Le der des ders

Le 10/11/2005
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par M. Con
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Thèmes / Obscur / Triste
M. Con nous fait tourner ses articles les plus sombres, qui se trouvent être également ses plus abstraits. Celui-ci est un gros tas de métaphores et d'impressions fugaces agglutinées. On pige bien qu'on parle d'un type en train de crever et qu'on le présente comme simple rouage d'une machinerie gigantesque, mais l'ensemble du texte est trop flou et manque d'impact.
Un battement bref.
Roulement sourd, rauque et la vague rouge vient frapper violemment les parois circulaires avant d’inonder les canaux puis, se retire des canalisations vivantes. Encore une, encore un…. Combien de fois déjà depuis le tout premier ressac, depuis le premier jour ?… L’air arrive toujours, juste un peu, de quoi tenir quelques instants, quelques minutes, quelques heures peut-être ?
Un battement de plus.

Sensation désespérée de solitude, d’incompréhension, de désarroi mêlé à la peur consciente de n’être désormais plus rien Bourdonnement lancinant dans les tempes, les sons qui n’arrivent plus déformant toutes les perceptions en brouhaha inquiétant. La chaleur qui s’enfuit doucement du corps, inexorablement au rythme de la vie qui s’étiole dans ses derniers soubresauts…

Encore un.

L’immobilité résignée au milieu de la gesticulation futile des autres, décalage entre deux réalités qui s’affrontent vainement. Lueur floue, intermittente, éclairs fugaces qui flash les rétines. Murs vert qui s’étirent de parois en couloirs, un carrelage gris qui vacille, des ombres blanches qui rôdent au visage grimaçant et l’impression de glisser, de s’enfoncer, de se vider, de s’évaporer, de n’être déjà plus là…..Reste la douleur, ce poignard invisible enfoncé tel un clou scellant à jamais le terme de la vie éphémère dont on se croit l’orgueilleux possesseur, éternellement.

Sur le périph la ronde continue, bruyante, puissante, permanente, exubérante. La vague de fer transporte la vie automate. chacun s’empile vers ses obligations programmées. Premier tour de roues d’un semi remorque qui redémarre, mazout noir qui crache. Motards qui le guident. Combinaison bleu des mécanos qui se réchauffent autour d’un café brûlant dans le fond d’un garage froid en tapant d’un pied sur l’autre près de la carcasse d’une voiture récupérée ce matin. un infirmier fatigué qui vient de terminer son travail et qui rentre retrouver son monde en repassant mentalement sa nuit. Cette femme qui pleure au volant de sa voiture, perdue dans le magma métallique, égarée dans sa souffrance. Deux enfants qui entrent dans leur classe.
Camions, voitures, motos, taxis, hommes et femmes résignés et dociles, agglutinés vers leur contraintes obligatoires. Bruits déchirant l’espace, danse de fous, mouvement perpétuel vide de sens pourquoi, ?…
Pourquoi moi ?

Encore un battement.

Battement d’aile, souffle d’instant ultime de vie et l’esprit qui se noie dans des visions surgies du néant. Images suffocantes qui appellent à la vie, pour que dur encore, juste un peu, le simple plaisir d’être : cette joie de voir, de respirer, de toucher. Images de ce matin banal, des premières couleurs de l’aube qui éclairaient au loin ses collines boisées transpercées par une pluie glacée. Le rouge orangé sur les Alpes, le rose violacé sur le noir de ses forêts odorantes.
Sensations mémorisées de l’air vif qui insidieusement pénétrait par la fenêtre entrouverte et enveloppait son visage. Le picotement frais de son nez, de ses yeux. l’odeur amer du premier café comme chaque jour. Le noir fumant dans la tasse blanche. Elle, qui dormait encore. Son parfum sur sa peau. Il avait envie de son corps, de sa chaleur, de ses lèvres rouge mais n’osait la réveiller, surtout après la violente dispute d’hier soir. A l’étage, ses enfants, ses anges blonds, ses amours, son demain. Tout était calme silencieux dans la maison. Seul le chat lui tenait compagnie dans la cuisine, yeux vert curieux, joueurs croisant les siens.
Puis, partir, retrouver la routine, ne pas faire de bruit, fermer doucement la porte, laisser la douce chaleur pour le froid, doigts gelés sur la grille de fer du portail, l’arbre roux centenaire, enfin, la route……….

Battement mécanique.

Des machines sonores aux lumières clignotantes et des tuyaux transparents ont prit possession de lui, on fusionnés avec son corps qui ne lui appartient plus. Il n’est déjà plus un humain. Envie de parler, de crier, d’appeler…. tellement de choses à dire, toutes ces promesses, ces projets de voyage, de soleil. Soleil, la chaleur, la langueur, les vagues, l’eau, le bleu du ciel, le sable….. elle si belle, tout tourne envie de vomir. Pouvoir bouger ne serait-ce qu’une main, un doigt, toucher une peau, la vie….
Engourdissement, la douleur qui n’est plus. La lumière qui s’éloigne en ombre. Les sons qui s’écrasent dans du coton, les formes qui disparaissent. Le silence l'emporte...

Un dernier bruit, ultime, iréel, improbable, des talons qui courent, martèlent nerveusement le carrelage, une voix qui hurle.. elle !

Pourquoi moi ?

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