Passe-temps

Le 08/05/2005
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par Bobby-Joe
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Thèmes / Débile / Disjoncte
Un bon texte bien zonard : stupide, gore et totalement inutile, bref totalement indispensable. Y a pas d'intrigue, juste une nana qui se fait chier et qui s'occupe comme elle peut en se découpant le bras. C'est que de la description, mais ça se lit tout seul, c'est bien écrit. Faut être assez atteint pour pondre des trucs pareils (*prise de conscience après mille textes tous plus tarés les uns que les autres*).
Avec minutie et en silence elle trace avant tout un trait sur son avant-bras au feutre noir, à quelques centimètres du coude. La ligne ceinture son bras et elle a un peu de mal à joindre les deux bouts, mais en s’appliquant elle parvient à refermer l’anneau. Elle prend un peu de temps pour imaginer l’effet final. Ca a de la gueule, une fois finit ça devrait être potable.
Elle boit une gorgée de vodka et se saisie du scalpel. Sans hésiter, elle pose la pointe de la lame sur le trait et commence l’incision. La douleur arrive en même temps que le sang, par intermittences puis en continue, de plus en plus fort. Au bout de quelques centimètres, le sang recouvre le trait et l’empêche de continuer. Elle n’avait pas prévu ça. Sans trop réfléchir, elle se lève, met son bras au dessus de l’évier et fait couler l’eau. La douleur disparaît puis revient, soudaine, piquante, dans toute la main et l’avant-bras. L’eau glacée vient soulever la peau sur quelques millimètres. Se mélangeant au sang, elle se faufile ensuite, rose, dans le trou au fond de l’évier. Peu à peu la douleur se calme et le sang coule avec moins de débit. Elle attrape un rouleau de grosse ficelle et s’en ceinture le biceps de plusieurs couches. Son garrot en place, elle reprend une gorgée de vodka et se remet à l’ouvrage.
La douleur est au niveau de l’épaule maintenant, et elle ne sent presque plus sa main gauche. Parfait, ce sera plus facile. Elle n’en a pas pour longtemps à faire le tour de son bras. Malgré quelques ratés en dessous, c’est plutôt propre. Elle prend un pause puis reprend le scalpel.
Consciencieusement elle trace un long trait dans sa chair jusqu’au milieu de l’avant-bras. Le derme se soulève déjà un peu, elle n’a plus qu’à saisir un coin et à tirer doucement. La peau se décolle comme une feuille mouillée, avec un léger bruit de succion. Elle inspecte sa chair mise à nue au fur et à mesure. C’est poisseux, orange, rouge et bleu, ça colle un peu. Bientôt, pour continuer, elle doit déchirer. Ca se fait sans trop de soucis, comme de la cellophane. Elle est étonnée de voir à quel point sa peau est élastique.
Le passage du poignet est plus difficile, la peau est soudée aux articulations, elle doit la décrocher avec son scalpel. Elle s’y affaire en tirant la langue et en plissant les yeux, ce serait con de tout merder maintenant.
Une fois que c’est fait, elle continu son décollage et s’attaque, peau pendouillante, aux premières phalanges. C’est bien plus ardu, elle aurait dû s’y mettre avant.

Son épaule la lance affreusement, elle est un peu violacée et la chair est toute gonflée au dessus du garrot. Tant pis, maintenant qu’elle a presque finit, elle peut bien supporter ça quelques minutes de plus.
Elle finit enfin les cinq phalanges, elle peut reprendre de la vodka et entamé la dernière phase de la première étape. Rha, quelle conne, les bagues, ça bloque au niveau des bagues.
La douleur de son épaule devient insupportable, elle retire doucement son alliance et sa bague en forme de serpent, elle les remettra plus tard. En attendant, elle les pose sur un coin de la table.
La peau des doigts est bien collée, elle ne progresse que millimètre par millimètre.
Aux environs de la moitié du travail, le téléphone se met à sonner. Hésitant une instant, elle se lève finalement pour allé décrocher. La peau de son bras se balance sous sa main, elle ne peut se résoudre à la soutenir de sa main valide. Elle décroche, c’est Jeannot, il vient aux nouvelles. Elle a vraiment très mal à l’épaule, elle écourte la conversation. Elle raccroche et retourne à sa besogne.
Le plasma de son avant-bras commence à sécher, formant une légère croûte gélatineuse. Au bout d’une dizaine de minutes, elle arrive enfin aux ongles. Il y a quelques ratés sur ses doigts, des morceaux de chair taillés peu ou prou généreusement. Ca lui fait une main difforme.
En essayant d’être le plus précis possible malgré la douleur et la tête qui tourne, elle glisse la lame du scalpel sous l’ongle de son pouce. Elle va le plus loin possible en grattant sous l’ongle pour bien le décoller. Ensuite, elle n’a plus qu’à tirer pour qu’il se décroche. Elle découpe la peau collée sur le dessus et jette l’ongle à la poubelle. Elle répète l’action quatre fois pour, enfin, pouvoir retirer complètement sa peau.
Elle admire son travail.
Elle hésite quelques secondes avant de retirer son garrot, puis décide d’avaler trois léxomil, pour la douleur.
Elle dénoue la ficelle. Elle hurle quand le sang se libère.
Son cœur s’accélère, il doit à nouveau pomper le sang d’un bras.
Il lui faudra agoniser pendant une heure, sans pouvoir bouger, avant que la douleur ne se calme un peu, que le cœur reprenne son rythme et que son bras cesse de suinter.
Elle peut alors attaquer la seconde étape.
Elle sort sa boite à couture, choisit une grosse aiguille et du fil à bâtir noir. Alors, et avec un seul bras, elle entreprend de recoudre son gant de peau. C’est vraiment difficile en n’utilisant qu’un bras, mais la douleur est toujours présente et elle ne voudrait pas saloper tout son boulot.
Une fois arrivée au bout, fier d’elle, elle peut enfin enfiler sa peau. L’intérieur est resté humide et elle n’a aucun mal à la faire glisser complètement.
Quelques points de couture pour maintenant l’ensemble, cinq faux ongles pour cacher les trous au bout des doigts, deux gorgées de vodka pour se féliciter. Et voilà, un bras tout neuf. La peau est un peu flapie au poignet et un peu bleue au biceps, mais bon, pour réaliser l’ensemble il lui aura quand même fallut trois heures, ça l’a bien occupée. Depuis le temps qu’elle est au chômage, l’inaction allait finir par la rendre folle…
Demain, elle se fait une chaussette. Il faudra songer à racheter de la vodka…
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