LA ZONE -
Résumé : Un article fourre-tout, qui ressemble un peu à un édito par la juxtaposition de paragraphes sans grand rapport, mais dont la plupart tourne autour de l'acceptation générale des consensus mous. Article à l'origine d'une polémique à suivre dans les articles Réponse... et Philoscorbutie

Etat des lieux

Le 20/03/2002
par nihil
[illustration] Je suis de super mauvaise humeur, allez savoir pourquoi, donc je taxe le créneau "dénonciation" de Gwen, et j'en balance un peu pour mon compte, à tort et à travers évidemment, comme d'habitude.

Moi y a un truc qui m'horripile, c'est les consensus mous. Cette espèce de saloperie qui tire tout le monde vers le bas sous prétexte de complaire à tout le monde. C'est valable pour tous média qui s'adresse à un public, quel qu'il soit, et j'imagine que c'est même valable pour ce site.
Le but ultime de tout média est de s'adresser au plus grand nombre (mélange de logique capitaliste pour les médias payants et d'amour-propre, d'influence sur le public etc...) et pour ça, il ne faut pas choquer l'auditeur potentiel. Ne pas choquer. Pour ne pas choquer il faut supprimer tout élément susceptible de ne pas convenir à la norme. Déjà ça ça me gonfle. On supprime toutes les franges un peu extrêmes, tout ce qui sort du discours convenu, formaté de la norme, tout ce qui risquerait de faire bouger quelque chose. Et ce sont les gens qui contrôlent les médias qui décident de ce qui doit être diffusé ou non. C'est ça le consensus mou : quand on en arrive à édulcorer tout discours, à tout ramener au centre dans l'espoir de ne choquer personne. Même des élements qui n'auraient offensés personne disparaissent uniquement parce qu'ils paraissent décalés.
L'autre jour, Webzinemaker, le site qui nous hébèrge a supprimé un message de pub pour le Consortium des Débiles Mongols (CDM Inc.) = Zone + Scorbut que j'avais laissé sur leur forum. Apparemment trop offensif. Outre le fait qu'ils n'ont pas su discerner l'humour dans le message (non les gars, je ne parlais pas sérieusement d'éradiquer l'humanité de la planète, je vous assure), ils se sont laissé aller à ce qu'il y a de pire : manipulation, prise d'influence sur les lecteurs, destruction des franges. Ils représentent en concret toutes ces saloperies de médias qui formatent, qui cassent toute différence, toute aspérité.
Bienvenue dans le royaume sacré de la norme et de l'immobilisme.
Et puis allez vous faire foutre.

Nous, à la Zone, on aime bien les chanteurs morts. Un qui mériterait d'entrer dans cette catégorie-reine et reconnue, c'est Jean-Jacques Goldman. Après avoir séduit toutes les jeunes femmes bien sous tout rapport, qui ne pensent qu'à leur mari, leur maison à crédit, leurs gosses et le chien, après être devenu le Messie des midinettes à la con qui n'osent pas avouer qu'elles écoutent Céline Dion en secret, M. Goldman décide de nou infliger cette monstruosité molle, bien-pensante, neuneu qu'est "Ensemble". On le connaissait déjà comme pape du Politically Correct, mais là ça dépasse tout. Jeunes gens beaux et souriants qui chantent en coeur, textes à la guimauve et musique douce. Les chanteurs morts, ouais. M. Goldman est déjà un chanteur, on ne peut que lui souhaiter de crever la gueule ouverte pour rejoindre le panthéon des nazes qui se prennent pour des artistes.

Zapping : journal télévisé, petites phrases de candidats en campagne. Des mecs qui bossent ensemble depuis trente ans, amis dans le civil, qui s'entretuent un mois avant les élections, je veux bien. Des programmes identiques, je veux bien. Mais que tout le monde, les politicards eux-mêmes, reconnaisse qu'une victoire ne se joue que sur la bonne image du candidat, sa cote de sympathie, sa gueule, son age, son sourire, sa façon de parler, voilà qui ne laisse pas de me surprendre.
Zapping : émissions carrées, rôdées, toutes les mêmes. Toujours les mêmes invités partout. Promo à outrance.
Zapping : insécurité à tous les étages. Là encore un mois avant les élections. Ben voyons.
Zapping : films vus et revus, bien clean, modèle épuré, gentils et méchants que même Georges Bush saurait reconnaître au premier coup d'oeil. Aucune place pour des films d'auteurs un peu différents du moule pré-établi.
Zapping : journal télévisé encore. L'actu internationale qui passe après les accidents de la route, les faits divers, le foot et les reportages sur la bonne saison des stations de sports d'hiver. Faut avoir le sens des priorités et cerner ce qui intéresse le spectateur.
Implosion de la télé à coups de batte de base-ball.

Quand on tape "révolution" dans un moteur de recherche Internet, 90% des réponses concernent des nouveaux produits "révolutionnaires", ou alors des groupes de zique soit-disant pour jeunes. Les temps changent.

Il y a des problèmes plus graves que ça sur Terre, mais voir cinq pétasses modèle Spice-girls recrutées sur contrat pondre un disque en deux jours et revendiquer le statut d'artistes à part entière, ça m'afflige. Et elle vendent des millions de galettes. La culture est un produit et tout le monde s'en fout.

Scorbut est enfin arrivé sur la Zone en temps que second rédac chef (édito, gestion des articles). Gwen et Djinny inondent le site d'articles, Amanite en prépare deux, Shirow fait exprès de se foutre sur la gueule avec les gonzesses de son boulot pour avoir de la matière à un article "Pétassofight". Steph West est en passe de terminer notre futur site, qui promet d'être merveilleux. Tout va bien, tout roule. Et tout le monde s'engueule comme du poisson pourri et personne répond à mes mails, comme d'habitude. Parfait, c'est parfait.

J'ai calculé que ça faisait six ans que je n'avais pris plus d'une semaine de vacances à suivre. Parait que je suis pas le seul dans ce cas-là. Heureusement que les congés payés ont été inventés. Et après on s'étonne que je suis pas foutu de finir la rédaction de mon bouquin. Qui de toutes façons sera refusé par les maisons d'édition, car trop offensif. Cf passage sur le consensus mou.

Quand j’ai le malheur de dire à des gens que j’ai une approche négative de la vie, tout le monde essaie de me rassurer, presque de me consoler : «mais non, je suis sur que dans le fond tu vois les choses plus ou moins de manière positive», «finalement le positif, le négatif, c’est des extrêmes, ça se rejoint et ça revient un peu au même». Mais putain, lâchez-moi avec votre optimisme d’aveugle abruti, est-ce que quelqu’un va finir par comprendre que j’ai choisi d’être négatif, que c’est comme ça que je veux penser, et qu’il n’y a rien que j’abhorre plus que votre joie de vivre merdeuse et votre positivisme béat ! C’est pas une tare génétique incurable, rassurez-vous, je ne vais pas mourir, les gens réagissent comme si j’avais le cancer, ils sont désolés, ou bien ils ricanent secrètement devant cette preuve d’immaturité.
Quand j’explique que l’homme ne devrait pas vivre en communauté, qu’il ne fait que s’auto-détruire et détruire les autres à partir du moment où il est en présence de ses semblables, que toute notion de société et même de couple est pour nous synonyme d’aliénation et de compromis, on rigole en me demandant si je souhaite que chacun vive dans son coin et fasse pousser ses propres légûmes pour survivre. Non. Ce n’est pas ça que je souhaite. Je voudrais simplement que l’humanité disparaisse de cette planète comme la pourriture de gangrène qu’elle est.

Ce qui m’emmerde, c’est même pas tant les règles, les lois et tout ce qui nous contraint à vivre sous le joug d’un système qu’on a pas choisi et qui nous écrase, c’est plutôt cette acceptation muette de chacun, cette douce inertie qui nous fait hausser les épaules lorsque quelqu’un parle de changement, qui nous fait rester à droite de la route même quand il n’y a personne à gauche. Cette volonté propre de ne pas être libre, surtout pas, de toujours avoir un cadre à respecter même lorsqu’on ne risque pas de faire du tort à qui que ce soit. On s'implique nous-même dans le consensus mou.
Je vois pas l’intérêt de m’impliquer dans une quelconque action politique ou militante ou quoi que ce soit dans ces conditions. Je vais donc me contenter de dézinguer tout ce qui bouge sans proposer la moindre solution constructive, comme je l'ai toujours fait.

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