LA ZONE -
Résumé : Deuxième contribution d'Arka au dossier, avec une nouvelle sérieuse, longue avec des très bons passages, qui montre que le thème du dossier peut nous emmener assez loin de ce qu'on aurait pu imaginer de prime abord. Assez sympa sans être extraordinaire.

Le vétérinaire 4

Le 30/06/2003
par Arkanya
[illustration] -Dis grand’mère, pourquoi je dois prendre ces pilules ?
-Tu sais très bien pourquoi tu dois les prendre, elles servent à bloquer tes capacités jusqu’à ta maj…
-Je sais à quoi elles servent, mais pourquoi je suis obligée de les prendre ?
Kate soupira. Elle savait depuis longtemps que cette question serait mise sur le tapis un jour ou l’autre, mais ce matin elle n’avait décidément aucune patience. Il fallait bien pourtant qu’elle raconte son histoire, qu’elle la raconte une dernière fois. Elle regarda par le hublot et contempla pensivement la Terre. Les hurlements, les cris, le sang, les claquements, les images bannies se plaquaient sur sa mémoire. Elle se tourna vers l’adolescente qui comprit à l’expression de la vieille femme que quelque chose d’important allait se dire, le genre de discussion qui vous marque à jamais, qui détermine votre vie et vos choix.
Du haut de ses quinze ans, Eryna avait déjà une personnalité très marquée et savait se faire entendre, ce qui lui valait bien des déboires, mais elle respectait sa grand’mère par-dessus tout, elle révérait chaque miette bien trop rare d’enseignement qui sortait de sa bouche. Sur la station, Kate était une des dernières à avoir vécu sur Terre, et elle avait tant d’histoires fabuleuses à raconter ! Eryna était fière d’avoir été élevée par cette femme hors du commun, hors de leur commun. Elle se cala dans un fauteuil et attendit.

-J’avais à peu près ton âge quand mes capacités se sont développées. C’était à la fin du siècle dernier, en 1999. Je vivais avec mes parents un village situé à quelques lieues de Londres, dans une petite maison semblable à ses voisines, à ceci près que mon père avait acquis le terrain qui la jouxtait afin d’y faire construire un grand bâtiment qu’il avait rempli de vastes cages destinées à accueillir les chiens errants.
-Des chiens ?
-Ce sont des animaux, il y en a plein ton livre d’histoire. Il les recueillait le temps de les soigner, de s’assurer qu’ils étaient en pleine forme, avant de les confier à des familles accueillantes. En réalité, peu de gens étaient près à accueillir un chien déjà adulte, et le chenil vite rempli ne dépeupla guère. A cause de sa profession de vétérinaire…
-Vété quoi ?
-Vétérinaire, prononça Kate d’un ton excédé, un docteur pour les animaux. Est-ce que tu pourrais éviter de m’interrompre à tout bout de champ ?

Eryna se renfrogna dans son fauteuil en faisant la moue.

-A cause donc de sa profession, il était fréquent que lui fut amené au cabinet un animal battu ou abandonné, et malgré les protestations de ma mère et par amour pour son métier, mon père était incapable de refuser son secours. C’était l’objet de quelques discordes entre mes parents. Néanmoins, nous menions une vie tranquille et sans trop de soucis, une existence monotone dont toutes les banlieues de capitales connaissent le secret, quand mes capacités ont commencé à se manifester.
» La première fois, j’étais en cours de mathématiques, et je m’ennuyais ferme. De ma place au fond de la salle, j’avais une vue d’ensemble sur les nuques de mes camarades tournés docilement vers le tableau noir où les chiffres se disputaient la vedette. Je commençais à m’assoupir sous les ronronnements de théorèmes et de formules de Mme Corrigan, et mon regard se perdait par la fenêtre, vagabondant dans la cour du collège. Mes yeux perdus dans les feuilles du grand chêne rencontrèrent un écureuil occupé à décortiquer un gland. Je le regardais faire, fascinée par ses gestes précis et rapides, et ne m’aperçus pas tout de suite de la rumeur qui emplissait ma tête. Mes mains s’agitaient sous mon pupitre à l’identique du petit rongeur, et je tournais et retournais ma gomme avec application. Peu à peu, les pensées étrangères se mêlèrent aux miennes, jusqu’à prendre le dessus sur elles, je pensais écureuil, je raisonnais écureuil, je ressentais écureuil, ma fourrure frissonnait d’un souffle de vent chaud, je voulais l’intérieur du trésor, je devais ouvrir le trésor pour récolter la douceur promise et alléchante. Un bruit, je me dressai, en alerte, le museau frétillant, ce n’était rien, je me remis à la tâche. La dure prison céda, et je tirai à l’endroit où elle se fendillait, pour récolter le cadeau que je m’empressai d’avaler. Mes petites dents pointues se refermèrent sur la friandise, et le goût amer emplit ma gorge comme j’avalais les éclats pointus. Je fis la grimace et réprima un haut-le-cœur. Alors l’écureuil se tourna brusquement vers moi, et je me vis dans sa perception. Il savait ce que j’étais, l’un de ces êtres lourds et lents dont il faut se méfier, mais il sentait ma présence différente, omnisciente, il la percevait en lui. Nous sommes restés un long moment à nous observer l’un l’autre, esprits entremêlés dans l’attente nerveuse que quelque chose se passe, quand la cloche qui marquait la fin du cours a retenti. L’écureuil s’enfuit prestement en un éclair roux, et il sembla emmener avec lui les pensées qu’il avait semées dans ma conscience, n’y laissant que leur écho mourrant. Mes camarades de classe avaient déjà rangé leurs affaires et sortaient dans un tourbillon d’uniformes marine. J’étais comme vidée, agitée sur le tard de sentiments de frayeur, de questionnements angoissés sur l’étrangeté de ce qui venait de se produire, sur l’impossibilité et l’incohérence de cet événement qui allait bouleverser ma vie et, bien plus tard, celle des nôtres. Le soir à la maison, cent fois j’aurais voulu parler à mon père de l’incident, mais j’avais peur qu’il ne me pense atteinte de quelque folie, et je me tus.
» L’été qui arrivait vit s’amorcer ma phase d’initiation, un peu comme celle que tu pratiques dans tes cours fondamentaux, sauf qu’à l’époque, nous étions tous des cas isolés, nous nous croyions tous uniques et tentions de maîtriser nos pouvoirs chacun de notre côté et sans réelle cohérence. Je m’essayais sur bien des cobayes, à voir jusqu’où je pouvais aller, jusqu’où je pouvais explorer leurs sensations, leurs pensées. Comme tout le monde, je me suis essayée sur les êtres humains, sans grand succès évidemment.

Eryna sourit à cette idée. Depuis longtemps maintenant, on savait que le contrôle mental était une perception des instincts primaires utilisés comme catalyseurs de la manipulation, et l’homme de par sa nature civilisée les ayant totalement annihilés était hors de portée. Sur la station, une théorie commençait même à circuler comme quoi les capacités seraient une résultante logique de l’évolution humaine dont la perte des instincts avait été les prémices, que l’homme les aurait perdus pour mieux les maîtriser. Il n’y aurait guère que le temps qui serait capable de confirmer ou d’infirmer cette hypothèse.

-Au bout d’un mois, continuait Kate, j’étais déjà capable d’imposer aux mouches de changer de trajectoire, et c’était joie de les regarder exécuter des ballets incongrus au ras du plafond. Notre voisine, la vieille Mme Stanford, s’étonna jusqu’à la fin de sa vie du caractère fripon de sa petite chatte Sunny, racontant son histoire à qui voulait l’entendre pendant des années, et elle attribua ses facéties à la chaleur caniculaire de cet été-là.
» La complicité qui me liait à mon père était trop étroite pour qu’il ne s’aperçût de rien, mais il m’observa longtemps avant de se décider à admettre ce que son esprit scientifique refusait de comprendre. Un dimanche matin, il entra dans ma chambre et s’assit sur le bord de mon lit. Il avait une boîte à chaussures dans les mains qu’il serrait comme si elle renfermait le secret du monde. L’humeur encore ensommeillée, je me redressai en m’étirant avant de l’embrasser. La raideur de son étreinte me surprit, et je l’interrogeai du regard. Il gardait la tête baissée, comme honteux d’avoir la stupidité de croire en adulte respectable à des histoires aussi fantasques que celle d’une gamine capable de parler aux insectes. Il ôta le couvercle de la boîte et en déversant le contenu sur le lit. Des vers de terre de tailles et de couleurs variées s’étalèrent en grouillant sur la couette, et je ne pus réprimer un sursaut de dégoût. Mon père les rassembla en un petit tas et me souffla : “montre-moi”. Et je lui montrai. J’entrai dans l’esprit basique de ces bestioles et devant nous se déroula un spectacle effrayant d’organisation malsaine. Je contraignais les lombrics à la formation de lettres, et bientôt apparut sur le lit un bojour papa mouvant. Le vers destiné à former le -n- ne voulut jamais se soumettre, peut-être avait-il atteint le même palier d’évolution que l’homme ?
» Nous parlâmes ensuite longuement de mon pouvoir naissant, mon père voulut savoir comment je faisais, ce que je ressentais, il avait mille questions, moi pas toutes les réponses. Enfin, comme maman nous appelait du rez-de-chaussée pour le déjeuner, il quitta pensivement la chambre en me demandant de m’habiller. A partir de ce jour, il fut à peine plus distrait que d’ordinaire, juste assez pour réfléchir à son dessein, mais guère suffisamment pour que nul autre que moi ne remarquât quoi que ce soit.
» Ce n’est qu’à la veille de la rentrée scolaire qu’il commença à sortir de sa méditation mystérieuse. Plusieurs fois, il manqua de me parler de son idée, mais les mots s’arrêtaient au bord de ses lèvres. Un soir enfin, maman était au cinéma avec son amie Amy, et nous dînions d’une pizza devant la télévision (c’était une sorte de Transfoplasma de petite taille qui diffusait des récits inventés et des faits d’actualité)
-Et la pizza ?
-Alors là, c’est beaucoup plus compliqué à expliquer, belle enfant. Un jour, je te raconterai la nourriture et les boissons que nous avalions avant ces immondes poudres. Disons que nous passions une soirée agréable en profitant des plaisirs que nous prodiguait cette époque bénie.
» Un moment, mon père se tourna vers moi et m’expliqua ce à quoi il avait pensé. Il dit ce qu’il avait à dire en empruntant les détours les plus tordus, mais il conta tout d’une traite, comme s’il avait peur de ne pas avoir le courage de finir s’il s’arrêtait de parler. Son interminable monologue se résumait en ce qu’il était miné par le bien-être des locataires du chenil, il ignorait totalement si les chiens étaient heureux dans le grand hangar ou s’ils sentaient l’oppression de leur captivité. Depuis qu’il avait commencé à recueillir ces animaux abandonnés, il était torturé par ce dilemme cornélien de leur imposer une séquestration bienveillante ou les rendre à une liberté dangereuse. Il souffrait de l’impression de se prendre pour Dieu en décidant du sort de ces êtres, faisant fi de leur libre-arbitre. Et mes capacités pouvaient l’aider. Il voulait que j’entre dans l’esprit de ses locataires, que j’essaie de les entendre penser, que je sache ce qu’ils ressentaient, comment ils percevaient mon père. Depuis que j’avais commencé mon initiation, je ne m’approchais plus du chenil, j’entendais déjà trop bien la rumeur de leurs esprits affolés depuis le garage, et j’avais peur d’avoir à affronter en même temps quelques soixante-dix esprits déchaînés pénétrant le mien. Mon père me rassura sur ce point, pour ce soir, il envisageait d’amener jusqu’à moi les quatre chiens les plus agités du lot, l’un après l’autre, pour que je leur demande en quelque sorte ce qui motivait leur comportement agressif.
» Nous discutâmes longuement, et je finis par consentir à tenter l’expérience, en me réservant la possibilité de l’interrompre à tout moment. Mon père ravi se leva d’un bond et courut à la cuisine. Je l’entendis attraper la lampe de poche et le trousseau de clés près de la porte et sortir. Il avait fait une chaleur infernale toute la journée et l’atmosphère était lourde, le vent présageant d’un orage commençait à se lever tandis que la lumière déclinait anormalement vite. J’actionnai l’interrupteur de la cuisine, la télévision continuait à bourdonner de voix enthousiastes et irréelles dans le salon. Mon père ne tarda pas à reparaître dans l’entrebâillement, tirant sur une laisse au bout de laquelle se débattait un beauceron muselé. Il referma derrière lui et s’immobilisa, me sollicitant du regard. L’animal était très agité, il se rebellait contre le harnais qui lui ciselait la peau. Comme je commençai à explorer ses pensées, il cessa subitement de bouger et me regarda. Il avait senti ma présence dans son esprit, et loin de résister, il m’ouvrit grandes les portes de sa conscience, dans laquelle je lus toute sa détresse. Il s’allongea sur le carrelage en gémissant doucement, la tête entre les pattes. « Il s’appelle Sugar, expliquai-je, il n’est pas abandonné, il s’est perdu dans la forêt et il est tombé dans une sorte de trou. Il voudrait rentrer chez lui pour revoir son ami, un petit garçon tout blond dans un fauteuil roulant. Je crois qu’il habite près de Richmond, il me semble reconnaître la place du centre-ville. » Le visage de mon père rayonnait de reconnaissance et de félicité, j’étais fière de lui apporter tant de satisfaction. Il écrivit ce que je venais de révéler sur le tableau blanc, à côté de la liste de courses de Maman, et ressortit en bondissant comme un enfant découvre ses jouets au matin de Noël.
» Il ne tarda pas à revenir avec un bâtard haut comme trois pommes qui ne cessait de pousser de petits aboiements agressifs et rauques. Pour celui-ci c’était facile, il était tellement stupide qu’il pensait que le plus bruyant était nécessairement le plus respecté, et il ne fut pas difficile de lui imposer le silence. Son intelligence limitée offrait cependant l’avantage qu’il était entièrement satisfait de sa situation parmi ses congénères. Ses besoins vitaux étaient respectés, il ne connaissait plus le froid ni la violence, il n’en avait pas besoin de davantage, il était heureux, dans la mesure de sa conception du bonheur. Il ne se reconnaissait aucune individualité particulière. Il ne connaissait même pas son nom ! Mon père jubilait. Je commençais à être un peu fatiguée de cette pollution de pensées étrangères, les chiens étaient autrement plus complexes que les vers de terre, mais je voulais aller jusqu’au bout pour ne pas le décevoir.
» Le suivant était un boxer d’une taille impressionnante qui se tenait droit sur ses pattes avec un air de défiance brutale. Je ne pus jamais pénétrer la conscience de cet animal, il résista de toutes ses forces. J’eus beau insister, il me répondait par des bouffées de haine qui m’emplirent soudain de terreur. Je demandais à mon père de le faire sortir, de l’éloigner de moi, il me faisait tellement peur que je commençais à suffoquer. Un instant même, je crus bien qu’il allait m’envahir et jouer avec moi comme je l’avais tant fait avec les mouches.
» Mon père sortit, emmenant l’animal resté impassible qui ne libéra mon esprit que quand je fus hors d’atteinte. Ma tête tomba lentement jusqu’à ce que mon front rencontre la nappe cirée de la table, et je commençai à pleurer, de longs sanglots de panique qui me coupaient le souffle et me brûlaient la gorge. Ce chien me haïssait, il haïssait toute l’espèce humaine, il opposait sa rancœur aux violences qu’il avaient subies, aux horreurs qu’ils avaient vues, ou peut-être même nous haïssait-il sans raison particulière, parce qu’il l’avait décidé. J’avais entrevu seulement son ressentiment, mais j’étais choquée par la frénésie de sa démence assassine.
» J’étais secouée de sanglots, incapable de penser de manière cohérente, enfermée dans ma détresse, et je n’entendis pas d’abord les cris qui venaient du chenil. D’ailleurs, j’entendis surtout la détresse de maman dans ma tête, je perçus son instinct de fuite et sa terreur pure, son cri de détresse se plaqua sur mes larmes et je fus projetée en arrière, manquant tomber de ma chaise. C’était la première fois que je goûtais à une émotion humaine. Je sais maintenant que je n’aurais pas dû y aller, je le savais aussi à l’époque d’ailleurs, mais ma propre réflexion disparaissait sous la superposition des pensées de ma mère et de celles du chien, sous la peur et la colère. En un souffle je fus dehors. Maman revenue de sa soirée s’était inquiétée de voir de la lumière au chenil et avait pensé à un oubli de mon père. Elle était entrée au moment où il enlevait la muselière du Boxer, et il n’avait pas encore tout à fait fermé la cage. Surpris de la voir, il se tourna juste une seconde, le temps suffisant pour que l’animal bondît et se jetât sur elle. Sans même se donner le temps de comprendre, elle avait tourné les talons et couru le plus vite qu’elle avait pu, mais le chien lui sauta dessus et la fit tomber dans la terre. J’arrivais juste pour la voir se protéger le visage tandis que mon père accourant me hurlait d’empêcher ce qui se passait. J’essayais de me concentrer, faisant fi de la violence écoeurante qui s’imposait en moi, des images de haine et de sang, d’horreur et de malheur, de fureur et de cris. Au milieu de ce tourbillon, je vis nettement ce qu’avait subi l’animal, les coups, la peur, la souffrance, cette femme terrifiante qu’il avait cent fois voulu tuer mais qu’il aimait plus que sa vie, qu’il avait fini par fuir, la mort dans l’âme, je vis aussi les peurs les plus nues de maman, ses terreurs enfouies et inavouables, et c’est certainement ce qui m’aliéna plus encore. Je m’approchais sans le vouloir, je crois aujourd’hui que le chien m’attirait volontairement toujours plus près du chenil, plus près de lui. J’étais bien trop faible pour pouvoir maîtriser le flux d’impressions brutes, et je reçus comme une rafale les pensées de soixante-dix canidés et un être humain mêlées en un nœud de folie et de haine. Je ne supportai pas le choc et tombai moi aussi dans l’herbe, à quelques pas de maman qui s’était roulée en boule comme un enfant gémissant. Je crois qu’un éclair traversa le ciel à cet instant.

Kate se tourna vers sa petite fille. On pouvait lire dans ses yeux troublés toute l’horreur de son souvenir. La jeune fille sentait sa gorge se serrer devant ce visage inconnu, celui d’une grand’mère fragile.

-Je ne pouvais plus supporter ce rugissement silencieux dans ma tête, alors j’ai hurlé. J’ai hurlé avec ma voix, hurlé avec ma douleur lancinante, hurlé avec ma peur, hurlé avec ma colère, hurlé avec mes tripes, hurlé avec mon âme, j’ai hurlé avec chaque cellule de mon corps, chaque impulsion électrique, chaque battement de vie. Je ne savais pas, j’étais obligée, ce n’était qu’un réflexe de défense, jamais je n’aurais hurlé ainsi si j’avais su… Les premiers cédèrent par dizaines, on entendit des claquements comme fait le pop corn dans la casserole, et je les sentis comme s’évaporer dans ma tête, lâcher prise, je les sentis mourir et ce fut pire encore. Alors je hurlai plus fort, et même quand je n’eus plus de souffle je hurlai encore. Ce n’est que quand le Boxer se raidit en un dernier sursaut avant de s’écrouler sur le sol, que son esprit desserra son étreinte, que j’eus conscience de ce que j’avais fait. Alors je me tus, mais il était trop tard.
» Le silence était encore plus lourd que l’air. Maman gisait à mes pieds. Un filet de sang s’écoulait lentement de son oreille. Mon père s’avança et me prit dans ses bras. Il ne dit rien, il ne dit plus jamais rien sur cet incident par la suite d’ailleurs.
» Il ne fut plus question de mes capacités avant le cas de Sergio en Italie, qui révéla leur existence à la face du monde. Il y eut une belle cérémonie pour Maman, et le docteur conclut à une rupture d’anévrisme. Les corps des chiens furent enterrés aussi, dans le jardin, et mon père fit détruire le chenil.

Kate garda le silence longtemps, mais Eryna n’avait pas besoin d’explications, elle avait compris. Les capacités pouvaient se révéler dangereuses si l’on ne les maîtrisait pas parfaitement, et l’être humain était vulnérable quand sa vie était en jeu, c’était pour cette raison que les pilules existaient. Elles étaient comme un cocon protecteur qui ne s’ouvrait que quand se terminait l’initiation. Une question cependant lui brûlait les lèvres :
-Grand’mère, est-ce qu’on pourra retourner sur la Terre un jour ?
-Quand les évolués seront plus nombreux que les humains, je pense qu’ils comprendront que nous sommes comme eux, ni plus, ni moins dangereux, et alors ils nous laisseront revenir, peut-être.
Elles se sourirent d’un air complice. La vie sur la station n’était pas si désagréable après tout.

= commentaires =

nihil


void    le 30/06/2003 à 16:02:30
J'aurais pas cru que ce dossier nous amènerait de la SF (enfin plus ou moins en l'occurence évidemment). Y a aussi la contribution de LC qui est vaguement SF aussi.
Là le coup des pouvoirs psychiques me paraît pas très original, seule critique constructive que je ferai, le reste ça roule. Le reste ça va, j'aime surtout le coté apocalyptique de la fin (hors dernier paragraphe évidemment).
lapinchien     le 01/07/2003 à 13:30:09
le pouvoir de l'esprit de la matière sur la matière de l'esprit...Peut etre qu'arka est temoin de Jeovah aussi ?
Arka     le 01/07/2003 à 13:50:04
Tiens, ça m'étonnerait même pas, c'est comme les claques ces bestioles-là, ça va toujours par paire !
lapinchien     le 02/07/2003 à 15:31:23
sinon j'ai télépathe oui! mais des panzani comme vanne... c'est mieux ?
Arka     le 02/07/2003 à 15:52:57
Arf ! Nan c'est nul, tu sors

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