Surfaces (23)

Le 25/08/2005
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par Konsstrukt
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Rubriques / Surfaces
On est définitivement lassés des Surfaces. Pour ceux qui ont lu le reste de la rubrique, cet épisode n'est qu'une goutte de plus dans un mer de similitude (merde faut que j'aille écrire un poème là). Similitude de style, d'esprit. Un Surfaces de plus, et un de moins avant la fin prochaine de la rubrique.
Je regarde ma montre. Il est midi. Je suis fatiguée. Je suis gelée. Je suis loin du dépôt. Je suis en retard. Sur mon programme. Mon programme de ce matin. Je consulte ma fiche. Quatre livraisons de retard. Pas la peine de repasser par le dépôt. Pas pour se faire engueuler par ces cons.
Je regarde autour de moi. Que des grands immeubles d’affaires. Tous ces cons en réseau. J’ai faim. Ah un bar. Je rentre je demande si je peut manger. Oui il me répond. Il me montre la carte. Je devrais prendre un sandwich et rattraper mon retard merde hein là au moins il fait chaud le patron m’enguelera de toute façon il trouve toujours un truc à me repprocher ce connard ouais je préférais l’école mais six mois que c’est fini et ça me saoule déjà mon petit appart il est loin en plus LVIème arrondissement tu parles. Le larbin veut savoir ce que je mange. Je commande. Je vais m’asseoir. La table contre un mur. Dos au mur je préfère ça. J’écoute un moment la radio. Y’a que ça à faire. Je suis la seule cliente. Le type reste derrière son comptoir. A ne rien faire.
Je soupire. Je m’ennuie. J’ai faim. J’écoute la radio.
Au bout d’un moment la bouffe arrive. C’est chaud. Je suis contente. Je manger sans penser à rien. C’est bien. J’aime manger. Je crois que j’aime ça plus que tout le reste. Même les loisirs du soir. Je mange vite. Je remplis bien ma bouche à chaque fois. Je mâche j’avale. Sentir dévaler les blocs de bouffe dans mon gosier et alourdir mon ventre. La paix du corps. La digestion. Ma tête dodeline lourde aussi. Je souris. Je suis repue.
Je lève. Mon retard a augmenté. Je sors. Je fume une cigarette auprès de mon scooter. L’endroit est désert. Je digère tranquillement. Le frais me fait du bien. Je souris. Je perçois un mouvement à la limite de mon champs de vision. Je lève la tête. Un corps tombe le long d’une façade. Il est loin. Je n’entends pas le moindre son. Je ne sais pas si c’est un homme ou une femme. Il tombe longtemps. J’ai le temps de tirer une bonne taffe.
J’écrase mon mégot. Je dois rattraper mon retard.
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