Nevrotica 9

Le 22/03/2004
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par Tulia
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Rubriques / Nevrotica
C'est reparti pour un nouveau tour de manège. La suite (et fin ?) du journal intime le plus noir qui soit, Nevrotica. Avec de vrais morceaux de tristesse et de calme dedans, ce qui est inhabituel pour cette rubrique mais de plus en plus courant dans le style de Tulia. Plus de la bonne grosse souffrance torpide bien sûr, quelques plongées dans l'hallucination, bref la recette idéale pour un bon épisode.
Je crois que je suis en train de sombrer. Mon esprit s’enlise petit à petit dans la folie. Plus le temps passe et plus le fait d’essayer de conserver une quelconque logique me paraît insurmontable. Je n’ai plus envie de rien… Et surtout pas de réfléchir.
Par moments, j’ai l’impression qu’il n’y a plus que quelques vagues réminiscences d’instinct de survie qui m’empêchent de définitivement perdre la raison. Et dans mes rares instants de lucidité, je me demande pourquoi je me raccroche encore à un quelconque espoir que je sais pertinemment vain, pourquoi je continue malgré moi à faire tous ces efforts alors que tout est foutu. Mais l’espoir ne sert à rien si ce n’est à nous faire souffrir plus encore.

Ma vision se pare d’un voile tandis que je pénètre au plus profond de mon esprit. Je ne sais pas ce que j’y cherche. Je ne sais pas ce que je vais y trouver. Je ne sais pas si je vais en revenir…
J’entends cette musique calme… apaisante… et pleine de tristesse. Un opéra lyrique et beau chanté par une voix merveilleusement douce et sombre à la fois. Comme un murmure sinistre et froid glissé au creux de l'oreille par un enfant possédé pour vous entrainer vers la damnation éternelle... Et je me laisse bercer par cette symphonie funèbre qui m’entraîne peu à peu dans un monde complexe et hors du temps envahi par la noirceur et le tourment.
Fuir la lumière. Plonger dans les ténèbres pour ne jamais en ressortir. Et s’y enfoncer encore et toujours. Se laisser envahir peu à peu par l’obscurité. Comme un sein protecteur contre lequel on peut se réfugier. Asile.
Ça ne ressemble à rien de ce que je connais. Ça ne ressemble à rien du tout… La première impression que j’ai, sûrement instinctive, c’est qu’il règne ici une ambiance glaciale. Pourtant je ne sens pas le froid, je ne sens rien d’ailleurs…

C’est étrange… Plus je progresse à l’intérieur de mes pensées et moins je ne ressens ce qui se passe ni à l’intérieur ni à l’extérieur de mon corps. Comme si je m’en éloignais peu à peu… Et je prends alors conscience que tous ces remous viscéraux qui m’habitent en temps normal, toute cette torture physique à laquelle je ne fais jamais attention, disparaissent pour ne laisser ressortir que la souffrance morale et le chaos qui règne dans mon inconscient. Mes perceptions se distordent et s’amplifient tandis que j’évolue dans les plus lointains tréfonds de ma mémoire. Je deviens la spectatrice muette et impuissante du grand film de ma propre vie. Je vois tous ces souvenirs enfouis qui ressurgissent les uns après les autres… Certains sont rassurants, d’autres terrifiants… Certains sont agréables, d’autres insupportables…
Ça va de plus en plus vite. Le chant s’est transformé en de longs hurlements plaintifs et douloureux. J’essaye de rester concentrée et attentive en espérant trouver l’événement qui a déclenché la longue descente aux enfers que j’effectue depuis tant d’années. Les images s’entrechoquent et se mélangent jusqu’à en altérer toutes mes sensations. Je me sens soudainement horrifiée par la façon dont j’avais jusqu’à présent appréhendé ma propre existence. Je m’aperçois qu’elle m’a complètement échappée. Comment ai-je pu en arriver là sans m’en rendre compte ? Pourquoi n’ai-je pas ouvert les yeux plus tôt ?

Il n’y a subitement plus rien… Plus d’images… Plus de bruit… J’ai l’impression que je viens d’être projetée dans le néant. Je ne ressens plus aucun des phénomènes qui me pèsent d’habitude sans que je m’en rende vraiment compte. Je ne me sens plus enfermée dans la prison de mon enveloppe charnelle, il n’y a plus de gravité, je me sens si légère… Comme si je flottais dans du lait… Comme si…
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