LA ZONE -
Résumé : Revoilà nos trois aventuriers débiles mentaux nihil, Lapinchien et Scorbut aux prises avec le monde, mais surtout avec eux-mêmes. Toujours aussi long, de plus en plus incompréhensible (ce qui est un des charmes de la série), bref n'importe quoi. Illustré par nihil.

Trisophrenia 4

Le 10/01/2003
par nihil, Scorbut, Lapinchien
JOUR 10 - nihil

(bon alors on en est où putain ? Ouais mais ça je sais que c'est un court-circuit, mais pourquoi c'est pas encore réparé hein ? Ca fait des heures que ça dure c'est plus possible maintenant, faut tout faire soi-même ici pour être tranquille, c'est pas croyable... Le public va finir par s'apercevoir qu'on lui diffuse en boucle l'épisode 8665 de la "petite maison dans la prairie" depuis dix-huit heurs, si ça continue hein. Je veux bien que c'est celui où Laura Ingalls se fait sauvagement ramoner par Dagobert le poney, mais ça va finir par se voir je vous prévient !
Aaaah... Oui on a la cause précise du dysfonctionnement... Apparemment il s'agirait d'un coup de fusil à canon scié calibre 12 en pleine poire, suivie d'une tentative de réparation artisanale éffectuée à la va-vite... Eh ben avec ça on est pas sortis de l'auberge...
Toujours pas de retour plateau ? Et les tableaux de bord sont toujours explosés oui ? Et Gabrielle, comme elle va Gabrielle ? Comment ça on en sait rien tout est dans le noir ?
Bon moi je propose qu'on envoie la reconstitution du jour 10 en attendant d'y voir plus clair, ce sera déjà ça de gagné hein... Allez lancez)

- Bon putain nihil, qu'est-ce que tu fous, tu veux encore être à la bourre c'est ça ?
Oh putain, je hais les lundis matin. Je crois que même les yorkshires je les hait pas autant que les lundis matin. J'essaie de remuer, c'est super dur, je sais même pas où je suis. Un gros tas de lumière livide coule sous mes paupières, ça fait maaal...
La vache, je sais pas ce qu'on a encore foutu ce weekend, mais je crois que faudrait éviter de remettre ça trop souvent, et ce dans l'intérêt de ma stabilité émotionnelle.
J'aperçois en ombres chinoises la silhouette de Scorbut qui fout des coups de latte bien secs dans la dépouille mortelle de Lapinchien, là-bas à l'autre bout de la pièce. Celui-ci a pas l'air bien plus frais que moi, ça fait bien plaisir, endormi sur le corps demembré d'une prostitouski, comme on les appelle ici.
Mon regard huileux glisse délicatement vers le radio-réveil à coté de ma tronche rapiécée. Dix heures trente dit-il. Putain, mais qu'est-ce qu'il se passe ? J'aimerais bien savoir pourquoi Scorbut nous réveille ainsi au beau milieu de la nuit.
J'essaie de coordonner les grincements de mes articulations vers un seul but : me lever et me diriger vers la salle de bains. C'est pas facile facile pour tout dire. Y a des trucs qui bougent pas dans le bon sens, des saillies d'os qui bloquent à des endroits pas logiques, bref ça se présente mal.

Ca va un peu mieux avec une bonne rasade de vodka-miel-amphétamine engrangé dans ce qui me sert de gorge. Je sais pas exactement ce que j'ai foutu avec ma tête ce week-end, mais ça devait être bien marrant. J'ai des morceaux pas à leur place, des trucs recollés à la va-vite avec du fil de suture (ou serait-ce du fil de pêche ?), des trucs de travers et tout. Déjà avant j'était pas Brad Pitt, mais là on dirait carrément Jean-Pierre Chevènement, si ça continue je vais pas tarder à me présenter aux élections présidentielles en Arménie, moi.

- Messieurs, bonjour. Si j'ai demandé qu'on se réunisse aujourd'hui, c'est pour coordonner nos différents secteurs d'activité dans le but de les faire évoluer tout ensemble et de tendre vers un but unique, à savoir la destruction du monde. Nous précederons cet ordre du jour d'un bilan de notre action jusqu'à aujourd'hui et le feront suivre d'un brainstorming de manière à déterminer la teneur de notre action à compter de ce jour.



(Scorbut, plein d'élégance
présente son exposé)


Putain voilà que ce con se met à parler en polonais lui aussi. Je comprends rien du tout. Scorbut marche de droite et de gauche devant les curver-box retournées qui nous servent de tables de réunion. Sapé impeccable en costard Armani à dix plaques, il en impose. Je commence à me demander où je suis tombé. Le bloc-notes devant mes yeux tournoie un peu et j'ai du mal à fixer mon regard sur le petit dessin moche que je suis en train d'essayer d'accomplir sur ce tourbillon de papier. J'espère que je vais pas me faire capter par le prof, sinon c'est trois heures de colle direct.
Lapinchien lorgne avec insistance l'espèce de petit cadre souriant assis dans un coin de la salle, lui aussi sapé en super strict veston trois boutons cravate, lunettes à montures d'écailles et brushing à trois plaques.
- Des questions, messieurs ? Lapinchien ?
- Ouais. C'est qui ce putain de connard qui nous observe avec ses yeux de raton-laveur mort ?
- Très intéressante question, Monsieur le vice-sous-secrétaire à la Mythologie Apocalyptique. Veuillez noter la question de M. Lapinchien je vous prie Madame Pollux.



Les doigts de la secrétaire postée dans l'autre coin de la salle redoublent d'activité sur son clavier.
- Lapinchien et nihil, j'ai le plaisir de vous présenter Jean-Claude Dutreuil, ancien responsable du développement de la firme internationale Merche-Euroglabre, qui devient dès aujourd'hui notre chef du secteur communication et marketing. J'espère que nous ferons du bon boulot ensemble, n'est-ce pas Jean-Claude ?
- Merci Monsieur Scorbut, je l'espère aussi. Ravi de faire votre connaissance, Lapinchien et nihil.
Le petit cadre sautillant s'approcha du cercle de curver-box et Scorbut lui tape sur l'épaule et déclame d'une voix puissante (tiens il s'est fait implanter des dents supplémentaires ??) :
- Jean-Claude sera en quelque sorte notre quatrième cavalier de l'apocalypse !
Lapinchien ricane nerveusement :
- Lui ? Trigoles ou quoi ?
- Eh bien non, il a toutes les qualifications requises, hautes études de commerce, expérience de dix ans dans le secteur publicitaire, soit un secteur très proche de celui de la fin du monde. Que souhaiteriez-vous de plus ? Bien poursuivons. Madame Pollux, quatre décaféinés sans sucre je vous prie.
Putain je me fait chier comme c'est pas permis. Si j'avais su que déclencher la destruction du monde pouvait être si chiant, je me serais abstenu, ça c'est clair. Je regarde Lapinchien et je sens la colère qui monte peu à peu en lui. Il mordille nerveusement une tête de CRSki qu'il traine depuis quelque temps, déjà bien machonnée.

- Bien Messieurs, puisque Jean-Claude vient de nous rejoindre et que nous en sommes déjà au dixième jour de notre entreprise, je vous propose d'établir un petit bilan jusqu'à présent qui, il faut bien le dire n'est pas vraiment brillant. Cette réunion nous permettra de faire émerger nos priorités en matière de destruction du monde et de recentrer notre activité sur ce thème précis. Commençons par le premier jour, si vous le voulez bien.
Nan mais alors là j'hallucine, comment qu'il nous parle lui. Je sais pas exactement quel genre de nouvelle drogue de synthèse il a testé ce matin, mais je crois que j'en voudrais pour rien au monde, dussè-je rater l'expérience de ma vie. Ca va pas, je suis pas prêt à tout pour être une épave non plus hein, y a des limites infranchissables à la connerie.
- Alors premier jour : décision de l'objectif principal de la mission et mon arrivée sur le site d'exploitation. Nous aurions pu commencer dès ce moment par définir de manière pragmatique des sous-objectifs secondaires, mais disons que pour une première journée c'est suffisant. Deuxième jour : Lapinchien s'entraîne à prendre le contrôle mental de nihil et commence à rassembler une cohorte d'ivrognes frustrés pour nous servir d'armée de fortune et de sujets d'expérimentations. Bref un bon jour, marqué par l'action. Troisième jour : on a rien foutu hormis trainer les bars. La honte intégrale. De ce jour date déjà la chute de notre plan d'action à court terme comme nous le verrons par la suite.
Putain ces bureaucrates ont le don de m'emmerder. Je regarde deux mouches se courrir au cul au plafond et Lapinchien commence à baratiner Madame Pollux de sa voix d'Aldo Maccione et lui montre son tatouage Goldorak go retrolaser en action. Pendant ce temps, Scorbut et son nouveau jouet Jean-Claude se bercent de l'illusion qu'ils sont en train de redéfinir les bases de notre action.
- Quatrième jour : nihil agresse un flic et je me doit de le défendre. Tentative de corruption de la jeunesse par l'intermédiaire d'Internet. Actions inutiles et purement impulsives de la part de nihil et qui a failli vous couter votre place de vice-sous-ministre chargé de la Psychopathologie Intégrale, mon cher. De mon coté j'obtenai une souche bactérienne mortelle de manière à maintenir notre plan à flot. Au jour cinq, je redéfinis notre plan. Vous noterez que je suis le seul à bosser correctement tandis que vous n'en branlez pas une, ce qui est inadmissible ! Au jour 6 déclenchement du plan : Lapinchien harrangue nos troupes éthyliques tandis que je les gave de souche mortelle. Le troupeau de soiffards se répand dans les rues et s'apprête à contaminer les égouts comme les pingouins dans Batman le retour ! Au septième jour, nihil provoque une belle baston dans une boîte de nuit, action totalement injustifiable et tendant à mettre à mal la discretion qui entourait nos actes jusque là. Pourquoi nihil ?
- Mais euh c'était pour provoquer des émeutes géantes de partout et ainsi détruire le monde, Mdame ! Dites rien à ma mère je vous en supplie !
- Mais on ne provoque pas une révolution à partir d'une simple bagarre voyons, les gens ont besoin de motifs pour se soulever ! Une insurrection ne peut naître ainsi ! Bref, au jour huit on essaie de récupérer un peu de cette nuit de folie en se shootant à l'hélium. J'en profite pour réparer nihil dont la tête fut quelque peu emportée par une décharge de chevrotines mal placée par mes soins, et qui eut le malheur d'abréger ses fonctions vitales.
Ah bah voilà ce qui s'est passé avec ma tronche. Je me disais bien aussi que deux hectolitres de vodka ça remue que l'intérieur de la tronche, pas l'exterieur, enfin pas à ce point en tous cas.
- Et enfin jour 9 : Lapinchien joue avec une tête de CRS mort. C'est tout. Alors là pas bravo, on sombre dans le n'importe quoi, mes amis ! Nous devons nous ressaisir !! Des questions jusqu'ici ?
Lapinchien sort la langue du sous-tif de Madame Pollux et ahanne langoureusement :
- Euh oui, moi, msieur l'arbitre ! Euh... Alors Lapinchien, 28 ans, de Villeneuve-la-Garenne.
- Oui posez votre question, vous êtes à l'antenne.
- Sont devenus quoi les ivrognes contaminés au H000.666 ?
- A vrai dire, la souche n'a pas pu se développer dans les égouts de vodka de Varsovie, car l'alcool n'est pas bon pour les bactéries, paraît-il. Et les ivrognes sont en taule pour désorde sur la voie publique au moment où je vous parle. Ils seront exécutés d'une minute à l'autre.
- C'est pas vrai, merde, c'était une bonne idée pourtant, fait Lapinchien en replongeant ses organes extensibles dans les échaffaudages de Madame Pollux.

- Bien bien, comme vous le voyez, notre action n'a pas été marquée d'un franc succès jusqu'à présent. C'est pourquoi je propose de coordonner nos efforts et de recentrer nos activités sur la poursuite de notre seul objectif, et ce en suivant d'ores et déjà un plan sur cinq ans qui devrait nous pemettre à terme de percer sur le marché de la fin du monde, tout en devançant la concurrence sans pour autant prendre de gros risques financiers. Votre avis nihil ?
- Euh... oui ?
- Merci nihil.
Ouf j'ai eu du bol sur ce coup ci, j'évite les cinq-cent lignes a me taper sur mon cahier bleu.
- Nous allons donc fonder une société capital-risque à visée internationale, redéfinir notre cible potentielle sur un secteur précis. Nous allons devoir plancher sur un produit technologiquement novateur de manière à nous positionner sur le marché tout en restant compétitifs bien qu'en retrait d'investissements douteux. D'ici dix ans nous pourrons ainsi nous lancer en bourse, faire notre percée de par le monde et nous faire connaître de notre cible 15-24 ans grace à une campagne de publicité et de promotion à coup de sponsoring massif sur les marchés parralèlles, lancer des associations à visée lucrative et des filiales de partout aux Caraïbes et dans tous les paradis fiscaux, soutenir discrètement nos forces de terrain, lancer des usines de production de partout et envahir le monde de produits dérivés ! Hounga hounga, on va s'en foutre plein les fouilles !
Scorbut lève les bras dans un geste de victoire et je sursaute en pleine conversation intérieure avec l'homme Cannibale qui me sussure insidieusement que les protéines permettent de reconstituer les muscles, ce qui est ma foi fort intéressant.
- Des questions messieurs ?
Lapinchien sort tout hérissé de son cunilingus, et s'essuyant les dents d'un revers de manche, et lève le doigt :
- Ah ouais pas coooon, comme ça on s'infiltre et on corrompt la jeunesse mondiale à coups de pub détournée et de produits fictifs, pas coooon !
- Mais non putain t'as rien compris, on se sert du marché porteur de la fin du monde pour se faire connaitre de notre cible, on profite du fait que la gentille subversion marche bien chez les djeunz occidentaux avachis devant leur console de jeu, et de là on se répand sur le marché !
- Alors on provoque plus la fin du monde ?
Jean-Claude se lève et intervient de sa voix polie de fiotte à 500 sacs :
- Permettez ? Merci. Le seul moyen de détruire le capitalisme est de le détruire de l'intérieur, sérieusement vous pensez que trois clampins comme vous peuvent changer quoi que ce soit ? Seul les décideurs des grands groupes tiennent les rênes en ce monde, reste à s'infiltrer parmi cette élite !
Commence à m'énerver çui-là.
Lapinchien objecte :
- Mais alors la destruction, le feu, le sang et les filles de joie gratuites, c'est pour quand ?
Jean-Claude ne s'énerve pas et explique lentement, sourire vissé sur la gueule :
- Mais pas de feu, pas de sang ! L'intérêt de ce plan est de permettre de modifier les choses de l'intérieur, en douceur, de nous intégrer chez les gens qui dirigent nos vies pour ainsi se ramollir du bulbe et devenir de gros pachas gras et pleins de fric qui font bosser des millions d'esclaves sur des produits inutiles et idiots dont au sujet desquels ils se tueraient pour les obtenir !
Je me lève posément sous le regard sourcillieux de Scorbut et me dirige vers Jean-Claude qui me sourit aimablement. Je le prend dans mes bras et pleure sur son épaule un moment, puis je le saisis par un poignet et l'envoie brutalement donner de la tête contre le mur. Puis je saute cinquante-quatre fois à pieds joints sur sa poitine jusqu'à ce que sa dépouille se confonde avec la moquette. Enfin j'avance en titubant vers Scorbut et gerbe posément sur son costard à je ne sais combien de plaques. Faut dire que mourir et me faire réparer au fil de pêche en un week-end, ça vous remue méchamment l'intérieur.
- Et moi je propose que tu ferme ta gueule Scorbut, et qu'on aille déjà boire un coup. Moi j'en ai un de plan.






(Nos trois héros posent
en arrivant à l'aéroport)


Et nous voici à l'aéroport international (deux-mille décollages et atterissages de pigeons par jour) de Varsovie en train d'attendre le charter en Tupolev rouillé vers Erevan, capitale de l'Arménie.
- Putain mais on peut savoir ce qu'on va foutre en Arménie, au juste, nihil ?
- Mais t'inquiete pas, dans quelques jours on est de retour à Varsovie, on va juste prendre après un bus vers la mer d'Aral et visiter quelques installations...



- Installations ? Mais quelles installations ?
- La mer d'Aral, voyons, réflechis. T'as jamais regardé Envoyé Spécial ou quoi ? Et si je te dis mer désséchée par la pollution, désert, plan Biopreparat, sous-marins nucléaires échoués, centrales atomiques abandonnées, laboratoires secrets en ruines, hein, ça t'évoque rien ? Et bases militaires oubliées, AK47 à 100 balles sur les places de marché et bombes atomiques de seconde main dans les arrières-boutiques, guerilla urbaine, Tchétchénie, hein, tu vois toujours pas ?
- Euh... non ?
- Ah ta gueule, tu m'énerves.

___


JOUR 11 - Scorbut

…Pim…Pam…Poum … le petit Chico est attendu par ses parents à l’unique guichet numéro un, le petit Chico …

« Tient t’as un enfant caché ? » lança Nihil à Scorbut en ricanant comme une hyène mono pausée.
Scorbut commençait à douter de l’issue du périple qu’il avait entrepris avec ses 2 acolytes, entre les hurlements stridents de Nihil et les bonds saccadés de Lapinchien, ils étaient aussi discrets que l’auraient été des prostituées dans un monastère de bénédictins.
Mais il restait confiant, son intelligence ne lui avait jamais fait défaut dans les situations les plus périlleuses et son œil exercé avait déjà commencé à enregistrer tous les mouvements de l’aéroport à la recherche du moindre détail suspect !
« Nous voilà donc partis à la rencontre de la mère d’Aral » se dit Scorbut, « Sûrement la génitrice d’un de ces majestueux héros soviétiques dont les statues ornent le Parthénon ».




(Lapinchien se met
à l'aise à l'aéroport)


L’aéroport était spartiate, aucun superflu dans cette infrastructure aéroportuaire, tout juste un toit, un guichet rafistolé au Lego et un trou faisant office de toilettes au bout le tarmac, au fond à droite. Malins les Polonais, avec -55° C à l’extérieur, les économies de papier toilette devaient être considérables. Ils nous donnaient là une grande leçon, en révolutionnaires aguerris, ils avaient revisité le concept même de l’aéroport :



Ouverts aux transits, oui, mais seulement à celui des passagers, pas à celui de leurs intestins ! Forts, très forts les Polovskoï ! Un petit aéroport d’une incroyable banalité, rien d’alarmant pour Scorbut dont l’intégralité des poils en micro érection constituait le plus formidable réseau de détection de danger de l’univers. Ses « radars à bizarre », comme il les avait affectueusement appelés lors d’un délire poétique, palpaient l’air à la recherche d’anomalies.
Mais rien à ce mettre sous le poil, à défaut de dents, que la douceur du temps qui passe. Un distributeur de soupe sur la droite, enfin une distributrice de soupe serait le bon terme puisqu’une ancienne nageuse de combat Tchétchène balançait des louches de liquide brûlant dans les tronches des affamés qui tentaient de la prendre d’assaut … cette superbe forteresse de chair faisait virevolter les plus téméraires de ses assaillants en projetant violemment leurs visages cloqués sur les murs crasseux, les plus légers d’entre eux avaient la chance d’atterrir plus loin, contre le guichet où les plots saillants des lego creusaient d’harmonieux cratères entre les boursouflures. Quelques Popes évangélisaient de jeunes éphèbes derrières les poutrelles qui tenaient les tôles du toit, « Ah Chanoine » pensait Scorbut, toi seul pourrait apprécier la beauté du respect de cette tradition si loin de ta terre natale. On distinguait au loin Lapinchien essayant de couper les talons d’Achille de Nihil en le poursuivant avec un chariot affublé de quelques lames de rasoir rouillées disposées de façon commerçante au niveau des roues. Bref, une belle et paisible journée commençait !

Après que l’hôtesse ait refusé le sac de Nihil pour surplus de bagages et que celui-ci, furieux d’avoir passé tant de temps à faire rentrer les fesses de madame Pollux au fond de sa gorge afin de fermer la fermeture éclair, hurla au passager clandestin en ouvrant le dit sac …
Après que Lapinchien se prit pour un berger allemand renifleur de drogue et se mit à sniffer tous les sucriers de la cafet du routier en face de l’aéroport …
Après que Scorbut est fini la treizième version du business plan de « La destruction du monde pour les nuls » …
L’attente fut longue …

« Younger et Bresson Bresson, Yonger et Bresson Bresson, Younger et Bresson des montres à la précision … Suuuuuisse … » La montre de Lapinchien venait de sonner l’heure de l’embarquement, pour nos trois compères c’était le top départ d’une nouvelle aventure mais pour le monde, était-ce le tant attendu début de la fin ?

Un enfant munis d’une effigie de Lech Valesa au bout d’un bâton se mit à faire de grands signes circulaires pour nous indiquer le chemin du Tupolev garé en double file. Les ricanements de Nihil étaient indicibles pour le commun des mortels, mais un poil de nez de Scorbut l’avait démasqué !
« Qu’est ce que t’as encore le Nain, t’as les talons qui te chatouillent ? » demanda Scorbut d’un air agacé.
« Rien … hihihi … »
« Balance, fait nous rire si tu l’oses ! » rétorqua Scorbut en sortant de sa poche un épieu imbibé de cyanure.
« C’est le nain à l’entrée, c’est le cousin de Passepartout, tu sais comment il s’appelle ? hihihhiihihihi »
« Non, tente ta chance ! » Scorbut armait son coup.
« Il s’appelle Lechpartout … OUarfffffff … »
« Affligeant ! » pensa Scorbut en embrochant la fémorale du grand niais.




(nihil et Lapinchien posent
à l'arrière de l'avion)


Lapinchien avait couru devant le groupe, il était maintenant en arrêt à l’arrière de l’avion et tentait de lui renifler les fesses. Un vacarme sourd se fit entendre lorsque la rampe arrière de l’appareil lui tomba sur la tronche … (Ndrl : le lecteur aura notée la légère liberté de l’auteur quant à l’expression « tomber sur le coin de la tronche », dans le cas précis de l’histoire contée ci-dessus, les termes « tomber sur la tronche » constituent le reflet exact de la réalité du traumatisme causé par la chute de près de 5 tonnes de fonte sur une tronche constituée de quelques cartilages, os et lambeaux de chair …
… pour les plus incrédules, qu’ils tentent de répondre à cette question : Pourquoi Lapinchien promène t-il jour et nuit un parapluie si ce n’est par peur qu’une rampe de Tupolev ne lui tombe sur la tronche ?)



« Lapinou ça va ? » demanda Nihil à la galette sous ses pieds.
« Ca va ? » relançait Scorbut
« Lapinchien est content de voir que nous avons réussi à monter dans l’avion »
« Lapinchien aime les films de Gladiateurs »
« Lapinchien aime quand son chien Screetch se frotte à sa jambe, ça lui fait des trucs partout à Lapinchien »

Il n’avait rien, le périple pouvait continuer ! Un léger trouble de la parole et un dédoublement de la personnalité mais dans son cas, allez savoir si ce n’était pas un de ses multiples états dits normaux ?

___



JOUR 12 - Lapinchien

« Test de manipulation mentale 1,2… 1,2,… micro, micro, me reçois-tu ? »
Nihil ne sourcille pas, il reste avachi dans sa cage, ceinture de sécurité glissée dans la braguette, solidement clippée à une de ses burnes. « Mince…Quelque chose ne fonctionne pas… » Lapinchien se presse les tempes avec 2 Newtons de conviction de plus…çà craque…çà crisse mais il insiste…«Il faut que je pense à quelque chose de flasque et de gélatineux…çà m’aide toujours pour entrer en transe, ensuite j’arrive à pénétrer avec aisance les pensées des sujets les plus réfractaires… Alors voyons voir.. Ah oui, concentrons nous sur l’image terrifiante du cerveau vert fluo beurré de slime de Georges W. Bush que le spectre de mon hamster Gondolf m’a projeté en rêve dans ma tronche depuis l’au-delà des petits rongeurs morts l’autre soir…,j’en ai souillé ma couche… çà devrait le faire… »





(Lapinchien s'est fait
trépaner par Scorbut)


Lapinchien nous fait une crise d’épilepsie au moment même où cette idée effleure son cortex supérieur atrophié… Scorbut qui s’en aperçoit va de suite briser la vitre de la borne incendie de sécurité… Il en extirpe la petite hache qui en règle générale lors d’un incendie ne sert strictement à rien mais qui dans les circonstances actuelles semble tout à fait adéquate à un petit scalp improvisé visant à faire redescendre sur Terre le sus-dit Lapinocanidé happé dans son imaginaire fertilisé régulièrement au Round-up …



« Reviens parmis nous, Amigo ! », gueule Scorbut tout en dépeçant le cuir chevelu de Lapinchien à grands coups de hachette… « Ta mission sur Terre n’est pas finie ! »
Lapinchien ouvre les yeux et Scorbut le sermonne : « Aussi il fallait s’y attendre, c’était une idée complètement débile que de prendre un aller simple Varsovie-Erevan en 3eme classe de soute de Tupolev ! Non fumeur en plus ! çà gèle, c’est un coup à chopper une mongolite à vie !»
Lapinchien dévie la coulée de sang qui déferle du sommet de son crâne mis à nu en plaçant ses deux mains autour de sa bouche pour éviter de faire des bubulles en parlant et répond : « ben Armenian Air Lines est la seule compagnie aérienne où je ne suis pas fiché, et je me suis renseigné à la douane pas possible sauf en soute que notre compagnon, le 4eme cavalier de l’apocalypse nous accompagne… pour la simple et bonne raison qu’il est momentanément mort… J’ai bien essayé de réparer Jean Claude en lui faisant un greffon de tête de CRSki mais çà n’a rien donné… Et je suis un sentimental moi, on le garde… pas question de le vendre au marché russe, comme le suggérait nihil, en le faisant passer pour une chapka en peau de putois… c’est notre ami… il nous suivra jusqu’au bout même s’il faut qu’on voyage en soute ! »
« çà se tient… », lance Scorbut, « Et pis au lieu d’essayer de prendre le contrôle de l’esprit de Nihil, prend la hachette et va décrocher les Ethiopiens qui ont tenté de s’infiltrer en passagers clandestins dans les trains d’atterrissage… ils ont pas réussi d’abord, et çà fait comme un courant d’air … on se les pèle ici ! » Lapinchien s’exécute et se dirige vers les trains en léchant la hachette…

« C’est quoi tout ce raffut ! » lance nihil qui vient d’être extirpé des bras de l’archange Gabrielle alors que son ami l’homme Cannibale était sur le point de la prendre en levrette flambée au Whisky… « C’est rien », répond Scorbut, « C’est l’ancéphalopathite naissante de Lapinchien qui se remanifeste comme d’hab… Tu te les gèles pas ici toi ? Comment t’arrives à pioncer ? » Nihil n’a pas le temps de répondre, Lapinchien revient penaud du train d’atterrissage, langue collée sur la hachette à cause du froid… « Dézolé lez zamis… paz pozible d’exztirper lez zéthiopienz des trainz… » nihil et Scorbut se regardent désespérés…ils auraient bien tabassé l’animal si l’allure rebutante de son crâne ensanglanté fraîchement décidé à se coaguler, ne provoquait en eux de tumultueux typhons gastriques…




(nihil vient de mettre le
feu au cadavre de Jean-Claude)


D’un commun accord, ils se résignent à l’idée qu’il faut quitter au plus vite la soute avant de ne sombrer dans un processus hibernatoire irréversible…Il tirent à la courte paille quel sera l’intrépide qui sera désigné comme bélier pour accéder à l’étage supérieur du Tupolev… C’est ce con de Jean-Claude qui est choisi par les dieux de l’aléa, mais comme son aspect carpétoïdal mou empêche même roulé en boule d’en faire un bélier efficace, à contre-cœur nihil y fout le feu et le jète dans la fosse des cabinets… Une explosion tonitruante s’en suit… Il n’y a plus qu’un cratère à la place des toilettes à l’étage…


« C’est grâce à la concentration anomale de Vodka dans l’urine des passager », s’enorgueilli nihil, « maintenant y a plus qu’a se faufiler hors du frigo.» nihil et Scorbut tirent par le col Lapinchien effondré d’avoir vu disparaître en fumée son collègue Jean Claude. « Nouz payonz ze zoir un lourd tribu mez amiz », sanglote-t-il… « T’inquiètes »,rétorque Scorbut, « Console-toi vite car pour te faire plaisir nous allons organiser un grand casting à l’étage pour remplacer de manière intérimaire le 4eme cavalier… »

A SUIVRE...

= commentaires =

Arwen


La prose    le 10/01/2003 à 10:31:57
YaY!!!
nihil


void    le 10/01/2003 à 10:46:41
Super construit comme commentaire, ça fait plaisir tanche de mer
Arwen


rouge    le 10/01/2003 à 11:44:33
désolé tanche en chef mais je suis encore sous le coup de l'emotion! l'episode 4 enfin dans les bacs!!!
nihil


void    le 10/01/2003 à 12:07:13
Vous noterez les superbes images, que j'aipassé la nuit à faire, vivement le retour d'Etylhic...
Oubliez pas le guide...
c'est Calim (g oublié de le mettre)    le 10/01/2003 à 15:08:35
comment t'as fait pour mettre du gras dans le texte ? et ecrire en petit en gris ? et et et .... j'ai pas lu le texte en fait

c'est vrai le chef il a le droit aux balises html lui

sur le coup de l'emotion j'ai oublié la case auteur et sujet !

commentaire édité par nihil
lapinchien appel à la population    le 10/01/2003 à 15:35:12
je sens que Trisophrénia passionne les foules... hum si vous mettez pas des commentaires on fait peter le Tupolev au dessus de vos fions !
Tulia


On s'en fout    le 10/01/2003 à 17:22:42
Bon ayé je l'ai lu, je me le suis imprimé à midi pendant ma pause déjeuner.

Pour commencer ma remarque concerne la longueur du texte : 8 pages une fois édité. Putain mais c'est pas possible ça, c'est trop long à lire pendant une pause clope, ce qui fait que j'ai du le lire par étapes et à chaque lecture de morceaux de textes, fallait que je relise un poil plus haut en diagonal et à l'envers (bonjour la position en plus) pour me souvenir de quoi ça parlait exactement avant le moment précis où j'avais mis un p'tit coup de crayon pour me dire "c'est là que tu t'es arrêtée ma fille". Je sais pas si vous comprenez ce que je viens de dire. Si oui, merci de m'expliquer parce que j'ai rien compris.

Ma deuxième remarque concerne le contenu. Vous êtes obligés de me faire étouffer de rire toute seule dans la salle fumeur ? Bonjour la discrétion quand tous mes collègues à moins de 300m à la ronde m'entendent me marrer, viennent voir pourquoi je rigole et me prennent pour une cintrée parce que je rigole toute seule devant un bout de papier imprimé.

Voilà tout cela est absolument scandaleux, j'en me plaindrai aux autorités concernées.
lapinchien rien a declarer    le 10/01/2003 à 18:27:47
la collection rose n'en n'a pas voullu...
Tulia


On est obligé de mettre un sujet à chaque fois ?    le 10/01/2003 à 22:09:02
Détail amusant : alors que la première lecture en format A4 me laissait entrevoir des amas grisatres pas spécialement nets à la place des images, la seconde lecture sur écran couleur (c'est beau la technologie) me laisse apercevoir de belles images en couleurs (enfin surtout lapinchien) que je peux déjà très nettement identifier à l'oeil nu.
Donc bravo aussi à Etylhic pour ces superbes illustrations. Ah non, on me fait signe qu'Etylhic étant momentanément dans les choux pour une durée assez mal déterminée, c'est nihil qui s'est chargé de l'illustration. Ouais j'aurais du reconnaitre au style remarquez. Ben c'est bien beau tout ça. (Etylhic retourne chez ta mère !!!bouuuuuh)
Pour en revenir à l'histoire elle-même, j'ai vraiment hâte que ces trois abrutis fassent mumuse avec l'attirail nucléaire, ça risque d'être bien marrant ça.

(Note secrète : j'ai quand même mis près d'une demi-heure à pondre ce commentaire débile. Promis, un jour j'arrêterai la drogue.)
scorbut Freestyle    le 11/01/2003 à 17:29:03
Merci de me donner 5 mots que je me ferai un plaisir d'intégrer dans le prochain Trisophrénia ...
lapinchien je suis joueur    le 12/01/2003 à 15:53:25
-fléchette à scratch
-curre rectum
-pantoufle à roulettes
-exocytose
-furoncle rempli de flamby avec la chtite languette

voilà t'es content ?
nihil


void    le 12/01/2003 à 16:00:54
J'aurais souhaité voir apparaitre les mots castor et paradigme aussi, je ne sais pas pourquoi...
Scorbut


Okay    le 15/01/2003 à 19:46:42
Bon d'accord :
- fléchette à scratch
- curre rectum
- pantoufle à roulettes
- exocytose
- furoncle rempli de flamby avec la chtite languette
- castor
- paradigme
C'est partie pour la free style Gnou Party !

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