La genèse de la fosse noire #saintcon 2017

Le 21/04/2017
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par HaiKulysse
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Thèmes / Saint-Con / 2017
Troisième texte de Saint-con de la part de HaiKulysse qui ici aura fournit un effort bien plus convaincant que ses précédentes tentatives; oh, rien de particulièrement incroyable non plus, et l'on peut se demander encore une fois où tout ça peut bien mener, mais au moins dans cette Genèse de la fosse noire, on sent poindre un début de commencement de quelque chose qui cherche à ressembler à... quelque chose. Au bout de trois textes en l'honneur de la tradition millénariste zonarde, il était tout de même temps.
Tout avait commencé comme ça : à force d'être harnaché à mon poste de travail - un bureau grand comme une cage d'ascenseur localisé dans les souterrains du métro -mes yeux étaient devenus extrêmement photosensibles.
Quand j'allais au turbin, cet hiver, emmitouflé dans ma duveteuse doudoune jaune, même la lumière des journées les plus grises passait dans mes rétines en me persécutant violemment.
Mon job : je crois qu'il consistait à suivre sur un écran d'ordinateur les entrecroisements des métros afin d'éviter tout accident. En fait je contrôlais à peine le bordel ; des milliers d'utilisateurs chaque jour ne se doutaient même pas qu'ils investissaient les compartiments comme le mineur va à la mine : chaque jour davantage de chances d'y rester, d'aller faire un tour les pieds devant aux pompes funèbres.
Devant mon ordinateur qui insolemment et in extremis me prévenait d'une collision, j'écrasais à tout bout de champ des morpions sur la table de mon tout petit bureau en manquant de renverser ma bière sur le système informatique.

Faut dire que j'avais postulé dans cette entreprise de transport en commun comme on se fait conduire en prison pour une peine à perpétuité : j'en voulais pas de cette tâche répétitive et ingrate mais fallait bien vivre alors j'avais fait mon plus beau sourire d'hypocrite quand le directeur des TCL au visage aussi pourpre que le mien m'avait annoncé la nouvelle.
J'avais pas non plus envie de perdre mon temps quand j'étais dans les souterrains tous les jours de la semaine y compris le dimanche alors j'avais ramené avec moi mes feuillets où s'écrivaient des histoires de dindons fourrés, d'immeubles flambés ou de nana orchestrant un meurtre par l'intermédiaire d'un type paumé.
Mais, en se limitant à l'imprononçable, à l'incompréhensible ou à l'hermétisme le plus sectaire, mes projets d'écriture ne récoltait pas grand chose du côté des maisons d'édition...
Bref c'est dans ce marasme que j'ai rencontré la famille Dieter : un soir alors que je sortais très tard de mon placard à balais, en chemin pour remonter à la surface je fis tomber mes lunettes de soleil de ma poche, elles avaient atterri en bas de la rame que je longeais, au niveau d'une plaque d'égout. Sortir sans mes lunettes n'aurait pas été très judicieux compte tenu de ma vue très fragile et puis le métro ne fonctionnait plus à cette heure ci.
Donc me voilà parti pour aller les récupérer mais, alors en bas, j'entendis d'abord des bruits et, en tendant l'oreille, je chopais des bribes de conversations - une sorte de discours engagé au fond de la bouche d'égout.
Pas encore très bien rôdé pour la spéléologie urbaine j'avais eu des difficultés à ouvrir la plaque puis à descendre l'échelle mais j'étais trop curieux de savoir qui fouinait là dessous.

Arrivé en bas de l'échelle j'étais tombé sur une minuscule kitchenette avec, en train de cuisiner quelque chose qui commençait à noircir, une sorte de famille d'hommes-hérissons et de femmes-hérissons et je me demandais si je n'avais pas absorbé par erreur ce soir là une drogue scientifiquement inacceptable.


En ne comprenant pas tous les mots, j'avais compris qu'ils devaient œuvrer pour leur survie au fond de la "Fosse Noire" : cette cachette souterraine dont nul ne connaissait l'existence et ainsi ils me firent promettre de ne pas révéler leur secret.
Scotché mais sain et sauf je regagnais vers minuit mon domicile et j'avais du mal à tout comprendre encore.

De retour chez moi je n'arrivais pas à dormir avec toutes ces histoires de maniaque complètement givré ; alors pour tuer le temps je traînais sur internet en tapant des mots clés comme "Fosse Noire" ou "hommes-hérissons" et ce fut ainsi, de liens en liens, que j'étais arrivé sur ce site nommé lazone.org ; j'appris que la Fosse Noire était en réalité une invention d'un auteur actif sur la zone... j'avais pas fini de lire son texte quand le bois de la porte d'entrée se fendit et craqua sous des coups de hache forcenés.



Il était au centre d'un cercle à genoux ; encerclé par les Jurés - cette corporation d'hommes-hérissons qui vivait sous terre - il semblait se laisser aller à un fantasme secret : peut-être, proche de sa mort, voyait-il là sur le bûcher quelque chose de libidineux comme il était entièrement nu et attaché.
Dansantes les flammes commençaient à lécher le bois et la paille ; le feu, sous une chaleur écrasante, vint dorer d'abord ses pieds et sa queue malgré la douleur durcissait, puis se mit à pleurer du foutre en force quand ces diablotins d'hommes-hérissons hurlèrent victoire.
En fait, il rêvait depuis son adolescence de se faire ramoner sauvagement, se faire maltraiter de façon SM aussi.

À la surface, la population avait comme un nauséeux pressentiment né inconsciemment de cette braise incandescente ; un pressentiment biblique avant l'apocalypse à venir...
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