J’ai peur.

Le 05/04/2026
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par Lindsay S
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Thèmes / Débile / Faux obscur
Un texte cisaillé / tranchant, épuré, qui suinte la souffrance domestique, la pulsion de mort civilisationnelle, l’anomie familiale. Ici, vous ne trouverez pas de mode d’emploi ni d’épaules pour pleurer. Juste un état des lieux, un plan net sans plan B. Étouffant de clarté. De la littérature épicurienne qui ne se mesure pas à la taille de bite, qui vient juste décrire l’horreur existentielle, quotidienne. Un PV de meurtre par anticipation.
J’ai peur.
Non - c’est pire que ça.
C’est une peur qui rampe, qui s’accroche aux os.
Dès que j’y pense, j’ai la chair qui se rétracte.
Tout gèle à l’intérieur : cœur, poumons, cerveau.
Je respire, oui. Mais c’est une respiration mécanique, sans vie.
Un souffle en apnée.

J’en parle.
Je le dis à tout le monde : dimanche j’y vais.
Je le dis pour m’obliger.
Pour ne pas avoir à affronter, lundi, le regard de ceux qui sauront que j’ai fui.
Mais rien à faire - dès que je me projette, je sens la panique revenir, poisseuse, collée à la gorge.

Je sais que ce n’est rien.
Je sais que ce n’est pas rationnel.
Mais mon corps n’en a rien à foutre.
Il a sa propre logique : celle du sursaut, de la fuite, du vertige.
Je sens déjà le froid, les sourires polis, les phrases vides.
Je sais que ça va me traverser, me râper les nerfs.

Je ne crains pas la douleur.
Je crains l’effacement.
Je crains de me dissoudre, d’être vidée de moi-même.
De rentrer le soir vidée, polie, domestiquée.
Il y a des moments qui marquent, qui te déplacent un peu trop.
Et moi, j’ai plus de marge.

Je sais que c’est banal.
Tout le monde me le dit : “ça ira”.
Je hoche la tête. Je sais.
Mais à l’intérieur, c’est le vacarme.
C’est une montagne qui suinte, glissante, impossible à gravir.

Je sais que j’irai.
Je le sais depuis le début.
Mais j’aimerais qu’il y ait une sortie de secours, un accident, une alerte météo, n’importe quoi.
Quelque chose qui m’enlève le choix.
Parce que je n’en ai pas envie.
Aucune.

Et pourtant non.
Je me lèverai, j’irai.
Je me tiendrai droite, bien élevée.
Je sourirai.
Je jouerai le rôle.
Parce qu’il ne me le pardonnerait pas.
Pas cette fois.

Parce que dimanche…
je dois aller dîner chez sa mère.