De passage (nrz tribute mix)

Le 05/01/2007
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par Aem
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Dossiers / Remix
Nounourz avait demandé à Aem de travailler avec lui sur son remix du texte 'De passage', d'Aka, qui retranscrivait le ressenti d'une victime de viol. Après la publication de la version de Nourz, Aem a continué le boulot de son coté et le résultat est là : effroyablement sombre, brutal, glauque et sans concessions. Tour de force : la violence du texte n'entame jamais sa subtilité psychologique. A lire et relire régulièrement.
[remix du texte De passage (nrz subjective mix) de Nounourz. Le texte en question étant lui-même un remix du texte De passage d'Aka ]
[ SCENE PREMIERE / PREAMBULE. ]

Musique d’ambiance.
Du noir, du blanc, du gris.
Un homme, une femme.
Deux sexes.

En traître, il est arrivé dans mon dos. Sa peau a glissé le long de la mienne pour se coller à mes reins, une poignée de mes cheveux arrachés au creux de ses mains. De sa bouche naissait l’acte de chair. Il me préparait au corps à corps, de sa bouche, il me parlait de sa bite.

[ ACTION ]

Cinq longues minutes qu’il s’affaire en me haletant son haleine nauséabonde dans la gueule. Je le sens, là, en moi. Je le sens impuissant, tentant de déchirer mes chairs. Le regard fou, il attend seulement que je crie pour me frapper plus fort. Les yeux fermés, il s’agite en ahanant mais garde étrangement un sourire satisfait, comme si là était sa place normale, attendue. Comme si l’ultime finalité de mon existence - mon unique raison d’être - avait été d’accueillir sa chose en moi.

Qu’il fouille mes tripes, il n’y a rien d’intime dans la biologie humaine. Des boyaux, des tuyaux et de la merde. Voila ce qu’il baise. Un amas de chair en pourriture avancée. Je m’efforce de n’être, comme il l’attend de moi, qu’un trou béant à combler, l’animal mort, la charogne dans laquelle il voulait se vider. Je me demande si c’est à ça qu’il pense, si c’est pour ça qu’il bande si mollement.

Ce viol est un film porno raté.

L’homme jouit.
Satisfait il ouvre les yeux.
Se retire
Puis,
S’en va.

[ SCENE DEUX / REFLECTION ]

Je ne l’ai pas vu partir. Je n’ai pas entendu ses derniers mots. Il m’a mordu dans le cou et c’est le seul souvenir qui me restera de cet amant.
Alors c’était ça ?
Ni clash, ni flash back. Pas de lumière blanche qui éblouit et d’héroïne qui crie. Pas de poing qui cognent et de larmes qui étranglent.

Je l’imaginais m’attraper par les cheveux, je voyais le rebord du trottoir se rapprocher à grande vitesse de mon front, les chocs successifs, et le fondu au noir.

Finalement il n’y a rien eu, ma vie ce n’est pas du cinéma et aujourd’hui encore, je n’ai pas réussi à mourir. J’avais pourtant comme un flingue dans le bas ventre qui y a déchargé toute ses balles, et ça n’a rien touché de vital. Comme si mon sexe était en plastique, et le foutre en plomb trop loin du cœur.

Je me suis faite baiser proprement, en toute courtoisie, il s’est presque excusé de ne pas m’avoir fait jouir. Mais je ne lui en veut pas, je l’envie juste.

Moi aussi j’aimerai être un mec, avoir une queue et m’en servir comme d’un flingue. Me sentir puissant de pouvoir décharger dans la gorge de n’importe quelle salope.
Les femmes resteront faibles.
Humiliées, haineuses ou excitées leurs lèvres resteront molles et flasques. Au mieux, leur sexe pleurera, des larmes infinies et incontrôlables. Ça ne sait faire que ça une femme : Chialer. Se morfondre sur leur condition bafouée en réclamant plus de liberté, plus d’intérêt. C’est quand on s’intéresse à ce qu’elles sont vraiment - un vagin - que ça crie au scandale.

J’aimerai justifier ma vie ainsi, me trouver des raisons d’être responsable, me mettre en victime. Mais je n’ai pas d’excuses, les seules larmes qui ont coulées étaient celles d’en bas, j’ai aimé éveiller son instinct de sous être en proie à ses désirs. J’ai aimé avaler son sexe et me sentir plus forte que lui, paniquant en se demandant quand est-ce qu’il allait enfin jouir, j’avais déjà la chance de savoir qu’à moi, ça n’arriverai pas.

[ SCENE TROIS / LE DOUTE ]

J’aurai peut être du crier, rendre la scène plus cinématographique, ajouter de moi-même les effets de styles et dire les phrases qu’il faut.
En vérité je le sais, pourquoi je n’ai rien fait de toute cette violence et de cet amour gratuit, l’instinct de survie : il était préférable que je sauve ma peau plutôt que mon cul. De deux maux, il faut savoir choisir le moindre.

Le sexe est un combat. Il y a celui qui gagne, et l’autre qui y perd. Quelle satisfaction va-t-il en retirer d’avoir gagné sans combattre ?
Le sexe est une lutte, il m’a troué la peau dans ce corps à corps armé en y perdant sa dignité. Il a touché à l’intime du bout de sa verge.

Et puis, rien d’autre.
De la biologie.
Des organes, de la viande rouge, bien saignante.
Des fibres, nourrissantes.
Sous ma peau à grouillé la vie pendant quelques instants.
La machine enrayée, soudain dérouillée.
Des coups de reins comme une métaphore de la vie, à chaque choc se demander enfin : Encore combien de temps avant d’en crever ?
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