Phobie 16 : l'enfer ce n'est pas les autres

Le 12/10/2005
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par Lahyenne
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Dossiers / Phobie
Pas con, bien écrit, subtil, c'est loin d'être la révolution littéraire de la rentrée, mais c'est plutôt très lisible dans le genre introspection plaintive.
Quand j'étais enfant, ma peur était à proprement parler irrationelle. Un monstre vampire ou araignée sauteuse cachée sous le lit, dans une ombre qui bougeait et me terrifiait, me laissait en sueur attendre tremblant la venue bienveillante du soleil du début du jour. Ce monstre me parraissait inconnu, noir, terrifiant et glacé. Un univers infini de pénombres malsaines qui n'attendaient que mon endormissement pour me saisir et me réduire en un je ne sais quoi de bouilie abjecte.
En grandissant, mon monstre a évolué. Souvent dans le noir, il prenait forme, visage humain. Hideux mais humain. J'ai appris que quelle que soit sa forme, il était toujours là. Dans le moindre des recoins que mon imagination pouvait combler. J'ai tenté de communiquer avec lui, mais il n'a jamais rien voulu savoir. Et j'ai grandi avec lui. Il prenait un malin plaisir à me torturer, sans jamais me toucher. J'ai commencé à redouter la solitude. J'avais à cette époque là une peur maladive d'être seul, accessible à son sadisme primaire. Je recherchais toujours la présence des autres, leur babillage incessant et insignifiant qui m'endormait, me calmait. Mais tout en le fuyant, je savais que viendrait ce moment inéluctable de notre confrontation.
Et aujourd'hui, me voila face à face avec lui. Je suis accroupi, la tête posée sur les genoux. Je ferme souvent les yeux pour ne pas voir trop son ombre. Il ne reste personne d'autre que lui et moi. Le froid glacé de son arme contre ma tempe me permet de rester lucide. Cruel destin que celui de finir en tête à tête avec celui que l'on hait le plus. Son aspect difforme, habillé par une robe de néant me fait frissonner, bien que je ne puisse que le deviner du coin de l'oeil. Je ne peux pas le regarder en face, lui qui est là, toujours, qui me guette...
C'est en cet instant que je comprends la première, la seule vérité de ma vie. Je vais mourir maintenant et c'est lui qui va me tuer.
Cette vérité est que l'enfer, ce n'est pas les autres. L'enfer c'est soi-même.
Et je tire.