LA ZONE -
Résumé : Voici enfin le grand retour tant attendu de Mill qui nous propose son premier sous-chapitre d'un roman en cours d'écriture en laissant un peu de coté les billets d'humeur. Et ça commence plutôt pas mal avec un bar fight complètement bourré qui nous plonge directement en plein cœur de l'action et d'une intrigue complètement WTF. Beaucoup d'humour dans les situations et les dialogues et ça ne manquera pas de vous remémorer les meilleurs films de Guy Ritchie, à l'époque de ses débuts, bien avant qu'il ne s'attaque au remakes des plus grands héros du patrimoine littéraire britannique, à savoir Sherlock Holmes, le roi Arthur et bientôt l'intégrale de l'oeuvre d'Agatha Christie en mode Tarantinesque et gouaille des tontons flingueurs. (hâte de découvrir la version de Miss Marple version Expandables, d'ailleurs) Donc, vous allez bien vous marrer à la lecture de cet extrait qui, espérons-le, aura des petits frères.

Champagne pour les ploucs 1.1

Le 12/10/2017
par Mill
[illustration]
« Tu sais ce qu'il te dit, mon petit flingue ? »

    Ma foi, vu la tronche qu'arborait son propriétaire, j'en avais une vague idée, oui. Et quant à la taille du jouet, c'est vrai qu'il payait pas de mine. Il me rappelait le mignon revolver qu'on refile à contrecœur à la gente féminine dans les polars en noir et blanc et dans les westerns en technicolor. Ceux où le shérif s'affuble volontiers d'une chemise rose. Putain de paternalisme hollywoodien à la mords-moi la couille gauche.

    Mais bon. Un flingue, ça reste un flingue, et l'espèce de malabar à gueule de singe pas content qui le braquait sur la mienne m'en voulait visiblement assez pour presser la gâchette et me perforer la couenne d'un joli trou tout rond. Je sentais que ça le démangeait sévère, si tu veux savoir : rictus de salaud patibulaire de série B italienne, frémissement continu de la lèvre inférieure, contraction des maxilaires.

    C'est vrai que j'aurais pas dû le taquiner sur la taille de son machin - puisqu'il paraît que la taille compte - mais que voulez-vous ? J'en étais à mon troisième verre et je venais de gagner ma quatrième partie consécutive. Il en faut beaucoup moins pour me mettre de bonne humeur.

    C'est vrai aussi que je suis taquin.

    « Vous allez me refroidir direct ou j'ai droit à un laïus ? »

    Froncement des sourcils du gorille. Première fois, sans doute, que le mot « laïus » lui déflorait l'oreille interne.

    Patiemment, je repris - non sans avaler une gorgée au passage, des fois que ce serait la dernière :

    « Disons que ce serait pas du luxe que de savoir ce que vous me reprochez. Je vous connais pas, je vous ai jamais vu, et croyez-moi, mon joli, un faciès comme le vôtre, ça s'oublie pas. Du coup, y a peu de chances que je vous aie ruiné au black-jack. C'est pourquoi j'écarte d'office la thèse de la dette de jeu. Je me serais pas tapé votre petite amie, par hasard ? Ca m'arrive de temps en temps. »

    On s'esclaffe autour de la table. Les autres joueurs - des copains pour la plupart - se détendent pas pour autant mais faut jamais laisser passer une occasion de se la fendre. Saine philosophie à laquelle je souscris sans réserve, sauf quand je me trouve dans la ligne de mire d'un foutu porte-flingue à l'oeil torve et belliqueux.

    En tout cas, il répond nib.

    J'insiste :
    « Votre femme, peut-être ? Votre soeur ? Votre maman ? Votre fifille ? »

    Pas un sourire, rien. A sa place, je me tiendrais les côtes tellement je suis bon public. Dans ma tête, je le surnomme aussitôt le Parpaing : l'expression d'une bûche, le charisme d'un parpaing.

    « Ta gueule et écoute ! »

    Je m'exécute sans la moindre blagounette.
    Fier de moi, je suis.

    « T'aurais pas dû faire ce que t'as fait. On m'a payé pour te descendre et je remplis toujours ma part du contrat. Mais je te dirai pas quand et je te dirai pas où. »

    C'est mignon, on dirait un vieux blues des années trente.

    Pause éloquente dans le simili discours du primate. Je sentais bien qu'il fallait pas que je l'ouvre mais j'avais dans l'idée que ça lui suffisait pas, mon mutisme éméché. Le minimum syndical, c'est bien, mais une friandise par-dessus, c'est quand même vachement mieux.

    Je simulai donc un frémissement d'effroi en tâchant de pas sourire.

    Satisfait, le balèse rengaina son pistolet dans la poche intérieure de sa veste et me toisa quelques secondes avant de s'apprêter à sortir.

    Tout ça pour ça.

    Me levant à moitié de ma chaise, je le retins par l'épaule et demandai poliment :

    « Minute, King Kong ! J'ai fait quoi, au juste ? Et à qui ? »

    Ma petite main de pianiste sur son épaule de gaillard gonflé à l'hélium, ça lui plaisait moyen, au mastodonte. Et pif-paf, coup de coude dans la gencive, clef de bras et moi par terre, le tout en moins de trois secondes, je l'admirais pas qu'un peu.

    « Putain, vieux ! Ca, c'est de l'enchaînement ! Faudra penser à m'apprendre dans un avenir prochain. »

    Je sais jamais quand la fermer. Jamais. Ma mère me le répétait assez souvent. Agacé par ma dernière tirade, le Parpaing me balança son poing en travers de la face. Une, deux, trois fois... J'avoue que dans l'excitation, j'ai oublié de compter.

    « Lâche-le, sac d'os. »

    Dans les vapes où je surnageais vaguement, je crus reconnaître la voix flûtée de la Castagne. Me demande pas d'où il tient son surnom, tu passerais pour un branque. Y en a qui l'appellent aussi « Deux-mètres cube » : deux mètres de hauteur, deux mètres de large, idem pour l'épaisseur. A ce stade, se demander si c'est du muscle ou du gras revient à pinailler avec un couteau sous la gorge.

    Derrière la Castagne et sa petite voix de gonzesse - ça les surprend toujours, ses antagonistes - des chaises se traînèrent bruyamment sur le sol. Des semelles claquèrent gentiment, des manches se relevèrent sur de puissants avant-bras. Mon équipe de secours pointait enfin le bout de sa fraise et c'était pas dommage.

    Quant à moi, je calculais rien. Dans mes oreilles, ça bourdonnait comme une ruche dans une cathédrale et question image, ça déconnait méchant niveau décodeur.
    « Vous faites pas le poids, les pédales, » a sorti le Parpaing, bravache.

    Je me souviens de m'être dit qu'il tarderait pas à regretter cette sortie.

    Me suis pas trompé.

= commentaires =

Lapinchien


tw
    le 12/10/2017 à 10:27:07
ça démarre sur les chapeaux de roues. Tant de questions en suspens en quelques ligne c'est vraiment bien fichu.
Lunatik-


    le 12/10/2017 à 10:35:07
Cool. J'aime bien les narrateurs taquins. La suite ! (scande la foule en délire)
Dourak Smerdiakov


lien fb tw
    le 12/10/2017 à 22:54:50
Le calcul de volume, bordel, Mill. Un cube de 2 m de côté, ça fait 8 m³. Pas ça ! Pas ça ! Pas ça ! Pas dans le pays qui a offert le système métrique au monde entier reconnaissant sauf les cow-boys et les rosbifs.

Ce n'est pas désagréable et ça suscite l'intérêt pour la suite, tout en redoutant un peu de se retrouver avec tout le roman en vingt longs articles pour autant de chapitres dans les textes en attente.

C'est vif et pas ennuyeux, en tout cas sur cette distance. Sur 200 pages, par contre, je ne suis pas sûr que je supporterais, et je pense que ce style de pseudo langage parlé populaire que tu adoptes parfois est casse-gueule et souvent ne me convainc pas, chez toi ou d'autres. N'est pas Audiard ou Frédéric Dard qui veut.

Je m'interroge aussi sur le réalisme de la scène : un tueur pro qui viendrait juste prévenir sa cible à haute voix devant témoins, et en agitant son arme... Après, ça ne se veut peut-être pas réaliste, ou le personnage est un crétin, et c'est donc peut-être justifié.

Pour les détails, il me semble que le mot flingue ou porte-flingue est répété un peu trop dans les premiers paragraphes et qu'il faudrait aller chercher d'autres synonymes que le seul revolver. Il y aussi "taquiner" suivi de "c'est vrai aussi que je suis taquin" qui m'a dérangé. Un paragraphe commençant par la phrase "Mais bon.", ça me semble être un exemple possible des travers du pseudo langage parlé qui devient effectivement juste du langage parlé, donc une facilité. Cela dit, c'est en seconde lecture que ces détails ont attiré mon attention.
Castor tillon


    le 14/10/2017 à 00:44:31
Les potes, ils arrivent toujours après que tu viens de te faire défoncer la djeule, c'est terrible.
Malgré l'(apparente ?) incohérence de la situation, on marche, c'est donc que c'est bien conté. Curieux de voir la suite.
La gente féminine, y a un e de trop quelque part, dirait-on.
Mill


site lien fb
    le 21/10/2017 à 19:31:43
Salut, Dourak. Salut aussi aux autres.

Bigre, quel accueil.

Première précision toutefois :

- le roman n'est pas encore rédigé. Je ne dirais pas que j'avance au coup par coup - j'ai un peu d'avance - mais je suis très loin de la fin. Je ne sais pas vraiment où je vais mais il m'apparaît évident que je ne cherche pas à coller aux grands canons du polar réaliste, noir, dur, sombre, etc. D'où, effectivement, une situation de départ franchement peu probable.

- pour ce qui est du style oral, relâché, ma foi, on verra.

Merci pour les erreurs relevées.

Hâte de vous proposer une suite (à peu près) cohérente.
Clacker


    le 21/10/2017 à 20:18:27
Y a de l'énergie ! C'est fluide et ça court dans tous les sens comme un petit Iñárritu inarrêtable.

Cela dit, pour une écriture relâchée, privilégions le style anal.

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