Hors du tunnel

Le 30/03/2004
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par Kirunaa
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Thèmes / Obscur / Triste
A lire après le mini-article 'le tunnel'. Le couplage entre ces deux textes est intelligent et donne un intérêt particulier à ces articles qui hélas en sont à peu près dépourvus si on les lit individuellement.
Je m’éveillais doucement, comme après une soirée beaucoup trop arrosée. La lumière était trop forte et le moindre bruit me vrillait le cerveau d’une douleur indescriptible. Je regardai autour de moi et essayai de me rappeler où j’étais et ce qui c’était passé. Ma vision était floue et ma migraine lancinante ne m’aidait en rien à appréhender mon environnement.
Quelque chose dans mon nez me gênait et je levai le bras pour tenter de l’ôter. C’est alors que je remarquai les tuyaux dans mon bras. Dans mes deux bras en fait. Je levai précautionneusement une main et l’observai. Elle était couverte d’égratignures et gonflée. Mon autre main arborait la couleur bleu-noir propre aux membres tuméfiés. Mais que c’était-il passé ? J’effleurai mon visage du bout des doigts. Un tube dans mon nez, des croûtes. Une violente douleur à la pommette droite. Reposant mon bras, je fermai les yeux et essayai de me souvenir. Que s’était il donc passé ?

Je m’éveillais doucement, comme après une soirée beaucoup trop arrosée. La lumière était trop forte et le moindre bruit me vrillait le cerveau d’une douleur indescriptible. Les tubes étaient toujours dans mon nez et mes bras. J’étais donc à l’hôpital. Ma vision s’était un peu éclairée mais je sentais douloureusement que mon œil droit n’était pas en mesure de fonctionner correctement. Me concentrant sur ma respiration, je laissais ma migraine se dissiper un peu. Une infirmière entra alors dans la chambre, désagréablement alerte et en bonne santé.
« Mademoiselle Handanail ! Vous êtes réveillée ! Comment vous sentez vous ? »
Elle avait un air sympathique. Je pris la résolution d’être aimable et grognai quelque chose qu’elle pouvait interpréter comme bon lui semblait.
« En effet, j’imagine que ça ne doit pas être mieux que ça. Quatre cotes, la main et la pommette cassées, vous avez de la chance que ça ne soit pas pire après un tel accident.
Un accident… soudain je me souvins. Le dîner chez les amis, le retour en voiture, la pluie, la dispute, la moto arrivant soudain d’un carrefour, le coup de volant pour l’éviter et le mur… Et Marc ?
« Et Marc ? Où est il ? Comment va t il ? Où est il ? Où est mon ami ? »
Je tentai de me lever et l’infirmière me repoussait doucement mais avec fermeté.
« Il est encore en vie grâce à la ceinture de sécurité, mais il est gravement blessé. Il est toujours en soins intensifs. Dès qu’il sera stabilisé, il sera amené dans cette chambre. »
Gravement blessé, soins intensifs… Je ne savais pas exactement ce que cela voulait dire, mais je savais que ce n’était pas bon. Épuisée, je fermai les yeux pour mieux réfléchir. Une larme coula doucement sur ma joue.

Je m’éveillais doucement, comme après une soirée beaucoup trop arrosée. La lumière était trop forte et le moindre bruit me vrillait le cerveau d’une douleur indescriptible. Des gens étaient entrés dans ma chambre et installaient près de moi un lit sur lequel reposait un corps horriblement accidenté. Couvert de blessures, les pansements qui le recouvraient étaient tachés de petites marques de sang. Sous les perfusions, je reconnaissais l’homme avec lequel j’avais choisi de passer ma vie.
« Marc ? Marc tu m’entends ? »
Le son angoissé de ma voix me terrifia.
« Il est dans le coma mademoiselle. Mais vous pouvez lui parler, il vous entend. Si vous remarquez le moindre mouvement, appelez nous aussitôt.»
Dans le coma. Je l’ai tué.
« Marc ? Marc je t’en supplie, revient ! »

Je m’éveillais doucement, comme après une soirée beaucoup trop arrosée. La lumière était trop forte et le moindre bruit me vrillait le cerveau d’une douleur indescriptible. Je sortais difficilement d’un rêve dans lequel je marchais, toujours tout droit, dans un tunnel au bout duquel un point lumineux m’attirait irrésistiblement. Un son strident perçait désagréablement mes tympans, insistant et répétitif. Une alarme.
« Marc ? »
Le bruit provenait des machines auxquelles il était relié.
« Oh Marc je t’en supplie pardonne moi, ne me laisse pas ! »
Descendant de mon lit, je pris sa main et la serrai de toutes mes forces.
« Au secours ! Il va mourir ! » hurlai-je, « Marc je t’aime ! Ne me laisse pas !»
La peur, le désespoir, l’angoisse, l’insistance et l’urgence dans ma voix semblèrent le faire réagir. Je vis un sursaut sur son front, comme s’il fronçait les sourcils un court instant. Je senti même une faible pression dans ses doigts. Puis plus rien. Je m’écroulai au pied de son lit, pleurant toutes les larmes de mon corps.
Le coma. Le coma qui parfois dure des années. Qui parfois dure toute une vie. Marc. Marc que t’ai-je fait ?
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