Requin pour un con

Le 20/06/2008
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par Traffic
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Thèmes / Débile / Vie quotidienne
Il semble qu'après avoir reçu un très bon accueil pour ses premiers textes, Traffic ait décidé de nous refiler toutes ses merdes, ses tranches de vie inutiles, ses pauvres réflexions. Pour preuve, ce pauvre texte suscité par la vision d'une vidéo Grotube sur les requins mangeurs d'hommes. Heureusement, même la merde signée Traffic est hautement comestible, et on apprécie, mais ça sent quand même le fond du panier.
Tous ceux qui ont mis les pieds sur ce navire chaviré dans les eaux de l’océan indien auront donc fini bouffés par une cohorte de requins et n’auront conséquemment pas eu la chance de connaître le nid douillet de ma morgue. Je regarde sur you tube la vidéo amateur difusée initialement sur CNN. C’est un document pour spectateur averti comme le dit un bandeau traduit pour la version française.
J’en vois un qui se fait boulotter de manière spectaculaire. Au moment précis où le squale se jette sur lui il est propulsé au dessus des eaux et on voit son corps se disloquer, se sectionner plus précisément et lorsqu’il retombe dans les eaux, la partie supérieure dont la tête et son rictus étrange et compréhensible est emportée sous les eaux tropicales tandis que la partie du bassin et des jambes fait l’enjeu d’une lutte acharnée entre deux requins tigres qui se manifestent soudainement dans un bouillon écarlate.

Pendant ce temps, une cancéreuse fraîchement débarquée attend que je redonne des couleurs à son teint épuisé et blanchâtre. Ce corps sera présentable pour la crémation. Je sais que les enfants chériront leur maman dans le funérarium. Ils se presseront tour à tour contre elle tel le mako qui vient de happer le marin philippin accroché à sa bouée qui tentait de s’éloigner en dehors de la zone d’attaque.

J’aime le bruit des morts. Ils sont sans aucun doute de meilleure compagnie qu’ils n’ont jamais été. Ils n’ont plus peur. Leur enveloppe me donne du fil à retordre parfois comme ce motard accidenté de la route qui a frappé contre un camion avant de se voir éjecté et de servir de surcouche à l’asphalte à une heure de grande circulation. Rouler sur une épaisseur de quarante centimètre de chair molle n’est pas si anodin qu’on puisse le penser. Bien sur après deux ou trois voitures, la chair est plus tendre et à la fin c’est à peine si on s’aperçoit que l’on vient de rouler sur quelque chose. A moins qu’on se chope le crâne. Ma spécialité, c’est de les rembourrer pour laisser à penser que quelque chose d’intact reste à l’intérieur de ces pauvres hères. Celui là, je le considère comme mon chef d’œuvre. Malgré le semi remorque qui est venu s’essuyer les gommes à plus de 90 kilomètres heures, il arbore encore le petit air d’un individu de type humanoïde. Bon, il ne faudra pas qu’une mamie pas bien au courant s’en vienne à trop le secouer non plus. Mais dans ce cas, je préviens les familles. On regarde mais on ne touche pas. Sinon venez pas vous étonner de devoir payer à la casse.

Le requin taureau n’est pas un mangeur d’homme. Il se nourrit habituellement de petits poissons, au mieux de mérous de belle taille. Néanmoins au milieu du carnage on en reconnaît deux ou trois se servir comme mon oncle Albert au buffet de fin d’année de son entreprise viticole. Sans modération. Le navire a eu apparemment un problème de surpoids, et il s’est mis rapidement a tanguer et à prendre l’eau. Peut-être que ce bateau de pêche ne pouvait pas supporter autant de gens à bord. Et si c’était bien un bateau de pêche, il ne se dirigeait sûrement pas vers un banc d’espadons tropicaux. A coup sûr des immigrants. Au moins quarante cinq prétendants à l’eldorado occidental se débattent en gigotant pendant qu’une vingtaine de sélaciens agissant en meute se pourlèchent les babines d’aise.

Ma préférence va sans nul doute au requin blanc. C’est un animal qui ne se déplace pas pour rien et il le démontre encore. Je me targue d’être observateur et malgré la piètre qualité de la vidéo, avant de devoir m’atteler à scier le thorax d’un homme qui a eu la tête tranchée d’un coup de hache pour une place de parking, je constate qu’il a déjà transformé cinq types en charpie. Les morceaux de viande de leurs membres flottent tout autour de lui tandis qu’il se pavane en jouant tel son cousin le dauphin avec un ballon dans un bassin à touristes.

Quand je pense à toute cette brave populace basané qui n’aura pas eu la chance de se reposer dans ma morgue remises aux normes de la communauté européenne, je suis un peu perplexe sur la justice entre les hommes. Ici il y a tout un arsenal d’accessoires en inox qui vous remettent en place un nez cassé à coup de matraques dans une manif ou de magnifiques maquillages qu’on applique sur l’épiderme de ces demoiselles qui se font brûlées vives dans les cités et qui leur rendent un peu de leur aspect de poupée sexuellement consommables. Peut-être qu’après tout quelqu’un pourrait en profiter quand je m’absente le soir. Il y a des rumeurs.

Les gens adorent les rumeurs. Et à ce sujet justement, il parait que la plupart de ces vidéos sur le net sont bidonnées pour effrayer le chaland et que ça fait un bail que les requins blancs ne mangent plus d’homme depuis qu’on leur a dit qu’ils étaient pollués aux OGM. De nos jours, on pourrait faire avaler à l’humanité n’importe quoi qu’il paraît.

Pas aux requins.

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