Haine maternelle : Gaby, l'ami des tous petits

Le 03/12/2004
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par Herpès
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Dossiers / Haine maternelle
Un bon petit texte mais qui ne ressort pas plus que ça par rapport aux autres du dossier. Ca a le mérite d'éviter le côté psychodrame qui devenait assez répétitif. C'est pas trop mal écrit et donc ça se lit bien, hormis les changements de pronoms qui deviennent limite pénibles. On sent pointer le côté rageur et la violence enfouie, mais ça ne va jamais jusqu'au bout. Dommage.
C’est arrivé par hasard, ou plutôt devrais-je dire par accident. La capote a craqué et nous nous sommes retrouvés, Paul et moi devant le dilemme que doivent affronter des milliers de jeunes couples. C’est con à dire, mais en y réfléchissant aujourd’hui je me dis qu’il y a des jours où il vaut mieux avoir la migraine plutôt que de faire l’amour. Paul était si content. Un large sourire illuminait tout son visage. Je ne l’avais pas vu comme ça depuis des années. Devant ma réticence à garder cette chose au fond de moi, il a refusé tout d’un bloc l’idée même d’avortement, protestant que nous en voulions un depuis un moment. Alors de guerre lasse, je me suis laissée entraîner dans cette histoire. J’ai vu mon ventre se déformer petit à petit, le regard de Paul changer à mon égard. Il ne s’adressait plus qu’à mon ventre, à cet enfant qui poussait à l’intérieur de moi. Partout dans la maison je retrouvais des magazines s’intitulant « comment être de bons parents ? », « la décoration de la chambre à coucher de bébé » ou encore « entraînements à l’accouchement : les bons et les mauvais points »
Peu à peu, à force de petits cadeaux offerts par mon entourage à droite à gauche, de multiples réflexions sur le bonheur d’être mère, je me suis accoutumée à ma position, et bien que ne ressentant aucun amour pour ce qui grandissait en moi, j’ai commencé à attendre sa venue avec impatience.
Quatrième mois : ma première visite à l’hôpital pour voir un gynéco, ayant auparavant refusé de m’intéresser à tout ce qui concernait la grossesse. On me fait tout le tralala : écho, prise de sang, amiosynthèse . Puis c’est le regard navré de Paul qui vient m’annoncer les résultats. Au début, je ne comprend pas bien, il emploie un jargon trop technique, son jargon de médecin que j’exècre tant. Je dois avoir l’air tellement cruche qu’il me dit de m’asseoir et m’explique que notre fille est atteinte de trisomie 21, c’est à dire qu’elle a trois chromosomes 21 au lieu de deux. Pour moi, ce mot entendu si souvent ne me dit pas grand chose, mais il me semble qu’on peut très bien vivre avec. Paul m’explique patiemment que tu ne seras pas tout à fait comme les autres, que tu auras un certain retard mental. Il m’explique également qu’il est trop tard pour avorter. Les mots se répercutent en moi comme autant de sons sans signification. On rentre à la maison. Paul fait tout pour que je me sente bien, et je sens qu’il se passe quelque chose de pas très normal. Soudain un violent haut le cœur m’arrache à ma rêverie et je comprend alors que quelque chose ne tourne pas rond. Ce truc, notre petite « fille », programmée par la nature pour être difforme, je dois m’en débarrasser. Mais je ne peux plus, la détresse m’envahit et je me sens impuissante.
Septième mois : je me réveille à l’hôpital, un amas de souvenirs afflux à la vitesse de la lumière dans mon cerveau. Les escaliers, le pied dans la robe de chambre, la chute, le trou noir…une seule obsession : pourvu que ça l’est tué !!! Puis le grand défilé, Paul, les médecins, les infirmières. Personne ne me parle de ce qui c’est passé. L’espoir grandit. Partout des regards compatissants. S’ils savaient…Le chirurgien s’assoie près de moi et m’explique qu’ils ont du m’enlever un rein mais qu’ils ont réussi à sauver le bébé. Le monde s’écroule autour de moi.
Huitième mois : on me pose une chose fripée entre les bras. Une tête énorme vient se coller à mon sein. Je hurle pour qu’on l’enlève.
On m’envoie chez le psy, on me dit que c’est normal, que c’est le baby blues. Ils ne comprennent pas.
Deuxième année : Tout le monde se moque de moi à la garderie. Pendant que les autres petits enfants frétillent et gambadent partout, tu gis tel un cadavre vivant sur un tapis d’ « éveil » et regarde autour de toi sans rien capter. Pffff, j’ai envie de te bouger, de te secouer et que tu sois au moins capable de t’asseoir toute seul. Je te déteste. Tu apportes la honte sur notre famille. Tu ne mérites pas de vivre.
Quatrième année : Les médecins ont dit que tu ne progresserais sans doute plus mentalement. De toute façon, je ne vois pas ce qu’on aurait pu tirer de plus de toi. Mais ils m’ont dit avec un grand sourire que tu pourrais vivre jusqu’à plus de trente ans. MAIS QUELLE CHANCE !!!
Sixième année : Marre de ces regards. Il y a quelques années, j’aurai dit « Quel courage d’aimer ainsi son enfant, de toute façon j’aurai réagit pareil s’il s’était passé la même chose pour moi. L’amour maternel, ça ne s’explique pas …». En effet, on est toujours beau parleur quand ça se passe chez les autres, pleins de bonnes intentions, et de « moi je ». Mais subsiste toujours ce « Si ». Moi je suis en plein dedans et je m’y suis retrouvée sans le demander. Et là toutes les suppositions établies par des générations s’effondrent. J’en suis même arrivée à m’inscrire dans des clubs de soutient et à regarder la somme finale du téléthon que je ne considérais jusqu'à présent que comme de l’argent perdu une minorité. Pour moi maintenant ça représente une immensité, celle du désastre de ma vie. J’avais tout pour être heureuse. Paul m’a quittée, victime des « je veux un nouveau jouet mais comme il est cassé j’en veux plus ». Je suis toute seule face à ça. Ceux qui parlent d’amour maternel ne savent pas ce que c’est que d’avoir enfanter un démon. Le regard des gens dans la rue, les commérages des autres mamans à l’école, les cris des jeunes enfants et des bébés à sa seule vue. Il est vrai que j’ai parfois la nausée en regardant ton visage bouffie pour la maladie. Pourtant Paul et moi même étions plutôt beaux. Je ne supporte plus de torcher ton cul plein de merde, d’essuyer cette bouche dégoulinante de bave, de devoir soutenir ces yeux de veau qui me fixent sans relâche. J’ai beau te secouer tu ne réagis pas. Et je passe pour une mère indigne. Quelle petite conne, enfin si on peut te comparer à une fille car ta tête est à présent si difforme que sans la présence de ces boucles d’oreilles immondes et ces habits roses bonbons on hésite longtemps entre le gnome et le garçon. J’ai beau te pincer sous les bras (il faudrait pas non plus que les médecins le voient), tu continues de sourire comme si de rien n’était. Même quand je t’enferme dans le bureau pendant des heures, tu « parles » à ta barbie-pouf et me fait un gros bisous quand je reviens. Je ne supporte plus le contact gluant de tes lèvres sur ma peau. Je te repousse. On m’avait promis la joie et le bonheur d’être mère, je me retrouve avec un fardeau sur les bras. Enfin retrouvais. Car c’est avec bonheur que je suis partie ce matin. Et cet avion me permet de franchir autant de mile nautique que nécessaire pour t’oublier. Et voilà une nouvelle vie sans toi, une vie de bonheur sans ce boulet sans arrêt accrocher à ma jambe. De nouveau je peux me sentir sexy sans que les hommes me regardent avec cet air qui présuppose que je possède toutes sortes de caractères odieux ayant pu enfanter une chose pareil. Tu peux crever à présent, ce n’est plus mon soucis et je suis bien contente de ne pas avoir à payer toute cette rééducation : shopping me revoilà. Les services sociaux pourront toujours me chercher… Apres tout, Paul avait raison : quand on en veux plus, on s’en débarrasse. Y’a toujours plus con que soit pour le récupéré…
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