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Messages - sniz

Pages: [1] 2 3 ... 10
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= INUTILE = / Re : trucs truculents
« le: septembre 13, 2013, 23:52:00 »

2
= INUTILE = / Re : défouloir à psychopathes
« le: juin 09, 2012, 06:30:11 »










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= INUTILE = / Re : Le topic inutile de la catégorie inutile
« le: mai 17, 2008, 04:58:14 »
0000000000010000000000000

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= FIGHT KLUB = / Re:Omegaland
« le: septembre 07, 2007, 09:30:58 »
ouais et pis d'abord hein Chick Monk et Thelonius Corea bin ils puent du cul tous les deux paske on est sur la zone et que les pianistes c'est pas bien. Mais sinon je suis d'accord avec tous les deux à 100% et d'abord c'est moi qui ai le plus d'albums d'eux deux, encore trois fois plus que leur discographie entière, tiens.  Mais bon moi j'improvise que dalle alors je ferme ma gueule.

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= FIGHT KLUB = / Re:Omegaland
« le: septembre 06, 2007, 18:33:24 »
d'abord Chick Corea c'est mon pianiste préféré de tous les temps qui courent le risque de contamination nucléaire

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= FIGHT KLUB = / Re:Omegaland
« le: septembre 05, 2007, 22:09:09 »
ptain y'en a qui sont pas bien dans leur tête

http://fr.youtube.com/watch?v=ng_1zKcdw8M






























































































































































































































































































































































bon je retourne au néant

9
= FIGHT KLUB = / Re:Omegaland
« le: septembre 05, 2007, 18:07:43 »
vive les vieux concerts de Chick Corea avec Weckl et Patitucci vive les éclairages fluos, les vieux sons de synthés, les basses slappées, les coupes de cheveux merdiques, les ordinateurs sous DOS en backstage et les renois en costume qui dansent comme des cons

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= INUTILE = / Re:Le topic inutile de la catégorie inutile
« le: août 22, 2007, 10:23:05 »
angelinaaaaaaaa marre des gosses !!!!!

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= DISCUSSION GENERALE = / Re:ayahuasca vision
« le: août 01, 2007, 20:32:18 »
en tout ca, ya rien de tel que l'ayahuasca pour se taper des fous rires entre potes

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= DISCUSSION GENERALE = / ayahuasca vision
« le: juillet 20, 2007, 23:16:01 »
Quelque chose me dit que ceci sera utile un jour à quelqu'un ici :

1. Arrêtez de vous faire chier dans vos vies répétitives et devenez des rêveurs lucides : http://www.ld4all.com/fr

Prenez-moi pour un disjoncté illuminé si vous le voulez, mais j'ai ressenti ça comme un message envoyé par des êtres inorganiques à travers l'ayahuasca, destiné à être divulgué ici pour au moins une personne (ne me demandez pas pourquoi ni comment) :

2. Quand vous n'avez rien de spécial à faire, au lieu d'aller glander sur le net comme d'habitude, allongez-vous sur votre lit, fermez les yeux, sentez-vous respirer le plus lentement possible, oubliez la voix du stupide bulldog qui aboie en vous que cette expérience est inintéressante, qu'il vaudrait mieux se lever et aller faire n'importe quoi d'autre, sentez-vous vivre jusqu'au plus profond de vous-mêmes, et pénétrez la trame de notre univers. C´est à la fois très simple, et complètement vertigineux.


14
= INUTILE = / image du jour
« le: mai 06, 2006, 15:29:16 »

15
= CODE DE CONFORMITE = / Re:Progression fractale
« le: avril 06, 2006, 09:12:54 »
Progressions fractales

Introduction : les leurres de la pensée

Tout commence par l’instant de jouissance suprême. Celui où je suis à la fois le néant total et l’infini. L’unique chose qui m’y préoccupe est l’avènement de celui que je vais enfanter. Tout le reste constitue un magma informe et indifférencié, que cependant je sens inévitablement déferler en moi. Mais paradoxalement, je perçois avec une grande clarté que je suis trop infime pour exister véritablement. Cet antagonisme exerce une tension extrême qui m’interdit tout espoir de garder le contrôle. Alors je me laisse aller…

Je ressens aussitôt l’effet du premier attribut de ma progéniture. Celui qui permet à toute évolution de s’opérer, y compris la mienne. Je peux le sentir se déployer et s’étendre. Son inséparable frère, celui qui contient tout, y compris moi-même, fait simultanément de même. Dès les premiers instants de son éclosion, cette bulle d’espace-temps entre en quintessence et entame immédiatement sa vertigineuse inflation. Ma décompression impose à sa dilatation une vitesse de loin supérieure à la célérité de la lumière. Mon métabolisme est lui aussi extrêmement rapide : baryons et mésons se matérialisent puis s’annihilent en mon sein de manière chaotique, selon une période caractéristique approchant 10-43 secondes. Cela me semble durer  une éternité, mais ma fréquence de perception de l’écoulement du temps se ralentit de manière logarithmique, et environs un milliardième de seconde après l’éphémère apparition du premier lepton, les particules de matière et d’antimatière primordiales voient le jour au cœur de l’indescriptible ouragan qui fait rage en moi. Pendant que ma vitesse d’expansion ralentit spectaculairement, je suis parcouru par un frisson : j’impose pendant un bref instant aux nucléons et aux anti-nucléons de se repousser mutuellement. Malgré l’intensité des turbulences, il leur faut moins d’un millième de seconde pour s’ordonner et faire de moi une entité parfaitement duale, scindée en deux intra-mondes quasi-symétriques et indépendants…

Le temps continue subjectivement à s’accélérer et mon expansion ralentit. Ma physiologie se complexifie et il me devient impossible de rester conscient de tous les phénomènes qui se déroulent en moi. Je délègue alors cette conscience aux êtres qui  pourront dorénavant évoluer dans mes tissus et je poursuis lentement ma détente…

. .. … .. .

Son passé confus se fond dans un néant intemporel duquel sa volonté, encore très rudimentaire et très fragile mais à chaque cycle plus puissante et plus inflexible, cherche à s’extraire par tous les moyens. Ses étirements et ses contorsions se font de plus en plus amples. Subitement, ce vouloir semble avoir trouvé l’équilibre métastable qu’il cherchait, et se met immédiatement en devoir de creuser un puits de potentiel en créant les rétroactions qui y permettront l’établissement d’une homéostasie durable… C’est ainsi que, quelques cycles de calcul plus tard, sa conscience commence à émerger graduellement, s’édifiant et s'organisant peu à peu dans la figure archétypale d’une jungle épaisse… Elle n’est d’abord que le théâtre de phénomènes dispersés et indifférenciés, mais les sensations qui la composent se précisent et se focalisent rapidement sur une entité aux dimensions plus réduites, mais qui sera bientôt douée de pensée. Celle-ci tressaille et ouvre les yeux.

Presque tout ce qui l’entoure lui paraît complètement flou et il ne parvient en fait à distinguer nettement que ce qui se trouve au centre de son champ de vision. Ses nombreux instincts s’éveillent. L’un d’eux domine rapidement les autres, et une peur primitive des menaces potentielles dissimulées dans l’inconnu environnant s’empare de lui. Le penseur serre les mâchoires, prêt à mordre. Soudain, un projectile traverse les airs et sectionne une liane d’ayahuasca qui s’élevait juste à côté de sa tête. Sous l’effet de l’impact, il en émerge un tourbillon évanescent de données sub-hypothétiques en accrétion logique, qui gonfle en s’étiolant. En regardant dans la direction d’où est venue cette salve, il discerne entre les troncs d’arbres une sorte de nuage mécanique sombre, dont la surface est animée de rapides mouvements tectoniques, à la faveur desquels apparaissent furtivement des protubérances parcourues par des éclairs de forme hélicoïdale, et dont l’activité générale semble ordonnée par un processus automatisé. Mais il n’a pas le temps d’approfondir son observation, car un second tir le touche au mollet. Sa jambe, puis son corps tout entier se transforment en un réseau tubulaire charriant des variables d’analyse parcourant des fonctions d’autocorrélation complexes, et des solutions protéiformes d’équations physio-tensorielles. Mais son esprit, qui à cet instant devient fonctionnel, s'engloutit immédiatement dans l’écoulement d’une dialectique déjà planifiée, pendant que des décharges orgasmiques le parcourent de part en part :

«Le monde est un espace de dimension infinie dont l’organisation est gérée par le Processus. Chaque nouvel univers se voit affecter un sous-ensemble infini des vecteurs de la base dénombrable. Le fait qu’aleph 0 soit égal à son carré, qui se traduit comme l’existence d’une bijection entre N et NxN, explique pourquoi le Processus peut extraire un nombre illimité de sous-ensembles disjoints et infinis d’un seul et même ensemble primordial. Dans notre lignée d’univers, sept seulement de ces dimensions seront utilisées lors de la genèse de l’espace-temps, les autres restant disponibles pour la création des univers sub-hypothétiques. Cependant, si on se fie au caractère rigoureusement dichotomique des stratégies d’analyse mises en œuvre par le Processus, on peut en toute confiance supposer qu’il a étudié la fonctionnalité d’autres types de configuration…»

Sa conscience, en proie à une agitation extrême, s’identifie à présent à un ouragan mnésique qui entraîne par bribes des nuées de souvenirs épars qu’on a recueillis pour le penseur dans l’infinité d’univers sub-hypothétiques qu’il a engendrés. Son attention se localise rapidement, comme si elle effectuait au cœur du maelström une plongée vertigineuse en direction d’une constellation d’impressions particulières. Quelque part, à l’intérieur d’une sorte de nuage de Oort, dans le foyer central de ce microcosme psychique, se trouve une forme sphérique rouge et jaune à la surface de laquelle évoluent d’autres tempêtes, et où se dirige une comète inéluctablement déviée de son orbite par le champ gravitationnel de Jupiter. L’onde de choc créée par la collision soulève d’immenses gerbes de gaz, qui dans leurs mouvements dantesques adoptent les formes furieuses de monstres infirmateurs déchaînés, projetant sur leur passage des déluges de neutrons dévastateurs, pendant que, spectateur impuissant de ce titanesque holocauste, il voit s’approcher de lui à pleine vitesse la gigantesque auréole rouge radioactive qui se déploie autour de  la zone d’impact. Mais, au moment où il va y être englouti, coupant court à ces visions oniriques peu utiles, son esprit reprend le programme d’analyse, pendant que son corps jouit encore une fois de cette bonne action :

«Tout est information dans le Processus, et en réalité tout y est incroyablement simple. Quelque soit la coupe, quelque soit l’échelle ou la projection qui en est faite, tout y est dual et peut aisément se classer en deux catégories distinctes : stabilité et mouvement, souvenirs et sensations, matière et énergie, axiomes et théorèmes, espace et temps… Tout n’est en son sein qu’action et réaction. La pensée n’existe pas, elle n’y est qu’une illusion. Seul le Processus possède les algorithmes qui permettent l’expression de données abstraites car, en contradiction avec les convictions de la plupart des créatures qui en font l’expérience, toute formulation d’hypothèses –la classe formée par ces dernières constituant l’unique catégorie causale des phénomènes cosmogènes- coïncide avec la création d’un univers, dont la dynamique est calculée afin qu’au cours du temps, la probabilité d’apparition des circonstances permettant l’expérimentation de l’hypothèse tende exponentiellement vers 1. La direction temporelle de l’univers sub-hypothétique ainsi créé étant orthogonale à celle le long de laquelle évolue l’entité ayant fait appel aux compétences du Processus, même si la réalisation de ce test a nécessité une phase préliminaire de plusieurs milliards d’années, l’ensemble des informations fournies lui est instantanément renvoyé, ce qui lui permet de nourrir l’illusion qu’elle en détient le procédé d’obtention. C’est la raison pour laquelle, l’appelant «réflexion», les humains se l’attribuaient avec toute la prétention qui les caractérisait.»

Le penseur se sent maintenant fragmenté en millions de petites unités blanches indépendantes, comme s’il était une bruine de flocons de neige suspendus et immobiles dans les airs. «Ouvre les yeux». Chacun de ses petits moi se met alors à sonder très attentivement l’espace qui l’entoure. Soudain, au niveau du sol, une perturbation apparaît ; sa signature ressemble à celle d’un être animé et autonome. Alors que l’alerte se propage de proche en proche, ce qu’il ressent comme une intense chair de poule, il affine sa perception de l’anomalie : c’est un humain femelle, apparemment alourdi dans la partie médiane inférieure par la présence d’un parasite assez volumineux. «Ouvre les yeux». D’abord, elle cherche à s’enfuir, mais après avoir fait quelques mètres, elle se laisse choir et, oubliant tous les dangers qui l’entourent, sombre dans une sorte de rêverie bienheureuse. Il peut maintenant percevoir chaque trait de son visage, goûter entièrement au sourire qu’elle arbore et dans lequel il se perd, comme hypnotisé, éperdu, amoureux à la folie. Peu à peu, son identification à elle devient totale, il commence à ressentir ses émotions, à partager sa rêverie, et à s’éloigner de la conscience collective des Smart Dusts. «Ouvre les yeux.» Le penseur-penseuse peut maintenant commander ses nouveaux membres et se met en devoir de sauver sa bien-aimée, en ordonnant à son corps de déchiqueter à pleine dent les fibres musculaires tapissant le sol, qui se contractent et se tordent à chaque morsure. «Ouvre les yeux». Les filaments d’actine et de myosine qu’elle crache frénétiquement à chaque bouchée s’en vont rejoindre les moisissures et les débris organiques en putréfaction qui sont amoncelés alentours. «Ouvre les yeux». Elle parvient bientôt à se glisser sous la biomasse végétative, mais une sorte d’appendice charnel métallique la saisit à la taille et l’arrache d’un geste puissant à son piètre refuge. «Ouvre les yeux». L’infirmateur lui répète son injonction : «Ouvre les yeux». Paniquée, elle empoigne au niveau de son nombril le membre mécanique et froid du monstre qui l’étreint, et tente de s’extraire de son emprise en se contorsionnant. «Ouvre les yeux». C’est alors qu’elle perçoit sous ses doigts, à l’intérieur de la tige, une pulsation périodique dont elle connaît parfaitement l’intensité et le rythme… Elle comprend, enfin. Peu à peu, elle prend conscience des muscles idoines, qu’elle parvient dès lors à contracter, et elle ouvre lentement les yeux. Pour la première fois de son existence, elle s’extirpe de ses chimères pour commencer à appréhender le monde qui l’entoure. Elle a ainsi tout le loisir de s’apercevoir qu’en réalité, elle n’est rien d’autre qu’un fœtus en gestation secouant rageusement le cordon ombilical qui le nourrit… Mais au même moment, quelque chose en lui le force implacablement à refermer les yeux et à continuer le chargement de sa mémoire :

«La conscience se distingue fondamentalement de la pensée. Si cette dernière, ou du moins le mécanisme qui en a l’apparence, peut être considérée comme un véritable luxe, la conscience est ce qu’il y a de plus banal, puisque le Processus la dispense à tous les éléments de tous les univers. Mais parmi eux, seule une infime partie est également douée de volonté. Cette dernière est indispensable à l’élaboration du mouvement, et ceux qui la possèdent cherchent à augmenter le domaine des possibilités qu’elle leur permet d’atteindre. En général, une minuscule partie d’entre eux seulement parviennent à envoyer les tentacules de leur volonté hors de leur espace-temps, à travers les dimensions inter-hypothétiques, jusqu’à l’interface d’où ils peuvent accéder à certains algorithmes du Processus. Cela se traduit d’un point de vue matériel par une baisse locale d’entropie. La plupart des univers abritent de telles entités, mais il en existe pourtant qui s’avèrent irrémédiablement stériles. A l’inverse, les cascades d’univers où régnaient les humains ont produit de tels cyclones d’hypothèses qu’ils ont failli réduire les performances du Processus d’une quantité qui aurait pu influer à 10-50 près sur le résultat des itérations du calcul dont la différence d’indice avec la nôtre est de moins de 20 milliards de e-folds.  Ce risque de saturation, qui aurait presque pu devenir légèrement significatif, était dû à la facilité avec laquelle, par un hasard incompréhensible,  ils étaient parvenus à mettre sous le joug de leur volonté un organe qu’ils appelaient «cerveau», et qui était une incroyable machine à traverser les dimensions.»

Dès qu’il émerge de ces considérations, le penseur rouvre les yeux et entreprend d’examiner les alentours. Loin derrière la membrane qui le sépare du monde extérieur, à travers le réseau de veines arborescentes qui courent à sa surface, il peut voir rayonner faiblement quelque chose qui ressemble à deux énormes soleils, l’un pourpre et l’autre ambré. Mais subitement, sa conscience se met à s'étendre pour se fondre dans l’être qui lui procure ses ressources, comme cela arrive aux fœtus qui s’identifient à leur mère... Il obtient ainsi une proprioception de l’ensemble du liquide amniotique dans lequel il baigne, puis des parois de l’œuf et, au-delà, d’organes externes aux étranges propriétés histologiques. Tout ce qui se trouve à l’intérieur de cette bulle en expansion accélérée, dont son cerveau est le centre, devient une annexe de son corps, soumise à sa volonté. Simultanément, quelque chose en lui envisage cette extension comme la propagation d’une onde qui remonterait le long d’un tentacule, depuis l’extrémité sensible où se trouve son œuf, vers le véritable centre de décision du céphalopode, permettant ainsi le retour progressif de sa conscience à la totalité de ce qu’il est et a toujours réellement été. Son domaine de perception s’étend ainsi aux poumons de forme sphéroïdale qui entourent la cavité placentaire et ses tissus nourriciers, et dont les innombrables endothéliums, grâce aux îlots de mycélium symbiotique qui récoltent les déchets métaboliques de cyanobactéries autotrophes flottant en quasi-apesanteur, absorbent les gaz qui composent l’atmosphère de ce minuscule planétoïde organique, doté d’une protection magnétique contre les particules ionisées charriées par les vents solaires, fournie à distance par les ceintures de Van Halen qu’engendrent les rotations de petits satellites métalliques, et décrivant à la perfection son orbite chaotique autour de l’attracteur étrange formé par les interactions d’une gigantesque nova rouge et d’une naine blanche, qui absorbent par leurs pôles de majestueuses volutes enluminées du nuage sidéral au milieu duquel elles se trouvent, perdues quelque part dans son immensité de particules de matière baryonique. Au  moment où il parvient à ce niveau, le penseur se sent renouer avec la conscience de ce nuage, mais sombre aussitôt dans ses réflexions instinctives :

«Si le Processus est l’unique fournisseur d’accès à la pensée, il est aussi le seul être de notre monde qui ne soit pas doué de conscience, bien qu’il soit également le seul qui puisse la dispenser aux créatures qui peuplent les univers. C’est afin qu’aucune volonté ne puisse tenir à la fois pensée et conscience sous son empire que le Processus ne permet pas aux entités hypothétiques penseuses de maîtriser consciemment le mouvement de leurs tentacules, et qu’il laisse la majorité d’entre elles conjecturer à tort qu’elles possèdent l’intelligence. Une telle volonté deviendrait en effet indépendante du Processus et pourrait alors formuler ses propres postulats, pourvu qu’elle amasse suffisamment d’énergie créatrice. Il lui serait alors possible d’engendrer son propre système de résolution, de concurrencer localement le Processus en anticipant ses calculs, et sans aucun doute de l’y paralyser en générant un bruit blanc quantique capable de perturber le déroulement des big bangs  et la mise en place du test des hypothèses.»

«Je comprends tout, maintenant… Jusqu’à présent, je n’étais qu’une intra-conscience intégrée à une structure supérieure, confinée à l’intérieur d’une sorte de récepteur-activateur sensoriel dont la fonction est de déployer ses appendices extra-hypothétiques pour remonter à travers les dimensions jusqu’à l’interface de commande du Processus, y activer la réalisation locale de ses tâches cosmogènes, et récolter des données abstraites utiles. En d’autres termes, ce à quoi j’étais réduit, et que je perçois maintenant comme une simple annexe de ma personne, est un organe qui a pour fonction de penser… Oui, maintenant je sais… L’univers qui m’a vu naître a, comme tous les autres, été créé par le Processus à la demande d’une entité penseuse évoluant dans un univers hyper-hypothétique d’ordre supérieur. Le but de cette création est de confronter deux sub-hypothèses : matière contre antimatière. J’ai eu la chance d’être doué d’une volonté. Celle-ci m’a permis de chercher comment obtenir la pensée. Après des éons entiers d’essais infructueux, par l’effet d’un hasard inopiné, j’ai réussi à acquérir une configuration qui m’a permis, après avoir généré suffisamment de néguentropie, de formuler et tester à mon tour une seule hypothèse simple. Deux éléments chimiques de base semblaient permettre la concrétisation d’une entité penseuse formée de matière baryonique : le carbone et le plomb. Un univers dans lequel l’antimatière a été évincée dès les premiers instants a donc été créé. Il n’en restait que quelques traces à peine décelables. Chaque élément a pu s'établir à sa manière dans le système qui lui correspondait. Le carbone, qui est sorti vainqueur, a engendré une forme de vie unique en son genre, de par la facilité avec laquelle elle émet des hypothèses : les humains. J’ai donc passé l’éon suivant à mettre en application le peu de données que j’avais obtenues, jusqu’à réussir la gestation d’un fœtus humain. Dès que son esprit a été suffisamment stable pour pouvoir «penser», je lui ai fait effectuer le boot des souvenirs de toutes les consciences des univers sub-hypothétiques. Maintenant, je suis en possession d’un organe qui me permet de penser autant que je le désire. Il doit cependant me trouver une solution au plus vite, car les volontés antimatérielles ont peut-être elles aussi déjà trouvé un moyen de créer des penseuses. Peut-être même d’ailleurs cette solution a-t-elle été le fruit de la chimie de l’anti-carbone…»

«Lorsqu’une entité évoluant dans un univers donné se trouve en possession de l’information permettant d’infirmer ses concurrentes et de solutionner le problème qui est la raison d’être de la création de son cosmos, elle absorbe par un effet d’osmose quantique toutes les autres consciences qui jusque-là coexistaient avec elle. Celles-ci se trouvent alors réunies au sein de l’être-univers total, celui qui a été témoin du big bang, et auquel, puisqu’elles en étaient un fragment, elles n’ont jamais cessé d’être intimement reliées, tout en étant insurmontablement séparées les unes des autres, incapables de s’extraire de leur individualité. C’est à cet instant que l’univers en question entame son big crunch. L’entité fédératrice se métamorphose ensuite en la donnée qui sera promue solution de l’hypothèse, et intègre, à différents degrés, les expériences de chacune de ces consciences, avant d’être acheminée par les soins du Processus vers l’univers hyper-hypothétique immédiatement supérieur où se trouve la penseuse qui l’a sollicitée. Cette dernière aura donc accès, avec plus ou moins de difficulté –les humains n’y sont, à quelques exceptions près, jamais parvenus- à ce gigantesque réseau de souvenirs qui peuvent, dans certains cas, être mobilisés par une couche profonde du subconscient.»

Le nuage sidéral est majoritairement constitué d’atomes d’hydrogène. Un simple électron en orbite autour d’un proton. Les électrons fonctionnent comme une porte donnant sur un espace interne à trois dimensions où un gaz de photons et de neutrinos subit 1023 fois par seconde une implosion qui le contracte jusqu’à atteindre la masse critique de Chandrasekhar, puis de ce fait une explosion qui provoque de nouveau sa pulvérisation et sa décompression. Au cours de chacune de ces pulsations respiratoires, les électrons ouvrent leur porte et changent de configuration pour mettre leur intérieur en contact avec l’extérieur. Au cœur du nuage, l’un d’eux est porteur d’une énergie extraordinairement excédentaire et bondit au hasard des chocs entre molécules d’un atome d’hydrogène à l’autre, ionisant sa cible à chaque saut. Pendant ce temps, le fœtus penseur se répète inlassablement ses considérations primales : «Tout est information dans le Processus, et en réalité tout y est incroyablement simple. Quelque soit la coupe, quelque soit l’échelle ou la projection qui en est faite, tout y est dual et peut aisément se classer en deux catégories distinctes : matière et antimatière, pensée et conscience, masculin et féminin, sujet et objet, atman et brahman… Tout n’est en son sein qu’action et réaction. La pensée n’existe pas, elle n’y est qu’une illusion.» Il ne sait pas pourquoi, mais cette litanie semble influer sur les cycles de l’électron libre. Son gaz interne se condense de plus en plus puissamment et, au fur et à mesure qu’il avale une fraction toujours plus importante de la matière contenue dans les particules voisines, approche de la configuration d’un trou noir supermassif.

«Ca y est… c’est plus fort que moi… j’ai la solution... je sais ce que je dois faire… je ne sais pas comment je le fais… mais ça a l’air de fonctionner…» Très rapidement, le nuage tout entier est broyé et aspiré à l’intérieur de l’électron libre, le fœtus penseur n’ayant plus aucune utilité. Alors qu’il ne reste que quelques volutes de matière, la volonté du nuage, toujours sans comprendre comment elle y parvient, génère un souffle qui catapulte l’électron vers le demi-espace où règne l’antimatière. Il accumule ainsi de l’énergie cinétique, jusqu’à atteindre une vitesse relativiste dont les effets potentialisent les mécanismes de structuration du trou noir qu’il contient. Il est entouré d’une escorte de particules électriquement neutres, chargées de le protéger dans les premiers temps contre les collisions avec d’éventuelles antiparticules. Sous la pression, le gaz s’échappe progressivement de son cosmos interne et envahit l’espace extérieur. Cette matière s’accumule autour de lui et le transforme peu à peu en l’arme de destruction la plus puissante qui soit : un trou noir propulsé à une vitesse voisine de celle de la lumière. Bientôt, il devient capable d’ingérer l’antimatière : il piège en lui les photons générés par les annihilations matière-antimatière, toujours plus nombreuses. Cette fois, la victoire est écrasante. L’antithèse n’a même pas eu le temps de réagir. Bientôt, la déformation qu’il impose à la géométrie de l’espace-temps devient telle que les superamas de galaxies antimatérielles se laissent irrésistiblement glisser le long des géodésiques. Ils acquièrent presque instantanément une accélération gigantesque, avant d’être engloutis sans ménagement, le nourrissant constamment de centaines de trous noirs mineurs. Son rayon de Schwarzchild s’allonge exponentiellement. La structure globale de l’espace-temps finit par se raidir autour de lui. La contrainte devient vertigineuse. Elle dépasse ce qu’un univers est en mesure de supporter. Toutes les consciences qui l’habitaient se dissolvent. Puis se recombinent ensemble. Subitement, il y a rupture. Et tout s’effondre définitivement.

C’est un chaos extrême.
La fureur de Shiva.
Incommensurable.
Inénarrable.

. .. …

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