LA ZONE -
Résumé : Ca fait du bien, un vrai texte de Lapinchien, et encore plus un vrai texte de Saint-Con. On se passerait bien du style argotique que Lapinchien emploie depuis quelque temps, et qui handicape sérieusement la lecture. Hormis ça, c'est la grande foire à la crémation, avec personnage vengeur et semi-niqué de la tronche et cons bariolés à la clé. Et une pincée d'astrophysique pour faire bonne mesure.

Du feu de Dieu

Le 13/04/2008
par Lapinchien
[illustration] C'est pas la finalité qui compte... C'est pas non plus le chemin arpenté... Non, y a rien qu'la dynamique personnelle qui vaille la peine. Peu importe où elle nous mène... Peu importe les routes qu'elle nous oblige à emprunter... Tant qu'à chaque instant de la vie, çà brûle dans mes tripes, tant que j'infléchis le cours des choses comme je l'entends, personne ne peut m'arrêter et j'm'en branle de savoir où qu'est ce que ça m'entraîne et par où qu'je passe... de toutes façons, ici ou ailleurs, qu'est ce que çà peut foutre ?
3H du mat, j'descends du Noctambus, j'prends une grande inspiration. Putain, il pèle sa race. Ça frissonne dans le calebute. Y a trop plein de trucs intéressants en ce bas monde... Des tas de secrets à découvrir... Ils sont partout... partout j'vous dis... j 'guette les indices parce que j'suis le seul qu'arrive à les interpréter... J'suis un putain d'élu, vous savez ? J'fais quelques pas... je tourne, tourne sur moi même... Je scrute partout avec attention. Puis j'l'apperçois au loin sur la place. Gaby est là. Il finit toujours par apparaître de toutes façons. J'l'reconnais entre mille à coup sûr parce qu'il prend les traits d'un défunt, un chanteur mort différent à chaque fois. A grandes enjambées, je m' dirige vers l'archange.

“Tu sais que ce serait pas vrai, tu sais que je serais un menteur”, Qu'il me balance derrière son masque de Jim Morisson... Je me prosterne humblement. “Si je te disais : chérie, on ne peut décoller d'avantage”, Qu'il enchaîne en pointant du doigt un night-club à l'angle près de la bouche de métro. Précisons que Gaby ne s'exprime qu'au travers de paroles de chansons anglo-saxonnes approximativement traduites en français. J'ai la cible ici bas, l'ordre de mission, je me retourne respectueusement en remerciant Gaby dans le prolongement d'un signe de croix. Toutes les têtes qui dépassent vont morfler. J'déboule près d'la boite à connards alors que Gaby disparaît en scandant “Viens bébé, allume mon feu... Viens bébé, allume mon feu... Essaie d'enflammer la nuit...”. Je m' frotte les paumes l'une contre l'autre puis je craque mes phalanges. ça va défourailler grave. J'vais t'en tartiner de la gueule.

Le feu qui nous habite, le feu intérieur de chacun, y a que çà qui devrait compter... Avoir des convictions profondes et ne pas les remettre en question en permanence, ne pas trahir la foi qui nous guide, la laisser fermenter en nous en la préservant de toute influence externe pour pas la dénaturer... Y a pas meilleur moyen pour explorer le monde, y a pas meilleure méthode pour percer tous ces secrets qui nous entourent... Des gars, des meufs me disent : “Y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis ?” Alors moi j'leur réponds que je suis pas un mec cool, qu'écouter l'autre en permanence, qu'adapter mes discours et ma façon d'être pour qu'on me trouve sympa et respectueux, je vois pas l'intérêt... J'suis un buté, j'suis un borné, moi , et çà jamais j'en démordrais. C'est pas négociable. Rien à battre qu'on me trouve antipathique. Y'a plus que çà des mecs qui vivent dans la concession perpétuelle... C'est des fantômes, ces gars, et ils s'en rendent même pas compte... transparents, vides et creux... inconsistants... Ils sont hors-jeu... Putain non, mais t'as un corps, une âme alors accepte un minimum ta singularité... Assume... Qu'est ce t'en a à battre de te diluer dans la masse ? On est des quanta de vie, bordel, pas des nuages diffus, des catalyseurs, pas des ions spectateurs dans c'te grande réaction chimique de qu'on est d'dans... D'ailleurs mec, c'est çà pour moi l'respect : l'intransigeance... Quand t'as des gars qui pensent pas comme toi en face, les respecter c'est t'atteler méticuleusement à essayer de les convertir, quel qu'en soit le prix à payer et sûrement pas faire des courbettes en écartant les fesses au d'ssus d'un paillasson “Welcome” avec un pot de vaseline à coté.

Première victime en vue, au coin de la ruelle qui jouxte l'entrée du lieu de perdition : 'tain, les deux mains contre le mur, c'te bâtard il dégobille son appareil digestif dans les poubelles. L'a trop chargé son sirop Sport... Marcel rose à paillettes, cheveux en crête gominés jusqu'à la racine, moule burnes en latex, loupiottes sur les baskets, saloperie d'insulte à l'humanité ambulante, il mérite même pas que j'sois un minimum courtois ... BAM ! J'te l'attaque par derrière... gros coup de pied dans les couilles... j'imagine qu'il lui en reste encore un peu... Bordel, ça fait comme dans la pub pour Vivel Dop, y a un gros grumeau de gel qu'est resté à trembloter sur le mur alors qu'le type s'est affalé dans les ordures en poussant un long cri étouffé. J'ai décidé que j'allais faire un remake. J'te l'alpague par les poignées d'amour et j'te lui traine la gueule tout le long de la contre-allée. Y'a comme une longue bande collante sur les briques mi-sang, mi-gomina. “Alors elle revient toujours en place, ta coupe ?” J' pousse même la chansonnette pour être plus dans le ton : “stu... stu... stu...”, que j'te lui crache à la gueule alors qu'j'l'relève par le col. On entend que les basses du morceau Alive de Mondotek résonner à travers l'entrée de la boite, mais c'est suffisant pour réveiller le tektonik killer qui sommeille en lui. L' a encore la force de faire deux trois mouvements bizarroïdes avec ses bras. Pfff... tellement imbibé qu'il se croit toujours sur le dancefloor. j'm'en vais te lui marquer le tempo dans sa face. Le voilà qui se retrouve propulsé dans son vomi, à portée de coup de boule. J'enchaîne donc.

Attiser le feu qui nous consume de l'intérieur, voilà à quoi pourrait se résumer une vie parfaite... Des fois je sais qu'j'ai tors mais j'me laisse pas bouffer... J'vais jusqu'au bout d'mon truc, pourquoi que j'laisserais ces entités chimériques me becqueter, me digérer et faire de moi un de leurs moignons ? Schizophrène qu'on m'a catalogué, hein ? Bâtard de psy de merde ! J'vais rester là à accepter l'truc ? Va te faire shampouiner, enfoiré ! Je la nique ta réalité et pis c'est tout... C'est toi l'handicapé de la tronche, diplômé de mon cul. Brûle ! Brûle ! Brûle !

“Fini le temps des hésitations... C'est pas le moment de se vautrer dans la boue...” Gaby est apparu dans la ruelle... Sous les traits de Jim, il me tend sa clope. Je tire une taffe... “Essaie maintenant, nous ne pouvons que perdre...” J'écrase la cigarette contre la bande de gel sur le muret. Elle s'enflamme instantanément. Superbe spectacle que ces flammes qui lèchent et pourlèchent la paroi. Splendide spectacle que de les voir se propager, se disperser... “Et notre amour que devenir un bûcher funéraire”, conclue Jim en exhalant la fumée dans la nuit. Une écume de flammes s'échoue sur le tas d'ordures. Éclat. Éblouissement. Cris. Crépitements. Chaleur. Odeur de cendres. Silence.

Comment vous pouvez vous contenter des piètres explications que tous ces enculeurs de cerveau vous donnent ? Enfoirés de profs, enfoirés de journalistes, enfoirés de scientifiques, enfoirés de prêtres, politicards et prédicateurs de mes deux... Allez tous vous faire foutre, jamais vous ne la polluerez ma putain de réflexion personnelle... Médiocres. Médiocres. Médiocres. Vous voulez me dire comment qu'y faut faire pour penser correc' ? Vous voulez me baliser le terrain, foutre des rampes d'accès dans ma tronche... J'vais vous les macquer, moi, toutes vos putes lépreuses de pensées basiques, binaires et institutionnelles à 10 centimes, j'vais vous les foutre sur le trottoir à tapiner les préconçus rase-mottes, elles vont en sucer des kilomètres d'a priori bas de gamme...

Qu'est ce que j'fous là ? Ah... Ah oui, j'aperçois Gaby là-bas de l'autre coté de la rue... J'm'engouffre dans une bouche de métro et en quelques sauts de jambe, je resors en face... Je déteste traverser en prenant les passages cloutés... tiens... C'te fois, Gaby a les traits de Jimi Hendrix... Rien qu'çà, il s'fait pas chier... “Je ne compte pas pour toi et je m'en fous”, Qu'il me balance comme çà l'air de rien... J'enquille sur le signe de croix qui fait parti du rituel, de c'te connerie de procédure... “C'est n'importe quoi et ça me va comme ça”,Qu'il poursuit... Très bien... Voilà qu'il me montre du doigt un espèce de local... Ah... C'est un repaire d'écologistes... “Je n'ai qu'un seul désir brûlant”, Que Gaby me susurre à l'oreille tout en se dissipant ...

BAM! J'déboule en faisant claquer la porte à grands coups de pied et tout de suite j' repère la cible... Elle est à l'accueil et me dévisage abasourdie... Y'en a deux autres au fond du local, ils sont assis et écrivent des trucs sur des tracts... Ils formalisent leur connerie sur papier... Comme si les générations futures avaient besoin de preuves manuscrites pour cerner à quel point nos temps étaient sordides... “Votre carte de membre, s'il vous plait, monsieur ?”, Que la réceptionniste me demande... Du coups par politesse je lui décalque mes empruntes digitales sur la joue gauche... “Pour mon identité, t'as p'tête aussi besoin d'un échantillon ADN ?”, que j' demande au cas où, en m'alpaguant le paquet. Elle s'écroule comme une merde alors que les deux gars du fond se lèvent scandalisés : “Alors on veut casser de l'écolo ?” Rien à foutre de leurs idées à l'aspire-moi-la-nouille... “J'suis juste venu pour vous effacer de la surface du globe, les mecs... J'vais pas perdre mon temps à taper la discusse avec vous... vous êtes bien trop niqués de la tronche pour me comprendre...”

C'est dans des moments comme çà que j'sens monter le feu en moi, ma foi profonde sublime, elle est expulsée par à-coups de mon corps comme des putain d'éruptions solaires... “Non mais, défendre la Nature ? Comme si la Nature avait besoin de nous pour se défendre... Titillons là d'un peu trop près , la Nature, et pour sûr elle reprendra tout ce qu'elle nous a donné... Faut pas l'aduler la Nature... faut la craindre et conspirer contre son immonde diktat... Suceurs de boules de Tyrans institutionnalisés que vous êtes ! Collabos de merde...” çà gicle de partout... quand le feu qui m'habite transcende la réalité, il déborde et se répand, il consume tout sur son passage... Ne subsistent que terres brûlées où l'herbe ne repoussera jamais... Les deux gars ne pestent pas et flambent... La réceptionniste est elle en pleine combustion spontanée... Bien sûr Gaby est à mes cotés. Sous les traits de Jimi, il accompagne ma symphonie pyrotechnique... sa guitare crache de la lave et des cendres incandescentes qui explosent à tous vents. Ailes en flammes déployées, il bombarde : “Laisse moi rester près de ton feu... Laisse moi rester près de ton feu... Laisse moi rester près de ton feu...”

Pourquoi tous ces trucs qui dansent autours de moi ? J'ai besoin de ces machins imparfaits en perpétuelle mutation pour que mon existence prenne un sens ? Pas le moins du monde, ça c'est sûr... Flambez, flambez, flambez, vous, bidules inutiles ! Mes convictions se transforment en certitudes immuables.

Une fois au travers de la petite lucarne, un amuseur public, un clown, un agent d'ambiance, Julien Lepers, je crois, a parlé de moi dans une sorte de grande parabole ludique, une espèce d'énigme qu'il proposait à deux faibles d'esprit avides de culture superficielle puante et dégoulinante de vacuité : “Je suis un phénomène astronomique violent.”, Julien prenait un ton solennel, “Vue depuis la Terre, j' apparais souvent comme une étoile nouvelle d'où mon nom en latin, alors que je correspond en réalité à la mort d'une étoile.”, Julien rougissait... probablement qu'il me voyait tout nu dans sa tête, “Je suis un événement rare à l'échelle humaine : des comme moi, il y en a un à trois par siècle dans notre Voie Lactée.”, Julien insistait de la voix sur les mots importants, il faisait exprès de buter dessus pour bien se faire comprendre, “Je joue cependant un rôle essentiel dans l'histoire de l'univers, car lorsque je me produis, les éléments chimiques que mon noyau a synthétisés sont diffusés dans le milieu interstellaire.”, il transpirait la honte le Julien, voyant que ses candidats, de parfaits incultes, tardaient à trouver mon nom pourtant évident, “ Mon onde de choc favorise la formation de nouvelles étoiles en initiant ou en accélérant la contraction de régions du milieu interstellaire.”, Julien bayait, bouche fermée, entre deux syllabes, “Je suis l'ensemble des phénomènes directement issus de l'explosion d'une étoile, qui s'accompagne d'une augmentation brève mais fantastiquement grande de sa luminosité.”,Blême, anéanti, Lepers n'osait conclure,“Je suis... Je suis... Je suis...”
Je sais qu'vous pensez qu'j'suis dingue mais je m'en bas les couilles. Qu'est ce que ça peut faire ce que vous moulinez dans vos silos à merde ? J'suis pas barré, juste méthodique... Y a trop de sujets sur lesquels on pourrait se pencher, y a trop de thèmes qui mériteraient de la considération... C'est mon truc çà, l'abstraction, et tant que le feu qui m'habite irradie tout mon être, je convertis le monde comme je l'entends... Je crée des entités mémotechniques et je les lâche dans l'univers, elles prennent l'apparence humaine, vivent leur vie, évoluent, côtoient les autres et meurent... Y a que moi qui vois ces êtres... Ils parlent avec vous autres même si vous ne leur répondez pas... Enfin, des fois vous répondez, mais c'est moi qui extrapole vos dires, alors je ne vous considère plus dans mon champs visuel et c'est une idée que je me fais de vous qui se substitue à vous même... Ces êtres apprennent et tirent vécu de leurs expériences sans que j'aie à m'en préoccuper outre mesure. Issus de mon imagination, ils représentent des sujets de réflexion que je lâche massivement dans la grande réaction chimique. Mes idées de chaire sont confrontées à la réalité et la sélection naturelle fait le reste...

Monsieur le Psy, j' vous l'ai dit combien de fois que j'le maîtrise tout mon merdier ? Rien à battre de vos conseils... J'aurais toujours le dessus et c'est plutôt vos médocs, ces Zyprexa de merde, qui me foutent les foix, j'vous assure... Rien à battre de la bienséance et de la pensée unique... Pensée unique j'ai dit ? Méthodologie de pensée unique plutôt, institutionnalisée, industrialisée même ce qui est bien pire... On nous choppe au berceau, pis c'est là qu'on nous fout l'entonnoir dans la glotte, on nous gave à la chaîne en prenant soin de bien appuyer avec le pouce sur nos gorges pour qu'on déglutisse sans avaler de travers... le conditionnement sous vide est programmé depuis la plus tendre enfance, y a pas de surprise, c'est là qu'on finira tous... pas d'alternative de toutes façons. On vit dans un putain de kibboutz autogéré par des oies d'élevage qui t'en produisent d'autres, des comme elles, avec zèle et détermination en plus, tout ça pour t'en chier du foie gras à la mégatonne pour une saint Sylvestre sans invités perpétuelle et en boucle, foie gras qui bien sûr n'ira nourrir personne. on te fout sur un tas une fois qu'on a bien empaqueté ce qui reste de ta vie dans un rutilent emballage étiqueté artisanal... une pile sans fin où personne ne va jamais se servir... Et c'est moi, qui devrait les prendre ces Zyprexa foireux ? Mais brûle, bâtard ! Brûle, psy de mes couilles ! ...

« Maintenant les gens crient et les gens gémissent
et ils cherchent un coin au sec pour l'appeler leur chez-soi
Ils tentent de trouver un endroit pour y faire reposer leurs os
Alors que les anges et les démons essaient de se faire une place »

Gaby est là, à mes cotés, sous les traits de Kurt Cobain. Il chante calmement allongé de tout son long dans le fauteuil molletonné du psy. Mon feu intérieur bouillonne. Il brûle au travers de mes veines, il remonte jusqu'au bout de mes doigts. Mes paupières se ferment. Je tends mes mains et projette un torrent de flammes sur mon praticien.

«Où vont les mauvaises gens quand ils meurent?
Ils ne vont pas a paradis là où volent les anges
Ils se retrouvent au milieu d'un lac ardent et grillent
On ne les verra plus avant le 4 juillet.»

J'ouvre les yeux .... rien... Tu n'as pas la moindre égratignure... Marrant ça, comme t'es pas inflammable toi, hein, psy de merde ? Les vrais cons sont fireproof...T'es pas une de mes créatures mémotechniques qui parcourent le monde de long en large à ma botte, çà c'est sûr... t'es relié à rien... t'es connecté à rien... C'est pour çà que mon feu intérieur ne prend pas avec toi. Toi tu fais partie de la froide et lisse réalité, le vide aseptisé qui étouffe ma flamme... Tu restes derrière ton bureau en ébène précieux, sur lequel y a tes p'tits calepins estampillés Zyprexa, et tes stylos Zyprexa aussi, tes carnets de notes Zyprexa... J'suis sûr que pas loin, 'doit y avoir tes caisses de champagne Zyprexa et pis tes chèques Zyprexa aussi. Peut-être là bas, derrière, dans la pièce du fond dans laquelle Gaby vient de se faire péter le caisson...

A ce qui parait, j'me s'rais fait un trip downgrade, j'serais revenu à un mode de pensée humain antédiluvien... C'est mon psy qui le dit... Entre l'écriture de l'Iliade et celle de l'Odyssée, c'est là que la conscience humaine serait apparue ... Elle n'existait pas avant... On voit bien la différence de style entre les deux bouquins... La conscience ? vous voyez de quoi je parle ? C'est le «JE» qu'apparaît à tout bout de champs quand vous réfléchissez, le « JE » qui résonne dans la moindre de vos pensées... Ce «JE» qui vous représente, la projection de vous dans l'abstrait dans lequel on baigne et que vous vous complaisez à voir comme la réalité... Mais si, mais si, par exemple, vous voulez vous prendre une bière dans le frigo alors vous vous dites dans votre tronche : «JE vais décoller mon gros cul du fauteuil. JE vais me diriger vers c'te putain de cuisine. JE vais ouvrir c'te vieille merde de frigo rouillé. JE vais me chopper une bonne bière bien fraîche et me rincer la glotte.» On nous a fait chopper le truc : penser comme çà et pas autrement... et on s'en rend même plus compte. C'est de la pure perversion institutionnalisée... Auparavant, avant que cette déviance qu'est la conscience n'apparaisse, çà se serait plutôt passé comme çà. Une voix dans la tête vous aurait dit : « Lève ton gros cul du fauteuil !» Vous vous seriez exécuté. « Dirige-toi vers ta putain de cuisine, feignasse !» Vous auriez obéi « Ouvre ta vieille merde de frigo, dugland ! » L'ordre aurait été traité. « Choppe-toi une bonne bière bien fraîche et rince toi la glotte! » Vous saisissez la différence, entre l'écriture de l'Iliade et celle de l'Odyssée,c'est la voix de Dieu qu'on a paumé. Un petit tour de passe-passe aura suffit à détourner le destin de l'humanité toute entière à la rendre orpheline. C'est le plus grand hijacking de toute notre histoire. Malgré cela, de temps à autre, des gens comme moi apparaissent spontanément, immunisés contre ce virus socioculturel qui s'est emparé de nos vies. On devrait tous être des schizophrènes, c'est notre condition originelle que d'être à l'écoute des voix. Mais pas d'inquiétude... J'oeuvre dans ce sens... Je reçois les ordres de mission... La révolution est en marche... et çà mon psy n'en a pas la moindre idée...

Parfois je croise certains de mes rejetons et ils me vomissent tout ce qui a décanté dans leur caboche... On bataille un peu, ils ne se laissent pas faire... Puis le feu qui m'habite sort de moi, se répand dans le réel sans pourtant le consumer... Je déclenche une fournaise qui ne dévore que mes concepts... elle les absorbe et alors, des sensations, des résultats et des démonstrations entières s'intègrent à ma pensée centrale... voilà comment que j'réflechis simultanément sur des milliers de trucs... J'dois probablement sectionner mon cerveau en de multiples micro parcelles que je concède consciencieusement comme un bon bailleur de fonds que je suis... je lance des hypothèses incarnées et elles évoluent avec tout le reste du grand merdier qui m'entoure sans que j'aie à m'en soucier... Vaut mieux ça que d'obsédantes circonvolutions stériles qui envahiraient mon esprit, l'encombreraient pour rien. J'accouche de ces idées envahissantes chez moi, le soir, comme j'arrive pas à fermer les yeux... J'baisse mon calebute, j'm'asseois sur le trône et je les largue à la chaîne, je les enfante dans la douleur... Pis elles me quittent, j'leur dis au revoir, bonne chance, à la prochaine... Je ferme la porte derrière elles... Parfois j'guète leur départ au balcon. Autonomes, libres, indépendantes, elles me tournent le dos et disparaissent au coin de la rue...

= commentaires =

Aesahaettr


    le 14/04/2008 à 01:33:15
Un petit peu trop intense.
Jéhosé...     le 14/04/2008 à 01:46:55
La voix off dans la tête du nettoyeur est un peu lancinante, mais l'ensemble est vraiment prenant, flippant. Visuel.
"Fireproof" hu hu! (Entre autres Lapinchienneries!!)
M'a manqué un peu plus d'action pour me sentir l'envie frénétique d'aller cramer tout le monde.
Dans un texte pareil, les fautes d'orthographe sont trop nombreuses, ça, ça m'a ralenti. Putain ! Avec le pognon que vous avez sur la Zone, vous pourriez vous payer un correcteur! Word peut déjà en corriger plus de la moitié tout seul!
Nihil, branleur !!! Au lieu de te les vider sur tes photos !
nihil


    le 14/04/2008 à 02:40:25
Bah à la limite, je t'embauche. Je paye en semence.
Lapinchien


tw
    le 14/04/2008 à 02:47:40
hey ! faut pas y toucher à mes orthogaffes. C'est fait exprès, c'est pour la musique du texte. Et puis elles donnent des informations au lecteur. C'est pas comme si c'était gratuit. d'ailleurs, à vot' bon coeur, m'sieurs, dames...
Kwizera


    le 14/04/2008 à 13:39:16
le seul texte pour l'instant à m'avoir arraché de vrais sourires à la lecture. Surtout là :
"“Alors elle revient toujours en place, ta coupe ?” J' pousse même la chansonnette pour être plus dans le ton : “stu... stu... stu...”, que j'te lui crache à la gueule alors qu'j'l'relève par le col."

comme c'est écrit, ça me plait assez. Enfin, je crois. Vu la longueur et l'état de mes yeux, j'ai lu ça par petits paquets. D'un coup, j'aurais peut-être trouvé ça lourd, ou bien encore mieux. J'laisse le bénéfice du doute.
Strange


    le 14/04/2008 à 13:54:15
Ho ho ho surprise, une fois qu'on a eu le courage de s'attaquer à l'atroce longueur du texte (je suis atroce, ne me lisez pas ou vous mourrez dans d'horribles souffrances oculaires), on découvre un machin super bon. Enfin, moi.

A la base, pas trop mon truc les orthographes hallucinatoires et douées de vie propre, avec des formes mutantes et des contorsions musculaires stupéfiantes, mais il est vrai que ça donne un espèce de GROOVE (oui) sautillant (et absolument insupportable) au monsieur qui refuse ses zyprexa, ce qui est tout à fait à propos et crédible avec la folie du narrateur. C'est tout à fait crédible dans tout l'ensemble, les idées de conspirations de la pensée unique, les concepts hallucinatoires généreusement lâchés dans la nature par ce mégalomane en claquettes, le "feu qui l'habite" (ha ho hi) et l'espèce d'enthousiasme intense speedé à la vitamine C (ou plus car affinités), la sur-interprétation de tout et de tout le monde AVEC DES SIGNES MA BONNE DAME, PARTOUT DES SIGNES RHA. Oui, en fait vraiment toute la psychologie du personnage est très bien faite. Ca aurait presque mérité d'être plus long, afin d'explorer toutes ces facettes insupportablement GROOVY de cette espèce de connard qui se prend quasiment pour Dieu ET SON FEU PURIFICATEUR MON BON MONSIEUR. Je viens de dire "plus long", mais personne le lirait, alors en fait non.

J'avais un a priori sur les textes de Lapinchien qui me venait des profondeurs de mon popotin, pour des raisons doublement X. Mon popotin vient d'être purifié.

En bref, j'ai beaucoup aimé.

PS : J'ai rien dit sur les points de suspension parce que je ne les ai pas sentis passer, mais il y en a quand même un nombre multiplié par beaucoup.

commentaire édité par Strange le 2008-4-14 14:9:14
Winteria


    le 14/04/2008 à 14:58:53
Je suis très partagé.

C'est un vrai bon texte avec une tête et des burnes. Je me suis marré comme un hyène à des passages comme "faire des courbettes en écartant les fesses au d'ssus d'un paillasson “Welcome” avec un pot de vaseline à coté." (parmi bien d'autres), et j'aime beaucoup la réflexion (rien de neuf, mais j'apprécie la manière dont elle est formulée). L'argot me dérange pas, parce qu'il sautille de mot en mot et vient souvent nous péter à la gueule en fin de phrase avec une expression magnifique. Et ça colle bien avec le personnage, qui est impeccable d'ailleurs.


En même temps, cette contribution a de très grosses faiblesses.
Je cite l'orthographe et la ponctuation pour commencer, qui sont des moindres parce que le texte est hautement compréhensible et loin d'être mal écrit. Les points de suspension apparaissent en relief, parvenu à un certain point du texte (quand on commence à se faire chier, en fait ; j'y reviendrai), et alourdissent franchement le style. Du reste, les "çà" m'horripilent, là c'est plus possible, faut arrêter. Je sais pas, c'est basique, et donc à double tranchant : au début on se dit "bon, c'est presque rien, on s'en fout", et puis finalement "MAIS C4EST PAS DUR ENCUL2 ENL7VE CET ACCENT". Voilà pour l'enrobage.

Pour rentrer dans la chair du texte, je trouve que ses deux principaux motifs se niquent la gueule l'un l'autre : on passe de la partie barbare à la réflexion métaphysique de manière brutale, suivant le paragraphe, si bien qu'on en arrive à se demander ce que la dernière vient foutre là-dedans. À la fin ça devient très net : à partir de la parenthèse Julien Lepers, l'examen sociologique et intellectuel envahit tout, et la narration passe à la trappe. De fait, gros sentiment que toute la partie massacre a été complètement vaine. Dans le texte lui-même, c'est déjà chiant ; dans le cadre de la Saint-Con, on gueule au portnawak.

Enfin, gros souci de clarté, qui résulte de ce que j'ai dit plus haut :
Trois heures du mat', boîte de nuit, OK.
Plus tard dans la nuit (?), massacre d'écologistes dans leurs locaux ouverts : gros point d'interrogation dans ma tronche. Je finis par me convaincre que ces gens-là ne sont vraiment pas comme nous, et ça passe.
Arrivent quelques nouveaux paragraphe de diatribe anti-formatage, et puis la narration reprend chez le psy. Là, wtf massif. Je suis ouvert à l'ellipse et au flashback, mais cette fois-ci j'ai rien compris.
C'est à partir de là que je commence à me faire chier, et que je repère les points de suspension.
Soit c'est vraiment mal foutu, soit j'ai rien entravé. Dans les deux cas faut m'expliquer.

Commentaire édité par Winteria.
Lapinchien


tw
    le 14/04/2008 à 16:56:31
welcome to schizophrenia
Winteria


    le 14/04/2008 à 17:05:36
Toujours pas compris. Sois encore plus concis, pour voir ?
Kwizera


    le 14/04/2008 à 17:49:41
A une époque j'avais cherché sur plein de textes de LC pour comprendre l'origine de ce "çà" avec accent. Puis j'avais fini par obtenir une réponse du genre "C'est à cause de Groland". Gné ? Je pense qu'un jour on aura une explication. Ou pas.
Hag


    le 14/04/2008 à 19:43:42
Nous avons un avis assez partagé sur ce texte. Certain ont bien apprécié la confusion ambiante, mais je trouve (et je ne suis pas seul) que ça nuit trop à la bonne compréhension du texte. Les premiers me trouve moi et mes compagnons certes trop formalistes, mais je tiens à dire que je les encule d'importance.
nihil


    le 14/04/2008 à 19:45:00
Les cons sont bien choisis en tous cas. J'aime bien le laïus sur la Nature en tant qu'ennemie de l'homme, qu'il doit s'efforcer de combattre de son mieux. J'avais déjà lu ça dans Survivance je crois, peu ou prou. Un bon décrassage express des idées reçues.
Lahyenne


    le 14/04/2008 à 20:13:03
Lapinchien je t'aime.

Plus souvent des textes, c'est possible ?
La confusion, la richesse et la folie.
Encore!
Glaüx-le-Chouette


    le 15/04/2008 à 11:45:09
C'est très bien, c'est vivant, j'aurais juste cramé le narrateur en fait, mais bah, je m'en fous, j'ai eu plaisir à le lire (malgré les, le, blablabla, machin, pas envie de faire des efforts de commentaire je crois). Pour ce qui est de l'Iliade et de l'Odyssée, c'est bien un truc de psychologue ignare de les diviser, ce sont deux parties restantes de tout un cycle épique constitué par des dizaines et des dizaines de récits, et continu. Y a la différence dite en raison de la fable mais absolument pas en raison d'une quelconque apparition de la conscience, c'est des légendes qui tournaient ensemble, à la même époque, oralement, sans auteur défini ni théorie psychoprout sous-jacente à la con. Voilà, c'était pour sortir ma bite en passant.
Lapinchien


tw
    le 15/04/2008 à 15:24:45
J'ai dû confondre avec l'Enéïde.
En même temps un con-fondu, c'est de saison.
Astarté


    le 15/04/2008 à 16:53:51
Alors là je me suis régalée, putain de personnage, flippant, émouvant, schizo quoi.
Nan sérieux j'ai eu envie de me suicider.
Je vais le relire.Je me suis marrée par moments mais jaune...vert.
tain' de perso, bravo Lapin

Mais je voterais pas pour toi pour la St Con.

Comme LH : encore

Quelqu un


    le 17/04/2008 à 02:34:44
Une bonne dose de coke aide beaucoup pour comprendre...
J'en ai pas pris assez, j'ai rien compris !
Kolokoltchiki


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    le 18/04/2008 à 01:24:43

Un personnage vraiment cinglé/attachant/effrayant/intelligent/et quand même bien violent qui me rappelle un peu Marv de Sin City.
Le texte en lui même est un peu long et dur à suivre par moment, mais j'imagine que ça reflète les pensées du personnage, et ce de façon très "visuelle" (on s'imagine chaque scène avec facilité et amusement).
En plus j'aime bien l'idée de la schizophrénie et de l'ange qui prend plusieurs apparences.

Mon préféré pour l'instant.

Mill


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    le 18/04/2008 à 18:50:18
J'adore ce texte. Jouissif, stupide, au style ultra-personnel. Terrible!!
Aka


    le 19/04/2008 à 13:21:52
C'est excellent (j'ai adoré le passage avec Julien Lepers) mais très dense, comme d'hab. Effectivement le côté argot n'aide pas. J'ai quasiment gardé le meilleur pour la fin en fait. Je suis contente. Youpi.
Lemon A


    le 20/04/2008 à 19:22:55
Effectivement tres dense et foisonnant. J'admire la créativité trépidante des expressions, des images, des idées...

Un genre de bombardement, un feu d'artifice. Le meilleur texte pour l'instant.

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