Huxley et la Gitane

Le 18/03/2026
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par cormary stéphane
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Thèmes / Obscur / Polar
Entre deux bouffées d'une pipe qui semble fusionnée à sa mâchoire, notre commissaire mène une enquête dont le suspense est régulièrement étouffé par le récit obsessionnel de ses menus de brasserie et de ses digestifs de bureau. On y apprend surtout que la justice est une affaire de bons vivants où les preuves se dissolvent dans le Cognac, laissant le lecteur avec une seule certitude : le véritable héros de ce récit est l'estomac insatiable de monsieur Huxley.
Une enquête du commissaire Huxley, l'homme à la pipe
Huxley avance sous la pluie pénétrante, une pluie d’hivers, glacée, presque de la neige fondue. Il tire avec acharnement sur sa pipe, pour éviter qu’elle ne s’éteigne. De l’eau lui coule dans les yeux. Il grimace.
- Commissaire! C’est par ici! le hèle Toussaint.
Huxley grimpe au deuxième et dernier étage du petit immeuble. Le légiste est déjà là. Toussaint est accompagné de deux agents de police. La troupe entoure le cadavre d’un jeune homme, qui présente deux plaies dues a une arme blanche, a l’abdomen et dans la poitrine.
- On sait qui c’est? demande Huxley.
- Il avait des papiers sur lui, répond Toussaint.
Il tend une carte d’identité a son supérieur. Huxley lit le nom sur la carte, ses yeux s’arrondissent de surprise. Il tire sur sa pipe, regarde Toussaint dans les yeux.
- Merde ! fait le commissaire
- Comme vous dites, chef, approuve Toussaint.
Le petit Etienne Lajoue-Montmirail gît, tel un pantin désarticulé, le masque figé et grimaçant de la mort déformant ses traits juvéniles.
- Je vais prévenir le procureur, lâche Huxley.
Il est grognon, pour deux raisons. La principale est qu’il avait promis a madame Huxley de l’amener une semaine en vacances en Bretagne ; chez sa sœur. La seconde c’est qu’il avait réservé une table à 13 heures au restaurant gastronomique Le Héron Farceur, quai des Renards Bleus.

- Allo Martini ! Ici Huxley, On nous a prévenu qu’un corps avait été retrouvé dans l’immeuble squatté de la rue Capricorne.
- Ça ne peut pas attendre, commissaire ? lâche Martini, bougon. Je suis à table avec le juge Gallinon.
- Il s’agit d’un jeune homme, un certain Etienne Lajoue-Montmirail, monsieur.
- Pardon ? Ce n’est pas le fils de…
- Si, monsieur, c’est lui !
Un silence pesant s’installe. Huxley entend Martini déglutir.
- Je vous rappelle dans 15 minutes, commissaire, fait-il d’une voix étranglée.


- Procédons de façon méthodique et chronologique, mon petit !
Huxley attaque son pâté en croûte avec gourmandise. Lui et Toussaint se sont rabattu sur un restaurant sans prétention de Bougainville, a l’ambiance familiale. Tant pis pour le menu dégustation du Héron Farceur.
- Des jeunes squatteurs signalent la découverte du corps à 11 heure 10 ce matin. Ils revenaient d’une sauterie dans un champ. C’est exact ?
- Oui commissaire.
- Ils ont l’habitude de squatter l’immeuble pour se retrouver entre eux, fumer de l’herbe, boire des canettes et écouter de la musique.
- Les lieux étaient à l’époque occupés par une imprimerie, l’imprimerie Lebrun. Elle a fermé courant 88.
Huxley rempli les deux verres d’un vin rosé très pâle et parfumée. De l’Anjou peut-être?
- Il y a des traces de lutte, a priori le petit a été tué sur place. Mais que faisait-il dans cet endroit glauque? Il y venait souvent? On l’a traîné jusque-là? Il va falloir que l’on sache, Toussaint!
- Il n’y a pas beaucoup de témoin potentiel dans le coin. L’endroit est a l’abandon.
- J’ai vu.
- La seule chose, c’est le campement rom. Sous le pont du périphérique. Il y a une famille dans des tentes de fortune.
- Vous ne finissez pas votre andouillette?
- je n’ai plus faim.
- Donnez-moi votre assiette…

Les deux hommes sortent du restaurant à 15 heures. Ils montent dans le véhicule de service conduit par Toussaint, et reviennent sur les lieux du crime.
Au pied de l’immeuble, Huxley bourre sa pipe de tabac brun, tout en observant les alentour.
- Le camp de rom est sous le pont, là-bas, désigne Toussaint.
- Allons jeter un œil.
Les deux hommes découvrent trois tentes misérables, et deux femmes autour d’un réchaud de camping qui font chauffer de l’eau dans une casserole.
- Ne craignez rien, mesdames, s’annonce Huxley. Nous sommes de la police. Nous désirons juste vous parler.
L’inquiétude se lit dans les deux paires d’yeux qui se tournent vers lui.
La plus jeune dit quelque chose à l’autre femme. Du roumain peut-être ?
- Ma mère ne parle pas français, dit-elle aux policiers.
- Vous allez traduire. Un crime a eu lieu dans cet immeuble abandonné, là-bas. L’ancienne imprimerie. Cette nuit, ou tôt ce matin. Avez-vous été témoins de quoi que ce soit? Avez-vous vu quelqu’un? Entendu quelque chose?
La fille traduit à la mère. Les deux femmes ont un conciliabule. Huxley, tire sur sa pipe. Au-dessus du pont, le bruit de la circulation est continu, entêtant.
- Ma mère a entendu une voiture, un peu après minuit. Et deux hommes qui parlait entre eux.
- A quoi ressemblait cette voiture ?
- Elle a vu les phares, rien de plus. Les deux hommes sont rentrés dans l’immeuble. Ensuite ma mère a entendu la voiture repartir. Trente minutes après environ.
- Ils sont repartis a deux ? Ou un seul ?
- Elle ne sait pas. Elle s’est recouchée. Elle a juste entendu la voiture partir.
La fille parle un bon français, avec juste une pointe d’accent. Elle est brune, joli, avec des yeux noisette.
Les deux hommes reviennent au pied de l’immeuble ou a eu lieu l’assassinat. Le sol est encore détrempé. L’asphalte est par endroit maquillé de boue, et Huxley repère une empreinte.
- Voilà une belle trace de pneu, Toussaint ! dit le commissaire.
Toussaint sors un petit appareil photo de son blouson et appuie sur le déclencheur. Plusieurs fois.
- On a pris les dépositions des jeunes qui ont découvert le corps ? demande Huxley.
- Ils sont encore au dépôt.
- Allons les interrogés !

Huxley accroche son par-dessus au vieux portemanteau. Il s’assied et bourre sa pipe. D’un geste, il intime à l’agent Verneuil de faire entrer les jeunes qui attendent. Ils sont trois, deux garçons qui se ressemblent, cheveux long, jean crasseux, et une fille, mince avec des os saillant, le cheveu filasse.
- Vous vous retrouvez souvent dans l’ancienne imprimerie ? commence le commissaire.
Il n’y a que deux chaises. La fille et un garçon se sont assis, le troisième est resté debout.
- Souvent le soir, plutôt le weekend, dit la fille. On dérange personne là-bas.
- Vendredi vous y étiez, en début de soirée si j’ai bien compris ?
- On s’est retrouvé avant de partir a la rave.
- A quelle heure êtes-vous parti?
- Vers 22 heures.
- Vous connaissiez la victime?
- Jamais vu!
La fille répond seule aux questions.
- Et vous les garçons? demande Huxley.
Le garçon assis secoue la tête. Celui qui est resté debout répond non, du bout des lèvres, en rougissant. Celui-là a une mine de déterré. Des cernes sous les yeux, les cheveux ébouriffés. L’angoisse se lit sur ses traits agités de tics.
Huxley permet au garçon assis et à la fille de prendre congé, mais demande à celui qui est debout de rester.
- Petit, ça va? Tu n’as pas l’air dans ton assiette? C’est toi qui a découvert le corps?
- Oui, balbutie le jeune homme.
- Ça fait un sacré choc, hein? Je me souviens encore de mon premier cadavre. Une femme entre deux âges, repêchée dans le canal du Vernet. Les tissus avaient gonflé a cause du séjour dans l’eau. Dis-moi, tu sembles bouleversé. Tu es sûr que tu ne connaissais pas la victime?
Le garçon baisse la tête et regarde ses chaussures. Il marmonne un «non» presque inaudible.
- Cet endroit sert comme point de deal ? Sois franc avec moi.
- Je ne sais pas.
Huxley tire sur sa pipe. Il recrache lentement la fumée grise. Le plafond, au-dessus de sa tête, est d’un blanc fortement teinté de nicotine.
- Quel est ton nom, petit ?
- Louis Jovial, monsieur.
Un nom qu’il ne porte pas très bien, songe le commissaire.
- Rentre chez toi, va ! Mais reste dans le coin ces prochains jours. Je pourrai avoir besoin de te revoir.


- Allo, chérie ? Je rentrerai tard ce soir. Oui, un autre meurtre... Qu’est-ce que tu dis ? De la purée avec des saucisses ?...D’accord ! Merci chérie !
Le commissaire raccroche. Pensif, il tire de profondes bouffées de sa pipe sculptée dans un magnifique bois de chêne. Il regarde par la fenêtre, la pluie s’est remise à tomber. La porte de son bureau s’ouvre sans qu’on ait frappé. Ce ne peut-être que Martini. Le procureur a le visage congestionné.
- C’est terrible, commissaire ! dit-il en prenant appuie sur le bureau d’Huxley.
- Asseyez-vous Martini…
- Vous vous rendez compte ? Le petit Étienne ! Je l’ai connu tout petiot !
Le procureur se laisse choir sur une chaise. Il tient un mouchoir en tissu, avec lequel il éponge son front aussi pale que la mort.
- J’ai demandé à Charles de venir jusqu’a la morgue afin de...et bien vous savez ! Il doit confirmer que…
- Je comprends, compatit Huxley.
Huxley est au courant que Martini est un proche de la famille Lajoue-Montmirail, dont le père, Charles, à bâtis un petit empire dans le monde de l’édition, en rachetant notamment la Gazette Bougainvilloise. Un notable de la région, assurément. La famille habite une maison de maître, en bordure de la forêt de Rambouillet. Huxley ouvre le tiroir de son bureau et sors une fiole d’un liquide ambré.
- Tenez, mon vieux. Vous en avez besoin, dit-il en tendant la bouteille à Martini.
Ce dernier ne se fait pas prier.
- Merci commissaire !
Il avale une grande gorgée, manque de s’étrangler, tousse, devient écarlate.
Huxley n’a jamais vu Martini dans un tel état. Il craint que le procureur ne fasse une attaque.
- Commissaire ! gémit Martini. Promettez-moi que ce crime ne restera pas impuni !
- Je ferais de mon mieux, Martini…
Huxley a pitié du pauvre homme. Il ne le savait pas si sensible.


Lagarde retrouve Toussaint et le commissaire installé a une table de l’auberge du Vieux Fusil.
- Comment allez-vous, Lagarde? demande Huxley. Guéris de cette fichue infection?
Lagarde rougit violemment.
- Tout va bien, commissaire, répond-il.
Huxley a du mal a réfréné un petit sourire en coin. Au bureau, tout le monde est au courant pour la chaude-pisse de Lagarde. Le commissaire demande à Toussaint de briefer son collègue sur l’affaire. Pendants ce temps, il fourre sa pipe et l’allume. Quand il est question du camp de gitans, Lagarde l’interrompt.
- Ils sont encore là ceux-là? Je les expulse régulièrement, et toujours ils reviennent.
- Vous les fréquentez? veut savoir Huxley.
- Je fais mon travail! Ce sont des parasites qui vivent au crochet de la société! Les hommes font la manche sur les grands boulevards. Avec leurs enfants, pour attendrir le bourgeois.
- C’est un endroit en friche. Ils n’embêtent personne, glisse Toussaint.
Lagarde fait la grimace.
- La circulaire ministérielle est pourtant claire ! Ils n’ont pas de papiers en règles ! Ils doivent être raccompagnés à la frontière.
Huxley fume, pensif. Il revoit le doux visage mat de la petite gitane. Le noir charbon de ses cheveux. Ses yeux noisette.
- Pour l’instant ils sont nos seuls témoins, dit-il.
Huxley regarde sa montre. Il se lève sans un mot et rejoint la cabine téléphonique, à la droite du comptoir, et compose un numéro.
- Vini vidi vicci ! souffle le commissaire.
- Ha c’est vous ! fais la voix au timbre chantant du sud-ouest. Ça faisait longtemps !
- J’ai besoin d’un tuyau. L’ancienne imprimerie Lebrun, rue Capricorne, ça te parle ?
- Pas vraiment.
- Tu n’es pas au courant de business de drogue? Le bâtiment est plus ou moins squatté.
- Je vois pas…
- On a retrouvé un gamin planté. Je sais que les sbires du clan Bonilla aiment bien jouer du couteau...
- Mince.
- Comme tu dis. Ça pourrait être un règlement de compte, ou un client récalcitrant qui s’est foutu dans la merde...mais en l’occurrence, la victime est un gosse de riche.
- J’ai lu ça dans l’édition du soir. Un gamin, oui. Mais ils n’écrivent pas son nom. Et concernant les Bonilla...ils se tiennent à carreau depuis un moment. La santé du patriarche est pas au top. On dirait qu’ils attendent qu’il clamse pour se partager l’héritage.
Huxley raccroche.


Huxley se réveille dans son lit. Des odeurs de pains grillés et de confiture lui titillent les narines. Il se lève et enfile ses pantoufles. Il marche jusqu’à la cuisine, ou il retrouve madame Huxley.
- Bien dormi chéri ? lui demande celle-ci.
- Pas trop mal.
- J’ai acheté le journal. Cette affaire, là, du petit jeune. Tu t’en occupes ?
- En effet. Ce n’est vraiment pas de la veine. Je sais que nous devions aller chez ta sœur.
- Personne d’autre ne peut mener l’enquête?
- Martini exige que je m’en occupe. Tu sais qu’il connaît personnellement la famille de la victime.
- Les Bajoue-quelque chose?
- Lajoue-Montmirail.
Huxley croque dans une tranche de pain grillé recouverte de gelée de groseille. Il mâche et cela fait un boucan de tout les diables. C’est le problème avec le pain grillé. On ne s’entend plus penser!
La radio est allumée, en sourdine.
- Mets un peu plus fort, demande Huxley. J’ai cru entendre quelque chose…
Madame Huxley augmente le volume. C’est l’heure des informations. La journaliste parle de l’affaire du jeune homme poignardé dans un squat. «L’assassin présumé s’est en effet présenté tôt ce matin a l’hôtel de police afin de se constituer prisonnier. A l’heure ou je vous parle, nous n’avons aucune précision sur son identité ni sur les raisons de son geste.»
Huxley n’en revient pas. Certes, cela arrive dans certains cas. Que le meurtrier se rende de lui-même. Les remords. Le poids du crime.
- Eh bien on dirait que ton enquête est résolue, lance madame Huxley.
- Ça se pourrait bien, en effet...

Huxley débarque au dépôt, précédé d’un épais nuage de fumée grise, opaque et odorante.
- Il est là? demande-t-il, nerveux.
- On vous l’a gardé au chaud, commissaire, fait Toussaint, qui fume une gitane sans filtre
Huxley entre dans la pièce exiguë, aux murs nus et ternes. Il s’assoit en face de Louis Jovial. Le jeune homme arbore sa tête de déterré. Ses épaules sont basses et ils se triturent les mains.
- On m’a dit que tu viens de tout avouer ?
Le garçon hoche la tête. Il est toujours aussi mal coiffé que la veille. Il semble n’avoir pas dormi depuis un bon moment.
- J’ai besoin de l’entendre de ta bouche, fait le commissaire.
- Le soir de la fête, je me suis absenté et je suis revenu à l’ancienne imprimerie. J’avais rendez-vous avec quelqu’un...
- La sauterie avait lieu ou?
- Dans le champ des Morleux. A trois kilomètres en suivant le canal.
- C’était quoi, ce rendez-vous ?
- Je voulais acheter de la drogue. J’en prends occasionnellement.
Huxley expire, vide ses poumons et la pièce disparaît presque sous la fumée grise.
- Tu es en train de m’expliquer que la victime vendait de la drogue ?
- Pas exactement. La victime accompagnait le dealer.
- Ils sont venus tous les deux en voiture? A quelle heure?
- Autour de minuit.
- Et que s’est-il donc passé?
- La victime...il était surexcité. On dirait qu’il avait pris quelque chose. Il ne tenait pas en place. Il a demandé au dealer de lui prêter son couteau.
- Vous voulez parler de l’arme du crime?
- Oui…
- Ce dealer, il a un nom? Un prénom?
- Tout le monde l’appelle Mario.
- Ensuite?
- Le gars - la victime - a dit qu’il rêvait depuis toujours de se faire un drogué. C’est ce qu’il a dit. Il a essayé de me planter. On aurait dit que c’était un jeu pour lui.
- Vous vous êtes battu?
- J’ai évité qu’il me plante.
- Et le dénommé Mario? Qu’a-t-il fait?
- Ça ne lui plaisait pas. Il en a eu marre. Il a dit qu’il repartait et que si l’autre ne venait pas avec lui il l’abandonnait là.
- C’est ce qu’il a fait ?
- Oui. Il est parti.
Huxley tâcha d’imaginer la scène. C’était étrange, vraiment. Une histoire a dormir debout. Le fils Lajoue-Montmirail? «Se faire un drogué»?
- Ensuite, encouragea le commissaire.
- Nous nous sommes battus. Ça a duré quelques minutes. J’esquivai ses coups, il était maladroit, peut-être saoul. Ou chargé en tous cas. A un moment je suis tombé sur lui, et le couteau s’est enfoncé dans sa poitrine.
Huxley écoute, en tirant sur sa pipe qui rougeoie.
- Si ce que tu me dis est vrai, il s’agit de légitime défense, c’est ça?
Le jeune baisse la tête et ses épaules s’affaissent davantage.
- Le couteau, qu’est-il devenu?
- Je l’ai jeté dans le canal de l’Aorte, un peu plus loin.

Huxley avait de quoi réfléchir. Il fit un saut au tabac acheter du brun de Virginie, et se cala dans un coin du bistrot Chez Jeannot, porte de Champerret. Il commanda une bière et un sandwich au saucisson. Il allait falloir fouille le fond du canal pour trouver ce maudit couteau. Les aveux du jeune homme ne le satisfaisait pas complètement. Le comportement supposé du fils Montmirail était pour le moins curieux. Se droguait-il ? Le commissaire allait recevoir sous peu les conclusions du labo. On saurait si la victime avait pris des substances illicites, ou de l’alcool.
Huxley fut surpris de voir débouler Lagarde, qui apparemment le cherchait.
- Patron! Du nouveau au poste ! Il faudrait que vous veniez voir ça…
Le commissaire suivit l’énigmatique Lagarde qui faisait des cachotteries pour entretenir le suspens.
Parvenu a son bureau, Huxley fut surpris de découvrir une jeune femme, entourée de deux agents de police. Il l’a reconnu assez vite ; La gitane du pont de Vernet!
- Mademoiselle est venu se constituer prisonnière. Elle s’accuse du crime du squat de la rue Capricorne, annonça Lagarde.
Huxley tira fort sur sa pipe.
- Allons donc! souffla-t-il.
Il fit asseoir la jeune femme, dit aux policiers qu’ils pouvaient disposer, excepté Lagarde qui resterait dans un coin, au cas ou. La fille était calme, assise bien droite, les cheveux noirs lui tombait un peu sur les yeux.
- Vous pouvez me répéter ce que vous avez dit a mes collègues ?
- Je suis venu faire des aveux. J’ai tué ce garçon, celui du squat, dit-elle d’un ton égal, posé.
- Vous savez que quelqu’un a déjà endossé ce meurtre ?
- J’ai entendu ça ; Mais je suis bien la seule coupable.
Huxley tira sur sa pipe, guettant la réaction de la gitane. Que se passait-il donc? Deux coupables pour un seul meurtre ?
- Pourquoi vous dénoncer ?
La fille ne dit rien ; Elle soutenait le regard du commissaire, ses yeux noisette ne cillant pas. La petite a du cran songea Huxley.
- Que s’est-il passé ?
- La victime m’a agressé. Il a voulu...me violer. Je me suis défendu.
- vous aviez une arme ? Un couteau ?
- C’est celui de la victime. De ce salaud. Il m’a menacé avec.
- Ou est passé ce couteau ?
- Je l’ai jeté dans le canal, plus loin.


Huxley se fit monter un demi de bière et un croque-monsieur. Il lui fallait bien ça pour être en mesure de réfléchir. Cette affaire était loin d’être résolue. Il y avait tout bonnement un coupable de trop. Que c’était-il réellement passé cette nuit-là dans l’ancienne imprimerie Lebrun ? Il allait falloir s’intéresser de plus près a la victime, car on l’accusait de choses graves. Une équipe de plongeurs fut expédié du côté du canal de l’Aorte, bien que les indications des «meurtriers» n’étaient pas très précises.
Huxley renvoya la gitane au dépôt.
Et il y avait ce personnage, soi-disant un certain Mario dont avait parlé le jeune Louis - peut-être pour semer le trouble ? Et la vieille gitane qui avait entendu une voiture vers minuit, avec deux hommes à son bord…
Le mystère s’épaississait.
Huxley fit revenir Lagarde dans son bureau.
- Le petit Montmirail allait en cours a la faculté de droit. J’ai besoin que tu ailles y tâter la température. Prends Toussaint ou Chevalier avec toi. Parlez a ses camarades de classe. Il faut que je me fasse une idée de la personnalité du bonhomme.
- Si vous voulez mon avis, commissaire….
- Oui Lagarde ?
- Cette gitane là...c’est le genre a se prostituer. A mon avis, le petit s’est fait piéger. Ce sont des gens qui causent des soucis partout ou ils vont
- Merci pour votre intervention, Lagarde. Vous pouvez disposer.
- Moi ce que j’en dis…

Huxley accroche son par-dessus au porte-manteau et glisse ses pieds dans une paire de charentaise.
- J’ai fait du boudin a la créole, annonce madame Huxley.
- C’est parfait! réplique le commissaire en s’installant dans son fauteuil club. Il bourre sa pipe et l’allume. Son épouse lui apporte un petit verre de Cognac.
- merci chérie!
- tu as l’air épuisé
- C’est cette affaire. Je n’y comprends rien, avoue le commissaire avec lassitude.
Après un instant de silence, madame Huxley:
- J’ai revu Hector cet après-midi. Nous avons même partagé une madeleine.
- Comment va-t-il, le bougre ?
- Toujours aussi gras. Il a fait un petit tour et est reparti dans son trou.
Au moment de passer a table, le téléphone sonne. Huxley décroche.
- Chef? Les plongeurs ont retrouvé le couteau.Il est au labo, lui apprend Toussaint.
- D’accord. Les deux jeunes sont encore au dépôt?
- Bien sûr patron.
- J’envisage de les confronter. J’aimerais voir comment ils se comportent. J’arriverai tôt demain matin. Bonne soirée Toussaint !
- Bonne soirée chef!

A 7 heure et demi, Huxley pousse la porte de son bureau. Dans un sac, quatre croissant au beurre de la boulangerie coulomb. Il se fait monter un grand café. Il a le sentiment que la journée va être cruciale, que des choses vont se jouer, peut-être se dénouer. Il a eu un sommeil agité, comme à chaque fois qu’une affaire le rend perplexe. Après avoir englouti les croissants, il bourre sa pipe de tabac, et l’embrase. Ce sont les premières bouffées de la journée, celles qui font tourner la tête.
Un peu plus tard, on frappe à la porte. Plantin du labo de la scientifique déboule avec un sac plastique transparent contenant un couteau. Le fameux couteau retrouvé dans le canal.
- Alors ? Il a parlé, ce couteau ? veut savoir Huxley.
- A cause de son séjour dans l’eau, on n’a pas pu relever d’empreinte. Mais c’est bien l’arme du crime, à mon sens. Les dents, les dimensions de la lame, tout concorde avec les blessures de la victime.
Huxley examine l’objet. Le manche de l’arme éveille des souvenirs en lui.
- Ce type de couteau..ce manche...souffle-t-il. J’ai déjà vu ça !
- Vous connaissez son origine ?
- Je pense. En tous cas beau travail, Plantin. Comment vont les enfants?
- Ils sont grands. Un a la fac, l’autre au chômage.
- C’est bien. Vous pouvez disposer.

Huxley se rend déjeuner au Petit Rodez, un bistrot du IVème. Il a embarqué Toussaint avec lui. Toussaint a attrapé un mauvais rhume. Les deux hommes mangent en silence.
- Je vais recevoir la gitane et le jeune Jovial cet après-midi. Je veux que vous soyez là. dit le commissaire.
Toussaint éternue, puis se mouche.
- Cette affaire commence à sentir mauvais, Toussaint. Je n’aime pas beaucoup ça.
- Deux personnes ont avoué. Peut-on en conclure qu’une ment?
- Une sinon les deux. Ou peut-être aucune. Allez savoir!
- Je ne comprends pas, lâche Toussaint.
- Moi non plus ! Enfin...pour le moment !

Huxley débarqua a la nuit tombante, dans le petit estaminet de l’impasse des Trois Cocus. La ruelle était déserte et n’était pas éclairée, il faisait attention à ne pas glisser sur le pavé luisant de pluie. Il frappa six coups a la vielle porte de métal et on lui ouvrit.
- Monsieur Huxley, fit la voix de basse du loufiat, un grand sénégalais taillé dans un bloc de granit. Le patron est dans son boudoir.
Huxley souri. Le boudoir, c’est ainsi que le vieux Bonilla nommait son bureau tout en acajou et mobilier rustique, patiné par le temps, avec son grand bureau ovale, ses étagères bourrées de livres et de documents. Le vieux Bonilla fumait un cigarillo qu’il importait de Vénézuela et fut surpris de voir le commissaire.
- Quel bon vent vous amène, mon ami !
Huxley grimaça. Non, il n’était pas « son ami ». Mais il ne moufta pas, et s’assit en face du chef de clan.
- Cela fait longtemps depuis votre dernière visite...que se passe-t-il, mon ami ?
Huxley tira sur sa pipe et pris une profonde inspiration.
- Est-ce que le nom ou sobriquet de «Mario» vous dit quelque chose, mon «ami»?
Bonilla plissa les yeux, comme pour ajuster la mire.
- Je donne ma langue au chat! répliqua-t-il. Si vous me disiez de quoi il retourne, commissaire, je verrai si je peux faire quelque chose pour vous…
- C’est l’histoire d’un couteau, oublié sur les lieux d’un crime. Ou plutôt jeté au fond d’un canal. Un couteau avec un manche particulier, si vous voyez de quoi je veux parler.
- Vous êtes sur ? Ce n’est pas une quelconque imitation ?
- Ce couteau ressemble vraiment beaucoup a celui que vos hommes aiment utiliser. Pour trancher le jambon, ou le fromage par exemple.
- Uniquement le jambon et le fromage, mon ami ! Et le pain également..
- Nous sommes d’accord.
Silence. Entre les deux hommes, parfois, ces instants suspendus était plus instructif que des mots. Le fait que le vieux bandit resta coi, joignant le bout de ses doigts et paraissant médité, les yeux plissés, en disait long.
- Et qu’a fait ce Mario, exactement ?
- Peut-être pas grand-chose. Il aurait été le témoin par contre d’un crime sur lequel j’enquête. J’ai besoin de savoir si c’est un de vos dealers, par exemple.
- Je peux me renseigner ; je ne sais pas toujours qui fait quoi, commissaire. Je délègue beaucoup.
- C’est une qualité.
Le vieux chef de clan proposa la goutte a Huxley, qui refusa poliment.
Et préféra prendre congé. En retrouvant la rue, il se fit la réflexion que, contrairement à ce qu’avait laissé entendre son informateur au téléphone, le vieux Bonilla n’avait pas l’air si mal en point. Soit il prenait beaucoup sur lui, soit c’était stratégique. En laissant courir la rumeur comme quoi il était malade, il voulait voir qui sortait du bois, qui s’agitait dans les coulisses, dans son camp comme dans celui de ses rivaux.

Le soir chez les Huxley, c’était l’occasion de se faire un plateau repas devant la télé qui passait un vieux Maigret avec Jean Gabin. Sur son plateau, Huxley avait une assiette de pommes de terre rissolées, trois morceaux de poulet et un verre de cote du Rhône. Le flic ne pouvait s’empêcher de ressasser l’entretien qu’il avait eu dans l’après-midi avec la petite gitane et Louis Jovial. Il les avait fait asseoir dans son bureau, Toussaint un peu en retrait. Il leur avait demandé de dire enfin la vérité, a savoir qui et pourquoi au moins l’un d’entre eux mentait. Les deux affirmèrent qu’ils avaient commis le crime. Restèrent sur leur position.
Il les interrogea sur le fameux Mario.
Louis Jovial dit que la victime avait appelé l’autre Mario, que ce Mario était un grand gaillard dégingandé, au teint buriné, brun et qui ne parlait pas beaucoup, et avec un accent. La gitane dit a peu-près la même chose. Huxley avait été agacé. Et juste après ça, le rapport du labo était tombé: l’analyse toxicologique du corps de la victime laissait apparaître des traces de cocaïne et d’alcool, en quantité importante.
- Il est futé, ce Maigret, commenta madame Huxley devant le film.
Huxley avait fini de manger et bourrait sa pipe. Il n’avait pas vraiment suivi l’intrigue. Il se sentait lourd, mais reposé, presque somnolent. Il tira sur sa pipe, l’esprit ailleurs.

Le lendemain, Lagarde vint faire son rapport au commissaire.
- On a interrogé certains camarades de fac de la victime. Le portrait qui s’en dégage n’est pas très flatteur…
- Asseyez-vous, Lagarde. Une chouquette ?
- Volontiers. Apparemment il était un peu turbulent le fils à papa. Souvent sous substances. Je vous répète ce que j’ai entendu.
- Bien sûr.
- Il y a même eu des rumeurs au sujet d’agressions sexuelles….rapidement éteinte, peut-être l’influence du papa. Un témoin qui insiste pour garder l’anonymat a dit qu’il s’était vanté de fréquenter des mafieux.
- Intéressant! Une autre chouquette?
- Je ne dis pas non.
- Et du côté des professeurs?
- Le petit n’était pas très assidu au cours. Et quand il y assistait, il était la plupart du temps avachi sur son pupitre, a moitié somnolent.
- Beau tableau. Je vois ça d’ici.
Huxley bourra sa pipe, c’était la deuxième de la matinée. Inspira profondément, et recracha la fumée.
- Merci Lagarde. Vous pouvez vaquer.


A midi, le procureur Martini attendait Huxley a une table de Chez Jeannot.
Les deux hommes se saluèrent. Huxley commanda un plat de tripes a la mode de Caen, Martini une truite aux amandes.
- Du nouveau? quémanda Martini, fébrile.
- Peut-être. Mais ça ne va pas vous plaire, je le crains.
Huxley était amusé intérieurement, car il savait que Martini détestait l’odeur des tripes.
- Le fils de votre ami...il se trouve que ce n’était pas un ange. Drogue. Alcool. Agressions sexuelles…
Martini palis. Ses couverts en mains, il suspendait son geste.
- Vraiment ? Vous en êtes sûr?
- C’est le tableau que dressent ses camarades et ses professeurs. Pas reluisant.
- Vous avez été jeune vous aussi, commissaire! Allons !
- Certes. Mais il y a autre chose. Il s’était mis à fréquenter des gens pas fréquentables. En particulier du clan Bonilla.
La stupeur figea les traits du procureur, qui devint aussi blanc que la nappe en papier de la table.
- Mais je pensais que vous aviez les suspects principaux au dépôt ? Ces deux jeunes ? N’ont-ils pas avoué ?
- Ce n’est pas si simple. Laissez-moi finir de tirer le fil de la pelote.
- Que puis-je dire au père ? Je ne peux pas…
Martini semblait perdu.
- Vous savez, la mère d’Etienne est décédé il y a cinq ans dans un terrible accident d’avion. Son père l’a élevé comme il a pu. Vous comprenez qu’avec toutes ses responsabilités, il n’était pas assez présent. Je pense que c’est la raison pour laquelle Etienne a...déraillé.
- Je comprends mieux.
Huxley se régalait avec ses tripes et le vin que lui avait conseillé le chef de Chez Jeannot, un vin rouge fruité du Roussillon. Il se surprit à contempler sa belle robe rubis. Martini lui parlait de sa longue amitié avec le père d’Etienne, mais Huxley n’écoutait pas. Il songeait a la gitane et à Louis Jovial.

Le commissaire reçu l’appel a 17 heure. Enfin! Le vieux Bonilla était au bout du fil.
- Comment allez-vous commissaire? Avec cet hiver qui n’en finit pas…
- Comme un vieux, Bonilla, comme un vieux! répondit Huxley en exagérant un soupir.
- Allons ! Et que devrais-je dire moi alors?
- Vous avez quelque chose pour moi?
- Il semblerait qu’un de nos petits nouveaux ait fait des siennes...le dénommé Mario précisément - qui en passant n’est pas son vrai nom, mais un sobriquet qu’il se donne. Il s’est lié d’amitié avec le fils Montmirail. Le soir qui vous intéresse, il l’a amené avec lui rue Capricorne, pour un deal. Déjà, il s’agit là d’un manque évident de prudence et de professionnalisme. Laissez-moi vous dire qu’il va se faire remonter les bretelles bien comme il faut! Le petit était chargé, incontrôlable. Quand ils sont rentrés dans l’ancienne imprimerie, ils sont tombés sur une fille, une gitane, qui furetait dans le coin. Le gamin l’a agressé et menacé avec le couteau qu’il avait emprunté au fameux Mario. Il voulait la violer, c’était évident. Mario est redescendu pour attendre son client près de la bagnole. Il se rendait compte, mieux vaut tard que jamais, que le jeune était une vraie source d’emmerdements. Son client est arrivé,il lui a vendu sa came, il est remonté en bagnole et il s’est barré..en laissant le couteau dans les mains du petit con!
- Entre-temps, la gitane a planté le fils Montmirail…
- C’est ce que Mario a raconté. Et je crois que c’est la vérité.
- C’est bien possible, en effet!
- Je ne suis pas à votre place, commissaire, Dieu m’en préserve, mais à la place de la fille, j’aurai fait la même chose. Et je pense que vous aussi.
- Votre homme a été étonnamment loquace.
- C’est-à-dire qu’il n’a pas vraiment eu le choix...s’il tenait à garder tous ses doigts.
- Je vous remercie de votre appel, Arturo!

Louis Jovial et la gitane sont dans le bureau d’Huxley, porte fermée. Jovial est avachi sur sa chaise, épaules voûtées, mine de déterrer, tandis que la jeune femme garde la tête haute avec un air de défis dans les yeux. Le silence règne, le commissaire bourre sa pipe avec son index, il prend son temps, comme s’il savourait l’instant a la manière d’un bon Cognac 10 ans d’âge.
En parlant de Cognac, il se permet de sortir du tiroir de son bureau une bouteille a demi pleine d’un rhum agricole ambré qu’il débouche et tout en remplissant un verre, déclare:
- Excusez-moi mais j’ai l’habitude de fêter la résolution de mes enquêtes en trinquant! J’espère que vous me ferez l’honneur de m’accompagner?
Deux verres de plus apparaissent sur le bureau et le policier verse dans chacun une bonne rasade du liquide coloré. Le jeune Jovial et la gitane échangent un regard incrédule.
- Je vous en prie, invite Huxley, d’un geste.
Mais les deux n’osent bouger, ce qui fait sourire le vieux flic.
- J’ai sous les yeux deux nouvelles dépositions préremplis, que je vous conseille de signer. Ensuite, nous trinquerons et vous serez libres comme l’air.
- C’est une ruse? s’étonne Jovial d’une voix fluette.
- Pour ma part, l’affaire est pliée ! Le jeune Etienne, la victime, a fricoter avec le clan Bonilla, des bandits notoires, et il n’aurait pas du. Tel Icare dont les ailes fondent après qu’il se fut trop approché du soleil...Etienne de Montmirail, jeune homme tourmenté, attiré par les mauvais garçons, par l’adrénaline du crime, s’est attiré le courroux d’un certain Mario, dealer de son état, assassin notoire, qui s’est débarrassé du fils à papa dans un squat de la rue capricorne. L’arme du crime a été retrouvé dans le canal, le manche est caractéristique des lames dont les Bonilla se servent, assurément, ce sont des couteaux fabriqués avec amour par un petit artisan de Montrouge.
Huxley avale cul-sec le contenu de son verre.
- Vous êtes donc déclarés innocents !
Il se lève, théâtral, se penche pour poser ses deux mains à plat sur le bureau. Il toise les deux anciens suspects.
- Je sais ce qu’il s’est passé à l’étage de l’ancienne imprimerie ! Je sais que le fils Montmirail était un petit con ! Je sais ce qu’il a essayé de faire ! Je sais tout ! C’est un acte de légitime défense, soyez en assurés tous les deux !
Il marche, déplace sa lourde carcasse de long en large, vient se placer derrière la fille et le jeune garçon.
- Mais tout ceci restera un secret qui ne sortira pas de ce bureau ! La version officielle sera tout autre! Ce Mario, c’est lui l’assassin ! N’en doutez pas, jeunes gens !
Retour au bureau, le commissaire rempli les deux verres vides de rhum agricole, insiste pour trinquer !
- A la vôtre! Et bravo pour votre courage! Oui, bravo à l’attitude chevaleresque de Louis qui n’a pas hésité à endosser le rôle de l’assassin afin que vous, jeune fille, ne soyez inquiété ! Et bravo à vous, jeune demoiselle, d’avoir tout avouer pour disculper Louis !
Enfin, les jeunes gens acceptent de trinquer avec le vieux flic ! Emphatique, et un peu grisé par le rhum, Huxley se retient de les serrer tous deux dans ses bras.
- Et dire que certains désespèrent de la jeunesse ! s’exclame-t-il, l’œil brillant.