L'auberge espagnole

Le 13/04/2004
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par Panoramix
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Thèmes / Polémique / 2004
L'originalité paye parfois. Panoramix, pour son grand retour sur la Zone, tente de se démarquer en faisant dans la subtilité et la finesse pour un texte de Saint-Con. Pas de choix d'un con, juste l'observation d'une catégorie de personnes, pas d'action, juste une menace qui plane...
C'est un ballet à nul autre pareil. Un rituel quotidien qui ne saurait laisser indifférent, et duquel nous ne nous lassons pas, voyeurs retranchés derrière les vitres embuées de fumées de cigarettes.
Sculpturale et carrossée, d'un pourpre impérial, elle avance. Elle négocie gracieusement le passage piéton, avance sur le trottoir et se gare le long des grilles. Son V12 vrombit un court instant encore puis un splendide spécimen de directeur commercial s'extrait de l'habitacle. Après avoir parcouru les deux mètres séparant sa Ferrari de l'entrée, il gravit légèrement l'escalier et disparaît.
Majestueux, massif, le 4x4 Cherokee pointe timidement son museau à la sortie du parking. Avec l'aplomb que confère la possession d'une chasse de 56 hectares, le conducteur de la belle cylindrée l'engage. Les pneus crissent dans le court virage qui l'emmène vers les quais. La kangoo de la Poste pile, le gueux qui la conduit recule légèrement pour frayer un passage au carrosse. Tant de majesté ne saurait se plier à un code de la route roturier imposant des rues à sens unique.
Deux bruits, aigus et brefs, le premier virage s'est négocié entre 51 et 53 km/h estiment les oreilles expertes, le deuxième, d'entrée du parking, aux alentours de 35 km/h. Le jogger estime quant à lui son bond en arrière de 1,5 m, la distance exacte de laquelle il s'était engagé sur la passage piéton. Ce gentleman sait toutefois être indulgent : un bon neveu ne saurait faire attendre une dame de bonne compagnie. D'ailleurs, ne lui a-t-elle pas offert ce petit roadster cabriolet afin de faciliter ses déplacements en ville ?
Effacé la splendeur des bals annuels des empereurs autrichiens, oublié les fastes du Buckingham palace, éclipsé les gratte-ciel triomphants de Manhattan, la nouvelle brasserie lyonnaise du sieur Bocuse s'est imposée comme le nouveau centre du monde civilisé. Un avis partagé tout du moins par les dignes descendants des industriels lyonnais de la soie dont les canuts tissèrent la fortune et furent récompensés à coup de mitraille.
Pourtant ce soir, une lueur d'espoir apparaît, signe fragile qu'il ne faut jamais désespérer de la vanité des puissants. Puissants qui, tout à leur mode "écolo-design", ont eu la si bonne idée de recouvrir l'édifice de fines lamelles de bois.

Joyeuse Saint Con
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