Jet de bile n°1

Le 25/01/2016
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par Mala Espina
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Rubriques / Jets de bile
De prime abord, Mala Espina nous semble une créature sordide et pathétique. Non mais regardez-moi ça : du pus qui s'étale sur votre écran, de la bile au sucre raffiné, du sang parfumé grenadine, de la rébellion à deux balles enrobée dans une poésie plus triste qu'un jour de pluie sans you porn. Et qu'est-ce que c'est que c'est que ces pylônes de tungstène, ce jasmin et ces anges ? C'est écrit, et presque joliment. Dans la série des objets si lisses qu'on se les collerait joyeusement dans l'arrière-train, voici le premier Jet de bile de Mala Espina, n'est pas Lautréamont qui veut.
Allez tous vous faire foutre. En ces lieux sombres et communs où règne la paresse, de l'âme et de l'esprit, du cœur et de l'esgourde, je ne vous entends pas, je ne vous vois pas, je ne veux pas vous regarder, vous sentir, vous enlacer. Alors dehors, raus, fuck off y que os caguen !

Parfois seule compte la page blanche.
Il est des spectres et des goules, des vampires en mal d'échange. Leur auge est pleine de merde et leur aura superficielle. Il flotte dans leur discours : des papiers gras, des flasques vides, des bas filés, des capotes boursouflées et des morceaux de moelle osseuse. Les siècles et les siècles ne jouissent d'aucune enclave sur leurs berges mille fois maudites, leurs lampes mille fois éteintes. Le remords n'existe pas et le regret dévore ses pissenlits par la racine. Pas de lumière ici bas, et peu d'espoir, peu de foi en un avenir senteur de rose et de jasmin. Les anges se sont penchés sur nous, leur horloge a trinqué, les cloches ont tintinnabulé, mais l'oiseau refuse de sortir. On lui a cloué le bec en lui grippant les ailes et l'envol n'est qu'un vœu pieux.

Il est des rêves et des silences, des blocs d'ivoire au cœur diamant et des musiques désarçonnées. Il est des matières imprenables et des mondes inchangés, des sorcières en hamac et au foie surchargé. Il est des rives et dérives, et les chaloupes qui fondent, les cactus qui dégorgent, les printemps qu'on éventre et les hivers qui se vident.

Nous avons planté des pylônes de tungstène au bord de nos flux sanguins, et la greffe a pris, et les égouts vomissent leurs excès purulents. Le plastique nous laboure les entrailles, remplace les membres atrophiés. Nous nous castrons nous-mêmes et feignons d'y prendre goût. Petit à petit, nous devenons les objets que nous croyions posséder. Nous ne sommes plus qu'extensions, projections, supports ou arrimages. Nous ne sommes plus que maillons, rouages, moignons et béances.

Allez tous vous faire foutre et laissez-moi croire que ma peau et mes organes se suffisent à eux-mêmes, que mes pensées existent et que mon âme grandit. Je refuse la machine rose aux tentacules de sucre, aux relents de glucose et au latex galbé.
    
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