Les Sept - Astarté (4)

Le 16/12/2016
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par Cuddle
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Rubriques / Les Sept
Après Baalzebuth, Abbadon et Béhémoth, Cuddle propose un quatrième chapitre de sa magnifique et intrigante saga de heroic fantasy s'articulant à nouveau autour d'un personnage maudit. Aujourd'hui, Astarté, une reine sanguinaire inspirée du Pharaon de la Bible dans l'Exode 11-5 mais aussi Hérode dans Matthieu 2-16 . Il ne reste donc plus que 3 derniers Playmobils à trouver et Cuddle pourra bien s'amuser avec ses joujoux. Probablement une grande bataille ultime de cette coalition de super méchants contre les hordes du Chaos en Lego. L'air de rien, le concept est sympathique et petit à petit, Cuddle construit un panthéon et un bestiaire à faire rougir d'envie Robert E. Howard, l'auteur des aventures de Conan le Barbare.
À l’ouest du royaume de Ganymède, logée aux portes du désert de Zwambe, se trouvait la cité primitive de Xilbalba. Cette puissante métropole, érigée sur un plateau aride, était isolée du reste du monde. Sa population y vivait en autarcie selon des règles de vie ascètes sans que personne ne remette en question le règne de la Grande Astarté III.
Cette reine avait été élevée au rang de divinité par les fidèles si bien qu’elle s’était attiré les foudres des Dieux. On raconte que son fils lui avait alors conseillé de bâtir un temple majestueux pour apaiser leur colère. Elle avait donc fait construire sur l’acropole le plus imposant de tous les temples, le « Temple royal Togué Ier » en l’honneur de son unique héritier. Ce bâtiment qui renfermait une salle de trône luxueuse avait la particularité d’être pourvu d’une vaste terrasse publique sculptée de bas-reliefs. Elle avait imposé aux architectes d’y construire un large autel où seraient sacrifiées une cinquantaine de chèvres le jour de la cérémonie.

Depuis des mois désormais, la cité de Xilbalba avait ouvert ses portes aux populations nomades qui souhaitaient assister à l’inauguration du temple. Il en venait des quatre coins du royaume qui après de longs jours de marche installaient leurs tentes autour de l’enceinte de la cité. Une agitation fiévreuse s’était emparée des autochtones qui semblaient découvrir de jour en jour des civilisations différentes de la leur.

À la veille de la cérémonie, une fête privée fut donnée dans le Palais Brûlé d’Astarté, une orgie grandiose qui mêla mets fins et musique voluptueuse. Alors que certains de ses invités s’adonnaient aux plaisirs de la chair, Astarté se saisit d’une pipe en ivoire sur la table et prit une longue bouffée d’opium. Son corps se raidit brusquement, ses membres firent des gestes incontrôlables et elle s’effondra lourdement au milieu des coussins. Après quelques convulsions, elle s’apaisa et observa avec difficulté les invités qui gravitaient en apesanteur dans le salon. Ils étaient étrangement difformes, leur cou s’était allongé comme les Padaungs du sud et des tentacules de pieuvre avaient poussé dans leur dos. Elle voulut se lever pour arracher ces monstruosités, mais une voix grave stoppa net ses mouvements.
« As…tar…té ».
« As…tar…té ».
L’appel avait commencé. Comme dans un rêve, le bruit des tam-tams s’arrêta brusquement. Les convives se tournèrent dans sa direction et elle s’aperçut avec horreur que leur visage avait disparu. Alors leurs corps se mirent à se liquéfier sur le sol et à glisser sur le marbre. Tout semblait se dissoudre autour d’elle, il ne restait plus rien de la soirée.
« As…tar…té ».
L’air devenait électrique, la divinité rentrait peu à peu en contact avec elle et une voix glaciale claqua dur comme l’acier : « L’apaisement de ma colère sera proportionnel à l’importance de ton sacrifice. Le Dieu de la terre a soif de sang, mais sa miséricorde est grande et ton cadeau sera récompensé. »



À quelques minutes de la cérémonie, des servantes vinrent la préparer. On lui tressa les cheveux, posa des cornes de boucs sur la tête et on la coiffa d’un turban coloré. Sa tenue fut rehaussée d’énormes bijoux en bois et de défenses d’éléphant. Son visage d’ébène fut ensuite recouvert de peinture blanche et comme la coutume l’exigeait, on plaça dans sa lèvre inférieure un plateau d’argile. Lorsqu’elle se présenta enfin sur la vaste terrasse du temple, elle jeta un œil à sa cour et salua son peuple venu lui rendre hommage. Puis, elle prononça ces paroles terribles qui laissèrent la foule sans voix : « Mes fidèles, votre venue honore les Dieux qui nous gouvernent mais la colère divine ne s’apaisera que si notre sacrifice est grand. En tant que Mère de la fertilité, je préside en ce jour à la naissance du nouveau destin de Xilbalba. Aujourd’hui, j’offre au Dieu de la terre mon unique fils en héritage. Aujourd’hui, sera sacrifié sur l’autel de Togué tous les enfants de la cité ». Les portes de la ville se refermèrent brusquement et des milliers de soldats se déversèrent dans la foule afin de purger la ville. La population s’agita furieusement, des cris de protestation éclatèrent de toute part, mais rien ne pouvait entraver la volonté d’Astarté.

Une longue procession d’enfant prit forme et on prépara longuement les victimes au sacrifice. Leurs petits corps furent peints en bleu, on les coiffa de roses d’Inde et on leur tendit le peyotl sacré. Lorsqu’enfin les préparatifs furent prêts, Togué, son fils, fut le premier à se présenter devant l’autel. Elle baisa son front en guise d’adieux et laissa le prêtre effectuer la suite du rituel. Il allongea l’enfant sur la pierre, à demi-conscient, et muni d’une lame d’obsidienne effectua une large incision entre les côtes. Il récupéra le cœur palpitant de Togué et le montra à la foule. Des rivières rouges dégoulinèrent le long de l’autel et se frayèrent un chemin à travers les bas-reliefs de la terrasse. Le prêtre déposa l’organe au sein du cuauhxicalli traditionnel et fit une rapide prière. Il se tourna vers la seconde victime, une fillette de cinq ans. Et c’est ainsi qu’une centaine d’enfants fut sacrifiée pour apaiser la colère des Dieux.

Astarté avait répondu à l’appel et sa récompense fut démesurée : elle devint une reine sauvage, animale qu’on ne pouvait dompter. Elle prit le nom de « Reine du Jugement » mais beaucoup l’appelaient cruellement la « Reine de Cœur ».
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