Rêve : larves VIP

Le 20/01/2007
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par MantaalF4ct0re
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Dossiers / Rêve
Mentalfactor mélange l'organique et l'onirique, ce qui ne peut être qu'une bonne idée, sauf que le côté clairement surréaliste du rêve décrit ici atténue la froideur clinique qu'on apprécie d'habitude dans les textes viandesques. Enfin, c'est parasitaire, grouillant, étrange et malgré les défauts, il faut bien s'en contenter.
Assis sur le canapé, je regarde la télé comme une grosse merde jaune contemplerait l'anus canin et poilu dont elle provient.
Torse nu, je me touche le ventre.
Et constate deux trous, juste au-dessus de la ceinture. Un centimètre de diamètre, avec une transition de 5 mm supplémentaires de tissus plus fins, presque transparents, comme une toile d'araignée.
On pourrait y passer le petit doigt. La peau est ici dure, sèche, et fine. Cela ne saigne pas.Et ça aurait du mal à le faire, sous cet « épiderme » qui ne s'avère pas être épais de plus d'un demi- millimètre, point de chair, point de sang. De l'air. Le néant.

Assez effrayé et inquiet, je me lève et cherche ma petite amie pour lui montrer cette angoissante découverte. Angoissante mais sans plus, la situation ne m'amuse pas, mais presque. C'est ..divertissant. Pour peu de temps.
En effet, lorsque j'essaie de rendre visibles à ma compagne les trous rompant la pellicule naguère étanche entre ce corps et l'environnement, l'air extérieur, .....impossible de les retrouver.

Confus, j'ausculte, en vain, croyant avoir fait un mauvais rêve, subi une hallucination...

En tâtant, je me rends compte que ma peau a changé de texture. C'est dur, épais, irrégulier, rugueux, rocailleux, et cela craque au moindre mouvement. Les yeux écarquillés je constate qu'il s'agit d'une espèce de tapis de cirripèdes, rouge, jaune, orange, vert, selon les zones.....comme si j'étais devenu corail, mais un sale corail, tapissé de cratères comme on en trouve abritant certains parasites des rochers et des crabes.
Un pli.
Je retourne ce pli de peau, comme on le ferait avec un coin de nappe remonté par erreur sur une table.
Tout le reste du derme vient avec. C'est indolore, je n'ai plus aucune sensation tactile. Une fois le retournement accompli, ma peau a retrouvé son aspect "presque- peau-de-bébé", et les trous sont de nouveau visibles.

Ainsi, ce que je comprends alors, et que SOUS ma peau, une épaisse couche de parasites s'est installée depuis bien longtemps, si bien qu'il n'y a plus aucune place disponible, le parasitisme est arrivé au point de saturation, et il m'a tellement rongé que par endroits la peau devient si fine qu'elle craque et se perce, s'ouvre, comme si elle pelait après un coup de soleil, mis à part que dans le cas présent, c'est l'ensemble de la peau qui part, morte, insensible, pourrie , bouffée de l'intérieur, et ne sera pas renouvelée.

Je panique en annonçant à ma copine que je sens que je vais très bientôt mourir, et que je ne m'y attendais pas, et que je suis désolé. Elle a l'air de compatir, mais ne semble pas en mesure de dire quoi que ce soit depuis tout à l'heure. Avec du recul , je me dis qu'elle a déjà vécu une situation comparable , à peu près du même point de vue, il y a longtemps, et qu'elle a instantanément compris que tout effort ou émotion seraient vains. Elle ne peut mieux faire que constater, et moi non plus, d'ailleurs, cette agonie, de luxe, indolore. Ma peau va continuer à se réduire comme un oeuf gobé plongé dans un liquide agressif, et je disparaîtrai en même temps, sans savoir pourquoi c'est arrivé, sans avoir quelqu'un à qui en vouloir, pas même à moi. Juste ces parasites sans nom qui semblent m'avoir infesté depuis toujours. Pourquoi moi? Pourquoi crever maintenant que je me sens bien, grâce à mon namoureuse? La réponse ne viendra jamais, le néant gagne du terrain sur ma vie en l'effaçant lentement mais surement.

Je retourne végéter daubesquement sur le canapé devant la télé en attendant de mourir.

Par curiosité je passe le doigt dans les béances de mon ventre, comme un piercing traverserait une langue ou une autre partie du corps. Je soulève la peau morte . Il semble y avoir quelque chose en -dessous. Au delà d'une sorte de couverture d'air d'un centimètre d'épaisseur, un corps, qui semble plus petit, comparé à la peau que je portais jusqu'alors, gît, chaud et humide.

J'arrache alors quelques morceaux de ce mélange humain-parasite et découvre, en effet, là- dessous, dans la pénombre, une nouvelle peau , brillante et mouillée comme une larve qui se métamorphose et quitte sa chrysalide, mais également foncée, rougie, comme celle d'un nouveau-né fraîchement mis au monde.

Bref, ça m'a l'air tout beau tout neuf, tant mieux.

Pas lieu de s'alarmer , tout ce bordel signifierai simplement que je suis "juste" en train de virer cette saloperie de peau morte rongée par des parasites dont je me débarrasserai par la même occasion, cette enveloppe qui a craqué sous le développement d'un nouveau corps, ne demandant qu'à naître, à ne pas rester étouffé sous une couverture sinistre.
Je fais part de cette nouvelle à ma petite amie, qui ne dit rien mais semble rassurée, avec l'air de dire « cette fois encore tu t'es trop stressé pour rien »..comme si une telle mue ne la surprenait pas spécialement, comme si c'était...prévisible..

Laissons ainsi faire la métamorphose, je sens quelque chose de doux et d'inconnu dans mon dos, sous l'ancienne peau qui se décolle désormais de la nouvelle, vraisemblablement en laissant apparaître de petits trous par endroits, comme il y a quelques instants au niveau du ventre.
Etrange sensation, frétillante et légère. Peut-être cette mue m'a-t-elle apporté des ailes, qui sait....^^
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