Malette

Le 25/08/2004
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par Vrine
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Thèmes / Obscur / Nouvelles noires
Ce nouveau texte de Vrine, autant écrit avec les pieds que le précédent, est construit autour d'une histoire assez intrigante, c'est con qu'elle soit racontée de manière aussi télégraphique. Le héros, ancien déserteur de l'armée nazie, est grave héroïque, hollywoodien, spielbergien, bref puant d'élans humanistes et sentimentaux affligeants. Un texte bourré de bons sentiments frelatés et dégueulasse de conformisme. Quelques détails permettent sa parution sur la Zone, mais c'est très très limite.
Nous sommes en 1966 dans un petit village provençal, où ça sent bon la lavande. Gunther est là, assis à la terrasse d’un café. Gunther est bien connu dans le village, il faut dire que son histoire est incroyable.
D’origine allemande, celui-ci a refusé de servir le nazisme, il a donc déserté et c’est fait enrôler dans la résistance française. A la fin de la guerre, il a voulu reprendre contact avec sa famille mais celle-ci avait été abattue par la milice allemande.

En voulant aller jusqu’au bout de ses idéaux, il a causé la perte des siens.

Personne ne pourrait avoir ce poids sur la conscience mais bon les années ont passé, Gunther s’est marié avec une femme charmante qui lui a donné deux enfants : Eleanor et Guillaume. Ses enfants sont sa fierté, il les aime plus que tout et par amour pour eux, il a reprit goût à la vie. Son travail à l’usine n’est pas palpitant mais au moins il réussit à gâter ses enfants et à subvenir à leur besoin.

Il sirote un lemon en regardant sa montre. Il a l’air nerveux, ça ne lui ressemble pas. Lui d’ordinaire si calme semble tendu. La serveuse s’approche et il sursaute … Décidément il est nerveux, nerveux oui mais pourquoi ?

Gunther continue de boire tandis qu’au loin le moteur d’une voiture se fait entendre. Gunther paye l’addition, se lève et se dirige sous le coche de l’église.

Une Peugeot 203 fait soudain son apparition dans le village, un homme est à l’intérieur. Le conducteur se gare et va à la rencontre de Gunther.

Ils discutent tous deux 20 bonnes minutes. Gunther à l’air agité. Que peut-il bien se tramer ?

L’homme lui tend une mallette, Gunther la prend et tourne les talons sans même décrocher un regard à son interlocuteur.

Il rentre chez lui d’un pas pressé, il va dans la cuisine, vérifie que ni sa femme ni ses enfants ne sont là et il ouvre la mallette. Ses yeux s’écarquillent, sa bouche s’ouvre béatement, la stupéfaction se lit sur son visage.

Gunther se lève, il porte les mains à son visage et il se met à pleurer. Une heure se passe, Gunther va mieux et pour cause il vient de descendre une bouteille de gnole à la prune.

Tout à coup des pas se font entendre, Gunther lève la tête et il aperçoit sa femme. Elle se tient debout devant lui, il la trouve belle.

C’est vrai qu’elle est belle dans sa robe rouge. Tout a coup il sent la chaleur monter en lui, il veut la prendre maintenant. Elle ne dit rien, il dégrafe les boutons de sa robe un à un et il sent ses seins pointer, il la prend là sur la table de la cuisine.

La bouteille de gnole tombe en faisant un bruit sourd. Ce n’est rien elle n’est pas cassée. Ils continuent leurs ébats. Ils jouissent en même temps.

Cette étreinte lui a fait du bien mais elle n’a pas suffit à lui remonter le moral. Sa femme qui le connaît mieux que quiconque voit bien que quelque chose ne va pas. Elle s’approche de lui tandis qu’elle reboutonne sa robe et lui glisse à l’oreille que c’était bon, qu’elle a aimait faire l’amour avec lui mais rien, Gunther ne réagit pas. Elle ramasse la bouteille, et elle attend qu’il veuille bien lui parler, lui dire ce qui ne va pas …

Soudain, Gunther voit le regard de sa femme se poser sur la valise, il lui dit de ne surtout pas y toucher, qu’elle saurait de quoi il retourne en tant voulu mais que pour l’heure, il faut qu’il aille en Allemagne où on l’attend. Elle ne comprend rien, et lui demande de plus amples explications, elle se met à pleurer, elle a peur à son tour.

Gunther qui est un homme très doux et qui aime sa femme par-dessus tout décide de se confier et il se lance.

Eté 1939, Gunther a 18 ans, il vient de se faire enrôler dans l’armée allemande pour combattre l’ennemi. Il quitte donc sa famille, cela lui brise le cœur mais c’est ainsi pour tous les jeunes allemands, il ravale donc ses larmes et il s’exécute.

C’est ainsi qu’il arrive en U.R.S.S car Hitler a décidé d’en finir avec le judéo-bolchevisme. Là bas, il vivra l’horreur des massacres. Des visions de cauchemars dont il ne se remettra pas. Des morts par centaines, par milliers … Une odeur de putréfaction qui vous colle à la peau, des gens qui implorent pour leur vie, des enfants qui hurlent en cherchant leurs parents et qui les trouvent dans la fosse commune, morts …

Gunther ne restera que 9 mois en U.R.S.S mais cela suffit pour lui donné l’envie de ne pas recommencer. Il n’a jamais tiré sur quiconque au contraire.

Gunther sauva bien des gens durant ces 9 mois. Il n’avait pas fait grand chose a part les laissé partir. Il suffisait juste de détourner le regard et de faire diversion si jamais un soldat nazi s’approchait. Ce n’était pas compliqué mais il était le seul à le faire, le seul sur 1352 hommes qui était présent dans son contingent.

De retour en Allemagne pour une permission, Gunther averti sa famille qu’il compte quitter l’armée allemande et s’enrôler dans la résistance française. Ses parents le comprennent, ils savent pertinemment que ce geste les mettra en danger mais ils veulent être fiers de leur fils.

Gunther devait reprendre sa place le 12 avril 1940 à 06h00 mais il n’en fit rien. Le 13 avril 1940 17h12 ses parents étaient abattus. On aime pas les traîtres dans l’armée nazie.

Gunther qui ne savait rien se fit vite des amis parmi les résistants. Il était heureux, il luttait contre l’ennemi.

La suite sa femme la connaît donc Gunther se tait.

Elle le regarde, ses yeux la brûlent de nouveaux, pourtant, elle ne comprend toujours pas l’importance de cette mallette. Il la regarde tendrement et lui tend une lettre d’un certain Rolf Wichosz détective privé lui indiquant qu’il souhaite le rencontrer au plus vite car il a un objet à lui remettre, un objet qui lui appartient et il est impératif qu’il le lui remette en main propre.

Il fait signe à sa femme d’ouvrir la mallette. Il voit qu’elle est surprise.

En effet la valise contient une robe, une robe d’enfant. La dentelle est brûlée, du sang est venu tacher les petits nœuds. Elle ne comprend pas.

Gunther se remet à pleurer, et explique que cette robe appartenait à une petite fille de 8 ans. Cette petite fille juive avait était gravement blessé à la jambe. Gunther avait réussi à retrouver sa mère au milieu des prisonniers et lui avait apporté la petite en lui disant de partir, de partir loin. La mère s’exécuta aussitôt et Gunther n’eu plus jamais de leurs nouvelles jusqu’à ce jour.

Le détective lui a apprit que la mère de l’enfant s’appelait Mazalta et que l’enfant s’appelle Irina. Mazalta aurait passé le restant de sa vie a recherché ce soldat si différent des autres et grâce auquel elle a pu voir sa fille grandir. A sa mort, c’est sa fille qui a poursuivi les recherches. Rolf Wichosz lui a apprit qu’Irina est devenu une très belle femme et qu’elle souhaitait le rencontrer. Gunther avait immédiatement accepté de la revoir mais avait tout de même indiqué à Rolf qu’il avait quelque chose de très important à faire avant.

Sa femme le regarde avec des yeux écarquillés l’admiration et le respect se lisent dans son regard. Gunther la regarde et lui dit qu’il désire se rendre en Allemagne afin de déposer cette robe sur la tombe de ses parents, leur faire voir qu’ils ne sont pas morts pour rien. Gunther veux que ses parents soient fiers de lui.

Gunther part donc le lendemain matin de très bonne heure, il prend le train est descend en gare de Berlin. Il arrête un taxi et indique le cimetière. Un plan sur sa gauche, il lit « famille WZOLTOZKI - Allée J - N° 5 ».

Gunther marche lentement comme s’il avait peur, ça fait bien 15 ans qu’il n’est pas venu se recueillir sur leur tombe.

Arrivé devant leur sépulture, il s’écroule en pleure. Il dépose la robe, essuie ses larmes et leur dit qu’il les aime et qu’il les aimera toujours. Gunther fait demi-tour, il est soulagé presque heureux d'avoir pu prouvé à ses parents qu'ils ne sont pas mort pour rien, que sa cause était juste.

Le taxi l’attend, il indique l’hôtel ROPFITZI en plein centre ville de Berlin. Gunther a pris une mallette lui aussi.

Arrivé à son hôtel, il ouvre sa mallette, en sort une corde, et se pend.