Surpoids

Le 01/05/2005
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par nihil
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Thèmes / Débile / Disjoncte
Manque d'inspiration total pour cet article déjanté mais surtout profondément stupide, qui raconte l'histoire d'un homme d'une quarantaine d'années qui prend du bide. Pétage de plombs, insultes, débilité et agressions au programme, comme d'habitude quoi. Vite écrit, vite lu, vite oublié, mais c'est pas grave, ça cramera bien dix minutes de notre vie de merde.
Au début je n’avais pas fait attention, mais chaque jour ça devient de plus en plus évident : je prends du bide. A première vue, je n’ai pas de vraie raison de m’alarmer. Ca fait longtemps que je ne fais plus d’exercice régulier, je vais au bureau en voiture, je ne surveille pas mon alimentation. Je suis un être tout ce qu’il y a de plus sédentaire, et j’approche de la quarantaine. Rien de vraiment anormal, donc, à ce que je vois apparaître un peu d’embonpoint.
Mais en l’occurrence ça se développe franchement trop vite et ça m’inquiète. Il y a quelques semaines encore, je n’avais pas cette ceinture de chair inconnue autour de la taille, j’en suis certain. Je m’observe dans le miroir sans complaisance, détaillant ma silhouette empâtée et je ne me reconnais plus. Bizarrement, mon pèse-personne n’accuse aucune augmentation significative de mon poids. Ma femme Chantal ne m’a pas fait de remarque particulière, sans doute pour éviter de me blesser. Ou sans doute plutôt par désintérêt. Mais je ne rêve pas : je peux à peine boutonner mes chemises jusqu’en bas.
    
C’est allé trop vite, on ne prend pas un tel surpoids en si peu de temps, il y a forcément un problème. C’est comme si j’avais brusquement chopé l’accent allemand, c’est absurde. Mon pèse-personne n’est pas fiable de toutes façons, il faut que j’aille voir un médecin. Je fais sûrement un genre de hernie, nom de dieu, j’ai doublé de volume en même pas un mois. Je suis bouffi, énorme, je ne rentre plus dans mes fringues. Je vais aller consulter mon médecin, j’espère que ce n’est rien de dramatique. Je ne voudrais pas être hospitalisé, indisponible pour une longue durée, ou empêché de travailler.
    
Je suis abattu, désorienté. J’enfle à vue d’œil. Mon médecin ne m’est pas venu en aide, il n’a rien constaté d’anormal, cet incapable. Quand je lui ai parlé de surcharge pondérale, il a levé un sourcil et m’a conseillé de me remettre un peu au vélo en haussant les épaules. J’emmerde le vélo ! Me dandiner sur une trottinette pour culturiste n’évacuera pas cette graisse caoutchouteuse qui déborde de partout. J’ai un putain de cancer et on me conseille aimablement de faire du vélo ! Ce toubib incompétent n’est pas prêt de me revoir. J’hésite à aller consulter quelqu’un d’autre. J’ai un truc à la thyroïde, c’est pas possible autrement, de l’acromégalie ou quelque chose, je suis totalement mafflu. Chantal ne me comprend pas, j’ai essayé de lui parler mais elle a répondu à coté de la plaque. Ca fait des années que nous n’avons pas échangé quoi que ce soit d’autre que des banalités indigentes. J’aurais voulu la secouer, lui hurler en pleine face que merde, je ne vois plus ma bite depuis trois jours, même en me contorsionnant. Mais je ne peux pas faire ça, évidemment, elle va m’accuser de faire une dépression nerveuse. Le démon de la quarantaine à bon dos, j’en ai rien à cirer de mon poireau, je m’inquiète juste du tas orangé qui le recouvre depuis peu.

Mes bras gonflent eux aussi, et mes jambes. Mes membres sont tout déformés, on dirait des baudruches lisses, je ne sens plus les articulations au travers de la peau quand je palpe au niveau des coudes ou des genoux. Je suis en train de devenir un putain de bibendum. La consistance des masses de graisse qui m’entourent est surprenante : douce et élastique, ça fait artificiel. Hier soir en allant me coucher, je me suis cogné le haut de la tête en passant la porte. Qu’est-ce que c’est encore que ce bordel ? Prendre du poids à quarante ans, je peux comprendre, mais grandir ? Ca devient complètement fou, il faut que je réagisse. J’ai sauté dans la chambre en grondant « ho ho ho » comme le père Noël, pour alerter Chantal, mais elle s’est contentée de m’octroyer un long regard éteint, et de soupirer avant de se replonger dans son magazine. Même ma voix m’était apparue moins grave que d’ordinaire. Plus tard j’ai essayer de lui faire l’amour, mais je me suis trouvé incapable de me servir de ce qui devrait me servir de bite.

Je suis en train de me transformer en eunuque en fait, j’ai sûrement un dysfonctionnement au niveau hormonal : j’enfle à vue d’oeil, ma voix devient molle et alanguie, et je suis infoutu de bander correctement, même après avoir maté deux heures durant le manège de la voisine d’en face, sur qui je fantasme depuis des lustres. De toutes façons, j’ai même perdu toute envie de cogner à sa lourde, de lui arracher ses fringues et de l’enculer avec ma tête comme un putain de démon hors de sa boite. Cette chienne m’a fait imaginer les pires saloperies possibles depuis des années, et là j’avais surtout envie de euh… De lui offrir des gâteaux, par exemple. Je sais pas moi. Bon OK je suis un eunuque, faut assumer.

De toutes façons, c’est pas avec ma connasse de femme que je pouvait m’attendre à rester un être sexué longtemps. Rien que sa gueule avec les lunettes et tout aurait du me donner envie de me les couper depuis longtemps. Ca c’est fait inconsciemment, voilà tout. L’esprit est capable de tout. M’auto-castrer en représailles, c’est pas illogique, sauf que ça ne fera qu’arranger Chantal, qui n’aime le sexe que dans les pubs pour les parfums de luxe.

En fait il y a autre chose, ça ne peut pas être hormonal. Ma peau prend petit à petit une teinte cireuse, voire franchement jaunâtre, et j’ai de grosses tâches marrons qui apparaissent sur le bide. Y a de quoi s’affoler ce coup-ci, c’est sûrement le foie qui déconne et faut pas plaisanter avec le foie, c’est avec ce truc qu’on recycle les nutriments, je sais pas quoi. Je m’en fous de toutes façons, tout ce que je veux c’est que ça marche, c’est pas compliqué bordel. C’est important le foie, je l’ai lu dans Top Santé. Je me suis mis en congé illimité au travail. Je ne peux plus décemment sortir dans cet état.

Mon visage se déforme peu à peu, j’ai la mâchoire inférieure qui s’avance et mes yeux deviennent globuleux. Je n’ai plus un poil sur le corps et plus de cheveux. Je erre nu dans l’appartement pendant la journée, de toutes façons je ne rentre plus du tout dans mes vêtements. Et quand Chantal rentre, je m’enferme dans mon petit bureau aménagé sous les combles. Elle s’en fout de toutes façons. Je suis aussi allé à la clinique. Mais ils n’ont pas voulu me garder, ils m’ont juste fait des examens à la con et m’ont demandé de revenir la semaine prochaine pour des examens complémentaires. J’espère vraiment qu’ils vont trouver, mais ils n’avaient pas franchement l’air affolés. Ils m’ont surtout posé des questions sur ma vie, sur mon moral et ce genre de conneries. En gros, ils croient que je suis cinglé. JE SUIS EN TRAIN DE ME TRANSFORMER EN CASIMIR ET CES CONNARDS ME CROIENT CINGLE ??! Non mais où va-t-on ? J’ai cotisé vingt ans pour cette Sécu de merde moi, bordel !

J’ai essayé de découper mes poignées d’amour caoutchouteuses avec un grand couteau de cuisine, mais je n’ai fait que répandre de la graisse orange partout autour de moi, sans parvenir à retoucher ma silhouette. Je suis couvert de sang et je hulule misérablement, pas de douleur, je ne sens presque rien, mais de frustration. Les murs s’éclairent de couleurs vives que je ne leur connais pas. C’est l’île aux enfants aaargh.

Mais je suis pas du genre à me laisser abattre moi ! Je suis un être volontaire, je ne me laisserai pas changer en peluche géante par des putains de martiens sans me révolter ! Ils vont voir de quoi je suis capable. Il faut que j’alerte l’opinion publique de mon mal, forcer les gens à se rendre compte. Et pour attirer la presse, malheureusement, il faut un coup d’éclat. Quelque chose qui les attire, ces putains de mouches à merde. Un happening violent et inouï qui allèchera ces pourceaux sanguinaires. J’échafaude des tas de plans tous plus fous les uns que les autres, je m’excite tout seul et je mets à sautiller mollement en gloubiboulgant joyeusement « Hooopla » à chaque rebond. Je vire complètement marteau.

En poste devant l’école maternelle, j’attends l’arrivée des enfants, masquant fébrilement mes difformités sous un imperméable ample. Mes gros yeux blancs roulent au dessus de mon museau orange. Ca va rameuter du journaliste, ça les enfants. Et alors je pourrai darder un doigt vengeur et accuser la médecine moderne, et tous ceux qui m’ont ignoré et ont ri de moi. Le peuple doit savoir que des foutus martiens sont en train de me transformer en Casimir ! Je suis en train de devenir un putain de terroriste sans regret, un fanatique, mais je suis au bout du rouleau.
Ca y est, ils sont là, ces ridicules petits animaux me courent dans les pattes en glapissant des imbécillités suraiguës. Je ne peux m’empêcher de faire coucou de la patte gauche en me dandinant lamentablement, puis je me ressaisis. J’en chope un par le revers de l’anorak et le soulève sans effort jusqu’à hauteur de mon visage de dinosaure boursouflé. Je lui hurle en pleine gueule :
- HEIN T’EN VEUX DU BON GLOUBIBOULGA, ENCULE !
Je le balance par terre sans ménagement et le maintient pour lui enfiler dans le gosier trois gros gâteaux que j’ai préparés pour l’occasion. De la part du démon de la quarantaine. C’est la panique autour de moi, et j’en profite pour choper un autre enfant et lui administrer le même traitement. Je suis tellement frustré que je finis de lui enfoncer des gâteaux dans le bec à grands coups de poing dans la gueule. Casimir pas content ! Je gronde d’une rage dinosaurienne.
Des parents tentent de me ceinturer, mais ma furie dépasse de loin leur pauvre détermination. La confusion est complète. Je hurle mon chant de guerre, « l’île aux enfants » en piétinant à pieds joints des petits cons qui passent par là. « Et hoooopla… Et hoooopla, on est tous des amis ! Venez vous amuser avec moi».
- Tas de petits empaffés, voyez ce que vous avez cautionné ! Casimir n’est pas un putain d’amuseur public, ce n’est qu’une victime ! Une pauvre victime de vos pulsions enfantines merdiques, de vos appétits sordides de jeux, de rires et de chants ! Mais Casimir, il en A RAS-LE-CUL, et il est revenu pour se venger de vos brimades et de votre insistance démoniaque ! Youpi, tous en coeur !
J’en envoie trois contre les murs en j’en accroche un aux branches d’un arbre. Je commence à dévorer la tête de ce dernier. Y a bon Gloubiboulga ! J’essaie d’en attraper encore pour en faire une brochette au bout de la branche, mais la plupart ont pu s’enfuir, et je n’en ai plus le moindre à portée de la main. Je reste tétanisé, dressé au centre du champ de bataille, livré à la haine viscérale qui a fait de moi ce destructeur terrible, redouté de tous. Je halète, recouvert du sang de ces impies qui ont cru faire de moi un phénomène de foire inoffensif, un dinosaure aimable et débonnaire.

Voici venu le temps des rires et des chants
Dans l'ile aux enfants, c'est tous les jours le printemps
C'est le pays joyeux des enfants heureux
Des monstres gentils, oui c'est un paradis


Monstre gentil mon cul.
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