Les insectes dans le cerveau

Le 13/10/2016
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par HaiKulysse
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Rubriques / Blogule Rouge
Après Lapinchien et Aka, HaiKulysse reprend le flambeau de la rubrique "Blogule Rouge". Bienvenue à tous sur le blog de Jack, le boucher amateur de cinéma underground, qui voit ou croit voire des insectes un peu partout, dans les rapports entre les Hommes, dans sa tête et celle des autres, dans nos sociétés modernes, mortes et en putréfaction avancée. Ce come-back est particulièrement réussi et d'un niveau littéraire supérieur à l'original, probablement parce qu'HaiKulysse n'a jamais entendu parler de cette rubrique http://www.lazone.org/articles/rubriques/40.html (peut-être n'était-il même pas né à l'époque ?) Quoi qu'il en soit, espérons qu'il poursuive dans cette voie.
Les insectes dans le cerveau refaçonnent et détaillent le lieu qu'ils ont fait exister. La bouche grande ouverte, comme pour recevoir l'hostie, a fait entrer les insectes ; les invertébrés à l'intérieur du cerveau, comme absorbés par ce cosmos, rendent l'exploitation de ses neurones assez complexe : il faut, pour extraire une pensée, pomper au fond des strates cérébrales, comme si il s'agissait d'un fossile.
Le cerveau : un lieu étranger où les insectes malheureux, malhabiles, paraissent ridicules par rapport au nouveau fonctionnement de protection qu'ils ont adopté.
En réalité, elle a de nouveau perdu conscience, la victime ! Résultat d'un forage sauvage, sans aucune délicatesse ; des millions d'insectes la regardent à l'intérieur d'elle-même et gardent farouchement leur gestation : quand les chirurgiens tentent de les déloger, ils s'aperçoivent rapidement que leur gants, puis leurs mains, sont couverts d'acide hautement corrosif ; et la victime éveillée dans son lit hurle encore plus fort que ces docteurs. Elle hurle qu'elle va mourir. Et pourtant, oh mon dieu, elle ne meurt pas. Pas encore. L'agonie ne fait bien sûr que de commencer, il faut l'honorer cette douleur sans laquelle rien n'augmente ni ne diminue.
Quelque chose explose dans ses os et dégage une puanteur si forte qu'elle semble briser la chaîne moléculaire du vice.
Peut-être que la torture n'a pas de fin, se déroule selon une extra-temporalité qui nous échappe. Mais personne ne veut abattre cette jeune femme qui passe ses jours et ses nuits à endurer, à cuire intérieurement.
Les examens continuent. De son côté, la douleur ne reprend pas : elle est la continuité incarnée tout simplement. Comme un être indépendant, qui fait pourtant partie d'un tout, qui est consommé par cette globalité mais aussi qui l'entretient et la nourrit.

Ce rail d'encens qu'on lui avait promis pur et extatique, était peut-être de trop.

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Un appartement au premier étage et une école en bas, et dans cet appartement une envie de travailler dans une usine : du sang s’infiltre par-dessous sa porte et emplit la pièce où d’autres associations d’idées sont en attente.
La nuit a été déclarée blanche par les plus hautes autorités. Ils n'ont qu’un impératif, ces insectes… trouver et comprendre la vérité. Vous vous rendez compte qu'ils vous ont berné toute votre existence, vous vous en rendez compte quand les parents pleurent en amenant leurs gamins le matin. Alors vous êtes éclairés par la lucidité : les parents croyaient que le cauchemar était réservé uniquement à leurs enfants, à un futur qu'ils n'atteindraient jamais.
Par la fenêtre, je vois les gosses respirer dans les cheveux ensanglantés de leurs parents, j'ai cette impression que tout s'enchaîne : les insectes dans le cerveau refaçonnent et détaillent le lieu qu'ils ont fait exister à mesure qu'il s'efface, s'auto-détruit.
Gangrenés eux-aussi par les insectes, ce sont ces même gamins devenus adultes qui accompliront la fin de la mission ; du haut de ma fenêtre, je me doute qu'ils ont plein d'idées macabre à revendre, je suis persuadé qu'ils seront poussés par le vice tout le long de leur existence au point de faire goûter l’intérieur de leurs fesses aux plus faibles. Je ne peux m’empêcher de penser à ce qu’ils ont pu manger avant.
Encore plus tard dans la matinée, mais toujours à la récré, je les vois, je les entends, ces enfants de salauds, chier des merdes amollies, ou dures, ou encore liquéfiée dans la gueule de ces connards abrutis qui sont pas foutus de se défendre.
A midi, à la cantine, l'un des caïds, s'assoit près de sa maîtresse lessivée, une mégère presque ivre morte à force de boire de la pisse rougeâtre ; le caïd voit dans ses yeux défoncés à l’alcool quelque chose qui peut-être souillée. Ce n'est pas sa virginité qui a depuis longtemps été consommée à l'aide d'un suppositoire imbibé de vodka. Une envie de viol, de violence mutuelle s'engage derrière les persiennes ; avec ses potes ils la remplissent de foutre par tous les orifices alors qu'ils n'ont même pas commencé encore leur puberté.
Dans le bureau adjacent du directeur, les formulaires et directives des salopards qui nous gouvernent, en voulant mépriser, humilier encore plus les pauvres gens qui sont parqués dans les espaces urbains indésirables, racontent qu'il n'y a pas de place pour eux à l'école : ils sont renvoyés d'un enfer pour un autre enfer, encore plus dégueulasse.
S'est solidement implanté entre eux et le beau monde un mur d'incompréhension, d'intolérance, de cynisme qui ne veut pas dire son nom.
C'est dans ce contexte que je retrouve ma petite guérilla écolière dans les jardins botaniques du parc d'à côté, ils prononcent des mots que je ne connais pas, à ce stade on peut dire que leur connerie est absolue ; ces mots, je le sais, ce sont des vomissements que leurs parents ont dégueulé en croyant qu'ils n'entendraient rien, qu'ils étaient même incapables de comprendre le schéma de vie funèbre que leur géniteur ont tracé de manière aussi malveillante que je-m'en-foutiste.
Mais ils sont contents, même si le rideau rouge du cinéma d'avant n'existe plus, ils sont merveilleusement contents quand ils sont à la table d'un restaurant français, avec du vin français et du fromage français. Mis bout à bout les fromages français bouffés tout au long de leur existence, forment exactement trente kilomètres de pourriture, comme leurs bouchons autoroutiers.

Ah j'oubliais : une boutique de souvenirs ouvre prochainement dans leur quartier. Dans une bulle de cristal, comme on peut voir la Tour Eiffel sous la neige, ils ont sorti toute une déclinaison : le Papa Noël sous la neige, la ballerine etc. Tout ça pour leurs touristes qui, eux, repartent sagement dans leur pays.
Les touristes en revenant au bercail natal pourront raconter que les français, dans leur majorité, sont racistes, xénophobes : chaque français porte en lui un germe d'Adolf Hitler.
Car dans ce pays aussi pourri que leurs fromages, les insectes du FN ont profondément travaillé dans les crânes français, leur biosphère et domicile hautement céleste.
« La France, tu l'aimes ou tu la quittes » ou encore « 100 % français, 0 % migrant » ou alors « le peuple d'abord ! » Des slogans tellement civilisés qu'ils nous envient les néo-nazis des autres nations, mais bon, faut rien dire alors on ferme sa gueule.
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