LA ZONE -
Résumé : Toujours aussi sombre, toujours de bonne qualité, même si je reconnais des trucs que j'ai déjà écrits, toujours de l'introspection violente, perte de repères, bla bla bla, comme d'habitude quoi. Ca a beau se passer dans le cadre d'un rêve, ça raconte la même chose que tous les autres textes de Tulia.

Vision onirique

Le 03/11/2003
par Tulia
Réveil en sursaut. Je suis trempée de sueur et ma respiration est haletante. Inspire… expire… calmement… voilà. Je tourne la tête vers le radio-réveil. Il est 3h47. Encore et toujours ce même rêve…
Je marche dans les rues de cette ville que j’ai souvent arpentées à une époque. Je marche sans jamais m’arrêter. Tous les gens que je croise semblent avancer machinalement, sans aucun but. Ils n’ont plus d’yeux, leurs paupières sont ouvertes sur deux orbites vides desquelles coule petit à petit un étrange liquide noir. Ce ne sont pas des larmes, ce n’est pas du sang, je sais pas ce que c’est… Par moments, je ne peux m’empêcher de plonger mon regard dans leurs cavités sombres, comme si j’allais pouvoir y observer leur âme ou capter leurs pensées.
Quand ils s’en rendent compte, ils se dirigent subitement vers moi, m’approchent de très près et ouvrent la bouche. Mais il n’y aucun son qui en sort. Ce qu’ils me disent, je ne l’entends pas, je le perçois directement dans mes propres pensées. Et ils me répètent toujours les mêmes choses, toujours dans le même ordre : « Tu dois arrêter de te voiler la face et assumer ton destin », « Tu n’as pas choisi ce que tu vis », « Mais tu devras passer toute ton existence à subir », « Subir la solitude qui t’est imposée », « Subir cette souffrance qui te ronge et ne te quittera jamais », « Tes amis ne te sauveront pas », « Tu pourras t’entourer de toutes les personnes que tu veux, tu seras toujours désespérément seule », « C’est trop tard, tu as perdu ». Je ne suis pas sûre de comprendre ce que tout ça signifie mais ça me fait peur.

Le silence qui m’entoure est particulièrement glaçant. La ville semble animée mais pourtant elle ne fait pas le moindre bruit. Est-ce moi qui suis devenue sourde ?
Plusieurs voitures passent près de moi. Je ressens les vibrations sous mes pieds mais je n’entends pas le ronflement de leur moteur.
Je ne dois pas me laisser gagner par la terreur que cet assourdissant silence m’impose.

Je continue d’avancer dans ces rues familières quand j’entends tout d’un coup un cri. Mon cœur se met instantanément à battre à toute vitesse et je me lance dans une course effrénée pour me rendre le plus vite possible à l’endroit d’où provient ce puissant et sinistre hurlement. Mon instinct semble savoir où m’emmener et je le laisse me guider pendant que je m’efforce de ne pas me laisser ralentir par les évènements extérieurs et toujours aussi silencieux. Et je cours… Et plus je cours et plus je comprends où sera mon point de chute. Je longe une rue, traverse une route, une grande place dans sa diagonale, à nouveau une route puis je passe devant le cimetière, j’y suis presque. Encore une dernière route à traverser et j’arrive au bout de ma course. Je m’arrête devant un immeuble. Il semble se soulever pour s’engouffrer à l’intérieur de lui-même.
Derrière une des fenêtres, je le vois. Son visage est séparé en deux parties bien distinctes. L’une semble être heureuse et l’autre terrorisée. Et il me parle. Une moitié me dit de partir et l’autre de venir à son secours. La fenêtre rétrécit petit à petit, je fonce vers la porte d’entrée mais celle-ci s’efface lorsque je pose la main sur la poignée. La fenêtre continue de rétrécir, j’essaie de m’en approcher pour la briser mais je n’y parviens pas. Elle rétrécit encore jusqu’à ce que je ne finisse plus par distinguer que deux yeux. Deux yeux provenant d’un même visage mais exprimant deux sentiments radicalement opposés. Je tombe à genoux quand je vois la fenêtre disparaître complètement et l’immeuble s’enfoncer dans le sol en emportant… non je ne peux pas le dire… c’est trop dur. Et j’entends à nouveau cette voix dans mon esprit : « C’est trop tard, tu as perdu. C’est trop tard, tu as perdu. C’EST TROP TARD TU AS PERDU ».

= commentaires =

Kirunaa


    le 04/11/2003 à 09:22:25
Tulia, faut pas eteindre la télé avant la fin du générique... C'est normal que tu vois toujours la même chose...

J'aime bien ce texte, et malgré ce que dit le commentaire je le trouve assez différent des autres. Le theme général est toujours là, ok, mais c'est pas "craché" comme d'habitude, c'est "exprimé". Beaucoup moins violent du point de vue de l'écriture même si ça l'est toujours du point de vue des idées.
nihil


void    le 04/11/2003 à 13:55:13
Et sinon y a pas quelqu'un qui serait d'accord avec mes résumés en ce moment ?
Si vous voulez pour chaque article on peut faire une réunion brainstorming avec tous les zonards et leurs conseillers, assistés d'un cabinet de consultants en synthèse / expression super bien payés pour définir la teneur du résumé. Après on vote et la majorité et le plus offrant décide d'une proposition ultérieurement soumise à un concile de sages réunis par le CSA (pour que le résumé ne choque personne, on sait jamais, l'avis d'une vraie personne sur un texte peut être choquant) qui rend un avis validé ou non par la comission des droits de l'homme et de l'auteur en péril, mais là attention, c'est à Bruxelles que ça se passe.
Va falloir raquer pour tous ces consultants les mecs, je lance la cotisation de suite ?
Tulia


...    le 04/11/2003 à 14:06:02
Perso, m'en tape du résumé, ce texte me permet surtout de dépasser Scorbut en nombre d'articles et de devenir le 3e auteur du site. Prochaine étape : niquer la gueule de Lapinchien !!!
nihil


void    le 04/11/2003 à 14:17:13
Et non, car dans une nouvelle tentative pour faire chier le monde, j'ai attribué les textes du dossier 'interviews' à l'interviewer et à l'interviewé, ce qui te rajoute deux textes au compteur ! Nyahahahah chuis vraiment trop con mais je m'adore

Commentaire édité par nihil.
Lapinchien


tw
    le 04/11/2003 à 14:32:53
moi je suis toujours d'acord avec tes résumé, le seul hic c'est qu'il y à un décalage que je ne comprends pas, le résumé de ce texte c'est bien :"Notre spécialiste de la fable revient avec un texte d'une profonde débilité et complètement incompréhensible par dessus le marché. C'est la fête ! "

et pis le commentaire de ton texte c'est bien :"Un article entre l'obscur et le débile, qui vole pas spécialement haut mais n'en avait pas l'ambition. Ca aurait pu faire une nouvelle sombre correcte mais ça dérape vite vers du pas trop sérieux. Ca a un peu le cul entre deux chaises, mais ça se laisse lire, sans plus. Une vision de l'enfer qui donne envie... un peu. "
nihil


void    le 04/11/2003 à 14:36:28
Euh...
Euh...
Ouais ouais je crois que c'est bien ça.
Tulia


...    le 04/11/2003 à 15:44:22
Vous voulez pas aller foutre le bordel sur les commentaires de vos articles tas de connards au lieu de venir polluer ceux des miens ?
Lapinchien


tw
    le 04/11/2003 à 16:18:47
Définition de la pollution de l'eau et ses impacts
La pollution de l'eau est une altération qui rend son utilisation dangereuse et (ou) perturbe l'écosystème aquatique. Elle peut concerner les eaux superficielles (rivières, plans d'eau) et/ou les eaux souterraines.

Elle a pour origines principales :

l'activité humaine,
les industries,
l'agriculture,
les décharges de déchets domestiques et industriels.
Elle se manifeste principalement, dans les eaux de surface, par :

Une diminution de la teneur en oxygène dissous
Les matières organiques, essentielles à la vie aquatique en tant que nourriture, peuvent devenir un élément perturbateur quand leur quantité est trop importante. En effet, elles vont être dégradées par des bactéries et consommer naturellement de l'oxygène dissous des rivières, privant ainsi les organismes aquatiques.
Parmi les substances qui entraînent une importante consommation d'oxygène, notons en particulier les sous-produits rejetés par l'industrie laitière, le sang rejeté par l'industrie de la viande, les déchets contenus dans les eaux usées domestiques...
Cette diminution de l'O2 dissous peut provoquer dans certains cas des mortalités importantes de poissons.

La présence de produits toxiques
Rejetées sous différentes formes, ces substances provoquent des effets qui peuvent être de deux formes :

effet immédiat ou à court terme conduisant à un effet toxique brutal et donc à la mort rapide de différents organismes,
effet différé ou à long terme, par accumulation au cours du temps, des substances chez certains organismes.
La plupart des produits toxiques proviennent de l'industrie chimique, de l'industrie des métaux, de l'activité agricole et des décharges de déchets domestiques ou industriels.

La pollution des eaux de surface se manifeste également par :

Une prolifération d'algues

Bien que la présence d'algues dans les milieux aquatiques soit bénéfique pour la production d'oxygène dissous, celles-ci peuvent proliférer de manière importante et devenir extrêmement gênantes en démarrant le processus d'eutrophisation.
Les algues se nourrissent de matières minérales : phosphore sous forme de phosphate, ainsi qu'azote (ammonium, nitrates et azote gazeux), carbone (gaz carbonique) et d'autres éléments minéraux.
La présence excessive de ces éléments est essentiellement liée aux activités humaines, à l'agriculture et à l'industrie.

Une modification physique du milieu récepteur

Le milieu peut être perturbé par des apports aux effets divers :

augmentation de la turbidité de l'eau (ex. lavage de matériaux de sablière ou de carrière),
modification de la salinité (ex. eaux d'exhaure des mines de sel),
augmentation de la température (ex. eaux de refroidissement des centrales nucléaires).
La présence de bactéries ou virus dangereux

Les foyers domestiques, les hôpitaux, les élevages et certaines industries agro-alimentaires rejettent des germes susceptibles de présenter un danger pour la santé.

L'ensemble des éléments perturbateurs décrits ci-dessus parviennent au milieu naturel de deux façons différentes :

par rejets bien localisés (villes et industries) à l'extrémité d'un réseau d'égout,
par des rejets diffus (lessivage des sols agricoles, des aires d'infiltration dans les élevages, décharges...)
L'introduction de rejets dans le sous-sol provoque une pollution des eaux souterraines qui est caractérisée par :

une propagation lente et durable (une nappe est contaminée pour plusieurs dizaines d'années)
une grande difficulté de résorption ou de traitement.



Si vous voulez commander la brochure “Pollution et épuration de l'eau”, écrivez à Tulia

Tulia


...    le 04/11/2003 à 16:19:15
Ah non moi c'est seulement en inondations que je m'y connais...
Lapinchien


tw
    le 04/11/2003 à 16:24:54
tu as tout à fait raison et pour conclure mon commentaire je ferais une citation de Descartes qui disait :

"Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée; car chacun pense en être si bien pourvu [122] que ceux même qui sont les plus difficiles à Contenter en toute autre chose n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. En quoi il n'est pas vraisemblable que tous se trompent: mais plutôt cela témoigne que la puissance de bien juger et distinguer le vrai d'avec le faux, qui est proprement ce qu'on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes; et ainsi que la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies, et ne considérons pas les mêmes choses. Car ce n'est pas assez d'avoir l'esprit bon, mais le principal est de l'appliquer bien. Les plus grandes âmes sont capables des plus grands vices aussi bien que des plus grandes vertus; et ceux qui ne marchent que fort lentement peuvent avancer beaucoup davantage, s'ils suivent toujours le droit chemin, que ne font ceux qui courent et qui s'en éloignent.

Pour moi, je n'ai jamais présumé que mon esprit fût en rien plus parfait que ceux du commun; même j'ai souvent souhaité d'avoir la pensée aussi prompte, ou l'imagination aussi nette et distincte ou la mémoire aussi ample ou aussi présente, que quelques autres. Et je ne sache point de qualités que celles-ci qui servent à la perfection de l'esprit; car pour la raison, ou le sens, d'autant qu'elle est [123] la seule chose qui nous rend hommes et nous distingue des bêtes, je veux croire qu'elle est tout entière en un chacun; et suivre en ceci l'opinion commune des philosophes, qui disent qu'il n'y a du plus et du moins qu'entre les accidents, et non point entre les formes ou natures des individus d'une même espèce.

Mais je ne craindrai pas de dire que je pense avoir eu beaucoup d'heur de m'être rencontré dès ma jeunesse en certains chemins qui m'ont conduit à des considérations et des maximes dont j'ai formé une méthode, par laquelle il me semble que j'ai moyen d'augmenter par degrés ma connaissance, et de l'élever peu à peu au plus haut point auquel la médiocrité de mon esprit et la courte durée de ma vie lui pourront permettre d'atteindre. Car j'en ai déjà recueilli de tels fruits, qu'encore qu'au jugement que je fais de moi-même je tâche toujours de pencher vers le côté de la défiance plutôt que vers celui de la présomption, et que, regardant d'un œil de philosophe les diverses actions et entreprises de tous les hommes, il n'y en ait quasi aucune qui ne me semble vaine et inutile, je ne laisse pas de recevoir une extrême satisfaction du progrès que je pense avoir déjà fait en la recherche de la vérité, et de concevoir de telles espérances pour l'avenir, que si, entre les occupations des hommes, purement hommes, il [124] y en a quelqu'une qui soit solidement bonne et importante, j'ose croire que c'est celle que j'ai choisie.

Toutefois il se peut faire que je me trompe, et ce n'est peut-être qu'un peu de cuivre et de verre que je prends pour de l'or et des diamants. Je sais combien nous sommes sujets à nous méprendre en ce qui nous touche, et combien aussi les jugements de nos amis nous doivent être suspects, lorsqu'ils sont en notre faveur. Mais je serai bien aise de faire voir en ce discours quels sont les chemins que j'ai suivis, et d'y représenter ma vie comme en un tableau, afin que chacun en puisse juger, et qu'apprenant du bruit commun les opinions qu'on en aura, ce soit un nouveau moyen de m'instruire, que j'ajouterai à ceux dont j'ai coutume de me servir.

Ainsi mon dessein n'est pas d'enseigner ici la méthode que chacun doit suivre pour bien conduire sa raison, mais seulement de faire voir en quelle sorte j'ai taché de conduire la mienne. Ceux qui se mêlent de donner des préceptes se doivent estimer plus habiles que ceux auxquels ils les donnent; et s'ils manquent en la moindre chose, ils en sont blâmables. Mais, ne proposant cet écrit que comme une histoire, ou, si vous l'aimez mieux, que comme une fable, en laquelle, parmi quelques exemples qu'on peut imiter, on en trouvera [125] peut-être aussi plusieurs autres qu'on aura raison de ne pas suivre, j'espère qu'il sera utile a quelques uns sans être nuisible à personne, et que tous me sauront gré de ma franchise.

J'ai été nourri aux lettres dès mon enfance; et, pour ce qu'on me persuadait que par leur moyen on pouvait acquérir une connaissance claire et assurée de tout ce qui est utile à la vie, j'avais un extrême désir de les apprendre. Mais sitôt que j'eus achevé tout ce cours d'études, au bout duquel on a coutume d'être reçu au rang des doctes, je changeai entièrement d'opinion. Car je me trouvais embarrassé de tant de doutes et d'erreurs, qu'il me semblait n'avoir fait autre profit, en tâchant de m'instruire, sinon que j'avais découvert de plus en plus mon ignorance. Et néanmoins j'étais en l'une des plus célèbres écoles de l'Europe, où je pensais qu'il devait y avoir de savants hommes, s'il y en avait en aucun endroit de la terre. J'y avais appris tout ce que les autres y apprenaient; et même, ne m'étant pas contenté des sciences qu'on nous enseignait, j'avais parcouru tous les livres traitant de celles qu'on estime les plus curieuses et les plus rares, qui avaient pu tomber entre mes mains. Avec cela je savais les jugements que les autres faisaient de moi; et je ne voyais point qu'on m'estimât inférieur à mes condisciples, bien qu'il y en eut déjà entre eux quelques-uns qu'on [126] destinait à remplir les places de nos maîtres. Et enfin notre siècle me semblait aussi fleurissant et aussi fertile en bons esprits qu'ait été aucun des précédents. Ce qui me faisait prendre la liberté de juger par moi de tous les autres, et de penser qu'il n'y avait aucune doctrine dans le monde qui fût telle qu'on m'avait auparavant fait espérer.

Je ne laissais pas toutefois d'estimer les exercices auxquels on s'occupe dans les écoles. Je savais que les langues qu'on y apprend sont nécessaires pour l'intelligence des livres anciens; que la gentillesse des fables réveille l'esprit; que les actions mémorables des histoires le relèvent, et qu'étant lues avec discrétion elles aident à former le jugement; que la lecture de tous les bons livres est comme une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés, qui en ont été les auteurs, et même une conversation étudiée en laquelle ils ne nous découvrent que les meilleures de leurs pensées; que l'éloquence a des forces et des beautés incomparables; que la poésie a des délicatesses et des douceurs très ravissantes; que les mathématiques ont des inventions très subtiles, et qui peuvent beaucoup servir tant à contenter les curieux qu'à faciliter tous les arts et diminuer le travail des hommes; que les écrits qui traitent des mœurs contiennent plusieurs enseignements et plusieurs exhortations à la vertu qui sont fort utiles; que la [127] théologie enseigne à gagner le ciel; que la philosophie donne moyen de parler vraisemblablement de toutes choses, et se faire admirer des moins savants; que la jurisprudence, la médecine et les autres sciences apportent des honneurs et des richesses à ceux qui les cultivent et enfin qu'il est bon de les avoir toutes examinées, même les plus superstitieuses et les plus fausses, afin de connoître leur juste valeur et se garder d'en être trompé.

Mais je croyais avoir déjà donné assez de temps aux langues, et même aussi à la lecture des livres anciens, et à leurs histoires, et à leurs fables. Car c'est quasi le même de converser avec ceux des autres siècles que de voyager. Il est bon de savoir quelque chose des mœurs de divers peuples, afin de juger des nôtres plus sainement, et que nous ne pensions pas que tout ce qui est contre nos modes soit ridicule et contre raison, ainsi qu'ont coutume de faire ceux qui n'ont rien vu. Mais lorsqu'on emploie trop de temps à voyager, on devient enfin étranger en son pays; et lorsqu'on est trop curieux des choses qui se pratiquaient aux siècles passés, on demeure ordinairement fort ignorant de celles qui se pratiquent en celui-ci. Outre que les fables font imaginer plusieurs événements comme possibles qui ne le sont point; et que même les histoires les plus fidèles, si elles ne [128] changent ni n'augmentent la valeur des choses pour les rendre plus dignes d'être lues, au moins en omettent-elles presque toujours les plus basses et moins illustres circonstances, d'où vient que le reste ne parait pas tel qu'il est, et que ceux qui règlent leurs mœurs par les exemples qu'ils en tirent sont sujets à tomber dans les extravagances des paladins de nos romans, et à concevoir des desseins qui passent leurs forces.

J'estimais fort l'éloquence, et j'étais amoureux de la poésie; mais je pensais que l'une et l'autre étaient des dons de l'esprit plutôt que des fruits de l'étude. Ceux qui ont le raisonnement le plus fort, et qui digèrent le mieux leurs pensées afin de les rendre claires et intelligibles, peuvent toujours le mieux persuader ce qu'ils proposent, encore qu'ils ne parlassent que bas-breton, et qu'ils n'eussent jamais appris de rhétorique; et ceux qui ont les inventions les plus agréables et qui les savent exprimer avec le plus d'ornement et de douceur, ne laisseraient pas d'être les meilleurs poètes, encore que l'art poétique leur fût inconnu.

Je me plaisais surtout aux mathématiques, à cause de la certitude et de l'évidence de leurs raisons : mais je ne remarquais point encore leur vrai usage; et, pensant qu'elles ne servaient qu'aux arts mécaniques, je m'étonnais de ce que leurs fondements étant si fermes et si solides, on n'avait rien [129] bâti dessus de plus relevé : comme au contraire je comparais les écrits des anciens païens qui traitent des mœurs, à des palais fort superbes et fort magnifiques qui n'étaient bâtis que sur du sable et sur de la boue : ils élèvent fort haut les vertus, et les font paraître estimables par-dessus toutes les choses qui sont au monde; mais ils n'enseignent pas assez à les connaître, et souvent ce qu'ils apprennent d'un si beau nom n'est qu'une insensibilité, ou un orgueil . ou un désespoir, ou un parricide.

Je révérais notre théologie, et prétendais autant qu'aucun autre à gagner le ciel : mais ayant appris, comme chose très assurée, que le chemin n'en est pas moins ouvert aux plus ignorants qu'aux plus doctes, et que les vérités révélées qui y conduisent sont au-dessus de notre intelligence, je n'eusse osé les soumettre à la faiblesse de mes raisonnements; et je pensais que, pour entreprendre de les examiner et y réussir, il était besoin d'avoir quelque extraordinaire assistance du ciel, et d'être plus qu'homme.

Je ne dirai rien de la philosophie, sinon que, voyant qu'elle a été cultivée par les plus excellents esprits qui aient vécu depuis plusieurs siècles, et que néanmoins il ne s'y trouve encore aucune chose dont on ne dispute, et par conséquent qui ne soit douteuse, je n'avais point assez de [130] présomption pour espérer d'y rencontrer mieux que les autres; et que, considérant combien il peut y avoir de diverses opinions touchant une même matière, qui soient soutenues par des gens doctes, sans qu'il y en puisse avoir jamais plus d'une seule qui soit vraie, je réputais presque pour faux tout ce qui n'était que vraisemblable.

Puis, pour les autres sciences, d'autant qu'elles empruntent leurs principes de la philosophie, je jugeais qu'on ne pouvait avoir rien bâti qui fût solide sur des fondements si peu fermes; et ni l'honneur ni le gain qu'elles promettent n'étaient suffisants pour me convier à les apprendre : car je ne me sentais point, grâces à Dieu, de condition qui m'obligeât à faire un métier de la science pour le soulagement de ma fortune; et, quoique je ne fisse pas profession de mépriser la gloire en cynique, je faisais néanmoins fort peu d'état de celle que je n'espérais point pouvoir acquérir qu'à faux titres. Et enfin, pour les mauvaises doctrines, je pensais déjà connaître assez ce qu'elles valaient pour n'être plus sujet à être trompé ni par les pro messes d'un alchimiste, ni par les prédictions d'un astrologue, ni par les impostures d'un magicien ni par les artifices ou la vanterie d'aucun de ceux qui font profession de savoir plus qu'ils ne savent.

C'est pourquoi, sitôt que l'âge me permit de sortir de la sujétion de mes précepteurs, je quittai [131] entièrement l'étude des lettres; et me résolvant de ne chercher plus d'autre science que celle qui se pourrait trouver en moi-même, ou bien dans le grand livre du monde, j'employai le reste de ma jeunesse à voyager, à voir des cours et des armées, à fréquenter des gens de diverses humeurs et conditions, à recueillir diverses expériences, à m'éprouver moi- même dans les rencontres que la fortune me proposait, et partout à faire telle réflexion sur les choses qui se présentaient que j'en pusse tirer quelque profit. Car il me semblait que je pourrais rencontrer beaucoup plus de vérité dans les raisonnements que chacun fait touchant les affaires qui lui importent, et dont l'événement le doit punir bientôt après s'il a mal jugé, que dans ceux que fait un homme de lettres dans son cabinet, touchant des spéculations qui ne produisent aucun effet, et qui ne lui sont d'autre conséquence, sinon que peut- être il en tirera d'autant plus de vanité qu'elles seront plus éloignées du sens commun, à cause qu'il aura dû employer d'autant plus d'esprit et d'artifice à tâcher de les rendre vraisemblables. Et j'avais toujours un extrême désir d'apprendre à distinguer le vrai d'avec le faux, pour voir clair en mes actions, et marcher avec assurance en cette vie.

Il est vrai que pendant que je ne faisais que considérer les mœurs des autres hommes, je n'y [132] trouvais guère de quoi m'assurer, et que j'y remarquais quasi autant de diversité que j'avais fait auparavant entre les opinions des philosophes. En sorte que le plus grand profit que j'en retirais était que, voyant plusieurs choses qui, bien qu'elles nous semblent fort extravagantes et ridicules, ne laissent pas d'être communément reçues et approuvées par d'autres grands peuples, j'apprenais à ne rien croire trop fermement de ce qui ne m'avait été persuadé que par l'exemple et par la coutume : et ainsi je me délivrais peu à peu de beaucoup d'erreurs qui peuvent offusquer notre lumière naturelle, et nous rendre moins capables d'entendre raison. Mais, après que j'eus employé quelques années à étudier ainsi dans le livre du monde, et à tâcher d'acquérir quelque expérience, je pris un jour résolution d'étudier aussi en moi-même, et d'employer toutes les forces de mon esprit à choisir les chemins que je devais suivre; ce qui me réussit beaucoup mieux, ce me semble, que si je ne me fusse jamais éloigné ni de mon pays ni de mes livres.

"
Tulia


...    le 04/11/2003 à 16:28:57
Putain il avait vraiment rien à branler de sa vie ce trisomique de Descartes pour pondre des trucs aussi longs et chiants...
Kirunaa


    le 04/11/2003 à 17:04:20
Je me souviens avoir fait une redac sur ce texte... Vous avez de la chance, je l'ai pas ici, sinon je l'aurai collée.

Enfin pour résumer (les commentaires de txt, c'etait cool, c'etait tjs la meme chose)

#1 oui
#2 non
#3 oui mais non
Tulia


...    le 04/11/2003 à 17:05:48
Thèse, antithèse, synthèse...
Ils répètent vraiment tous la même chose ces connards de profs...
Kirunaa


    le 04/11/2003 à 17:12:37
Ah non, ca c'etait pas mon prof c'etait juste moi... J'etais par definition contre ce que disais l'auteur et comnme j'etais l'auteur de mon texte, j'etais aussi, pour faire bonne mesure, contre ce que je disais moi meme...

Un petit coté saphoiste...

Je me trouve vraiment volubiloconne ce soir... je crois que ma schizo bipolaire me reprend
Tulia


...    le 04/11/2003 à 17:23:00
Ok ben bouge pas, je sors la carabine !
Tulia


...    le 05/11/2003 à 21:18:17
Sinon vous pouvez aussi faire comme moi : ne pas lire les résumés et encore moins les articles...

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