Jeu de dés 3

Le 30/09/2004
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par Arkanya
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Rubriques / Jeu de dés
La série des 'jeu de dés' est basée sur un univers futuriste virtuel, dont les entités peuvent s'incarner dans des êtres humains du passé. On ne sait que peu de choses de ce monde, ça donne aux textes un coté frustrant mais intéressant. A force de petites touches successives on finira par cerner la globalité, on dirait le credo de ces connards d'impressionnistes.
17h03 : j’investis le corps du type qui sera mon tombeau. Quelque chose ne va pas, normalement j’aurais dû me trouver devant une rangée de fioles, et là je suis dans un jardin. Une bouffée de vent chaud me caresse le visage, et je crains d’étouffer. Je ne suis pas encore habitué à la respiration, c’est compliqué. Inspirer, expirer, inspirer, expirer, inspirer… ça commence à venir.
J’ai quelque chose dans la main. D’après ce qu’on a pu me raconter du passé et si je rassemble mes vagues souvenirs, ça doit être une cigarette artisanale, grossièrement roulée. L’odeur qui s’en dégage me pique les narines. Je jette le mégot par terre, et je regarde autour de moi. Le grand bâtiment juste là porte le logo du laboratoire dans lequel je suis sensé travailler. Je m’y dirige à pas rapides, mais ce corps est lourd, il sembla ne pas vouloir avancer. Mes yeux balayent rapidement le champ de vision pour se fixer tantôt sur un caillou, tantôt sur la porte vers laquelle je me dirige. J’ai envie de dormir et de rire à la fois, je ne sais pas ce qui se passe.
Je franchis enfin le seuil du grand bâtiment et me dirige à l’instinct dans les couloirs, suivant le panneau qui indique la direction du laboratoire. J’y arrive bientôt et franchis le seuil. Un homme avec une blouse blanche sursaute à mon entrée et se tourne vers moi. Il entrouvre la bouche pour prononcer une protestation, mais le son reste coincé au fond de sa gorge comme il aperçoit la lame que je sors prestement de ma poche.

17h58 : le corps du professeur est par terre, je l’ai poussé du pied pour ne pas voir le regard accusateur de ses yeux fixes, et du sang s’est collé sur le côté de ma chaussure. J’ai bloqué la porte avec une chaise, juste au cas où, mais ils m’ont bien dit que logiquement il n’y aurait personne dans ces locaux parce qu’on était dimanche. J’ai balancé le contenu de tous les tubes à essai dans l’évier, et par précaution je les ai tous fourrés dans un sac plastique que je jetterai en sortant.
J’ignore sur quoi ce type travaillait, apparemment sur le vaccin d’une maladie quelconque, je n’ai pas très bien compris. Des mots savants sont inscrits un peu partout qui ne me renseignent pas plus, une abréviation revient souvent : VIH. Finalement je ne suis pas là pour comprendre, je suis là pour exécuter, pour changer le cours de l’histoire et empêcher notre malheur futur. Je n’ai aucune idée de ce que mon action changera sur mon temps, je suis dans l’incapacité d’y retourner, mais pour l’humanité, pour le système, pour notre réseau d’âmes, je sais que je fais bien. Ce professeur est mon aïeul, et ses travaux mettent en péril l’équilibre de notre monde parfait, c’est tout ce dont je suis persuadé, et ça me suffit.
18h32 : Ma mission est terminée, je vais probablement aller me jeter d’un pont quelconque, je ne supporte pas l’idée d’être enfermé dans un corps et de le voir dépérir, pas après avoir éprouvé la libération de mon esprit, c’est insoutenable.
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