LA ZONE -
Résumé : Omega fait un concours de répartie contre lui-même et s'auto-sabote la gueule dans ce dialogue absurde entre l'auteur et un admirateur fictif. C'est totalement non drôle (à quelques exceptions près) et d'une futilité à faire fondre mon écran. Sale pute, je t'enverrai la facture.

La menace venait de l’extérieur

Le 14/05/2008
par Omega-17
[illustration] Certains prétendent qu’on est toujours dérangé par le téléphone ou une autre intervention électronique quand on fait quelque chose qui mérite une attention particulière. Moi, je ne fais que des choses anodines par choix et je suis donc immunisé contre ce fléau. Il n’empêche que ça avait sonné à la porte quand même. A la mienne en plus.
Etrange, je n’ai pas d’amis pourtant…
Bon, allons reconduire cette personne égarée.

- Hum ?
- Bonjour. Je suis la menace qui venait de l’extérieur.
- Ha ha. Très drôle.
- Non, c’est vrai.
- Vous avez raté votre coup, je faisais un truc futile et vous ne me dérangez pas énormément.
- Laissez-moi entrer alors.


Il m’avait pris à contre-pied, je m’ étais fait avoir comme un bleu.

- C’est coquet chez vous.
- Ouais.
- Non, je plaisante. En plus vous avez des rideaux verts. C’est vous qui les avez choisis ?
- Non mais je lui dirai, ça lui fera plaisir.
- Ah oui, à votre amie. C’est vous qui l’avez choisie ?
- Non, c’est le whisky mais je lui dirai, ça lui fera plaisir.
- Je savais que vous étiez un peu absurde.
- Tant pis pour l’effet de surprise.
- C’est sans importance. L’essentiel étant que vous arriviez à vous faire passer pour plus malin que vous n’êtes par ce truchement.
- Quel mot incongru.
- Je savais qu’il allait vous interpeller, c’était un test.
- Votre but n’était pas de me déranger pendant mon occupation particulière mais de devenir mon occupation particulière : j’ai compris. Je n’ai plus qu’à attendre que le téléphone sonne pour me libérer.
- Tricheur : vous avez préparé cette réplique.
- J’avoue.
- Vous ne vous embarrassez pas des règles du jeu, vous aimez bien faire le mariole avec des pirouettes sémantiques, ça aussi je le sais.
- Moi je trouve que vous êtes inoffensif comme menace et ça la fout mal.
- Ca c’est parce que je suis à jeun.
- Le protocole voudrait que je vous propose un verre.
- Et vous ?
- Je fais partie de l’opposition : on parlemente, là.
- Tenez-moi au courant de la progression.
- Ca y est, j’ai plié.
- Vous êtes faible comme je le subodorais.
- Oui.


Là j’ai mis « Make your own kind of music » des Mama’s & Papa’s en prenant l’air du mélomane qui a déjà rencontré MC Solaar un jour dans une ruelle sombre, histoire de marquer mon territoire et j’ai sorti mon rhum Lidl spécial ‘Menace venant de l’extérieur’.

- Vous amenez cette bouteille en marchant de travers, faîtes attention.
- Je danse.
- Comme vous écrivez : en restant hors de portée de l’entendement commun.
- La flatterie ne prendra pas, Max.
- Ah oui, je vois : c’est une galéjade Lidl combinée à une référence malicieuse. Bien vu.
- Un dessin animé, je crois. Mais vous pouvez m’appeler Omega.
- Je ne voulais pas être impoli mais si vous insistez.
- Alors ? Vous êtes venu pour vomir des cocktails bon marché sur mon carrelage ou vous avez une raison valable ?
- Je suis un fan. Je lis tout ce que vous produisez.
- Vous croyez être le seul ?
- Vous avez l’air de penser que ce n’est pas le cas.
- Je sais qu’on peut émerveiller les gens avec pas grand-chose.
- Je ne vais pas vous contredire, j’ai moi-même été surpris en parcourant certains de vos écrits : j’y ai noté plusieurs idées fameuses.
- Qu’est-ce que vous voulez que j’y fasse ?
- Ne vous emballez pas, à une lettre près ça aurait donné fumeuses.
- Entre l’admiration et le mépris, la frontière est mince, vous ne m’apprenez rien.
- L’expérience de la vie commune avec des rideaux verts vous a rendu philosophe, c’est une information que je retiens.
- Vous faîtes partie des individus qui me donnent soif.
- Vous dites ça pour briser la glace, je présume.
- Non, c’est juste pour faire diversion pendant que je me ressers.
- Astucieux.
- N’est-ce pas.


Ce type n’était pas très net, j’ai prétexté le besoin irrépressible de m’accoupler avec la cuvette des WC pour l’observer furtivement à l’angle du couloir. J’avais appris cette technique en lisant des manuels d’entraînement à la survie en milieu extrême.

- Je vous vois, Omega.
- Non.
- Si, vous êtes allongé par terre et vous vous servez d’un magazine roulé comme lunette d’approche.
- Non.
- J’ai des révélations importantes à vous faire, venez.
- Non.
- Ne faîtes pas le Marine, voyons. Vous n’êtes pas taillé pour les combats de ce genre.
- Qu’est-ce qui vous permet d’affirmer ça ?
- C’est évident, regardez-vous.
- Cette réponse est déplacée, je pourrais en référer au haut commandement.
- Vous n’en ferez rien.
- C’est exact. Mais vous avez de la chance.
- Allez, reprenez-vous.
- J’arrive, il faut juste que je sécurise le périmètre, on est jamais assez prudent.
- Très bien.


Son acuité visuelle lui avait donné l’avantage. Je n’allais pas me laisser prendre par le flanc pour autant. C’était moi l’écrivain et lui l’inconditionnel qui avait fait le déplacement. Chaque chose à sa place. Il suffisait de faire bonne figure, revenir s’asseoir en écartant bien les genoux afin d’occuper l’espace, pencher la tête en plissant un peu les yeux à chaque phrase de l’interlocuteur et dominer l’échange par le biais de conjonctions adroitement disposées.

- Ah, vous voilà.
- Eh bien je crois qu’on a tout de même réussi de par le fait à les bouter hors du secteur. En outre, ils y réfléchiront à deux fois avant de retenter une percée à travers les lignes que nous avons par ailleurs dûment renforcées. Conséquemment à cette opération, vous n’aurez désormais plus rien à craindre, mon cher Max.
- Je n’ai jamais remis en cause vos compétences ; incidemment, votre dispositif de conjonctions frisant la surcharge pondérale, je ne vous félicite qu’à moitié.
- Le but de votre visite, à présent. Avant que je me mette à baver sur le coussin et que votre discours ne devienne plus qu’un vague murmure incompréhensible.
- J’allais y venir : j’ai eu vent d’une information capitale. A savoir que si vous n’arrêtez pas d’écrire de manière définitive, la réaction en chaîne ainsi générée pourrait entraîner à terme la fin de l’humanité.
- J’ai toujours su que j’étais destiné à de grandes choses.
- Là encore, je plaisantais. Vos textes ne changeraient même pas le cours de la sardine à la criée de Dakar.
- Elle était préparée, celle-là. Je vois encore le papier alu qui dépasse.
- C’est vrai. Toutes mes excuses.
- Elle est inspirée de mon pamphlet sur Richard Bohringer, en plus. Vil copiste.
- Il était fabuleux à ce propos, je l’ai lu à mon chien.
- Et qu’est-ce qu’il devient ?
- Il s’est mis à fixer la nature morte qui est accrochée au mur de la chambre et n’en décolle plus.
- Finalement vous êtes une menace, j’en conviens. Vous cachez bien votre jeu mais la nature morte, c’est un signe qui ne trompe pas.
- Vous êtes cruel, les agrumes y sont représentés avec beaucoup de finesse dans le trait.
- Posez très lentement votre verre, Max. Je suis aussi sérieux qu’un déménageur breton peut l’être alors obtempérez sans sortir de répliques tordues sinon ça va me pousser à vous faire des choses dégueulasses avec des bougies.


Je le tenais en joue avec un album de Garou ; le livret dans l’autre main, prêt à lancer mon incantation en guise de représailles. Il était fait comme un hérisson sur l’A7 un 1er juillet.

- Avant que vous ne m’abattiez, je dois vous dire que ‘Reporter du dimanche’ est de loin votre meilleur texte.
- Je n’aurai aucune compassion, Max. C’est fini.
- Je savais que je périrai. Avant de me présenter chez vous, j’ai aperçu une escadrille de vautours qui se dirigeait vers l’ouest.
- Cependant, il y a quelque chose d’assez curieux là-dedans parce que je viens à peine de finir la nouvelle dont vous me parlez. Que vous l’ayez déjà lue me paraît improbable. Vous essayez de pénétrer mon esprit et de créer un phénomène d’autosuggestion pour vous en sortir encore une fois. L’échec de votre entreprise ne fait pas le moindre doute, abandonnez.
- Vous n’êtes pas homme à vous à arrêter à ce genre de détails, si…
- Je suis homme à ne jamais m’arrêter, c’est pas faux.
- Voilà, c’est cette arrogance que j’aime dans ce que vous faîtes. Même quand vos écrits sont encore plus mauvais qu’à votre habitude, vous avez assez de cran pour affirmer le contraire sans broncher. C’est plutôt rare, ils finissent tous par céder un jour ou l’autre dans des mea culpa et s’embourbent toujours au bout du compte.
- Mais moi non.
- C’est ça : vous non. Vous partez embourbé au commencement, c’est ça qui met le doute dans l’esprit de vos détracteurs.
- Admettons.
- Non, pas « admettons ». C’est très exactement ça. Soit ils sont tous dans le vrai, soit vous êtes le seul à avoir raison, c’est le genre de duel de probabilités qui fait s’enthousiasmer les foules. Dans les paris à 100 contre 1, les gens adorent croire aux chances infimes du perdant annoncé. C’est dans leur nature. Dans la vôtre aussi.
- Vous êtes en train de me dire que je suis un tocard.
- C’est le terme utilisé dans le langage hippique en tout cas, je vois que vous suivez.
- Un peu que je suis. Au taquet. Regardez : je vous mets une dose létale pour la peine.


J’ai attaqué le premier couplet et je dois dire que ça n’a pas pris longtemps pour en observer les effets. Il est resté propre jusqu’au refrain et là, il a commencé à suinter un liquide jaunâtre en hurlant « Make your ownn kiinnnd of musiiic ». Il gigotait tellement que je me suis dit qu’il allait exploser. J’ai reculé prudemment et je me suis envoyé une rasade au goulot. Ca ressemblait à une crise d’épilepsie mais celle-là, elle allait disperser son corps de pantin dans mon appart.
Il a fallu que j’ignore ma mère qui me disait « Baise-moi le cul, vas-y éclate-moi, je suis toute seule devant Julien Lepers avec mon kir » parce que sinon je savais que j’allais perdre le contrôle de la situation. Il arrive souvent qu’elle s’immisce dans ma tête, c’est pour ça que je dois la pendre au balcon de temps en temps. Un jour, je lui ferai bouffer ses canaris, la cage avec. Quand je serai grand, je le ferai. Dès que j’aurais fini d’écrire, l’humanité revivra, il y aura des canaris partout et ma mère n’aura plus la tête de Bernard Tapie, je le jure. Putain mais qu’est-ce qui se passe ???

J’ai remarqué que l’environnement était devenu très clair, d’un coup. En fait le brouillard s’était levé, on voyait plus à un mètre. Comme ça, en plein salon. C’était complètement insensé et légèrement douloureux comme sensation et si une chose était sûre, c’était que je ne n’aimais pas la tournure que les choses prenaient. J’ai tout de suite suspecté un complot à mon encontre lorsque des types en treillis ont commencé à crier ‘Enemy spotted, enemy spotted’ en lançant des flashbangs dans la pièce. Le spectre de la lumière a permuté dans la gamme des verts et honnêtement je ne voyais pas le rapport avec le reste. Mon cerveau semblait avoir été réinitialisé, quelqu’un avait coupé le courant et rebranché juste derrière, j’étais incapable de me repositionner dans le contexte de ma discussion avec Max. Il était passé où d’ailleurs, celui-là ? Puis quelque chose m’est revenu : le souvenir d’un bruit, en fait c’était plutôt le souvenir d’une sirène ou d’une alarme, pénible en tout cas ; un évènement grave s’était déroulé et il fallait peut-être que j’agisse, c’était tout ce que je savais. Et c’est là que je l’ai vu : le rideau. Le rideau vert.
Oh putain…
Rideau vert donc lumière verte : compris. Pour réfléchir jusqu’à en arriver à une conclusion cohérente de ce niveau, je devais défaire un paquet de nœuds, l’effort mental était intense mais pourtant une entité supérieure me soufflait que c’était primordial et j’étais trop faible pour lui opposer une quelconque résistance.
Mais alarme ? Ben quoi, qu’est-ce qui y a, alarme ? Merde, le réveil…
9h15.
Il était vraiment temps que je me lève pour écrire une vieille nouvelle nombriliste en reprenant le concept original du gars qui avait rêvé.

= commentaires =

nihil


    le 14/05/2008 à 18:09:11
Tiens, une image avec des hommes nus moches devrait suffire comme punition.
Wold


    le 14/05/2008 à 19:37:35
faisons de l'esprit,c'est a dire masturbons nous sauvagement jusqu'a ce que notre matiere grise se repende sur les visages
Max la menace     le 14/05/2008 à 19:52:44
la laideur de l'image est proportionnelle à l'absurdité du texte. bel équilibrage
Aesahaettr


    le 15/05/2008 à 15:06:18
*prendre un accent de jeune parisien qui habite quartier de l'Opéra, au pire*
"C'est trop frais, c'est drôle et c'est complètement sain, quoi."
Ce texte n'aurait rien à foutre sur la zone sans le passage avec Bernard Tapie.
Y'a des trucs inutilement chiants, comme le débat "la place de l'auteur par rapport à leurschattesleurschattesleurschattes", ce dont osef Staline;
mais y'a aussi de vrais morceaux d'humour, un peu disséminés. J'ai ri plusieurs fois.
Baclé/trop perso/peu zonard, il faudrait rajouter un truc genre les "Golden Egotistes" pour certains textes.
J'aime bien l'image.
Narak


    le 16/05/2008 à 09:58:18
Ouais, on dirait moi en train d'écouter un vinyle des Mamas and the Papas.
Glaüx-le-Chouette


    le 19/05/2008 à 13:01:04
stabilocock
Aesahaettr


    le 19/05/2008 à 14:11:36
Sa v3 d1r Koi stabilocock" lol ?
Glaüx-le-Chouette


    le 19/05/2008 à 14:25:04
C'est transparent, ctb.
Aesahaettr


    le 19/05/2008 à 15:33:27
Google est un meilleur ami que toi, et il a un nom moins ridicule.

Stabilocock (n, m) : argot autistique définissant l'intellectualisme masturbatoire et/ou égotiste. Du moins on le pense, la voie de l'autiste étant, comme le cul de ma mère, impénétrable par le commun des mortels.
On retrouve des traces du stabilocock dans les temps anciens, comme sur cette inscription à l'entrée du mur des chiottes : "Lasciate ogni Stabilocock, voi che entrate".
Kolokoltchiki


site blog fb
    le 25/09/2009 à 16:46:16
J'aimais bien l'idée d'un dialogue totalement absurde avec soi-même, mais en fait ça devient très vite chiant.
Anonymus     le 25/09/2009 à 20:36:10
On en a rien a foutre, Kolokoltchiki.

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