Lieu commun n° 4 : Verre à moitié vide contre verre à moitié plein

Le 15/02/2016
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par Mill
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Rubriques / Lieux communs
Le lieu commun N°4 de Mill convient particulièrement à une personne particulièrement commune. à tel point qu'on l'imagine sans problème dans le rôle du narrateur : oui en faisant n'importe quoi, on devient n'importe qui, mais en devenant n'importe qui on ne devient pas Rémi Gaillard mais bien François Bayrou : "Pour moi, le centre est nécessaire en France. Qu’il y ait une force indépendante au centre est une nécessité pour que la politique soit différente, mieux équilibrée, que l’on puisse discuter et qu’il y ait plusieurs propositions. Les deux conditions pour que le centre existe, c’est qu’il s’unisse et cela viendra, je vous le dis. Je vois tous les éléments se mettre (ndlr: earth, wind and fire) en place pour que les intérêts bêtement partisans et d’appareil s’effacent. » Cependant bien qu'on ait l'impression que Bayrou est le narrateur du texte, ce dernier n'en reste pas moins écrit par Mill, inspiré donc et au style irréprochable et au verbe prophétique.
Entre le bien et le mal, le blanc et le noir, le bruit et le silence, le vide et la matière, je choisirai toujours l'intermédiaire, cet espace entre deux, bancal et glissant sur lequel s'asseoir ressemble à une gageure. Le sérieux de mon humour peut en témoigner, et le comique involontaire que sous-entendent les événements les plus graves de nos frivoles existences me confirme dans cette voie glauque et sans issue. Je pose mon cul entre deux chaises et flotte sur le néant tel que le définissent les âmes noires, les âmes blanches, les verres vides et les verres pleins.
Parfois, je glisse, je tombe et rien pour me rattraper. Je tends la main à l'aveuglette et mes doigts se referment sur des formules abstraites dont les symboles arithmétiques imprègnent la peau ravagée de mes paumes. Bientôt, je n'aurai plus de nom, plus d'âge, plus de consistance, et je sais que ça en vaudra la peine.

Ma viande est un nid de poussière et mon squelette une armature. Je ne vis pas pour moi mais à l'intérieur d'un objet rampant qui est parvenu, par le plus grand des miracles, à se hisser sur ses jambes afin de pratiquer l'illusion du mouvement. Je ne me déplace pas. Je suis la machine qui croit se mouvoir dans un décor de carton-pâte éclairé par d'habiles ingénieurs qui se prennent pour des astres.

Le monde paraît binaire à ceux que ça rassure - et ils sont légion. Limiter les choix autorise une assise confortable, lisse et plate comme un cul de mannequin anorexique. C'est oui ou non, mon frère. C'est l'un ou l'autre. Chaque problème exige une solution. Une seule. Bonne ou mauvaise, pas de troisième voie ou de choix parallèle.

Enrichis ton vocabulaire, mec. Il n'y a pas de problème, il n'y a que des questions. Et les réponses sont multiples.

Le verre d’eau, et après quoi ? La peau de l’ours, les pieds qui touchent terre, les chaussettes de l'archiduchesse ? Pour ma part, je sais à quoi m’en tenir. Il n’existe que des verres pleins. Dès lors qu’il subsiste une goutte au fond d’un récipient, il reste encore à boire. Alors, il faut le vider. Entièrement. Jusqu’à ce que le verre cesse de transpirer. C’est là qu’on s’aperçoit que personne ne songe jamais à jauger la bouteille.

    En définitive, le verre importe peu. Ce qui compte, c’est de pouvoir se resservir.
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