Le messager

Le 05/07/2008
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par Zaroff
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Thèmes / Obscur / Nouvelles noires
Bienvenue sur la Zone Light ! Avec Zaroff, on inaugure notre nouvelle section : les textes glauques pour enfants. Sa description d'un champ de bataille est aussi effrayante que le chateau du sorcier maléfique dans un Walt Disney. Bref, c'est pas mal, mais j'ai passé l'âge.
Passé et présent se mêlent souvent pour contrecarrer le futur...
Le jour se lève sur une désolation sans nom.
Une aube grise et sale forme une sombre chape sur des enchevêtrements de corps désarticulés.
La mort étend ses longues mains aux doigts crochus dont les griffes acérées tracent des sillons sanglants sur des hectares de terre remuée indéfiniment.
Rien ne perce la teinte uniforme de ce ciel délavé.

Le corbeau croaille en observant ce macabre spectacle. Cette vision d'humanité perdue est une boucherie grotesque dont les enfants de la Patrie sont les pantins. On ne distingue plus les hommes d'avant. Leurs rires se sont tus et on ne discerne, dans ce grand vide, que les croassements du volatile, perché sur un arbre souffreteux et criblé d'éclats. Végétal torturé et témoin d'un siècle agonisant.

Les cratères fumants ordonnent des irrégularités sur le champ d'honneur. Des mares d'eau croupie tapissent quelques ornières et on remarque, à une centaine de mètres, l'église du village en ruine. Le pan gauche de la nef est planté tel un monument dédié à la barbarie humaine.

Le corbeau esquisse un semblant de satisfaction tandis qu' un éclair glisse furtivement sur son oeil noirâtre et fixe. Les canons se remettent à tonner dans le lointain.
Ce mois de février 1916 entame une débauche de cruauté indicible de huit mois discontinus.
VERDUN.
Le vingtième siècle commence et, de mémoire d’hommes, sera le plus meurtrier de l’Histoire.

Dans un bruissement d’ailes, le messager de la mort prend son funeste envol.
D’autres champs de bataille l’attendent.
D’autres souffrances.
La mort industrielle.
L’extermination de masse.
Génocides.

Le corbeau ne représente plus qu’un infime point dans l’horizon.
Puis il disparait.
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