LA ZONE -
Résumé : Quand Ocus, un zonard des années 2002-2004, rien de moins historiquement que l'auteur du second commentaire le plus ancien de la Zone, se matérialise brusquement dans la liste des articles en attente pour poster son premier texte depuis douze ans, on se surprend à espérer que les morts commencent à ressusciter, le temps de réaliser que les trompettes n'ont point sonné. Puis on lit les premiers mots : 'Bordel. Comment ça a pu foirer à ce point ?' Et là on s'interroge : l'auteur va-t-il nous interpeller sur l'état dans lequel il retrouve la Zone ? Ignore-t-il tout, vraiment, des lois fatidiques de la thermodynamique et de l'impitoyable flèche du temps ? Qu'on se rassure, voici tout simplement une nouvelle zonarde à l'ancienne et, ma foi, c'est bien venu du revenant.

Volume deux sur un

Le 31/08/2016
par Ocus
[illustration] Bordel. Comment ça a pu foirer à ce point ?
L’excitation a laissé place à l’incompréhension et il a toujours mal à la jambe. Il est maintenant là, assis sur le coin du lit face à la porte, depuis un moment qui semble une éternité. Il a beau retourner le sujet dans tous les sens, aucune explication logique ne se présente à lui.

Le plan était simple et bien rodé en théorie. Ce plan, il l’avait échafaudé, mis en pratique et répété un nombre incalculable de fois dans sa tête.

Bordel. Il lui faut un verre.

Il avait arrêté de boire quelques mois auparavant. Il était victime du syndrome du verre plein : il pouvait picoler des heures durant, pour peu qu’il ait un verre rempli devant lui. Il buvait en espérant que ça allait le rendre moins malheureux. Ça n’avait jamais vraiment fonctionné. Alors, il a arrêté.

Maintenant, il ne peut plus supporter la présence de gens alcoolisés, même s’ils sont toujours moins bourrés que lui l’aurait été en temps normal avant. Quand il les voit lutter à articuler les trois mots d’une phrase, tituber ou carrément se casser la gueule par terre, il a honte. La honte à posteriori. D’avoir ressemblé à ça. En pire. Et puis, ça lui rappelle son père.

Le verre est donc exclu.

Et de toute façon, il ne buvait jamais seul. Pacte d’alcoolique.

Remarque, il n’est pas vraiment seul, mais vu leur état, ils ne sont pas en mesure de boire. Plus jamais.

Bordel. Ça a vraiment merdé.

Elle, est là, allongée sur le dos du côté de la fenêtre ; et lui, est là aussi, en partie, allongé sur le flanc droit, tourné vers elle.

L’autre partie de lui a roulé vers la porte en laissant derrière elle une trace rouge, après coup surprenamment plus sombre que ce à quoi il s’était attendu, puis s‘est arrêtée net.

Tout ça, il l’avait perçu dans l’obscurité.

C’était en se précipitant vers l’interrupteur qu’il s’était salement tapé le tibia dans un truc qui n’aurait pas dû être là.

Bordel. En 35 ans, rien dans cette pièce n’avait jamais été enlevé, ajouté ou bougé. Et il connaissait les lieux par cœur.

A ce moment, il s’était rappelé qu’il avait failli se vautrer dans l’escalier qui monte à l’étage en marchant sur des machins un peu mous.

Bordel. Ce n’était pas normal ; ici, rien ne changeait jamais, rien ne traînait jamais. Nulle part. Tout était toujours pareil. Partout.

Il avait réussi à atteindre le bouton et à allumer. Et quand ses yeux avaient enfin eu fini de lui faire plus mal que sa jambe, il avait enfin pu constater à quel point c’était la merde et il avait laissé échapper un juron et la hache qu’il tenait toujours

Il avait constaté mais il ne comprend toujours pas.

Sur le lit, ce n’est pas sa mère.
Sur le lit, ce n’est, en partie, pas son père.
Sur le sol, la tête n’a pas de moustache. Elle avait toujours eu une moustache.
Sur le sol, ce n’est pas non plus la tête de son père. Il avait toujours eu la même tête.

Bordel. Qui sont ces gens ?

La chambre n’est pas vraiment la même non plus. Ce truc dur contre lequel il a failli perdre sa jambe, c’est une putain d’énorme valise de voyage aux coins renforcés.

Qu’est-ce que c’est que ces conneries !?

Bordel. Il faut que tu te bouges de là, c’est un putain de cauchemar.

Il se lève et sort en évitant de shooter la tête au sol. Il se précipite à droite dans l’escalier qui est partiellement éclairé par la lumière restée allumée dans la chambre. Il évite de poser sa guibolle douloureuse sur les chaussures posées sur les dernières marches, en bas.

Alors qu’il enjambe la porte d’entrée, verte et rabattue selon un angle nul par rapport au sol, son téléphone portable vibre pour lui indiquer qu’il vient de recevoir message.

Bordel. Il ne reçoit jamais de message.

A demi pétrifié, il sort l’engin de sa poche.

Maman - 22:07:
Patrice, nous sommes bien arrivés à Saint-Jean-de-Lulz. C’est vraiment très joli, il y a longtemps que ton père et moi aurions dû faire cet échange de maisons pour les vacances, c’est mieux que la location. J’espère que ce gentil petit couple est bien installé chez nous ! Bisous, Papa et Maman.


Ce soir là, à ce moment là, Patrice se répète : BORDEL.

Finalement, Patrice n’a juste pas de chance.

= commentaires =

Lapinchien


tw
    le 31/08/2016 à 12:35:50
je trouve que l'idée est bien sympathique, effectivement zonarde à l'ancienne, zonarde comme il faudrait que ça redevienne en fait. Bon, bordel, j'ai quand même vu la fin venir avec ses gros sabots. J'avais même espéré que ce ne serait pas ça pour me la péter dans les commentaires.

Je trouve que traiter surtout pas l'actualité à chaud mais notre contemporanéité, ce qui s'est installé dans l'air du temps, insidieusement, sans qu'on s'en rende compte, ça faisait vraiment parti de l'esprit zonard initial et ça fait super plaisir de le retrouver.

vivement d'autre textes dans le genre avec une approche sombre, débile, violente traitant de notre contemporanéité à la con telle qu'elle s'est bien installée sournoisement sans qu'on la voit venir, remplaçant tous ses rêves de colonisation de l'espace qu'on nous avait foutu dans la tête quand on était gamins.

Vivement des textes sur blablacar et les furets point com, booking point yeah , le velib' , zalendorenza point com , les ateliers meatic , najat vallaud belkacem regarde des films de gladiateurs en VOST latin et tinder surprise ta chatte ta chatte ta chatte, koi.
David


danse avec lilou    le 31/08/2016 à 13:20:54
Salut,

Oui, c'est délire, j'aime bien comme se présente le truc bizarre plus bizarre encore que celui qui fait jurer le héros : un sacré parenticide ! On comprend qu'il comptait tuer ses parents avant qu'il ne comprenne qui il a vraiment tué, c'est assez fort, bravo !
Lapinchien


tw
    le 31/08/2016 à 13:43:42
d'ailleurs "un sacré parenticide !" ça ferait un bon concept et nom d'émission pour remplacer le jeu sur TF1 où des propriétaires d'hotels s'affrontent entre eux
Muscadet


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    le 31/08/2016 à 20:41:38
Enjamber une porte à angle nul par rapport au sol, c'est une belle trouvaille.
Ocus


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    le 31/08/2016 à 21:47:50
C'est pas une première. Un texte en parlait déjà ya 12 ans. Bref, on se revoit en 2028
Muscadet


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    le 31/08/2016 à 23:44:44
Si 2028 il y a.
Lapinchien


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    le 01/09/2016 à 00:01:15
bienvenue au club de ceux qui ont un vortex dans leur salon et ne savent pas quoi en foutre.
Dourak Smerdiakov


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    le 01/09/2016 à 16:57:44
L'épouser ?
Lapinchien


tw
    le 01/09/2016 à 17:10:48
j'ai déjà eu du mal à le déplacer près du toboggan et du pianiste holographique en boucle alors j'imagine même pas les efforts qu'ils faudrait déployer pour l'emmener publier des bans de mariage à la mairie. Et puis la polygamie même avec un vortex c'est mal.
Lunatik-


    le 27/02/2018 à 23:12:50
Ce second opus étant meilleur que le premier, je note dans mon agenda de revenir en 2028 pour le Volume trois sur un.

= ajouter un commentaire =



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