LA ZONE -
Résumé : Bon alors, le narrateur crève sur le billard, mais continue à voir au travers de ses yeux. Il vit en direct son autopsie et son enterrement. Un postulat simple et pas original pour une thune, mais qui donne naissance à un texte agréable, tranquillement gore et gentiment rentre-dedans. Ca pète pas plus haut que son cul et ça fait du bien.

Juste après

Le 24/06/2004
par Herpès
[illustration] Je suis mort. Je le sais mais ce n'est pas le cas de tout le monde. Je vois encore les infiermiers et autres urgentistes s'affairer autour de moi, se prenant pour un docteur Carter ou Benton prodigues afin d'essayer de ramener mon corps déjà refroidit à la vie. Et vas-y que je le choque, une ampoule d'adré par-ci, de la xylocaïne par là, des tubes dans tous les sens. Si je pouvais, je leur dirais bien que çà ne sert à rien, mais bon comme vous l'aurez compris, j'en suis bien incapable.
Après 40 minutes à tenter de faire repartir mon coeur, ils abandonnent enfin. C'est pas trop tôt, je vais enfin pouvoir profiter d'une "retraite" bien méritée. Mais il me reste encore un petit tour à faire dans les couloirs de l'hôpital. Je ne sais pas où on me conduit : j'ai un drap sur la tête. C'est peut-être mieux, pour ne pas choquer les gens, après ce qu'on m'a fait subir en salle de réanimation. A un moment, le drap se soulève quelques secondes, juste le temps pour moi d'apercevoir ma fille, les yeux bouffis de larmes, se pencher au-dessus de ma pauvre carcace. Puis c'est de nouveau l'obscurité. Enfin mon chariot s'arrête, j'entend l'homme chargé de me pousser s'éloigner du pas caractéristique de celui qui cotoie la mort tous les jours. Combien de temps je suis resté là à attendre sous mon drap? je ne sais pas. Mais je me suis tout à coup retrouver sur une table en inox dans une salle en carrelage, glaciale. Au-dessus de moi, une charmante jeune fille, dont les cheveux blonds sont recouverts d'une calotte bleue. Elle enfile de grands gants en latex beige clair tout en me regardant. Soudain, l'idée jaillie dans mon crâne de cadavre (ben oui l'influx nerveux est plus lent, que voulez vous) : l'autopsie! Jaurai du m'en douter; à chaque fois c'est pareil pour les morts dites "suspectes". La mienne n'a rien de suspect , je peux vous l'assurer, je me suis enfilé deux boîtes de somnifères, accompagnées de généreuses rasades de mon meilleur whisky. Et voilà, hop, un bon petit somme. Tous mes papiers étant en règle, je pensais que le reste ne serait qu'une formalité. Me suis bien gourré, putain mais quel con je vous jure. J'aurai dû me pendre ou me saigner, ça aurait sans doute été plus simple. Bon revenons à notre petite lesgiste qui s'affaire dans tous les sens depuis tout à l'heure. D'après ce que je peux ressentir, elle vient d'ouvrir mon thorax en Y en remontant au niveau des épaules. Et là, elle farfouille dans mon intimité, comme ça, alors que je n'ai rien demandé. Elle découpe et sort tous mes organes un à un, les observe, les pèse, y fait des coupes qu'elle enverra sans doute dans un labo quelconque où elles traîneront des mois avant qu'un bac +10 ne conclue à une trop forte dose d'alcool et de je ne sais quelle substance contenue dans les somnifères. Woua! quelle découverte! L'affaire sera classée, et on entendra plus jamais parlé de moi. Hey, mais qu'est ce qu'elle fait avec cette scie. Mais elle a pas le droit de me couper le crâne comme çà, je vais ressembler à quoi moi après. Ba... remarque, qu'elle fasse ce qu'elle veut, je vais pas aller faire la cour aux vers de terre après tout. Bon il me semble qu'elle a fini. Du travail vite fait bien fait comme on dit. Elle me plait cette petite, pas comme ma fille, cette "bidochon" qui n'a rien réussi dans la vie. Que ce soit travail ou amour : lose sur tout la ligne. Je me demande encore comment elle peut avoir mon sang dans les veines...
Ah ben me voilà bien maintenant, dans un frigo géant, à avoir autour de mon gros orteil de doigt de pied un élastique et un carton avec un numéro, mon numéro. C'est fou comme l'organisation des morts est beaucoup plus efficace que celle des vivants. Arff moi je vais aller faire un petit somme si ca vous derange pas, suis fatigué.

Un rayon de soleil me réveille. Je suis dans une cave et la lumière passe juste par une petite lucarne. A tous les produits de beauté qui m'entourent, je pense être chez l'embaumeur ou le croquemort, je sais pas trop comment on appelle çà. Tiens, vous savez d'où vient le nom de croquemort? Ben à l'époque, il mordait le gros orteil des gens pour s'assurer qu'il avait bien affaire à des cadavres. Heureusement qu'aujourd'hui c'est plus le cas, déjà que je n'ai plus d'organes, si en plus on me coupe les doigts de pied, ça va pas aller. Je me sens super léger depuis qu'il m'a enlevé tout le sang du corps pour le remplacer par un autre liquide, plus "conservateur". Je ne vais pas lui demander beaucoup de travail : avec moi, un peu de fond de teint, l'horrible costard choisi par ma fille, un peu de gel dans les cheveux et hop me voilà parti pour l'éternité aussi tranquil que si je faisais ma sieste devant les feux de l'amour (sacrilège!!). Je pense que le travail de réparation sera plus dur pour le mec à côté de moi (je le vois grâce au reflet de la lampe). Il a du se faire sauter la tête, où quelqu'un s'en est chargé pour lui. En tout cas c'est pas joli joli à voir : à en faire dégueuler le médecin légiste.
Enfin, on me met dans une sorte de monte-plat (désolé pour l'image si vous êtes à table) et me voici dans une pièce magnifique très sombre avec des fleurs partout. Dans un coin, ma fille règle en sanglotant les derniers détails avec un homme. Puis c'est la veillée avec les éloges funèbres et tout le blabla. Oui j'étais un homme formidable, admirable, sans ennemis, admiré de tous, et blablabla et blablabla. Les mouchoirs sont de sortie, mais bon tous attendent la lecture du testament. Ils auront l'air con quand ils verront que je ne leur ai rien laissé. Rien que pour voir leur têtes, j'aurais aimé être encore en vie. Enfin après des heures et des heures de gérémiades, on m'emmène au cimetière dans un splendide corbillard. J'ai bien fait d'éviter la messe à l'église, sinon on y serait encore. Bon avant qu'on me descende, encore tout plein de blabla par des gens dont je ne connais même pas le nom.
Je suis dans mon trou Halleluia. J'ai cru que je n'y arriverai jamais. Quelques fleurs semblent tomber du ciel et enfin les premières pelletées de terre salvatrices. Ca résonne sur mon cercueil comme des goutelettes de pluie. Puis le bruit se fait de plus en plus lointain. Me voilà seul avec moi-même. Je vous éviterai le long monologue de celui qui voit défiler sa vie devant ses yeux. Pourquoi je me suis sucidé (à ce qui parait c'ets comme ca qu'on dit)? Pour être enfin tranquil, marre de tous ces gens autour de moi. Ici je suis beaucoup mieux et en plus je peux roupiller toute la journée. Scusez, c'est de l'humour noir, ça doit venir du trou que la légiste à fait dans mon cerveau. Tiens mais j'y pense, j'aurais peut-être du dire à ma fille que ses deux garcons étaient cachés dans ma cave. Depuis le temps qu'elle les cherche. Mais j'ai toujours aimé jouer à cache-cache. Bah tant pis, elle s'en remettra, elle en ferra d'autres. J'espère juste que l'odeur ne va pas déranger mes chats, ca m'embêterait tout de même...
Bon je vous laisse, faut que je me mette à parler le langage asticot sinon je vais m'ennuyer. A la prochaine

= commentaires =

nihil


    le 24/06/2004 à 18:23:50
Le titre originel était "de l'autre coté", mais Aka a déjà un texte qui s'appelle "l'autre coté", donc j'ai renommé... Eh ouais 750 textes, va falloir se creuser bientôt, pour trouver des titres.
Herpès


    le 24/06/2004 à 18:52:57
no pb (je savais po)
El Defoncer     le 24/06/2004 à 22:33:20
j'ai pas compris le coup des deux garçons caché dans la cave, ni celui de l'odeur pour les chats ..
je trouve le texte un peu plat .. bah en même temps c'est normal un mort sa a pas beaucoup d'action dans sa mort
Arkanya


    le 25/06/2004 à 01:17:32
C'est con, c'est plutôt pas mal écrit, même si de nombreuses fautes gênent un peu la lecture, et la chute tombe un peu à plat dans le sens où rien ne la laisse vraiment présager, du coup elle fait un peu cheveu sur la soupe. Personnellement, je me serais plutôt attendu à une fin dans le genre des Contes de la Crypte, bien cynique, d'après le ton du texte, mais bon...
Kirunaa


    le 25/06/2004 à 11:33:16
Moi elle me plait cette fin. Par contre j'aurai bien aimé savoir pourquoi il les a tués, les gamins.
Herpès


    le 25/06/2004 à 12:01:03
pour faire chier sa fille
Lapinchien


tw
    le 25/06/2004 à 13:01:06
c'est encore plus mort que la vie, la mort... il aurait mieux fait de pas se suicider pasque la du coup,il a l'air de se faire encore plus chier...

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