Surconsommation 5

Le 17/01/2003
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par nihil
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Dossiers / Surconsommation
Un article polémique sur la surconsommation, mais traité de manière littéraire, on reconnaît le style de l'auteur de la Bible du Néant. Le résultat est assez bizarre, mais intéressant.
Ode à la surconsommation.

On passe notre vie vide d'amorphes prolétariens effondrés devant la télé, à la recherche de pseudo-sensations fortes... Comme des poissons sortis de l'eau, qui ouvrent grandes leur bouche et branchies pour capter un peu d'oxygène... Comme des presque-noyés qui se débattent une dernière fois en aspirant encore un demi-litre d'eau noire... Convulsions.
Et on se gave, de tout et de rien, en espérant remplir notre morne cercueil de béton de moments heureux. Mais c'est une illusion, les produits Universal ou Fujitsu ne sont pas des catalyseurs de bonheur mais des psychopompes murmurant de leur voix inaudible : "plus, il t'en faut toujours plus". Addiction.

Gavés = blasés.
Plein = vide, et manque et addiction.
Jamais nos enfants recouverts de cadeaux de Noël en polyéthylène de synthèse étudié et aseptisé ne s'amuseront autant que nos parents à leur âge, en train de construire un moulin à eau avec trois morceaux de bois. Dereliction.

On cherche des émotions par procuration en nous abreuvant de télévision, de reportages et d'information, on court après nos propres besoins, on se cache pour se goinfrer à l'abri du regard de nos voisins. Mais on se meurt. Addiction. Addiction. Addiction.

Plus, il m'en faut plus, encore plus.

On s'empiffre de sensations artificielles, des jeux vidéo aux films d'horreur alors qu'il suffirait parfois de contempler notre univers pour être effrayé. Abandonnons-nous donc à la civilisation du jetable, du périmé, convertissons-nous au culte de l'usage unique.

Allons, consommons puisque notre seul moyen d'expression semble être de subir, consommons de manière compulsive du plus que nous pouvons et exploitons sans remord, puisque c'est la Consommation qui fait fonctionner notre Système, qui le maintient (nous l'aimons tant), consommons sans arrière-pensée, et changeons-nous, nous les populations occidentales, en horde d'obèses irresponsables et incapables du moindre effort physique. Quitte à provoquer à court-terme la destruction du tiers-monde d'abord, de la Terre entière ensuite.

Quelle noble attitude que celle de brûler tous les stocks de ressources énergétiques disponibles d'un coup, en quelques décénnies, de vider la planète de toute substance à notre profit pour que plus rien ne repousse jamais après nous, que plus aucune vie ne soit possible après la notre. Oui, goinfrons-nous, mes frères, en imaginant atteindre le Nirvana intellectuel, la plénitude physique et la sérénité culturelle avant notre heure dernière.

Nous sommes des gens qui tatonnent dans le noir mais refusent d'ouvrir les yeux.

Vous savez que les enregistreurs DVD sont d'ores et déjà disponibles sur le marché ? Bon ils sont encore un peu chers, mais d'ici peu nous pourrons nous jeter dessus, nous empiffrer de nouvelle technologie jusqu'à la gerbe, et puis nous remettre comme avant à attendre, yeux brillants, la prochaine innovation technique. Oui, changeons de portable tous les six mois et de voiture tous les deux ans.

Le processus est en marche, plus rien ne saurait l'arrêter.

Quel plus beau geste que celui de brûler sa maison avant de se suicider ? Quatre-vingt dix-sept pour cent de rivières qui contiennent des persticides, des réserves qui s'épuisent et les croix noires qui s'accumulent inexorablement sur la liste des espèces en voie de disparition. Bientôt on pourra ajouter les populations humaines non-occidentales à cette liste, victimes du culte de la croissance économique et de la consommation frénétique. Que c'est beau, une civilisation kamikaze.

Quelles nouveautés ?
Des films emplis d'effets spéciaux qui nous feront battre le coeur et qu'on trouvera ringards dans un an ? Des ordinateurs de bord qui indiquent notre position sur une carte dans notre toute nouvelle voiture ? Des processeurs d'ordinateurs toujours plus rapides, fabriqués par des esclaves en Chine ou ailleurs ? Une nouvelle technologie permettant de capter deux-cent chaînes de télé ?
Oui, il nous faut tout celà et plus encore. Pour accomplir notre destinée de surconsommateurs.
Et penser à ajouter les cinquante millions de boîtes d'antidépresseurs vendues annuellement dans le monde sur la liste des courses.

Mon dieu, que l'acte de tuer ses propres enfants est beau. Le meurtre des générations futures comme mode de vie. La politique de la terre brûlée. Nous devons oublier la présence ricanante du vide, toujours plus pressant, qui nous hurle de le rejoindre, en dévorant toujours plus. Oublier, oublier, oublier.

Il est là.
Abandonnons-nous.

Quel monde merveilleux.
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