie de répondre : « Si Maya vient, je viens » ; en réalité, j’ai esquissé un sourire genre « cours toujours pour me mater en maillot vieux transhumain pervers ». Je me suis ensuite enfui dans le brouillard en courant avec mes dépliants transhumanisants entre les dents.

Vie de couple & Ecriture 2

Je descends de plus en plus souvent à Paris, j’y rencontre le futur de l’avant-garde de demain, l’arrière-garde de l’avant-garde actuelle. Les idées qui y planent n’y sont vraiment pas neuves, c’est du recyclage névrosé, c’est un mélange de punk-écolo-altermondialisme provocateur, égocentrique, individualiste, c’est un gala d’égos baignés dans une fausse auto-dérision hilarante. Moi et ses gens, on s’occupe de détruire l’art, on doit tout casser avant la disparition de l’espèce humaine, unique valeur qui nous relie tous. J’ai lu dernièrement qu’avoir la grosse tête avant de devenir célèbre, c’était le seul moyen de ne pas l’attraper en devenant célèbre. Ca me parait évident. Je n’ai pas besoin des autres pour aimer ce que je fais, la célébrité me parait donc légitime, une conséquence logique de la création. Donc, je me permets de me la péter encore plus que d’habitude en sirotant noblement mon cidre. Avoir la grosse tête, ça permet de se protéger contre la critique, de plus en plus sévère et aveugle, les critiques sont des gens incompétents et frustrés, mais d’un point vue neutre et froid, ils ont souvent raison, tout est (facilement) critiquable, mais ils oublient qu’une œuvre, une création, une découverte, peut prendre tout son sens dès qu’on la plonge dans une situation bien précise. Si on n’est pas habitué à être immergé dans l’univers englobant l’artiste, le chercheur, le créateur, l’artisan, on peut passer totalement avec côté des plus belles choses. Je crois que plus on avance, plus le consommateur d’art recherche des choses qui le confortent dans ses idées, on aime une réalisation parce qu’on s’y retrouve, et non parce qu’elle est géniale, mais la validation du génie est devenue tellement ardue, que même le mot génie perd son sens, le génie humain a été banalisé, soldé ; la société de consommation nous a tellement fait passer de la merde pour du génie, qu’elle a embrouillé tout le public, et elle se permet même, un autre crime odieux, de réécrire l’histoire. Regardez ces rétrospectives quasi mensuelles, « les meilleurs morceaux des années 70 », « élection du plus grand français du 20ème siècle », qui sont-ils pour oser résumer les années 70-80 à Claude François, Coluche ou le Banana Split de Lio ?? Et c’est ainsi que la machine capitaliste fabrique de l’oubli. Ecrire la vraie histoire du 20ème, démystifier les légendes, voilà un métier qui a de l’avenir. Au 21ème siècle, il faut être rapide. Les gens hésitants, lents, les peu ambitieux, qui ne vont pas au bout des choses, n’auront aucune place dans ce siècle. Si vous trouvez une idée, vous pouvez être sûr qu’un type l’a déjà trouvée aussi quelque part, ou s’apprête à la dévoiler au public. Dès qu’une idée vous tombe dessus, le compte à rebours se met en marche, vous pouvez vous dire que vous avez maximum 1 mois pour la concrétiser et la répandre. Quand on a une bonne idée, on le sait immédiatement, cela procure une sensation particulière, un émerveillement et un enthousiasme frôlant l’orgasme, on vibre, ça ne s’explique pas mieux que ça. De là, il faut redescendre sur terre et vite, et foncer. A l’époque de la surmédiatisation, cette époque d’uniformisation globalisée, cette époque où l’information voyage à une vitesse folle, on peut dire, sans exagérer, que l’on est tous soumis aux mêmes stimulis, aux mêmes flux de tendances, il n’est donc pas surréaliste d’affirmer que plusieurs individus avancent dans la même direction, aussi originale puisse-t-elle paraître, au même moment. Encore plus horrible, les bonnes idées sont encore meilleures quand elles débarquent à un âge relativement jeune, après le cerveau devient moins plastique, moins ouvert, on s’enracine dans nos certitudes gâteuses. Notons tout de même que le vrai génie, quel que soit son âge, n’aura aucun mal à balayer ses préjugés pour se reforger une pensée, une théorie, un conglomérat d’hypothèses, une approximation de la réalité de son époque.

CLIP VIDEO INTERRUPTION

On manque singulièrement d’originalité. Avec Vanpet, un petit bizarre qui ressemble à un jeune adolescent et qui m’excite comme un âne avec son petit cul serré, on a décidé de mettre un de mes morceaux en vidéo. Il n’y a rien à raconter, je porte un chapeau zorro gay (voir chapitre 3 et demi) en fumant des clopes, en branlant un concombre, avec des lunettes ridicules Piscou pendant qu’une femme assez mignonne coupe des légumes aux formes sexuelles. C’est puéril, déjà vu, inutile, mais on s’est bien marré. C’était juste un prétexte pour que je puisse mater quelques jours durant la petite gueule de Vanpet et m’imaginer en train de lui faire une éjac faciale. Il a nourrit mes nuits. Merci.

VOYAGE DANS UN MAGASIN TRANSHUMANISTE

Chloé, c’est une amie philosophe. Grande rousse, corps fin très agréable, cul très excitant, on a déjà planifié une baise torride pour le futur. Elle effectue un travail de fin d’étude sur la bioéthique, ce qui n’est pas trop éloigné du transhumanisme. En fait, elle est plus transhumaniste que moi, elle pense que ce serait bien d’imposer une deadline globale, genre à 80 ans, on flingue tout le monde. Une date de mort programmée pour ceux qui seraient passé entre les mailles du filet mortel naturel, pour éviter la surpopulation et la gangrénisation de la société par les vieux, qui avec leur pension, pomperaient les ressources des jeunes. Je pense que la gérontophobie va s’accentuer avec le vieillissement de la population. Chloé et moi, on a été à Londres visiter un magasin très étrange. Les gens y sont truffés de fausses prothèses électroniques qui ne servent (encore) à rien, portent des t-shirts électroniques, et dansent au milieu du magasin, car oui, dans le futur, discothèque, club échangiste, et magasin de vêtement à la mode ne feront plus qu’un. Ils dansent au milieu des rayons sous-vêtement sur une espèce de gabber-techno-trance-sex-hardcore-new-age avec des fashions coiffures sophistiquées et des cybers lunettes vertes qui clignotent comme celles des soldats américains en Irak. Le transhumanisme sera le prochain mouvement populaire, sa philosophie est tellement simpliste, après tout, une fois qu’on enlève le terme nanotechnologie, que je ne vois pas même pas comment ça ne pourrait pas toucher le mainstream. Mais avant ça, il faut que MTV termine d’imposer l’hédonisme primaire de la fausse liberté sexuelle ; plus que quelques années avant que le clip de R’n’B se fonde parfaitement avec la réalité, que les cerveaux soient lavés définitivement, que tout le monde devienne bien mal comprenant et bien superficiel, que toute la planète bouge son cul sur le même beat, et que José et moi, on commence sérieusement à prendre les choses en main pour bâtir l’enfer de vos enfants, car l'espèce humaine ne mérite peut-être que ça après tout.

= commentaires =

nihil


    le 15/06/2007 à 14:15:13
Les posthumains ont l'air de s'ennuyer encore plus que les humains alors non merci.
o     le 15/06/2007 à 21:07:18
nihil, y'a une invasion d'afghans chez nourz.
Mill


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    le 15/06/2007 à 21:37:55
Décousu, désabusé, agréable, un rien déjanté à sa manière tranquille et traînante. Bien aimé, au final.
nihil


    le 15/06/2007 à 23:05:37
(ok j'ai réglé leur compte aux afghans, qui ne sont sur Terre que pour se faire rétamer de toutes façons)
MantaalF4ct0re


    le 19/06/2007 à 23:06:35
du queneau-xtc-venetian snares....oula.....
ps: jivago la prochaine fois ptete un peu plus court simple et con steplé./
sambroute     le 04/08/2007 à 20:08:12
chiant !
Dourak Smerdiakov


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    le 16/08/2007 à 18:12:01
Une fois résigné à la part de racontage-de-la-vie-de-l'auteur, qui d'ailleurs est cohérente avec l'ensemble puisque caractéristique de notre époque, c'est à la fois intéressant et amusant, agréable à lire. Ça paraît plus confus, plus décousu que le texte suivant de Samforce, "Da Vinci Mode", et en même temps moins déjanté, mais ça reste bon.

À la limite, ça ne m'aurait pas déplu que le thème transhumaniste soit plus approfondi, histoire de mourir moins con. Enfin, peut-être.

En gros, ça me fait l'effet de parler de tout ce à quoi l'humanité matérialiste en est réduite pour éviter le nihilisme, et de se foutre de la gueule de la sus-dite humanité en conséquence, soi inclus.

Commentaire édité par Dourak Smerdiakov.
msmst     le 06/01/2008 à 11:21:20
le transhumanisme comme moyen de tirer un coup l avenir semble radieux



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