Confessions brûlantes

Le 13/04/2026
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par Lindsay S
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Thèmes / Saint-Con / 2026
Ce texte, via le traitement d'un cas particulier, est un puissant brûlot contre le patriarcat. Peut être que les preuves par l'exemple existent finalement ? Parce que personnellement, ça m'a totalement convaincu que le patriarcat peut pousser des femmes à bout et à commettre des actes désespérés à force de s'en prendre les scories sur le coin de la gueule au quotidien. C'est un texte réponse à la première consigne mais notons tout de même que le fascisme est un des aboutissements ultimes du patriarcat. Les deux autres étant le capitalisme libéral et le conservatisme religieux.
J’vais écrire. Je vois bien que vous allez avoir du mal à suivre sinon. Imaginons que ce soit ma déposition : je signe ici mes aveux.
Oui, j’ai brûlé ce mec. C’était un con.

Je sais pas si j’ai une théorie, ou un tempérament de vieille râleuse coincée dans un corps de jeune femme.

Quand un type pisse comme un chien, les gens trouvent ça “dégueu”.
Moi j’appelle ça un signal d’alarme civilisationnel. Le premier : mon collègue de bureau, gros connard vicelard, préfère uriner dans le parking plutôt que d’utiliser les commodités. Il tripote comme il insulte, et moi je reste là, à me dire : encore un mec qui se croit intouchable. Super.

On m'a dit que je supporte mal les gens. Tous les gens. Moi je parle d'oppression.

J’ai sucré son café quelques jours. Mardi matin, je le guette. Puis je l’entends hurler. Je risque un œil : il court, il tourne, il se jette au sol. Une seconde, je me dis que j’suis allée trop loin. Puis je respire. Et je profite du spectacle. Bon. Surtout parce qu’il m’a énervée.

J’ai grandi dans une éducation puribonde. Mme de Réan, ma prof et mère spirituelle, répétait toujours : “Une bêtise mérite sa punition.” Alors j’ai appris tôt à cataloguer les cons. Et à les marquer. D’abord en imagination. Ensuite un peu plus sérieusement.

Mes parents ? Absents dès la naissance. Pas physiquement. Mentalement, c’était du Airbnb. Merci pour l’amour inconditionnel.

Heureusement, il me restait la bibliothèque. Et les hôpitaux. Trimballée de l'un à l'autre, cobaye docile. Tout n'y est qu'hygiène et asepsie, au point que même la bouffe a un goût de javel. Tout pique, tout racle, tout stérilise.

Je suis malade mais heureuse.
Les enfants sont des crabes : pas de voix, pas de ressenti, mais un instinct de conservation redoutable. Moi, j’étais une petite crabe badass, avec un cerveau de gymnaste et un corps qui n’en faisait qu’à sa tête.

Je dramatise, mais c’est ma passion.

Naturellement, je me tourne vers la microbiologie. Stériliser, ensemencer, compter les bactéries… plus facile que de compter sur mes jambes. Mais avec Art.

Virée. Paraît que "à peu près" n'est pas une unité de mesure. Alors, je prends la plume. Je dénonce. Le patriarcat pèse, lourd, comme une loi jamais écrite mais toujours appliquée. Les hommes défilent, sûrs d’eux, intouchables. Moi, je n’hérite que des flammes. Et ces flammes, croyez-moi, je les allume.

Je file à la droguerie. Chimie ? Je maîtrise. Expérimentations ? Check.

Ma chimie à l'arrache… j’espère que ça marche. Parce que si je dois refaire les calculs, je deviens fleuriste.
J’ai fait un tableau Excel pour suivre mes expériences. Il est moche. Comme mes résultats.

Je brûle un rat. Puis un deuxième. L’odeur me vrille le nez. Les couinements déchirent l’air. Et pourtant je fronce les sourcils : trop ou pas assez ? Il faut que ça crame juste assez. Sinon c’est raté. Oui, je suis une scientifique frustrée, une militante enragée et… une fille un peu débile.

S'il pisse à l'air libre, le jet s’enflamme, remonte jusqu’au robinet, puis via les canaux intérieurs. Je vous épargne les noms. À ce stade, la réaction devient difficile à contrôler… et le rat se retrouve littéralement brûlé par ses propres couilles. Panique. Douleur ciblée. Flammes locales. Un incendie sur-mesure.


Les cons vont avoir chaud, parce qu'avant de venir vous trouver, j’ai dilué ma production dans l’eau de la ville. Petite échelle. Mais depuis quatre jours, tous ceux à qui ça arrive boivent, cuisinent, se lavent avec cette eau. Le produit est installé dans le système. Et je me demande si la température en ville n’a pas déjà commencé à monter.

Monstrueux ont titré les journaux. Tout est relatif. J’ai vu pire dans les réunions d’équipe.

Si vous voulez tout savoir, c’est surtout de l’agacement personnel mis sous microscope scientifique. Et un peu d’ego mal placé.

J’ai noté tout ça dans mon bullet journal. C’est scientifique, un bullet journal. Il me semble. Entre « payer l’électricité » et « arrêter de m’énerver pour rien ». En vrai : je n’ai coché aucun des deux.

Franchement, qui fait brûler ses collègues après avoir lu des manuels de microbiologie et survécu aux hôpitaux ?

Je suis un concept flou, si quelqu’un trouve mon gratin, dites-lui que j’arrive.