Soustractions

Le 11/01/2009
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par Copypasta
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Thèmes / Obscur / Psychopathologique
Pas mal ce petit texte. Gentil dans l'ensemble, mais avec une petite atmosphère de psychopathologie domestique bien rendue. Il y est surtout question de chaussons et de tasses de café, on aurait préféré des haches et des bocaux d'organes, mais c'est pas grave. Le tout tient debout, se lit vite et bien.
J'ai vraiment besoin d'un café. Mon lit a grincé, cogné, craqué, cette nuit. Cet enfoiré s'est à coup sûr vengé des traces que j'y ai foutu partout. En tout cas, j'y étais dans mon lit, ça, c'est certain. Je descends les escaliers en évitant ma femme, direction la cuisine, direction la cafetière. Cette juste bonne à faire le café me demande ce que j'ai foutu cette nuit. Des soustractions, je réponds en y plaçant mon verre.
J'enlève le verre, y mets un sucre, comme d'habitude. Je saisis la télécommande sur la table. Sur la une, météo, la deux, sport, la trois, un plan de ma maison vue d'en face, la quatre, cryptée. Foutue télé. J'éteins. Va pas falloir tarder, j'emmène ma femme et ma fille au boulot et à l'école. Mais qu'est-ce qu'elles font encore couchées à cette heure.

Je pose mon café, enjambe ma fille dans le passage et vais à la chambre de ma fille. Personne dans le lit. Je remonte l'escalier, évite ma femme dans les marches, vais à ma chambre : pas de trace de ma femme. J'attrape mes chaussons blancs sous le lit et les dégueulasse complètement en les enfilant. Merde. Merde merde merde. Ca partira à la machine, oui, ça partira. Je redescends, contourne ma femme dans l'escalier, vais au cellier vers la machine à laver, prends ce qu'il y a dans le bac, transvase dans la machine, hésite. Blanc ? Dehors des mégaphones hurlent mon nom. Couleur ? Vu comme mes pantoufles sont imbibées je risque de souiller le reste du linge. Ma femme doit savoir ça, il le faut. Je repasse par la cuisine, attrape mon café, passe par-dessus ma fille, prends une gorgée, escalade les marches, évite ma femme, avale le verre d'une traite, vais à ma chambre. Vide. Je retourne dans les escaliers, voilà ma femme, je l'attrape sur le dos, elle est poisseuse, je la porte dans ma chambre je la dépose sur le lit. Je m'agenouille, lui entrouvre les paupières et lui demande pour le linge, elle ne répond pas, je la supplie, je la conjure de m'aider une, deux, trois fois. Je commence à pleurer, me lève et cherche ma fille afin qu'elle me dise si mes chaussons pleins de son hémoglobine vont avec le linge blanc ou si je devrais plutôt les mettre à part avec le prochain bac de couleur, je crie son nom elle ne répond pas. Je descends les escaliers, rate quelques marches, j'entends les vitres de ma salle à manger éclater en morceaux et des hurlements d'hommes. Ma fille est devant la cuisine, allongée par-terre, elle a fait une mauvaise chute je vais la prendre dans mes bras au milieu d'une flaque pourpre. Encore des hurlements, mon nom, des hommes en combinaison dans le salon. Je cours vers eux en pleurs, ma fille dans les bras pour qu'ils s'occupent d'elle. Des déflagrations, longues.

Des tâches rouges s'élargissent sur mon débardeur alors que je m'écroule.

Peu importe. Ca partira à la machine, oui, ça partira.
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