Cinéphilis

Le 11/06/2015
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par Lourdes Phalanges
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Thèmes / Polémique / Société
Lourdes Phalanges relance l'article journalistique sur la Zone alors qu'on avait basculé dans la fiction pure depuis longtemps. Malheureusement ce n'est pas du journalisme Gonzo à la Hunter S.Thompson, c'est assez direct et désabusé. ça traite assez lucidement cependant du mainstream cinématographique, des media émergeant et des liens qu'entretiennent avec eux, leurs consommateurs. C'est assez finement analysé si ce n'est que c'est complètement plombé par des calembours tout le long. En espérant que ça aura le mérite de lancer un grand débat dans les commentaires. Le petit Frédéric Taddeï est d'ailleurs attendu pour l'animer sans oublier de recentrer le débat à chaque intervention.
Au début, la même soupe que tout le monde : Disney, le film de Noël. Puis la progression classique : Matrix, Tarantino, la violence lyophilisée, esthétisée, présentée comme une fin et non un moyen. Les comédies bien de chez nous qui s’auto-parodient années après années, avec le Fils De qui a remplacé sa Pute de père en haut de l’affiche, faisant ressembler les devantures de multiplexes à des putains d'arbres généalogiques. Fais l'inventaire : le sans-papier gentil, l'urbaine du tertiaire burn-outée mais-pas-trop, la fille de bonne famille forcément [anathème aléatoire] et ELDIDAYGROMO/DEKALAGE/HUMOURE, le/la [minorité aléatoire] tout-sympa-mais-qui-souffre, le sidekick rigolo, le taiseux ténébreux : La Grande Famine du Cinémort Franchais. Ces névroses et fonds de tupperware idéologiques tapissant, années après années, cette même chambre de bonne cossue. Filmer l'ennui et étaler dessus ses matières, histoire qu'il y en ait un peu. A l'heure de la pornocratie, appliquer son intimité/sa différence en gommage sur sa peau sèche. Et macérer.
La simili-subversion estampillée croc-bourgeois avec Gaspard Noé, Gens, et les autres foireux forains du ssinéma de genre. Les films d’auteurs serbo-croates que les ricaneurs aiment vilipender sans les avoir vu. Le nanard ou la médiocrité idolâtrée. Le révisionnisme hollywoodien. Les films à message qui sont censés t’en apprendre plus sur la vie que les bourre-pifs ou le travail manuel dans un pays satellite de l’ex-URSS. Et l'inéluctable "dissident" russe/syrien/iranien pour refourguer la Palme. La kkkulture. Un puit sans fond.
"Un portrait social cru" ; "Un long-métrage en forme de manifeste"… Lambeaux de prose pendant aux moignons du Milieu. Il est bien apprêté ton crachat. Des marionettes-millionnaires se déguisant pour le salaire de trois vies. Ces acteurs qui ont perdu 15 kilos pour un rôle, une performance parait-il. Et chacun sa petite étiquette, pour que l'attachée de presse et la journaliste cinés'y retrouvent. Les petits éjaculats de commissaires politiques, les tièdes, avec leurs bons points et leur morale réversible, nourrissant -pour s'auto-persuader sûrement- le désordre sidaïque libéral-libertaire. Quand on ne maitrise plus le réel, on le réinvente, on le met en scène. La cariole est tirée par l'argent des autres de toute manière, ceux là même qu'on somme d'applaudir et de bien ajuster leurs bavoirs. Au moins avant, dans les films de propagande, ils avaient de chouettes costumes, c'était déjà ça.
Deux-trois saillies qualitatives : les polars balancés dans la vitrine des moeurs moites : Nolte, Duvall, les Delon pas femmelins. Mais tu te fais du mal à essorer une époque morte. Reste Mann, Hong-Kong, La Corée. Kurosawa, L'Île Nue, l'Eurocrime. La kkkulture. Demolition Man.

Les gamins des années 80 ont grandis. Malheureusement. Sont aigris et veulent croquer dans la belle tartine à la merde que leur promettaient le Cartel Spéculateur et la conseillère d’orientation. De tout ça découlera : le second degré méta-métastasé, le psychologisme cynicocaca et les clins d’oeil à outrance pour les membres de ta tribu, bercés par le nostalgisme et le fanservice. Etaler des visions phagocytées par celles de leurs Maîtres à Créer. "Here's Johnny !", l’ombre de Dark Vador, les sous-titres de Woody Alien. Dans l’espace médiatique, personne ne vous entends déblatérer. Chaque avatar a besoin d'hurler à la face du monde sa petite opinion rabougrie et recyclée. On critique, commente, commente les commentaires; nourrissant un vaste intestin frêle recroquevillé sur lui-même. Le Festin Nul. Le vomis a le gout de bouffe, et on ne sait plus distinguer quoi sort ou rentre en premier.
La bande-annonce qui ne fait plus bander et t’annonce que jusque là, ça va, t’es pas encore mort, profite de la promenade mon ami, confortablement installé dans ce thriller sans twist où tu joues à te faire peur.

Spectateur, puis cinéphile, puis cinéphage. Grace aux fragiles prothèses high tech actuelles, tout le monde peut construire son tronçon de rien sur la Grande Autoroute des images creuses. On fait dégorger le porcinet. Le réel devient une notion vague, pas nouvelle mais lointaine, qu’on analyse dans les milieux autorisés. Alors, tu l'épuises le sens ? Et tu payes deux fois, tes putes d'impôts-CNC et ton ticket-PIB-De-La-Gambie pour subir ce que tu vis déjà dehors, tout le temps : c'est toi le coupable, et le peu qu'il te reste, c'est mal. C'est dedans que ça doit naître, puis exploser, te projeter, créer quelque chose d'impérissable qui s'imposera, non par la force, mais bien par son inexorable fragment d'indicible laminant les paradigmes, balayant la fatalité, t'extrayant de ta maigre substance.
On remake, reboot, ravale et rechie la moindre parcelle d'idée extirpée du passé. La même sous-mythologie, les mêmes plans, les mêmes pancartes "RESSENTEZ MAINTENANT UNE EMOTION PREFABRIQUEE". Dans 10 ans, Prométhée fini en icône transhumaniste pour un cross-over Marvel-DC. On rend ça hashtagable.

Et chaque année, on se réuni dans des festivals pour s’auto-célébrer, se lécher la bobine et rendre hommage à ce qui a nourri notre médiocre incendie intérieur. L’inceste à heure fixe. Un genre de consanguinité à mettre en bière l’autre Cronenbourg. La scène finale de Society.

Cinéphilis : les symptômes sont là. Tu déclames dès que tu peux des répliques «cultes» façon Gilles de la Tourette et dans un souci de performance consuméro-artistique, tu vas jusqu’à télécharger l’extrait du teaser du trailer filmé par un taïwanais tremblotant. 
Telle la lèpre en été, la question «t’asvuquelfilmdernièrement?» refait surface à chaque soirée dans ce bar miteux (juste après "turegardesquellessériessinon?"), bar en face duquel se trouve ce hangar à popcorn dont tu possèdes la carte illimitée et qui te permet d’assouvir ta passive boulémie tout en pénétrant la pop-déception trois fois par semaine.
Bientôt, les commentaires Allociné muteront et annexeront la région ouest du Monde.fr. VigneDieselDu45 deviendra gouverneur de l’édito politique et enverra au goulag les internautes n’ayant pas trouvé que Fist&Furious 33 ct trist parske Pol(Pot) Walkeur ilait vréman mort dans la vray vie.
Tu te construira une hutte dans la forêt avec les stocks de Télérama invendus et tu essaieras de comprendre pourquoi ta sextape n’est pas assez lynchienne.
Tu traqueras ton voisin façon Predator dans le local à poubelles. Xavier Nolan s’invitera dans tes rêves pour te rappeler que c’est quasiment un appel à la haine de ne pas essayer ce charmant tailleur unisexe qui doit pourtant t’aller comme un gant. Béla Tarr t’égorgeras en plan-séquence. Les T-800 prendront l’apparence de tes collègues de bureau et, hololens chaussées, vous passerez vos journées à stalker Sarah Connor sur le multiweb, explorant ces vastes plaines de réalité augmentée peuplées de Youtubeurs agonisants, de placements produits et de tweets aléatoires : Un genre de running-gag perpétuel, tout de 1 et de 0 vêtue.

Complaisant, impudique, intempérant : tu es mourant, submergé par de nouveaux canaux, incubateurs d'espace-temps non-imposable, mondes alternatifs périssables; tout aussi limités mais plus clinquants, et toujours produits dans un souci de diversion. Tu as troqué ta couronne pour le bonnet du bouffon. Tu tentes un petit lifting. Le coup de peinture techno-fétichiste sur la planche vermoulue. La chatte 3D à Clooney pour te taquiner le museau.
Une fenêtre de plus sur mon écran 13 pouces, voilà ce que tu es devenu. Je sors te rendre visite de temps à autre. Il t'arrive de me surprendre mais c'est de plus en plus rare. Le sevrage fait son effet. J'ai fini par trouver plus indomptable que toi.
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