Soit il était d’une résistance mécanique naturelle, soit il a longtemps été drogué comme jamais personne n’a pu l’être. Des criminels ont repéré cet homme.
Soit il était d’une résistance mécanique naturelle, soit il a longtemps été drogué comme jamais personne n’a pu l’être. Des criminels ont repéré cet homme.
La nuit à Shibuya, les bars étaient d’un bruit et d’une lumière qui ajoutait à l’alcool une dose de rhum et de whisky japonais. Tout devenait brillant, brouillé, beau.
Le Noise était le bar où se déroulaient tous les afters. Il était situé proche d’un parking souterrain. Le seul parking de tout Nonbei Yokocho, là où l’étroitesse des rues empêchait toutes voitures de circuler. Les gens se garaient tous à ce parking avant d’entrer à Nonbei. C’était le rendez-vous silencieux, le transit, de ceux qui voulaient partir loin de leurs responsabilités.
Il y avait un homme qui passait son temps dans le Noise, il y allait pour boire la même chose qu’à chaque fois, de la « Grey Goose ». Un alcool qui ne venait en aucun cas du Japon, vendu qu’ici, et c’était évident qu’il venait que pour celui-ci.
Cet homme semblait avoir la vingtaine. Il ne réagissait à rien et passait son temps à regarder nulle part, avec des yeux qui n’avaient pas l’air de voir la même réalité que nous.
Il ne faisait que boire sans jamais adresser un mot, pas même au barman qu’il avait réussi à habituer à ce silence.
Toutes les nuits, la même chose, de la Grey Goose, deux fois, avant de disparaître dans les rues de Nonbei.
Si les criminels ont eu envie de lui parler, c’est car une fois une femme alcoolisée a perdu la raison et l’a agressé avec une bouteille. Alors que l’homme a toujours été d’un silence qui le coupait du monde, il l’a tuée sous les yeux de tout le monde, en un rien de temps, avant de disparaître à pas de loup dans Nonbei. La police venait chaque jour après cet incident, et lui continuait de venir sans crainte. Personne ne l’a balancé, et malgré les recherches, les policiers ont vite abandonné à cause du statut de cette bonne femme, « toxicomane ». Au bout de quelques semaines, les criminels sont allés le voir. Ils lui ont tendu de l'ecstasy. Sans réfléchir ni même les regarder, il les prenait. Il finit par tomber au bout de la sixième dose, sixième dose d’ecstasy. C’est inhumain.
Les jours d’après, après un lourd blackout, plus personne ne le revit. Et pendant un temps, le groupe de criminels ne venait plus lui aussi.
R, c’est comme ça qu’ils avaient décidé de renommer cet homme silencieux. Il travaillait pour eux maintenant, il était tueur à gages et faisait ce qu’on lui demandait sans aucune erreur, et sans le moindre remords ni même sentiment de plaisir. Il prenait le temps de se masquer, malgré son manque de sûreté et d’attention. Il portait une tête de cheval et une veste en cuir. Un jean moulant, et des armes en tout genre, parfois seulement ses poings.
Il était d’une étrangeté effrayante, il ne venait quasiment jamais récupérer le pognon qui lui était destiné, il oubliait, on devait constamment le lui rappeler.
- Il a toujours été présent pour faire ce qu’on lui demande, mais la peur qu’il change d’avis, étant donné son silence, était tout aussi forte que la confiance. Répétaient ceux qui ne se salissaient aucunement, mais qui dirigeaient tout.
Il recevait les ordres par téléphone, celui qui était sur le parquet de son appart. Placé à côté de son matelas, dans la seule pièce de cet appartement. Il répondait toujours. Pas trop vite. Pas trop tard. On lui donnait une adresse, un jour, une cible.
Puis il raccrochait.
Au début, c’était pénible, même s’il eut la chance de ne jamais rater une information cruciale. Souvent, il ne fallait que tuer ou faire souffrir. Il faisait les deux.
Au bout du premier mois, ils cessèrent de donner des détails. Son silence était étouffant.
“- Dans l’arrière du club. Trois heures. Lundi.
Un roux, yeux rouges, un mètre soixante-dix.
Tenue de travail.”
Il y était plus tôt. Les gens le prenaient pour un simple homme déguisé, un fanatique sexuel qui venait voir les filles danser derrière son masque de cheval. Ils aimaient bien voir ça, surtout les hommes. Il ne bougeait pas et avait l’œil fixé sur la porte des chambres arrière. L’arrière où toutes les filles se préparaient, la seule zone arrière du club.
3 h, il connaissait l’heure sans regarder la moindre horloge. Il avança vers l’entrée et l’ouvrit sans ralentir sa vitesse. La pièce était pleine de costumes, de maquillages et de miroirs alignés. Il y avait une autre entrée, probablement une suite de pièces pour préparer chaque show.
Les danseuses étaient en train de se maquiller. Elles prirent toutes peur un instant, stoppant toute activité. Mais elles n’eurent pas peur très longtemps, il n’avait pas ralenti sa vitesse et continuait tout droit, vagabondant jusqu’à la prochaine salle. Aucune d’entre elles n’était la cible.
À peine dans la prochaine pièce, il vit l’homme en train de discuter en rigolant. Il parlait avec une danseuse habillée en manteau de fourrure. Il le prit par la gorge, toujours avec la même vitesse de marche, et le jeta sur le mur qui était sur le chemin. La femme tourna les talons. R la rattrapa sans courir. Il la lâcha aussitôt, les jambes inutiles, puis revint à l’homme au sol.
Il le tabassa jusqu’à ce que les premières gouttes coulent. Puis recula.
“- Clebs !” Ironique.
Il se leva et fonça sur R. Le corps en face n’était qu’un ensemble d’angles mal alignés.
Le mur prit le dernier coup.
Quand le bruit cessa, il n’y eut plus que le souffle court de la femme boitant vers la porte.
R tourna la tête.
La poignée dépassait.
Il la tua avec.
Il ressortit en reprenant le même élan, des danseuses étaient à la porte.
Une telle brutalité sous les yeux de Dieu et sous ceux d’autres. Il rendait des innocents victimes, il rendait des victimes monstres, par sa vitesse d’exécution terrifiante.
Cet élan qu’il avait, seuls les bruits sourds de ses poings retentissaient.
Il continue, un mois de plus. Ils appréciaient son travail et son coût. Jusqu’au jour où apparut un danger imminent. Une maladie grave qui rendait les gens fous, génocidaires, ou parfois simplement faibles. Une maladie qui modifiait la psyché et même celle des enfants.
Il n’en avait pas peur, il continuait d’agir comme si tout n’avait été que routine, habitude. Le truc, c’est que les gens devenaient dangereux à cause de cette maladie, et beaucoup de gens mouraient alors qu’ils n’avaient même pas eu de contact avec un malade. Les hauts placés ne voulaient pas perdre un atout comme R, mais il n’écoutait rien et agissait.
Dans son appartement, sa pièce remplie d’armes et d’un seul matelas, il se leva pour sortir. Pour la première fois sans l’accord de qui que ce soit depuis qu’il eut ce boulot.
Et alors, dans son immeuble, il vit les portes des résidents, toutes fermées.
Sauf une.
Une porte était ouverte, un enfant avait l’air de pleurer dans la pièce qu’elle renfermait. L’enfant se mit à avancer vers la sortie, laissant enfin montrer sa carrure. Il était très mince, il avait l’air faible et tremblait. Il se mit à tendre la main, comme pour tenter de masquer la lueur du soleil, vers l’arrière. Et sortit en courant pour se coller contre un mur voisin.
R décida, pour la première fois, de s’écouter lui. Et il alla voir ce qui se trouvait dans cette pièce. Un appartement banal. Normal. Vide de vie. Une seule chose rompait ce vide : une arme à feu au sol. Un Colt 1911.
Et alors l’enfant, sanglotant derrière R, s’écria lorsqu’il le vit s’approcher de l’arme :
« Ne le touche pas, j’ai peur, j’ai peur de faire du mal. »
R n’eut aucun mot dans son esprit. Mais il comprit quelque chose ce soir-là - quelque chose qui allait le tuer.
R, un enfant comme lui, tentait de fuir par peur de faire du mal. Il s’efforçait de rester loin des armes. Un enfant.
Toi, tu as couru vers elles sans même te demander à quoi elles servaient.
La nuit à Shibuya, les bars étaient d’un bruit et d’une lumière qui ajoutait à l’alcool une dose de rhum et de whisky japonais. Tout devenait brillant, brouillé, beau.
Le Noise était le bar où se déroulaient tous les afters. Il était situé proche d’un parking souterrain. Le seul parking de tout Nonbei Yokocho, là où l’étroitesse des rues empêchait toutes voitures de circuler. Les gens se garaient tous à ce parking avant d’entrer à Nonbei. C’était le rendez-vous silencieux, le transit, de ceux qui voulaient partir loin de leurs responsabilités.
Il y avait un homme qui passait son temps dans le Noise, il y allait pour boire la même chose qu’à chaque fois, de la « Grey Goose ». Un alcool qui ne venait en aucun cas du Japon, vendu qu’ici, et c’était évident qu’il venait que pour celui-ci.
Cet homme semblait avoir la vingtaine. Il ne réagissait à rien et passait son temps à regarder nulle part, avec des yeux qui n’avaient pas l’air de voir la même réalité que nous.
Il ne faisait que boire sans jamais adresser un mot, pas même au barman qu’il avait réussi à habituer à ce silence.
Toutes les nuits, la même chose, de la Grey Goose, deux fois, avant de disparaître dans les rues de Nonbei.
Si les criminels ont eu envie de lui parler, c’est car une fois une femme alcoolisée a perdu la raison et l’a agressé avec une bouteille. Alors que l’homme a toujours été d’un silence qui le coupait du monde, il l’a tuée sous les yeux de tout le monde, en un rien de temps, avant de disparaître à pas de loup dans Nonbei. La police venait chaque jour après cet incident, et lui continuait de venir sans crainte. Personne ne l’a balancé, et malgré les recherches, les policiers ont vite abandonné à cause du statut de cette bonne femme, « toxicomane ». Au bout de quelques semaines, les criminels sont allés le voir. Ils lui ont tendu de l'ecstasy. Sans réfléchir ni même les regarder, il les prenait. Il finit par tomber au bout de la sixième dose, sixième dose d’ecstasy. C’est inhumain.
Les jours d’après, après un lourd blackout, plus personne ne le revit. Et pendant un temps, le groupe de criminels ne venait plus lui aussi.
R, c’est comme ça qu’ils avaient décidé de renommer cet homme silencieux. Il travaillait pour eux maintenant, il était tueur à gages et faisait ce qu’on lui demandait sans aucune erreur, et sans le moindre remords ni même sentiment de plaisir. Il prenait le temps de se masquer, malgré son manque de sûreté et d’attention. Il portait une tête de cheval et une veste en cuir. Un jean moulant, et des armes en tout genre, parfois seulement ses poings.
Il était d’une étrangeté effrayante, il ne venait quasiment jamais récupérer le pognon qui lui était destiné, il oubliait, on devait constamment le lui rappeler.
- Il a toujours été présent pour faire ce qu’on lui demande, mais la peur qu’il change d’avis, étant donné son silence, était tout aussi forte que la confiance. Répétaient ceux qui ne se salissaient aucunement, mais qui dirigeaient tout.
Il recevait les ordres par téléphone, celui qui était sur le parquet de son appart. Placé à côté de son matelas, dans la seule pièce de cet appartement. Il répondait toujours. Pas trop vite. Pas trop tard. On lui donnait une adresse, un jour, une cible.
Puis il raccrochait.
Au début, c’était pénible, même s’il eut la chance de ne jamais rater une information cruciale. Souvent, il ne fallait que tuer ou faire souffrir. Il faisait les deux.
Au bout du premier mois, ils cessèrent de donner des détails. Son silence était étouffant.
“- Dans l’arrière du club. Trois heures. Lundi.
Un roux, yeux rouges, un mètre soixante-dix.
Tenue de travail.”
Il y était plus tôt. Les gens le prenaient pour un simple homme déguisé, un fanatique sexuel qui venait voir les filles danser derrière son masque de cheval. Ils aimaient bien voir ça, surtout les hommes. Il ne bougeait pas et avait l’œil fixé sur la porte des chambres arrière. L’arrière où toutes les filles se préparaient, la seule zone arrière du club.
3 h, il connaissait l’heure sans regarder la moindre horloge. Il avança vers l’entrée et l’ouvrit sans ralentir sa vitesse. La pièce était pleine de costumes, de maquillages et de miroirs alignés. Il y avait une autre entrée, probablement une suite de pièces pour préparer chaque show.
Les danseuses étaient en train de se maquiller. Elles prirent toutes peur un instant, stoppant toute activité. Mais elles n’eurent pas peur très longtemps, il n’avait pas ralenti sa vitesse et continuait tout droit, vagabondant jusqu’à la prochaine salle. Aucune d’entre elles n’était la cible.
À peine dans la prochaine pièce, il vit l’homme en train de discuter en rigolant. Il parlait avec une danseuse habillée en manteau de fourrure. Il le prit par la gorge, toujours avec la même vitesse de marche, et le jeta sur le mur qui était sur le chemin. La femme tourna les talons. R la rattrapa sans courir. Il la lâcha aussitôt, les jambes inutiles, puis revint à l’homme au sol.
Il le tabassa jusqu’à ce que les premières gouttes coulent. Puis recula.
“- Clebs !” Ironique.
Il se leva et fonça sur R. Le corps en face n’était qu’un ensemble d’angles mal alignés.
Le mur prit le dernier coup.
Quand le bruit cessa, il n’y eut plus que le souffle court de la femme boitant vers la porte.
R tourna la tête.
La poignée dépassait.
Il la tua avec.
Il ressortit en reprenant le même élan, des danseuses étaient à la porte.
Une telle brutalité sous les yeux de Dieu et sous ceux d’autres. Il rendait des innocents victimes, il rendait des victimes monstres, par sa vitesse d’exécution terrifiante.
Cet élan qu’il avait, seuls les bruits sourds de ses poings retentissaient.
Il continue, un mois de plus. Ils appréciaient son travail et son coût. Jusqu’au jour où apparut un danger imminent. Une maladie grave qui rendait les gens fous, génocidaires, ou parfois simplement faibles. Une maladie qui modifiait la psyché et même celle des enfants.
Il n’en avait pas peur, il continuait d’agir comme si tout n’avait été que routine, habitude. Le truc, c’est que les gens devenaient dangereux à cause de cette maladie, et beaucoup de gens mouraient alors qu’ils n’avaient même pas eu de contact avec un malade. Les hauts placés ne voulaient pas perdre un atout comme R, mais il n’écoutait rien et agissait.
Dans son appartement, sa pièce remplie d’armes et d’un seul matelas, il se leva pour sortir. Pour la première fois sans l’accord de qui que ce soit depuis qu’il eut ce boulot.
Et alors, dans son immeuble, il vit les portes des résidents, toutes fermées.
Sauf une.
Une porte était ouverte, un enfant avait l’air de pleurer dans la pièce qu’elle renfermait. L’enfant se mit à avancer vers la sortie, laissant enfin montrer sa carrure. Il était très mince, il avait l’air faible et tremblait. Il se mit à tendre la main, comme pour tenter de masquer la lueur du soleil, vers l’arrière. Et sortit en courant pour se coller contre un mur voisin.
R décida, pour la première fois, de s’écouter lui. Et il alla voir ce qui se trouvait dans cette pièce. Un appartement banal. Normal. Vide de vie. Une seule chose rompait ce vide : une arme à feu au sol. Un Colt 1911.
Et alors l’enfant, sanglotant derrière R, s’écria lorsqu’il le vit s’approcher de l’arme :
« Ne le touche pas, j’ai peur, j’ai peur de faire du mal. »
R n’eut aucun mot dans son esprit. Mais il comprit quelque chose ce soir-là - quelque chose qui allait le tuer.
R, un enfant comme lui, tentait de fuir par peur de faire du mal. Il s’efforçait de rester loin des armes. Un enfant.
Toi, tu as couru vers elles sans même te demander à quoi elles servaient.