Aka human bomb

Le 10/04/2005
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par Aka
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Thèmes / Polémique / 2005
Après Martine à la plage et Natacha hôtesse de l'air, voici Aka human bomb. Human Bomb, c'était le nom de code de ce jeune cadre dynamique en pleine faillite qui avait pris une classe maternelle en ôtage, il y a quelques années. Aka reprend l'idée à son compte (logique vu qu'elle travaille avec une classe d'enfants aveugles actuellement) mais en version Bip-bip et le coyote : c'est violent, c'est totalement idiot, et ça détend.
Le rituel est le même comme dans tout bon week-end qui se respecte : coupage de portable (on sait jamais, des cons pourraient avoir l’idée de sortir un samedi soir, non mais oh quelle idée), café, clopes, jeux vidéo. J’en suis à m’extasier sur la capacité de mon perso à envoyer une boule de feu dans la gueule de ces putains de gardes quand une sorte de brouhaha lointain m’interpelle :
« Gneu gna mourf con niark ? »
Il y aurait donc quelqu’un d’autre dans mon appartement ?
« GNEU GNA MOURF CON NIARK ? »
Ah ouais merde y a nihil, j’avais oublié.
« - Tu disais ?
- Est-ce que tu as trouvé ton con pour demain putain de conne lobotomisée ?
- Bah oui tu vas voir, on en entendra parler pendant des années… Attends… comment ça « demain » ?
- Bah oui on est le 9 donc demain c’est le 10… Tu ne vas pas nous refaire le coup de l’année dernière hein !
- Merde j’étais persuadée que c’était lundi, tout mon plan est à jeter bordel !
- Ouais bah chacun sa merde. »
Ni une ni deux, je me lève et cours me préparer. Ce n’est sûrement pas un calendrier de merde qui me fera louper ma Saint Con.
« - Mais où tu vas connasse ?
- AU BOULOT !
- Depuis quand tu bosses le samedi toi ? »
Quand je claque la porte en sortant j’ai une pensée émue pour nihil : il y a très peu de chance que je me sorte vivante de cette histoire et donc que je le revois. Et rien que d’avoir réfléchis à ça, je suis déjà loin.


Samedi 9 avril, 8h30

J’ai eu le temps de faire quelques courses à l’épicerie du coin avant de rejoindre mon lieu de travail. C’est un choc : je n’étais pas préparée psychologiquement à voir un tel spectacle aujourd’hui. Ca grouille de partout, ça pousse des cris aigus, ça pue, c’est con : des enfants qui vont à l’école quoi.
Je passe devant la directrice tentant de cacher tant bien que mal tout ce que je camoufle sous mon manteau.
« Oh Elodie, vous venez faire des heures supplémentaires ? Comme c’est gentil : il nous manquait justement quelqu’un pour récurer les chiottes ! »
Je m’imagine lui graver au fer rouge les principes de mon contrat de travail pour qu’elle se rappelle éternellement que non je ne suis pas là pour récurer les chiottes, que je suis une envoyée du Ministère de l’Education, que je suis là pour aider à l’intégration des enfants handicapés, qu je suis quelqu’un d’important moi Madame… Mais ça serait inutile : ils apprendront bien assez tôt qu’il ne faut pas diminuer l’ego d’un zonard et que SURTOUT, il vaut mieux éviter de leur confier des enfants, handicapés qui plus est.

Il ne me reste que trois heures pour modifier mon plan. Evidemment je ne vais pas faire durer le suspens sur le choix de mon con : les enfants. La base de la connerie humaine, c’est quand même par définition les enfants. Et ceux dont je m’occupe, c’est la crème de la crème, surtout qu’ils sont aveugles en plus. Ca c’est pour le côté trash dans les médias : la mort de sept enfants handicapés ça pète tout de suite plus. Si je pouvais intégrer la directrice à mon plan de destruction ça serait parfait : la vieille fonctionnaire aigrie, ancienne institutrice à quelques mois de la retraite, adepte du harcèlement moral et des anecdotes à deux balles, moulin à parole incessant sur les principes de définition de ce qui est bien et ce qui est mal. Elle c’est mon bonus personnel.

Tout aurait été parfait si la Saint Con avait été lundi : j’arrivais à 8h30, je passais tout ça au lance-flamme et hop envoyé c’est pesé. Mais voilà, c’est dimanche. Il va donc falloir que je garde tout ce beau monde sous la main jusqu’à au moins ce soir minuit, et ça c’est pas gagné.


Samedi 9 avril, 11h10 :

J’en suis à m’arracher les cheveux pour savoir comment je vais réunir dans une même pièce les gamins, la directrice et moi-même lorsque le miracle se produit. L’institutrice des handicapés part plus tôt et je dois donc m’occuper des gamins. Dieu existe donc. Je vais pouvoir regrouper tout le monde et me construire un solide alibi au cas où je m’en sorte vivante.
Je vais donc poser tout mon petit bazar dans la classe et je repars illico pour le bureau de la direction. Il y a pas mal de monde dedans, ça tombe bien, il y aura plein de témoins comme ça. Je prends mon air le plus désespéré :
« Madame, une femme avec une cagoule et ce qui semble être des explosifs autour de la taille s’est introduite dans la classe. Elle m’a demandée d’aller vous chercher et de revenir avec vous. »
Mouvement de panique. En mois de dix secondes les flics sont déjà prévenus.
« Bon faisons preuve de courage et allons-y ».

Ouais c’est ça connasse. Courage.


Samedi 9 avril, 12h00 :

Voila le topo : une classe, sept enfants cons et aveugles, une directrice très en colère et moi déguisée en nouvel HB. Bon évidemment j’ai pas d’explosifs mais des bouteilles de coca autour de la taille mais ça, personne ne le sait. En même temps, t’as déjà essayé de trouver de la dynamite à Paris un samedi matin connard ?
J’enfile ma super cagoule de terroriste achetée ce matin en même temps que le coca (je me débrouillerai pour qu’on me livre le reste). Evidemment aussi, la directrice a bien vu que je m’étais foutue de sa gueule et que je me suis changée dans un coin de la classe, mais on s’en fout vu qu’elle va crever. Quant aux gamins, si y en a un ou deux qui s’en sortent, ils peuvent toujours essayer de leur faire faire un portrait robot mouahahahaha.
Dehors c’est la cohue : parents hystériques, médias en tout genre, badauds, flics, snipers dans les immeubles en face. La grande classe quoi.

Putain, il faut que je tienne douze heures.


Samedi 9 avril, 14h00 :

Le portable de la directrice sonne enfin.
« - C’est la police, aucune négociation sera possible sans que vous nous rendiez un enfant…
- Ah bah ok d’accord.
- … »
Mon consentement immédiat ainsi que mon ton poli ont l’air de le surprendre… Comme si c’était dans mes habitudes d’être une conne aigrie et hautaine qui n’en fait qu’à sa tête !

Il y a un gamin prostré dans un coin, même pas drôle. Il sera parfait. Je me dirige vers lui.
« Hey toi, on va faire un jeu. Tu vas essayer de trouver la sortie. Je te donne un indice : c’est toujours tout droit. »

PLOTCH
Oups, la fenêtre était ouverte.
Mouahahaha

Bah merde, c’est qui qui se marre ?
Dans un autre coin de la pièce, un gamin est bidonné alors que tous les autres n’ont l’air de s’être rendus compte de rien.
« - Qu’est ce qui te fait marrer comme ça toi ?
- Il a fait PLOTCH… mouahahaha
- Bah c’est pas drôle normalement, il est mort ton copain hein…
- Et y a ses tripes partout parterre ?
- Bah ouais…
- Mouahahahahaha, c’est trop marrant ! PLOTCH !
- Euh t’as quel âge toi ?
- J’ai dix ans Madame.
- C’est bon t’es dans notre moyenne d’âge. Et tu sais écrire ?
- Oui mais en braille.
- C’est rien c’est un détail. On va faire un deal petit : toi je t’aime bien tu vas t’en sortir vivant. Mais rappelle toi, tu devras écrire au moins une dizaine de texte que tu enverras sur un truc qui s’appelle la Zone. Sinon je te retrouve et je te crève.
- La Zone ? C’est un nom de tarlouze ça !
- T’es un bon toi. »


Samedi 9 avril, 16h00 :

Apparemment, ils ont eu besoin d’un peu de temps pour se remettre de leurs émotions et, surtout, pour ramasser les morceaux. Au bout de deux heures, le téléphone se remet enfin à sonner :
« - Bon ok, vous voulez quoi ?
- Alors il me faut de l’essence, des gourdins, des cordes, une piscine en plastique remplie de flotte…
- Non mais attendez, on ne va pas vous fournir des armes !
- Mais qui vous a dit que j’allais me servir de tout ça comme des armes ? On fait de la pédagogie ici bordel de merde ! J’ai juste besoin d’un peu de matériel pour… euh… faire de l’animation quoi. Et puis c’est pas comme si vous aviez vraiment le choix : soit c’est ça, soit le prochain je vous le rends petits bouts par petits bouts. Par contre si j’ai tous mes joujoux à temps, vous aurez un gamin entier, et même qu’il passera par la porte ce coup-ci. Vous avez une heure. »

J’avais toujours rêvé de dire ça.


Samedi 9 avril, 18h30 :

Trois coups tapés à la porte de la classe me font savoir que ma commande est arrivée. Je me tourne donc vers mon nouveau copain pour lui signifier qu’il est libre.
« - Non j’veux pas y retourner, c’est tous que des cons d’abord !
- Ecoute, n’oublie pas que tu es investi d’une grave mission : approvisionner la Zone en articles. De plus, si ça tourne mal, tu pourras toujours brûler le con de ton choix en ma mémoire.Va mon ami, et mort aux cons. »
Le gamin s’en va à contre cœur. Je le regarde rejoindre les flics sur le trottoir, un peu émue quand je vois qu’il mord à pleines dents les couilles de celui qui l’accueille. Brave petit.


Samedi 9 avril, 19h00 :

Quel ennui. Cette journée est aussi chiante à vivre qu’elle doit l’être à lire. La directrice est prostrée dans un coin, au comble du désespoir depuis que l’autre morpion a fait PLOTCH sur le trottoir. Les cinq gamins qui restent jouent à colin-maillard sans foulard depuis des heures, braillant à tout va. Je commence à avoir des envies de meurtre mais je me retrouverais bien conne si je n’avais plus personne à brûler à minuit. Puis bon, le coup de l’auto crémation, y a pas à dire, c’est surfait.


Samedi 9 avril, 23h00 :

Je viens de passer le début de soirée à m’occuper comme je pouvais, c'est-à-dire à envoyer des bouts de craie à la gueule des mômes pour les faire courir d’un bout à l’autre de la classe : plus ils se bouffent de meubles sur le trajet, plus je gagne des points. C’est assez amusant mais au bout de quatre heures on peut dire que c’est carrément répétitif. Quant à la vieille peau, ça fait une heure qu’elle n’a pas fermé sa gueule passant par toutes les phrases stéréotypées possibles : et que je ne m’en sortirai pas vivante, et que c’est horrible de faire ça à des enfants sans défense, handicapés de surcroît, et bla bla bla… On verra bien si dans une heure elle pensera encore que ces chères têtes blondes sont vraiment si inoffensives.

Mis à part ces détails, l’environnement est bien trop calme. Ca serait vraiment ma veine si un sniper moins con que les autres remarquait que je buvais assez régulièrement ce qui est censé être de la TNT. Une balle dans la tête à une heure de la Saint Con ça, ça serait la poisse.
Cette remarque me fout un peu la pression : va falloir que je commence à m’activer.


Samedi 9 avril, 23h45 :

Tout est en place. La directrice est attachée, reliée au plafond par les mains. Je lui ai foutu mon contrat de travail dans la bouche histoire de lui faire fermer sa gueule. Elle est évidemment arrosée d’essence, tout comme les gourdins que je suis en train de distribuer aux enfants.

« On va faire un super jeu qui s’appelle la pinata. Au centre de la pièce vous avez un gros truc immonde fait en papier mâché. Le but est de taper dessus suffisamment fort pour que les surprises qui sont à l’intérieur sortent. »
Ni une ni deux, avec des cris suraigus tellement caractéristiques, les marmots se ruent sur la directrice, s’acharnant sur elle de toutes leurs forces.
Le spectacle est totalement irréaliste mais carrément jouissif et je me mets à chanter : « Dale, dale, dale, no pierdas el tino, porque si lo pierdes, pierdes el camino ! »


Dimanche 10 avril, 0h00 :

« Ah bah vous voyez que y a des trucs qui sortent ! »
En effet, les viscères de la vioc commencent à pendre dangereusement hors de son ventre. Elle n’en mène pas large.
« Continuez bien jusqu’à ce que tout soit dehors, on ne va pas tarder à faire un autre jeu… »
Je m’empresse alors d’enflammer ma torche humaine pendant qu’elle est encore un peu vivante. Aussitôt les gourdins se mettent aussi à flamber. Dieu que c’est magnifique. J’ouvre ma dernière bouteille de coca en profitant pleinement du spectacle : cinq petits bonhommes en feu autour d’un grand mannequin désarticulé et grouillant. Beau certes, mais pas assez chaotique à mon goût.
« Hey les enfants, voici le dernier jeu : il y a une piscine pleine de flotte quelque part dans la classe si vous voulez sauver votre peau. Il suffit juste de voir où elle est mouahahaha ! »
Les petites silhouettes de feu se mettent à s’agiter frénétiquement. Elles se cognent contre les murs et les meubles, cherchant coûte que coûte à avancer. Et moi, le cul dans la piscine, à l’abris des flammes, mon coca à la main, regardant flamber tranquillement la cagoule que j’ai envoyée dans le brasier se consumer petit à petit, je m’en paye une bonne tranche tout en me disant que la vérité, c’est le sadisme.


Dimanche 10 avril, 0h30 :

Alertés par les flammes, les forces spéciales ont décidé de charger. Ils ne trouvent plus que des cendres et la pauvre assistante d’éducation, seule rescapée du carnage, sauvée par une piscine en capsule… complètement morte de rire.
« - Vous allez bien Mademoiselle ?
- Oui merci, c’est rien c’est les nerfs. Vous permettez ? Il faut que j’aille m’enterrer dans un trou pendant les prochaines 24 heures… Et bonne Saint Con surtout ! »
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