Sombre pulsion

Le 17/01/2026
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par Digeon A.
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Thèmes / Divers / Poèmes de merde
La voix qui s’élève est d’une rare intensité : elle assume sans masque une jouissance nihiliste et cruelle, et cette franchise brutale, presque clinique, produit une fascination trouble qui rappelle les plus noirs tableaux de poètes maudits. Le rythme, scandé comme des coups de fouet, alterne entre fulgurances lapidaires et strophes plus amples où la métaphore se déploie avec une précision cruelle, créant une musique sombre et entêtante qui colle à la peau. L’imagerie, gorgée de sang, d’or et de poison, atteint parfois une violence visuelle si crue qu’elle frôle le sublime, même si quelques formules attendues tempèrent l’audace. Le retournement final, cette lumière museale jaillissant de l’abîme, est d’une beauté dévastatrice : il sauve le poème du simple exercice de style démoniaque et le hisse au rang de confession tragique. On sort de cette lecture comme d’un mauvais rêve trop beau, le cœur battant, partagé entre répulsion et admiration.
Poème extrait du recueil - "Entropie et coalescence"

Le clip est ici
Lacunaire, je remplis l'espace de vide.
Ni dieu, ni maître, ni gloire, ni legs, ni but, ni sens.
La quête de beauté, de voluptés me guide,
Et ma vie n'a d'autre but que la jouissance.

Téméraire, je frappe fort les puissants.
Me délectant cruellement de leur souffrance,
quand leur air pitoyable fait bouillir mon sang.
Mon quotidien : le sadisme, la violence.

Insatiable, mon compte n'a pas de plafond.
Détrousser les idiots, voilà ma science.
Je ne produis rien, j'exploite mille actions.
À mon bonheur ne suffit pas l’abondance.

Je suis votre plus sombre pulsion vitale,
L'obscure ennemi dans le cœur de Baudelaire.
Parfois travestis en morale bancale.
J’alourdis l'atmosphère et empoisonne l'air.

Dans l’abîme des âmes, ces gouffres amers,
Je me nourris de peur, poison délétère.
Qui fait croître et sublime en l’homme la colère.
Créant un nuage sombre qui couvre la terre.

Heureusement, j'ai pour ultime lumière,
Ce phare me guidant en ce monde éphémère.
Celle dont la voix enivre mes oreilles.
Oh Muse, dont le cœur reflète le soleil.