LA ZONE -
Résumé : Il se raconte dans des contrées lointaines, passées, futures et proches, et dans pas mal de mondes parallèles et perpendiculaires aussi, que le soir du duel télévisé du second tour des présidentielles 2012, un superbe discours en réponse à l'ignoble anaphore de triste mémoire "Moi, président" de François Hollande, avait été longuement pensé puis couché sur le papier par Didier Barbelivien pour son copain de toujours, Nicolas Sarkozy afin de lui venir en aide en direct. Ce discours, lui-même anaphorique, fut cependant envoyé par texto et s'évapora dans les méandres du réseau 3G peu fiable de l'époque et du coup, Sarkozy privé de répartie, désarçonné, perdit et le débat et les élections, bec cloué par ce flow socialo-bisounoursien de promesses honteuses qui n'eurent jamais de lendemain, mais qui sur le coup charmèrent un électorat crétin. Plus qu'un discours, c'était une leçon de vie, une leçon de développement personnel pour tout un pays en panne d'avenir, de désirs et de rêves. Fou de rage par l'incompétence (ou peut-être pire, le zèle) des techniciens cryptobolcheviques des télécommunications françaises, Didier Barbelivien déchira ce texte exceptionnel en de tous petits petits petits morceaux, bien plus petits que la taille des caractères de la police utilisée, puis il le brûla, puis de rage, il l'effaça de sa mémoire en plaçant longuement sa tête dans un four micro-ondes. En bon archéologue de l'extrême et de l'impossible, Hurlante Nova a tout de même réussi à reconstituer cet improbable puzzle grâce à sa connexion psycho-tellurique avec le cosmos et ses pouvoirs de télékinésie littéraire spatio-temporelle. Gloire et louanges éternelles sur sa personne !

Tenter de vivre. #TDM2017

Le 20/05/2017
par hurlante nova
[illustration]
Concernant le bilan de l'humanité et de mes propres ressorts, je dirais devant ses natures mal formées que j’aboutis aux même conclusions que les gens suicidaires et dépressifs. Le monde n'est pas plaisant et celui qui ci plaît a certainement la chance niaise et le malheur franc d'avancer comme un petit poney docile de foire, avec toute sa vie sur ses yeux de biens efficaces œillères, course idiote aux loupiotes vulgaires autour d'un lac de sang.

Je préfère moi, les matins, les midis et les soirs de Primo Levi, chargés de responsabilité, de conscience et de compassion. C’est le cœur brisé que j’aborde le monde et sans passer par ces larmes je ne m’accorde aucune joie et c’est aussi ainsi que mes bonheurs sont sains, car j'invite la les suppliciés dans un matin qui étonne la nuit en créant une renaissance et que cette aurore génère la rosée, bel univers de gouttelettes car quand les saints rient, il y a des larmes dans leurs yeux.

Aussi j’ajouterai que seuls les faits doivent me rendre triste et que c’est un pêché de cultiver une humeur maussade.

Mais si j’aboutis aux mêmes conclusions que les gens suicidaires je dirais qu’une chose importante nous différence, devant l’enfer, je ne teste pas la mort, je teste la vie et c’est étonnant de voir que je meurs plus vite qu’eux.

Antigone est fascinante, car en elle réside une force salvatrice et magnifique, pour elle vivre c’est être quelque chose de haut, de digne, de noble, de respectable, pour elle il y a du beau dans la vie. Or, Antigone perd et se donne la mort. A quoi Georges Steiner répond, si Antigone se bat pour quelque chose, n’abandonne t’elle pas la lutte en se donnant la mort ? Depuis la mort, on ne peut plus lutter contre quoi que ce soit. Quand la nature d’un homme est bonne, lors ce qu’il se donne la mort, il tue le héro. Or tenter de vivre, c’est offrir à ce héro le glaive et le bouclier afin qu’il combatte, terrasse et triomphe.

Si le petit poney docile teste une vie pleine de tiédeur et se régale des eaux bourbeuses qu’il mendie à ses maîtres, tester la vie héroïquement est une chose bien différente, mais si c’est une des plus belle manière de vivre, c’est aussi la plus dangereuse, car le chaud, le froid, l’eau, le feu, le ciel et les tréfonds, le bien, le mal, la paix, la guerre, qu’importe, on est dedans, pire, on est dedans parce qu’on y est allé.

Évidement, la première règle pour tenter de vivre, c’est accepter d’en mourir, ne pas attendre comme une chair molle dans une cage sécurisée que devenu enfin vieux le cœur ne batte plus, non, au contraire, tenter de vivre, c’est exploser les veines du cœur dans l’effort, les larmes, la sueur et le sang, c’est faire de lui le tambour furieux de la vengeance de d’ieu. Tenter de vivre, c’est aller loin et partout, afin, tout le temps, d’être émerveillé aux larmes devant l’infinie multiplicité qui frappe la tête de beauté comme un orgasme, à chaque nouvelle vie croisée là bas, très loin, ou encore se tenir fixe devant l’animal furieusement effrayé et qui le corps tendu, prêt à bondir, guette juste une longue seconde la violence ou la paix de votre regard, afin de vous estimer mais déjà voilà sa course folle et pleine de maîtrise entre les arbres centenaires qui composent sa maison et son domaine. Tenter de vivre, ce n’est pas voir depuis la vitre d’une voiture la biche blanche, celle ci, si rare, qu’elle sanctifie l’année, tenter de vivre, c’est faire et être comme elle, offrir au monde depuis sa différence l’edelweiss de plus et comme elle avancer ahuri, à la recherche d’un animal inconnu et jamais découvert, et tenter de vivre, c’est trouver cette créature et lui sourire. Tenter de vivre c’est boire des bols de cyprine au petit déjeuné dans des bordels de Macao afin de négocier avec le parrain local une subvention pour le nouveau ciné-club de l’hospice et le voir accepter parce qu’on tient une fausse arme à feu vers sa tempe trempée de sueur et qu’il a enfin vu que l’arme était factice et qu’ensembles on rie de la bonne aventure. Tenter de vivre c’est être tombé au sol tant de fois, si vite et si fort, tenter de vivre c’est valser un peut chaque jour avec l’accident et à chaque fois, miraculeusement sauvé, avoir mis toute son énergie pour vérifier si l’autre n’avait rien, tenter de vivre, c’est dans l’embardé, la cascade et la voltige, penser à l’autre et l’aimer.

Tenter de vivre c’est définitivement tuer ce qu’il a de triste, d’effondré et de mourant en soi, afin, étonnamment debout, de courir à en mourir, de nager à s’en noyer, vers celui qui est triste, effondré et mourant, et tenter de vivre c’est le trouver, et le sauver en l’amenant vers des courses, des traversés et des périples bien plus dangereux, c’est le sortir des dangers du confort de l’hiver pour l’amener se déshydrater dans les déserts des étés caniculaires, et dans des danses folles et libres, générer avec sa sueur des océans peuplés. Tenter de vivre, ce n’est pas faire le fou, mais c’est maître de soi, offrir du bon temps aux fous d’une vielle montagne du Tibet, parce qu’il suffisait de brancher la machine, d’éteindre la lumière, d’avoir installé les sièges et de lancer ce foutu bon Chaplin. Tenter de vivre c’est dire au venin des maladies, à l’hermétisme des frontières, le peu de peur qu’elles nous inspirent et le corps soudain vaillant rencontrer tout ce qui vit et chante, et de vivre avec en ajoutant sa voix à la mélodie, tenter de vivre, c’est composer l’orchestre et subjuguer l’oiseau de passage, lui certain de traverser la bonne plaine et passant un peu de bon temps. Et justement, tenter de vivre, c’est rendre la bonne pleine, ensemencer la femme de ménage et rire avec elle des névroses de la reine, afin d’offrir un bonheur vrais, exemplaire et triomphant, et au passage de sauver la reine afin qu’elle baise enfin le beau palefrenier qui l’aime et qu’elle aime, mais surtout, tenter de vivre c’est aimer tendrement la fille de joie enfin heureuse, la voir, amoureuse, demander à son tour de pouvoir payer et lui refuser en l’embrassant doucement, sous le regard satisfait de ses enfants que l’on nourrit déjà depuis longtemps et qui sont enfin vigoureux, car l’inverse était inacceptable. Tenter de vivre c’est ne plus tomber dans les pièges du quotidien, mais enfin libre, c’est s’imposer des épreuves et, les dépassant, s’attrister de la faiblesse de la mémoire, parce que tout cela était trop beau, trop bon, trop pur et trop merveilleux pour être oublié, tenter de vivre, c’est retourner encore dans l’inconnu, encore et encore une fois jusqu’au dernier souffle et de toujours trouver cet inconnu, pour lui livrer les secrets des plus profondes découvertes.

Car tenter de vivre, c’est comprendre que le laps de temps qui nous est imparti est minuscule, que chaque jour est une merveille et que s’il ne faut jamais croquer de fruits défendus, il semble aussi que le monde regorge de fruits permis et qu’il faut s’en gaver et les partager. Tenter de vivre c’est gagner pendant la vie et s’attrister encore plus de la mort. Tenter de vivre, c’est savoir que la mort ne triomphe pas, car si le laps de temps à vivre est court on en a fait une histoire si belle qu’elle en devient éternelle. Tenter de vivre c’est continuer à être l’étoile qui brille dans le grand vide, car tenter de vivre c’est être un phare lointain et pour moi solitaire. Lointain parce qu’il débusque les profonds abîmes pour sauver avec une belle et douce lumière les égarés. Solitaire non pas pour être libre, mais pour être disponible pour celle qui tentant de vivre, tentera de m’aimer. Car tenter de vivre, c’est avoir réussi à vouloir aimer.

= commentaires =

Lapinchien


tw
    le 20/05/2017 à 11:24:07
De loin mon favori et d'ailleurs le plus dans le thème du développement personnel pour l'instant.
David


" ...afin qu’elle baise enfin le beau palefrenier"    le 20/05/2017 à 13:30:28
Salut,

Car tenter de lire, c'est aussi avoir réussi à cliquer sur le lien, et j'en suis d'autant plus toucher de cette lecture, même si je crains d'abandonner ce genre de bonnes résolutions dès le premier coup d'orteil dans une remorque. La souffrance, l'agonie, y'a rien de pire pour rappeler que la vie est un timbre poste sur une lettre morte, une sixième vitesse sur une Méhari, un dernier taille crayon pour un stylo Bic qui coule, parce que quand même, faudrait foutre un peu la paix au reste du monde, le fréquenter tranquille, sans bataillon colonial, lui donner un peu la chance de venir sous les ponts de nos fleuves asséchés, admirer les arbres morts et regretter, au plus près d'un abattoir nourricier, le silence des agneaux.
Lapinchien


tw
    le 27/05/2017 à 15:06:46
CDM pour ce TDM https://www.youtube.com/watch?v=OscSKVyZpFo&t=55s

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