La Zone La Zone, publication de texte sombres, débiles, violents. (Vous êtes sur le forum, cliquer ici pour découvrir le site)

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Sujets - sniz

Pages: [1] 2
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= DISCUSSION GENERALE = / ayahuasca vision
« le: juillet 20, 2007, 23:16:01 »
Quelque chose me dit que ceci sera utile un jour à quelqu'un ici :

1. Arrêtez de vous faire chier dans vos vies répétitives et devenez des rêveurs lucides : http://www.ld4all.com/fr

Prenez-moi pour un disjoncté illuminé si vous le voulez, mais j'ai ressenti ça comme un message envoyé par des êtres inorganiques à travers l'ayahuasca, destiné à être divulgué ici pour au moins une personne (ne me demandez pas pourquoi ni comment) :

2. Quand vous n'avez rien de spécial à faire, au lieu d'aller glander sur le net comme d'habitude, allongez-vous sur votre lit, fermez les yeux, sentez-vous respirer le plus lentement possible, oubliez la voix du stupide bulldog qui aboie en vous que cette expérience est inintéressante, qu'il vaudrait mieux se lever et aller faire n'importe quoi d'autre, sentez-vous vivre jusqu'au plus profond de vous-mêmes, et pénétrez la trame de notre univers. C´est à la fois très simple, et complètement vertigineux.


2
= INUTILE = / image du jour
« le: mai 06, 2006, 15:29:16 »

3
= CODE DE CONFORMITE = / Progression fractale
« le: mars 12, 2006, 15:02:58 »
Une suite alternative au premier épisode de la série de lapinchien est en cours de préparation, environs 50% réalisé. Je tenais à vous informer de laisser vos yeux le plus éloigné possible de ce texte.

Voici d'ailleurs quelques rush à ne surtout pas lire :

"Progressivement, à mesure que sous la pression le gaz s’échappe de son cosmos interne pour envahir l’espace extérieur,  il se transforme peu à peu en l’arme de destruction la plus puissante qui soit : un trou noir propulsé à une vitesse proche de celle de la lumière. "

"Tout est information dans le Processus, et en réalité tout y est incroyablement simple. Quelque soit la coupe, quelque soit l’échelle ou la projection qui en est faite, tout y est dual et peut aisément se classer en deux catégories distinctes : matière et antimatière, pensée et conscience, masculin et féminin, sujet et objet, atman et brahman… Tout n’est en son sein qu’action et réaction. La pensée n’existe pas, elle n’y est qu’une illusion."

"Son domaine de perception s’étend ainsi aux poumons de forme sphéroïdale qui entourent la cavité placentaire et ses tissus nourriciers, et dont les innombrables endothéliums, grâce aux îlots de mycélium symbiotique qui récoltent les déchets métaboliques de cyanobactéries autotrophes flottant en quasi-apesanteur, absorbent les gaz qui composent l’atmosphère de ce minuscule planétoïde organique, doté d’une protection magnétique contre les particules ionisées charriées par les vents solaires, fournie à distance par les ceintures de Van Halen qu’engendrent les rotations de petits satellites métalliques, et décrivant à la perfection son orbite chaotique autour de l’attracteur étrange formé par les interactions d’une gigantesque nova rouge et d’une naine blanche, qui absorbent par leurs pôles de majestueuses volutes enluminées du nuage sidéral au milieu duquel elles se trouvent, perdues quelque part dans son immensité de particules de matière baryonique."

4
La maîtresse m'a donné un devoir à faire pendant les vacances alors ce serait gentil si les copains voulaient bien me donner leurs meilleures idées comme ça je pourrai les copier-coller, partir en Andalousie pour me payer quelques putes danseuses de flamenco et quand je reviendrai la vioque elle y verra que de la poudre dans ses yeux cataractés.

il faudra définir et préciser ce que sont les modalités adaptatives et quels sont les phénomènes qui produisent les radiations. S'attarder sur le phénomène de convergence.

merci les amis

5
Une géodésique est une courbe transportée parallèlement à elle-même, et elle est donc la courbe la plus "droite" possible sur une variété. Si une notion de longueur existe (donc une métrique, mais ce n'est pas une propriété obligatoire pour une variété en général) la géodésique sera aussi la courbe la plus courte.

Si on transporte parallèlement un tenseur d'un point à un autre par deux chemins différents, on n'obtient pas en général le même tenseur à l'arrivée. Sur une courbe fermée, un tenseur peut ainsi ne pas revenir identique à lui-même après transport parallèle.

si vous voyez pas exactement ce que ça veut dire, voici un petit shéma qui vous aidera à comprendre :



et joyeux noël à tous les étudiants en pleines révisions ouaaaaaaaiiiiiiiiiiiisssssssssssss

6
= DISCUSSION GENERALE = / Aka's choice
« le: décembre 23, 2005, 10:52:50 »
j'ai choisi le 4è, évidemment

7
= CODE DE CONFORMITE = / Les héritiers de Kahun - 4 : Chutes
« le: novembre 14, 2005, 09:23:03 »
Et soudain, il n’y eut plus rien que cette éphémère sensation. Ce fut pour Vindu comme s’il était venu au monde à cette seconde précise. Le frisson pénétra par la pulpe des doigts, se propagea dans les phalanges, se scinda dans les poignets en trois ramifications qui remontèrent  dans les bras en s’enroulant autour des os, se combinèrent à nouveau aux épaules pour finir par serpenter autour de la colonne vertébrale. Instantanément, le dos se raidit et une bouffée de chaleur crépitante fut libérée dans l’encéphale. C’est alors que, les sens galvanisés par cette tornade psychique, il put apercevoir le spectre qui se déplaçait en suspension au-dessus du sol, dans un mouvement à la fois complexe et gracieux. Il lui apparaissait comme une combinaison de fils brillants repliés sur eux-mêmes qui s’étiraient et se tordaient dans les airs. Ils se nouaient tous en plusieurs points névralgiques d’où émanaient des lueurs mélodieuses et envoûtantes. De loin, ces courbes rougeoyantes ressemblaient à de fines volutes de fumée, mais en les observant de plus près on pouvait y distinguer les courants de Satya qui les parcouraient. Certaines d’entre elles s’ouvraient, s’allongeaient et, telles de minces tentacules rayonnantes, se joignaient quelques instants aux flux des plantes environnantes. L’entité s’immobilisa en face de Vindu. Ses nœuds produisaient des harmonies aux consonances incroyablement denses qui s’amplifièrent et absorbèrent la volonté vacillante du jeune homme dans l’irrésistible parfum des corolles lumineuses que ces chœurs développaient autour d’eux.

Instantanément, tout devint sombre. Il éprouva alors le besoin de vomir et par réflexe la bouche s’ouvrit en même temps que l’estomac se contractait. Il en sortit un long naja aux écailles noires qui, au fur et à mesure qu’il s’épanouissait dans les airs, devenait gigantesque. D’un coup de queue, il projeta Vindu sur son dos. Progressivement, le reptile lui semblait devenir de plus en plus monstrueux. Il s’aperçut bientôt que cette transformation s’appliquait à toute l'étendue qui l’entourait, ouvrant en chaque point des abîmes qui se creusaient dans toutes sortes de directions : son champ de vision intégrait la quatrième, la cinquième puis la sixième dimension... Leur nombre se multipliait à une vitesse sans cesse croissante. Il ne tarda pas à se sentir submergé par l’effroyable sensation de déséquilibre qu’il éprouvait à se déplacer dans cet espace vertigineux. Mais il se rendit rapidement compte que cela le rendait capable d’adopter tous les angles de vue possibles sur les choses qui l’entouraient. Il eut le sentiment d’en avoir une compréhension absolue, ce qui lui permit de retrouver rapidement son assurance et de suivre les mouvements du serpent, qui s’enroulait autour d’une structure démesurée. Lorsqu’il fut assez proche pour pouvoir comprendre ce qu’il en voyait, Vindu s’aperçut qu’il s’agissait d’un arbre*. Jamais il n’en avait vu d’aussi gigantesque. Il était composé de millions de réseaux de lois* enchevêtrés, que grâce à son extraordinaire faculté de perception il était en mesure de déchiffrer sans le moindre effort. Il pouvait clairement apercevoir les innombrables petits segments bleus luisants qui reliaient les paramètres*. Ebahi, Vindu comprit qu’il s’agissait de ce que les Théoriciens concevaient comme le mythique arbre* de la Connaissance, la superstructure qui contenait toutes les autres, la table qui permettrait à celui qui serait en mesure d’en supporter l’inconcevable complexité de connaître parfaitement tous les éléments de l’univers et les relations qu’ils entretiennent entre eux. A cet instant, le naja, qui avait tourné la tête dans la direction de Vindu, attira son attention sur un complexe de paramètres particulier, dont la forme rappelait celle d’une pomme. Il n’eut besoin d’aucune explication pour en comprendre instantanément la nature : c’était la loi* de la Certitude, le fruit ultime de la Synthèse. C’était une source intarissable de puissance, la clé qui permettait d’intérioriser l’arbre* de la Connaissance et de s’octroyer le contrôle parfait de tous les phénomènes naturels. La possession de cette loi* ferait de Vindu un dieu omnipotent.

Alors que, les yeux brillants de convoitise, il choyait déjà du regard cet incommensurable trésor qu’on lui offrait, une fissure se propagea dans son esprit pour, en une fraction de seconde, devenir un abîme béant. Non ! Tout cela était impossible. Ce ne pouvait être qu’une illusion. Les mots exacts que Kurtogdel avait employés le frappèrent comme un projectile : «Comme tout savoir humain, la Synthèse recèle une contradiction majeure : le méta-arbre* qui contient tous les arbres* stables possibles est lui-même instable.» La force avec laquelle il avait adhéré à cette affirmation, qui avait été d’autant plus grande que sa propre intuition lui avait depuis longtemps révélé cet état de fait, fut canalisée par sa volonté pour extraire son esprit de ce spectacle mensonger. L’ouragan de Satya qu’elle engendra désarticula les anneaux lumineux du spectre qui, dangereusement déstabilisé, entama aussitôt une manœuvre de repli.

Mais juste avant de disparaître, il réussit une dernière manipulation sur la conscience de Vindu qui, en l’empêchant de revenir à son fonctionnement habituel, la maintint dans un agréable état d’introjection où son esprit béat, libre des nécessités de l’analyse perceptive, pouvait voyager à sa guise dans les souvenirs. Il découvrit ainsi près de lui un bosquet composé d’arbres* que Pranaya lui avait projetés et qui exprimaient chacun une idée relativement complexe. Il entreprit de les parcourir lentement par la pensée :

«Grâce à la Synthèse, les Prajnas ont appris à extraire des profondeurs de leur être la mémoire que leurs ancêtres y ont accumulée. Certains d’entre eux se sont entièrement consacrés à cette tâche introspective. En interprétant et en recoupant les sensations qu’en voyageant ainsi dans le passé ils sont parvenus à extirper de leur corps, ils ont réussi à retracer leur histoire :

Il y a très longtemps, Prajnas et humains étaient semblables aux autres animaux : ils utilisaient leur cerveau presque uniquement pour analyser leurs sensations, et leur mémoire était peu développée. Ainsi, ils étaient capables de percevoir des choses qui plus tard, parce qu’ils en vinrent pratiquement à ne plus utiliser leur entendement que pour manipuler leurs souvenirs, leur deviendraient inaccessibles. Ils pouvaient ainsi voir les mouvements des Satya, et c’est pourquoi ils furent instinctivement attirés vers les zones où ces particules, qu’ils savaient participer de leur essence profonde, étaient en plus grande quantité. Les ancêtres des Prajnas avaient de cette manière découvert une région où ils s’étaient installés. Eydhen -c’est ainsi qu’ils l’avaient appelée- était suffisamment vaste et leurs aïeux assez peu nombreux pour que les humains, qui y avaient eux aussi été attirés, puissent en jouir également. D’inévitables guerres éclatèrent cependant et, après plusieurs générations au cours desquelles aucune des deux espèce ne parvint à s’imposer, un accord tacite fut entendu puis deux territoires furent constitués. Tous purent ainsi bénéficier de l’exposition aux champs de circulation des Satya, qui petit à petit développa leur corps, ainsi que leur conscience d’eux-mêmes et du monde. Ils découvrirent progressivement l’utilité et la puissance de l’esprit. C’est alors qu’humains et Prajnas empruntèrent des chemins bien différents. Les hommes avaient fini par considérer que la pensée était supérieure à toute autre chose. Ils avaient appris à interagir avec les flux de Satya qui circulent dans les profondeurs de la Terre, ce qui leur permettaient d’influer sur tous les êtres vivants de toutes les contrées. Ils appréciaient le pouvoir que cet art leur offrait. Ils voulurent devenir les maîtres de l’univers et imposer leur volonté à tout ce qui vit, sans pour autant s’y identifier en aucune manière. Ils étaient dans leur folie persuadés de tout connaître. Les Prajnas de leur côté,  qui avaient fait des découvertes similaires, loin de vouloir le dominer, avaient entrepris de fusionner avec le monde, en lui ouvrant leur corps : ils n’y retenaient plus les Satya et se laissaient complètement pénétrer par les flux venus des profondeurs terrestres. Ne pouvant rompre la paix établie, les hommes entreprirent de manipuler la circulation des Satya afin que le territoire des Prajnas ne soit plus irrigué de leur flot. Les négligences des humains, aggravées par la lutte qui s’ensuivit, rompirent l’équilibre qui s’était établi depuis la nuit des temps en Eydhen. Des volcans  surgirent de toutes parts, le feu du ciel s’abattit sur la terre et un déluge sans précédent noya tout ce qui vivait, jusque très loin au-delà des horizons. La Terre était meurtrie et elle était devenue malade. Tous furent contraints de quitter l’Eydhen, qui se nécrosa rapidement et devint une région désertique. Les hommes ne perdirent que leur pouvoir. Forts de ce qu’ils avaient gagné en Eydhen -et en premier lieu la conscience- ils s’adaptèrent très rapidement à la vie dans des sphères d’existence beaucoup plus basses et oublièrent leur passé glorieux.

Des échanges avec Kurtogdel ont permis des recoupements supplémentaires : certains hommes eurent tout de même la force de perpétuer certaines pratiques, sans vraiment les comprendre. Si bien qu’elles finirent par perdre leur sens originel pour devenir un pur instrument de pouvoir. Les Sibylles étaient par exemples capables de prévoir les pluies, et elles se servirent de cette capacité pour étendre leur influence sur les agriculteurs. Elles fondèrent l’empire de Kahun en utilisant de cette manière ce qui deviendrait la Synthèse.

Mais les Prajnas, eux qui étaient devenus la Terre, eurent beaucoup plus à pâtir de cette crise, puisque c’était aussi dans leur corps que se produisaient les cataclysmes. Les quelques survivants étaient très affaiblis. Pour une raison encore inconnue, contrairement aux hommes, ils ne pouvaient conserver un état de conscience élevé hors du champ d’influence des Satya. Ils errèrent donc comme des bêtes, dans une sorte de torpeur asthénique, pendant des dizaines de générations. C’est dans cet état que Kurtogdel les avait retrouvés. Il leur donna les moyens de revenir à une vie consciente et de chercher efficacement un lieu qui pourrait remplacer l’Eydhen. Après de longues recherches, ils trouvèrent finalement la région d’Habbel. Elle était déjà habitée par les grands singes que Vindu avait pu voir, et qui étaient eux aussi sur la voie de la conscience. Aussi pactisèrent-ils avec eux.

Bénéficiant de conditions favorables à leur résurgence, les Prajnas retrouvèrent, en une seule génération, ce qu’ils avaient perdu pendant si longtemps. Ils exploitèrent les découvertes de Kurtogdel dans le but de poursuivre les desseins que naguère leurs ancêtres avaient caressés. Grâce à leur travail, Habbel devint un site de plus en plus puissant. Et surtout, la Synthèse leur fournissait l’outil idéal pour se fondre à l’intérieur du monde. Ils purent, en utilisant le rêve* pour véhiculer le support de leur conscience, c’est à dire les Satya, à l’intérieur des autres formes de vie, créer une communication profonde avec un nombre croissant d’espèces végétales et animales, puis établir des accords avec chacune de leurs individualités. Ainsi par exemple, grâce à la puissance et la variété des moyens d’action qu’en tant que Prajnas ils avaient à leur disposition, ils pouvaient entretenir, selon les propres prescriptions de ces plantes –et donc de manière idéale- les arbres dans lesquels ils vivaient, et ceux-ci en retour créaient des niches, ayant une forme voulue, qui à eux-mêmes auraient été inutiles, mais dont les Prajnas avaient besoin pour s’abriter. Il en allait de même pour la nourriture, dont le prélèvement s’effectuait toujours en accord avec la plante concernée : maintenue par leurs soins en bonne santé, elle était toujours généreuse en fruits et les ils n’avaient qu’à exploiter le surplus de sa production. De cette manière, les Prajnas pouvaient se passer d’exploiter ou de détruire d’autres formes de vie, de transformer et aliéner leur entourage pour construire outils, meubles ou bâtiments. Une véritable symbiose avec les êtres de la forêt était alors possible. Cette capacité à communiquer les transcendait et les élevait au rang de médiateurs entre les espèces. Ils consacraient alors leur force vitale à l’établissement progressif d’une harmonie aussi complète que possible au sein de la nature toute entière, pour enfin s’effacer en tant qu’individus -qu’espèce, même- et se fondre dans l’univers. Ils étaient cependant conscients de la complète absurdité de leur quête, puisqu’ils savaient que jamais la violence, à laquelle ils participaient à chaque instant rien qu’en se défendant contre les germes de maladies que contenait l’air qu’ils respiraient, ne pourrait être exclue de l’incommensurable chaos qu’est l’univers. Mais cela ne les arrêtait en rien car, loin de se forger d’orgueilleux idéaux, ils ne se donnaient un tel objectif que parce qu’ils appréciaient simplement l’art de vivre qui en découlait.

Mais ce choix interdisait aux Prajnas de quitter Habbel, si ce n’était au prix d’une très rapide régression à un stade de survie inconscient : leur corps ne pouvait se passer des flux de Satya. Certains d’entre eux cherchaient à pallier ce manque en tentant de pactiser avec certaines espèces d’oiseaux et de développer un type de rêve* qui leur permettrait d’extraire des images de la mémoire des volatiles. Mais cela restait insuffisant. Les humains possédaient eux aussi un pouvoir puissant et pouvaient jouer un rôle décisif dans cette quête d’harmonie, pour autant qu’ils fussent capables de comprendre quel y serait leur intérêt. C’était là l’objet de la mission de Vindu : donner aux hommes les moyens de retrouver la puissance qu’ils avaient eu jadis en Eydhen et, pour leur éviter de gaspiller leur énergie à assujettir autoritairement leur environnement, de leur offrir la noblesse de se débarrasser de leur orgueil et de ne pas arbitrairement se considérer comme les propriétaires de la nature. Il s’agirait d’un long travail souterrain nécessitant la création d’une organisation secrète, qui transformerait progressivement et de manière imperceptible l’idée générale que se faisaient les humains de l’univers. Certains d’entre eux, dûment choisis pour la finesse de leur esprit, leur penchant à la création et surtout le pouvoir qu’ils auraient d’influer sur les mécanismes de pensée de l’ensemble de leurs congénères, recevraient régulièrement des flux de Satya dirigés par les Prajnas afin que, sans même qu’ils sachent comment, le champ de leur conscience s’élargisse. Et puisque les Prajnas ne pourraient quitter Habbel, il appartiendrait à Vindu, au moyen de constructions en pierre similaires à celles qu’il avait vues dans la crypte du monastère, de jalonner le parcours des Satya pour leur permettre d’accéder à des zones qu’à cause de la géographie ils ne pourraient peut-être pas atteindre sans une telle intervention. Habbel pourrait ainsi avantageusement remplacer l’Eydhen.»

L’esprit de Vindu était parvenu à la cime du dernier arbre*. Saisi par le sentiment de puissance qu’il éprouvait à dominer ainsi le paysage, il se laissa indolemment bercer par la brise qui faisait onduler la ramée dans laquelle il se trouvait. Mais au-dessus de lui, le ciel s’assombrissait rapidement. Les mouvements prirent rapidement de l’ampleur et une soudaine averse s’abattit sur lui. Puis le ciel s’embrasa et à cet instant précis tout commença à se figer autour de lui. Les gouttes de pluie et les feuilles mortes ralentirent leur course pour se suspendre, presque immobiles,  dans l’espace. Il put alors voir la foudre s’effondrer progressivement sur lui, à une allure de plus en plus lente. Lorsque le plasma lumineux atteignit la branche, Vindu s’y sentit inéluctablement aspiré. Aveuglé par les radiations internes du canal, égaré par cette étrange sensation de désincarnation, renversé en tous sens, il sombra dans une chute vertigineuse en direction du ciel. Au bout de quelques instants, il eut l’impression que sa descente était peu à peu freinée. Lorsque sa vitesse s’annula, il surgit de l’éclair tout comme il y avait pénétré. Il se trouvait au sommet d’une puissante montagne. Les nuées sombres se dissipèrent en quelques instants, découvrant à ses yeux un territoire immense, parsemé de grandes cités de pierre. En face de lui, sur le versant, se tenaient des milliers d’hommes prosternés qui lui offraient leurs richesses et leurs femmes. Ils avaient dus être très impressionnés par son arrivée spectaculaire. Il leva les bras à l’horizontale, comme il imaginait qu’un empereur ferait en telle occasion.

Mais au fond de ses oreilles résonna soudain une vibration aiguë, sous l’effet de laquelle Vindu eut l’étrange sensation de se dédoubler. Il restait là, face à ses adorateurs, tandis qu’une partie de lui s’extirpait de cette scène qui semblait en réalité se dérouler dans les pupilles fendues d’un serpent hypnotiseur. Son inspiration fut bloquée à la gorge et instinctivement il porta ses mains à son cou, pour découvrir que les anneaux du reptile se resserraient sur lui. Un arbre* que Pranaya lui avait projeté apparut alors dans son champ de vision : «Certains courants de Satya tendent à s’individualiser et peuvent se constituer en entités douées de volonté, capables d’interagir avec les Satya de ton corps. Une partie d’entre elles utilisent ce pouvoir pour amadouer les autres formes de vie conscientes que nous sommes, en faisant ressurgir les désirs les plus profonds qui les habitent. C’est pourquoi nous les appelons «tentateurs». Mais au moment où ton esprit cède à une telle entité, dans le but d’obtenir ce qu’elle semble t’offrir, elle s’empare de ta volonté pour t’utiliser comme un esclave. Tu réaliseras alors pour elle des actions impliquant une relation avec la matière, que sa nature volatile lui interdit d’accomplir par elle-même. Lorsqu’elle t’aura complètement épuisé, elle te rejettera et il te restera tout juste assez de forces pour mourir.» Après un bref instant de panique, ses abdominaux se contractèrent et pendant que celui qui était face à la foule rabaissait ses bras, la bouche de son double s’ouvrit silencieusement pour lancer un rugissement de fureur qui demeura muet. Alors la vibration se fit de nouveau entendre, les anneaux du reptile se desserrèrent, les deux univers se ressoudèrent, le temps ralentit, la foudre apparut au sommet de la montagne et l'absorba.

A son arrivée, Vindu sentit immédiatement qu’il n’avait pas réintégré son corps. Il se mouvait de la même manière que lorsqu’il était dans l’éclair, sans support matériel identifiable. Ses sensations étaient elles aussi inhabituelles : il pouvait «sentir» et se représenter ce qui se passait autour de lui, mais il ne le visualisait pas au sens classique du terme. Il se déplaçait sous l’impulsion de forces qui lui échappaient, et il se laissait mener par elles tantôt rampant dans l’humus, tantôt remontant les troncs et les branches des arbres pour virevolter dans les airs. La conviction qu’il était au cœur d’une forêt et qu’il faisait nuit s’imposa graduellement à lui. Il reconnut alors sans tarder la région d’Habbel. Les mouvements élégants mais néanmoins incontrôlés qu’il effectuait le menèrent dans des secteurs où à cause des réticences de son corps il n’avait jamais pu se rendre. Sa curiosité et son excitation grandissaient. Au fur et à mesure qu’il avançait vers ce qui lui semblait être le centre de la cité, il croisait de plus en plus de Prajnas. Il pouvait percevoir leurs flux de Satya psychiques se diriger tous de concert vers une même zone. Il tenta d’infléchir son mouvement dans cette direction. Mais il se produisit soudain une sorte de décharge dans son esprit : une tornade de scènes issues de sa mémoire, qui émergeaient et disparaissaient à la vitesse de plusieurs milliers par seconde, secoua violemment sa conscience tandis qu’une terreur insoutenable le pétrifiait. Cependant, lorsqu’il revint à lui, la seule chose qui restait dans sa conscience était un désir incoercible de renouveler cette expérience. Les centaines de Prajnas perchés alentours entamèrent alors en chœur une très douce mélopée, à peine audible, qui catalysa son excitation. Il continua de se rapprocher de ce qui semblait les absorber totalement. La Présence se fit alors sentir pour la première fois. C’était quelque chose de sombre et d’extraordinairement dense et massif. Vindu réussit à surmonter les vagues de panique qui déferlaient en lui, mais perdit le contrôle lorsqu’une série de décharges embrasa de nouveau ses pensées. Une lueur bleutée qui semblait tout absorber apparut soudain au loin et s’avança vers lui à une allure fulgurante. Mais juste au moment où cet ouragan d’émotions allait atteindre son paroxysme, tout disparut soudainement.  

Deux grands primates secouaient violemment Vindu en émettant des grognements où l’on pouvait percevoir un mélange d’agacement et d’inquiétude. Celui-ci ouvrit grand les yeux et les persuada de se calmer en leur manifestant qu’il était revenu à la réalité. Mais il sentit cependant que les conditions de ce retour n’étaient pas ordinaires : les souvenirs de son rêve, qui d’habitude s’étiolaient rapidement lors de son réveil, restaient fermement ancrés dans sa mémoire, comme s’ils provenaient d’une scène réelle. Ils étaient imprégnés d’un désir profond qui accapara immédiatement son esprit. Il lui fallait coûte que coûte retrouver le bracelet de Vesya, pour pouvoir pénétrer dans Habbel et rencontrer cette force qui venait de l’appeler. Où pouvait-il bien l’avoir perdu ? Une idée germa. Et si…

L’un des deux grands singes interrompit le jeu qu’il avait entamé avec son congénère pour tourner brusquement la tête. Ses narines se dilataient pendant qu’il inspirait. Il fronça les sourcils et leva la tête. Il eut à peine le temps de voir tomber sur lui le soldat qui lui assena un violent coup sur la tête. Vindu, qui furetait non loin de là, au pied de l’érable du haut duquel il avait vu pour la première fois les habitants d’Habbel, fut simplement plaqué au sol, le crâne maintenu contre l’humus par le pied d’un soldat. De là, il put apercevoir, à quelques centimètres de son visage, le bracelet qui gisait sous une feuille épaisse. Il s’en empara d’un geste discret. Une voix de femme articula : «retournez-le». Vindu la reconnut immédiatement. La Grande Rectrice avait gardé son encombrante toge blanche. Cette vision le ramena à un pénible état d’esprit, qu’il ne connaissait que trop bien, et dans lequel il n’avait plus été plongé depuis son départ de Kahun. Brusquement, il voyait ressurgir tout ce à quoi il avait cru avoir réussi à échapper. Il venait d’être immergé dans un mode de pensée qui, au regard des perspectives qu’il s’était ouvertes depuis son arrivée à Habbel, lui semblait complètement étriqué. La Grande Rectrice se tourna vers Dvitsevin : «C’est lui, vous en êtes certain ?». Celui-ci répondit d’un hochement de tête. Puis elle s’adressa à Vindu :

_J’étais curieuse de te rencontrer. Quelle ironie, ne trouve-tu pas ? Nous croiser ici, au moment précis où ton rôle prend toute sa signification… Mais je vois dans ton air ahuri que tu n’as aucune idée du jeu auquel tu as participé en venant ici. Figure-toi que je te connais très bien. On m’a parlé de toi tellement de fois ! Cela fait des cycles de lune que nous te surveillons de près. Tout ce qui t’est arrivé n’est que le fruit d’une regrettable erreur effectuée par nos services il y a bien longtemps. Je tiens à te l’expliquer : ce serait trop bête que tu meure sans savoir pourquoi. Il faut pour cela remonter à l’époque de Kurtogdel. Ceux qui exerçaient notre actuelle fonction savaient parfaitement qu’il était en train de monter un coup d’état. Ils connaissaient l’existence des Prajnas, mais ils n’ont jamais su où se trouvait Habbel, le camp de retranchement d’où ceux-ci mettaient en place leur révolution. La nuit où il sut que ses confrères allaient être tués, Kurtogdel monta un plan dont la réalisation dépendait d’un messager. Sachant que ce dernier devait joindre ses hommes de confiance et, tôt ou tard, les Prajnas, nos prédécesseurs devaient le suivre dans le but de découvrir l’emplacement de leur campement. Mais, à cause de la maladresse d’un de nos agents, Kurtogdel s’aperçut juste après son départ que son messager était suivi. Cette première erreur fut aggravée par une sous-estimation de la réactivité du vieux Théoricien. Il réussit a tuer à mains nues plusieurs gardes et à stopper le suiveur du messager. Cette intervention lui a coûté la vie, mais elle nous a empêchés de jamais découvrir Habbel. Nous avons bien organisé de grandes battues, dans tout l’empire et même au-delà, mais elles sont restées infructueuses, et pour cause : qui aurait pu soupçonner qu’il était possible de vivre et même de bâtir une cité dans une région aussi hostile ? C’est en surveillant les activités que Kurtogdel avait eues peu avant cette nuit fatidique que nos prédécesseurs ont su qu’il était en train de monter un machination. Ils pensaient à ce moment-là être en mesure de la déjouer, et c’est pourquoi ils l’avaient laissé agir. Mais après sa mort, ils ont compris que son plan était fonctionnel, qu’il était certainement assez subtil pour que ses rouages restent impénétrables et que, tôt ou tard, ses effets s’en feraient amèrement ressentir : les Prajnas représentaient une inquiétante menace de révolution. Constatant qu’ils ne se manifestaient pas, nos prédécesseurs essayèrent sans grand succès de décoder les messages que Kurtogdel avait disséminés dans l’Université. C’est moi qui ai eu l’idée que la mécanique de son plan devait utiliser l’idiosyncrasie du destinataire de ses messages, lequel semblait être un élève Théoricien. J’en ai donc fait placer beaucoup dans la cellule que tu as fini par occuper. Nous ne devions absolument pas intervenir, pour ne pas gêner le déroulement du plan. Quelques rares d’entre eux ont commencé à déchiffrer le code, mais tous tes prédécesseurs, apparemment déroutés par la bizarrerie du mode de communication, avaient abandonné le décodage. Toi, tu as tout réussi et nous avons pu te suivre jusqu’ici.

L’esprit de Vindu se refusait à comprendre les motifs pour lesquels la Grande Rectrice était ici.
_Que voulez-vous faire subir à Habbel ?
_Je te croyais plus intelligent que cela. Nous allons la détruire, bien évidemment. Vois-tu cette boîte ? Elle contient des taons qui transportent dans leur corps une forme de vie minuscule et invisible mais néanmoins implacablement féroce, que nos Théoriciens ont mise au point. Après un certain temps de latence, elle se répand à une vitesse fulgurante dans tout ce qui vit, hommes, Prajnas, animaux ou plantes, et y transforme l’eau liquide en vapeur. Pas assez vite pourtant pour pouvoir échapper à l’incendie que nous allons provoquer et qui, grâce au vent du soir et à cette sécheresse, se propagera plus rapidement encore. C’est un travail très délicat, mais dont nous maîtrisons parfaitement chacune des étapes. Et lorsque les Prajnas s’apercevront qu’ils seront contaminés, il sera déjà trop tard pour eux.
Vindu était abasourdi. Ce fut presque sur un ton plaintif qu’il murmura :
_Mais pourquoi désirez-vous tant détruire la civilisation des Prajna ?
_Vraiment, tu me déçois. Je t’ai expliqué qu’ils sont nos ennemis politiques. Ils représentent d’autant plus une menace permanente pour l’empire que nous savons que Kurtogdel, dans ces études sur la Synthèse, était parvenu à des résultats qui auraient pu lui donner une puissance technique décisive. Depuis tout ce temps ils ne nous ont pas encore attaqués, le Radharma seul sait pourquoi. Nous devons en profiter pour les arrêter avant qu’il ne soit trop tard.
_Mais… ne pensez-vous pas que leurs savoirs pourraient être utiles pour l’empire ?
_Nous avons déjà la Synthèse et une communauté de Théoriciens assez difficile à gérer, cela nous suffit largement. Nous n’avons que faire des découvertes des Prajnas. Nous avons les nôtres et nous n’éprouvons pas le besoin qu’elles changent.

A cet instant, Dvitsevin interrompit la conversation pour attirer l’attention de la Grande Rectrice vers les deux singes. Des soldats étaient sur le point de libérer le taon. L’opération était délicate : il fallait faire en sorte qu’il pique le singe, puis le tuer immédiatement, pour s’assurer de ne pas être contaminé. Vindu sut qu’il n’aurait sans doute plus aucune occasion d’agir. Il plongea sa main dans le sac qu’il portait constamment sur lui et en sortit la petite outre que Vesya lui avait remise. Il prit une bonne rasade du mélange puis chercha rapidement un projectile solide. Comme il n’avait que très peu de temps, il se résigna à utiliser le bracelet. Il l’envoya sur l’énorme nid d’insectes, qui se détacha de la branche du tapang où il était fixé et s’écrasa aux pieds de Vindu en laissant s’échapper un nuage d’insectes paniqués. Il fut abondamment piqué. Son psychisme bascula en un rien de temps et il éructa un hurlement qui paralysa les soldats. Il profita de cet effet de surprise et de la confusion provoquée par l’attaque des insectes pour fuir. Peu de soldats furent en mesure de le suivre, et il n’eut aucun mal à les semer. Mais, sous l’effet de la drogue, il perdait très rapidement le contrôle de ses processus mentaux. Toutes ses réactions redevenaient purement instinctives. Il finit par grimper dans un arbre pour s’y assoupir.

Depuis la lisère de la jungle, la Grande Rectrice regardait Sthula, médusée. Où avait-il pu trouver des chevaux encore vivants et des Umalates assez courageux pour ne pas fuir devant la moindre perspective de combat, comme il l’avaient tous fait face aux troupes impériales quelques cycles solaires plus tôt ? Ils avaient massacré tous les hommes qu’elle avait posté en arrière garde à la frontière de cette infernale région qui enclavait Habbel. Elle jaugea la situation en une fraction de seconde : les Umalates étaient en nombre total presque cinq fois moindre et, compte tenu de leur habileté au combat, ils ne représentaient pas une bien grande menace ; cependant, la plupart de ses soldats étaient en arrière, dans le couvert des bois ; leur position ainsi que leur nombre étaient néanmoins inconnus aux Umalates ; sa meilleure chance de rester en vie était de se fondre parmi ses hommes ; il lui fallait donc gagner du temps pour leur permettre de se regrouper autour d’elle. Aussi lança-t-elle à Sthula, d’une voix volontairement chevrotante  :
_Que faites-vous ici ? En quoi les Prajnas vous intéressent-ils ?
Sthula éclata dans un ricanement carnassier. Cela faisait des années qu’il rêvait de voir la Grande Rectrice trembler de peur devant lui. Il eut un frisson et une larme perla au coin de son oeil.
_Vous avez cru que vous pourriez m’écarter du jeu d’un revers de la main ? Les Prajnas sont les auxiliaires de la révolution des Vasitas. Nous sommes là pour défendre leurs intérêts contre vos manigances. Et permettez-moi de vous dire que vous ne sortirez pas vivante de ce mauvais pas. Je crois d’ailleurs que nous avons tous sous-estimé la capacité des Umalates à…

La tête de Sthula ne fut pas en mesure de terminer cette phrase. Elle décrivit une courte trajectoire aérienne avant de rouler au sol. En s’effondrant, son corps laissa apparaître Agresara, tenant son épée à deux mains. Sans un mot, ses guerriers dégainèrent et se ruèrent sur les soldats. Malgré leur écrasante infériorité numérique, ils n’eurent aucun mal à vaincre. Ils étaient d’un agilité et d’une souplesse telles que pas un seul d’entre eux ne fut touché par aucun des soldats impériaux. Ils sautaient en tous sens, effectuaient des vols planés, s’agrippaient aux branches, esquivaient tous les coups et tuaient à chaque geste. Leurs glaives en bronze, qui avaient été forgés dans les fonderies d’une lointaine contrée jadis pillée, brisaient net les archaïques épées en cuivre de leurs adversaires. Leur travail fut d’une telle précision qu’ils purent récupérer pour chacun d’entre eux un uniforme de soldat impérial intact, pas même taché d’une seule goutte de sang. Ils capturèrent la Grande Rectrice. Elle représentait le laisser-passer qui leur permettrait enfin de s’infiltrer dans la forteresse impériale.

Une violente douleur dans la cheville arracha Vindu à sa léthargie. Son sursaut épouvanta les vautours, qui s’envolèrent en poussant des cris sinistres. Les yeux clos, il se tourna sur le dos en se demandant ce qu’il faisait là. Un miracle qu’il n’ait pas été repéré par un félin. Soudain, il revit le rictus de la Grande Rectrice. Il sauta sur ses pieds et se mit à courir en direction d’Habbel. Il escalada la petite cordillère qui l’entourait et lorsqu’il en parvint au faîte, il resta estomaqué. Ses jambes flageolèrent et il s’affaissa au sol.

La journée était très avancée et du soleil émanait déjà une lumière orange. En dépit de sa tragique signification, la scène qui s’offrait ainsi à Vindu était d’une beauté saisissante. Un nuage de fumée se dégageait du bassin qui avait abrité Habbel et se dispersait en direction des montagnes. Ses volutes prenaient des myriades de teintes crépusculaires. La plus grande partie de la végétation était calcinée, et celle qui n’avait pas encore brûlée s’était complètement assombrie et racornie. Cette alliance inattendue de l'intolérable avec le splendide disloquait ses pensées. Il resta longtemps à regarder ce spectacle, immobile. Mais avec le temps, une pensée nette se cristallisa en lui : les intrigues dérisoires des politiciens de Kahun avaient mis fin à Habbel et aux prodigieux horizons qui grâce à eux s’ouvraient au monde. Sans même le savoir, le peuple de Kahun et ses héritiers paieraient désormais ce forfait de ses simples conséquences : ils demeureraient ignorants de ce que leurs ancêtres avaient été, les empires se succédant ils continueraient d’asservir avec ignorance et mépris les êtres qui les entoureraient, ils aliéneraient leur environnement direct en construisant des ustensiles, des machines et des bâtiments qui finiraient par les séparer complètement du monde -où les autres êtres subiraient la tyrannie qu’ils n’auraient plus qu’à peine la conscience d’exercer sur eux- et sombrant ainsi toujours plus profondément dans leur égocentrisme, jamais ils ne redécouvriraient les formidables possibilités que leur offre leur nature. Mais il resterait dans leurs légendes un mythe qui témoignerait du fratricide commis par leurs ancêtres. Ainsi, quelles que soient les formes qu’ils prendraient, tous se souviendraient des noms de Kahun et Habbel. Et quelques uns -très peu- sauraient.

Il faisait déjà nuit lorsque Vindu se sentit soudainement attiré vers le fond du bassin. Il se leva sans même contrôler ses gestes. Il dû lutter avec lui-même pour résister à cet appel. Autour de lui, les herbes et les arbustes se courbaient et s’étiraient dans cette direction. Les ruines d’Habbel attiraient vers elles tous les flux de Satya. Vindu décampa sans plus attendre et alla se cacher, sous terre. Depuis le fond de la grotte, il put voir la nuit être éclairée par une immense boule de feu qui, provenant sans doute du cosmos, traversa le ciel et s’écrasa sur Habbel, ébranlant violemment le sol et soulevant de gigantesques nuées de poussières.

Les Umalates, même s’ils étaient des guerriers sans égaux, ne pouvaient attaquer de l’extérieur une forteresse aussi bien gardée que le palais impérial de Kahun. Se faisant passer pour l’unité accompagnant la Grande Rectrice, ils purent y pénétrer sans encombres. Leur action fut si fulgurante que lorsque ils pénétrèrent dans les appartements de l’impératrice, l’alerte n’avait même pas été donnée. Ils la mirent publiquement à mort le lendemain, accompagnée de la Sibylle et son cortège de vestales et de Théoriciens, sur la grande place. Le Temple qui la dominait fut détruit, ainsi que l’Université. Dès lors, la ville leur appartenait. En très peu de temps, ils soumirent les villages de la région et y recrutèrent les adolescents et les jeunes hommes dont ils commencèrent immédiatement l’entraînement intensif. Agresara entreprit la reconquête de l’empire. Il espérait bien pouvoir conquérir le monde entier. C’est pourquoi il ordonna que sur les ruines du temple on érige une tour suffisamment grande pour que du haut il puisse embrasser d’un seul regard toute l’étendue de ses conquêtes. Il abandonna le nom de Kahun pour celui de Baâb-El. Et lorsque ses yeux se fermèrent pour la dernière fois, l’un des chefs de son armée l’ayant publiquement transpercé de son glaive, il se rappela le jour lointain où, au fond d’une grotte sacrée, il avait saisit le secret des Umalates, celui que chaque guerrier doit prouver avoir compris, mais que nul n’a le droit de prononcer : «Rien n’est vrai et tout est permis.»

8
= DISCUSSION GENERALE = / c'est la pleine saison
« le: octobre 12, 2005, 16:14:32 »
il est grand temps d'aller faire ses emplettes dans les bouses



ils sont pas jolis les psilocybes ?

9
= DISCUSSION GENERALE = / 40 idées
« le: août 30, 2005, 10:49:08 »
...de petits sacrifices


1.   Ne pas croiser les jambes quand on est assis.
2.   Attendre pour boire à table qu'un autre ait commencé son verre.
3.   Dormir la fenêtre ouverte (radiateur fermé) quel que soit le temps.
4.   Après un repas, débarrasser et aller aider à ranger la cuisine .
5.   Garder les pieds joints en restant debout, sans s'appuyer sur une jambe ou sur l'autre.
6.   Reprendre d'un plat qu'on n'aime pas.
7.   Attendre 5 minutes de plus avant de commencer à faire quelque chose qu'on aime bien.
8.   Ranger son armoire, et trier ses affaires (dans les tiroirs).
9.   Ne pas se balancer sur sa chaise.
10.   Saler un peu trop, ou épicer, un plat qu'on apprécie particulièrement.
11.   Consacrer la soirée à lire au lieu de regarder la télévision.
12.   Donner son sang (si on a plus de 18 ans), ou de son temps aux autres.
13.   Si on sert la messe, garder les mains jointes (doigts serrés et tendus).
14.   Si on doit chanter (à l'église), s'obliger à mieux articuler.
15.   Se priver de grignoter entre les repas.
16.   Téléphoner ou écrire à une personne âgée qui ne reçoit guère de nouvelles.
17.   Ne pas s'appuyer sur le dossier de sa chaise, mais tenir le dos droit.
18.   Prendre un sucre de moins dans son petit déjeuner.
19.   Se lever plus tôt le vendredi matin pour s'obliger à faire un cross.
20.   Se priver de friandises (de vin, le cas échéant, ou de cigarette).
21.   Partager ce qu'on préfère dans son casse-croûte.
22.   Si on souffre d'une maladie ou d'un handicap, aborder avec le sourire un obstacle gênant.
23.   Choisir à la télévision de voir un documentaire instructif plutôt qu'un film.
24.   Si on doit faire plusieurs choses, commencer par celle qu'on aime le moins.
25.   Mettre son réveil 5 minutes avant et s'obliger à faire quelques mouvements de gym (pompes, abdo).
26.   Ne prendre que du pain pour le goûter.
27.   Avoir suffisamment de volonté pour se laver à l'eau froide.
28.   Aller parler avec une personne isolée qu'on n'aime pas beaucoup.
29.   Résister à une envie de se gratter qui nous démange.
30.   Faire un petit trajet à pied, au lieu de prendre le vélo (le bus ou la voiture).
31.    "Brûler" dans la prière de la journée, 5 minutes de plus que d'habitude.
32.    Se retenir de mettre les mains dans les poches.
33.   S'obliger à apprendre par cœur quelques versets (des épîtres de St Jean, par exemple).
34.   Écrire à son parrain ou sa marraine en dehors de la période des étrennes.
35.   Prendre un peu de son argent de poche pour fleurir un oratoire.
36.   Jouer quand on n'en a pas envie avec celui qui le propose.
37.   Laisser un faux plis gênant dans ses chaussettes.
38.   Retenir sur ses lèvres une réponse, face à des critiques ou remarques blessantes.
39.   Monter par l'escalier au lieu de prendre l'ascenseur.
40.   Et surtout accomplir chaque jour à fond ce qu'on n'aime pas dans son devoir d'état…

http://rmont.omikron.zettai.net/riaumont/religieux/spi/textes/sacrifices_html/fr

http://www.riaumont.net/


10
= CODE DE CONFORMITE = / 3 mois de vacances
« le: août 21, 2005, 20:53:04 »
c'est ce que peuvent se payer le étudiants qui se poilent en regardant travailler tous les autres.

à part ça, lapinchien je suis presque de retour, j'ai toujours pas de nouveau pour IP-war mais tu as un IM qui laisse espérer la naissance de sperman, le nouveau super-héros qui arrose ses ennemis

11
= CODE DE CONFORMITE = / Les héritiers de Kahun - 3 : Habbel
« le: juillet 31, 2005, 19:15:19 »
Le chien marqua un arrêt, le museau légèrement relevé et la truffe au vent. Il devait encore flairer la présence de quelque redoutable prédateur. Tout cela commençait à impatienter Dvitsevin. Il portait un œil méfiant sur les deux Umalates qui l’accompagnaient. Ces derniers ne connaissaient que très peu la langue de Kahun, ce qui limitait considérablement les possibilités de communication avec eux et réduisait les échanges aux strictes nécessités de la mission. Les deux métèques conversaient -toujours très brièvement- dans leur jargon inintelligible, se retournant vers lui en riant lorsque, dans un passage difficile ou en fin de journée, il commençait à donner des signes de faiblesses alors que ses guides ne peinaient pas le moins du monde, ce qui lui donnait à penser qu’ils se payaient joyeusement sa tête. Cette goguenardise s'était déclarée lors de leur premier bivouac, lorsqu’il avait véhémentement refusé de participer à leurs jeux homosexuels. Comme il ne leur accordait aucune confiance, il était constamment sur ses gardes et depuis qu’ils étaient partis il n’avait jamais dormi que d’un œil. Il commençait d’ailleurs à fatiguer sérieusement. Sans compter que la progression était devenue particulièrement difficile. L’air était lourd, les moustiques ne leurs laissaient pas une seconde de répit et il fallait être extrêmement vigilant. De plus, la région qu’ils parcouraient depuis la veille était un véritable labyrinthe. Jamais il n’avait vu un amalgame aussi dense d’obstacles naturels. Ils devaient franchir des bras de rivières infestés de serpents ou des marécages abritant des crocodiles, escalader des parois abruptes et y hisser le chien sans se faire mordre, traverser de longues grottes obscures où se tapissaient des chauves-souris prêtes à venir leur sucer le sang, ou encore grimper aux arbres et se déplacer de branches en branches pour franchir des ravins ou des zones peuplées d’une faune dangereuse. Heureusement, le flair du chien était infaillible. Dvitsevin se demanda comment ce simple étudiant, citadin de surcroît, pouvait bien réussir à se repérer avec une telle précision dans une région aussi dangereuse.

Vindu s’était assis sur une basse branche d'un épicéa, assez haut pour ne pas être importuné par les menus insectes qui proliféraient au niveau du sol. Il n’avait plus de vivres et sa réserve d’eau était vide. La déshydratation commençait à lui donner de légers mais tangibles maux de têtes. Il aurait pu y remédier en mangeant des fruits, mais il ne connaissait pas les plantes qui poussaient ici et, ne sachant lesquelles étaient toxiques, il préférait se retenir le plus longtemps possible, en espérant arriver avant d'être forcé à ces dangereuses expérimentations. D'après ce qu'il savait, il ne devait plus être loin de sa destination. Il regarda d'un oeil vide cette espèce de boule sombre autour de laquelle virevoltaient des centaines d'insectes. Elle était accrochée sur cette même branche, un peu plus loin du tronc. L’un des arbres* de Kurtogdel lui expliquait comment utiliser le liquide contenu dans la petite outre en peau de chèvre que Vesya lui avait remis. Il s’agissait d’un mélange qui modifiait le fonctionnement habituel de ses processus perceptifs et lui permettait d'amplifier ses sensations, surtout olfactives. Il pouvait alors éviter les territoires de chasse des fauves, que ceux-ci marquaient de leur urine, suivre les pistes plus sûres des herbivores et le cas échéant capter de suffisamment loin la présence des dangers, pour autant qu'il ne se trouvassent pas dans l’ombre olfactive générée par le vent. L'envers de la médaille était que cette drogue réduisait ses capacités d'analyse et qu'il lui fallait parfois beaucoup de volonté pour ne pas perdre de vue ce qu'il était venu faire dans cet endroit. Une fois ingérée, elle ne devenait active que sous l'action du venin frais de ces insectes, dont il avait appris à repérer les nids. Avant de s'en reprendre une dose et de provoquer une piqûre, il escalada quelques branchages pour obtenir une vue dégagée du terrain. La vision qui s'offrit à lui le réconforta : ce rocher arrondi, en forme de tortue, était le signe que son périple touchait à sa fin.

Il redescendit en glissant le long du tronc. Lorsqu’il aperçut le sol, il eut un sursaut de frayeur, lâcha prise et s’écrasa au pied de l’arbre. Un objet roula sous les herbes. Bien que durement endolori, il se releva d’un bond pour faire face à ces êtres étranges qui l’entouraient. C’étaient de grands singes à la stature droite. Leur corps tout entier, jusqu’à leur visage, était enfoui sous des touffes de poils bruns. Ils portaient à la taille et en haut des cuisses des ceintures de bijoux qui mettaient leur sexe en valeur. Ils le regardaient en grognant et en montrant des crocs acérés. Vindu fit un grand effort pour se calmer. L’arbre* de Kurtogdel prévoyait cela, tout devait donc bien se passer. Mais il ne fallait pas leur envoyer la moindre phéromone de peur, auquel cas ils s’attaqueraient à lui sans pitié. Il leur lança un long «Ayooooyaaahiiinabooooota», comme il lui avait été prescrit. L’hostilité disparut immédiatement de leur faciès pour faire place à une intense curiosité. Ils s’approchèrent de lui lentement, puis se mirent à lui palper les bras, les mollets, le sexe, à renifler ses aisselles et son anus, certains à lui lécher la peau. Au bout de quelques instants, l’un d’entre eux, qui s’était tenu à l’écart et portait des bijoux sur le front et au sommet du crâne, lança une courte intonation. Les singes s’écartèrent d’un seul mouvement.

Celui qui semblait être le chef lui fit signe de les suivre et cette étrange escorte se mit en route. Ils marchèrent pendant quelques fractions de cycle solaire. Suivant des pistes qu'ils devaient bien connaître, ils progressèrent dans la jungle et parvinrent bientôt au sommet d’une saillie rocheuse qui dominait la région avoisinante. Derrière eux se situait la zone inhospitalière que Vindu venait de traverser, et plus loin vers l’horizon s’étendaient à perte de vue les plaines de l’empire. La crête qu’ils avaient empruntée était presque circulaire et ceinturait une région abondamment boisée. De l’autre côté s’élevaient les premiers contreforts des hautes montagnes, dont on pouvait apercevoir au loin les massifs rocailleux d’où s’extirpaient quelques pics solitaires. Vindu cherchait dans ce paysage la silhouette des bâtiments d’Habbel, mais le pays semblait être resté sauvage. Et pourtant, d’après les arbres* de Kurtogdel, qui jusque là n’avaient jamais été mis en défaut, la cité aurait dû se trouver dans les environs. Ils finirent par descendre à l'intérieur de la vaste zone délimitée par la crête, pour s’enfoncer à nouveau dans les sous-bois. Vindu eut une étrange sensation de vertige et un léger haut-le-cœur. Mais son attention fut captée par ce qui était en train de se passer. Leur troupe semblait être parvenue à une sorte de poste de garde, et trois êtres encore plus étranges que les grands singes descendirent des hauteurs sylvestres pour s’avancer vers eux, toujours agrippés aux branches.

C'était une espèce de quadrumanes assez étranges, qui ressemblaient à la fois aux chimpanzés et aux humains. Leurs orteils n'étaient pas différents des doigts de leurs mains : leur pouce y était également opposable. Cela leur permettait d'évoluer avec une grande aisance dans les branchages. Ils possédaient un abondant pelage de couleur brune. Des touffes tirant sur l'ocre recouvraient leur tête et descendaient dans leur nuque jusqu'au milieu du dos, le long de leur colonne vertébrale, tandis que les poils de leur cou arboraient une couleur plus foncée. Leur visage, si ce n'était un nez écrasé et un menton fortement abaissé, était presque humain. Leur regard était profond et les mouvements de leurs yeux, comme ceux de leur tête et de tout leurs membres, étaient lents mais précis, et d'une grande fluidité. L'ensemble de leurs gestes était admirablement coordonné et leur allure révélait une profonde harmonie physiologique. Vindu n'eut pas une seconde de doute. C'étaient des Prajnas. Le plus âgé de ses escorteurs s’approcha de l’un d’entre eux qui, les pieds accrochés à une branche, était suspendu par les jambes. Lorsqu'ils furent face à face, ils se saisirent mutuellement les coudes puis mirent en contact le sommet de leur crâne. Puis, au bout de quelques instants, ils se séparèrent. Les grands singes retournèrent dans la direction par laquelle ils étaient arrivés et Vindu fut confié à ces Prajnas.

L'eau de la chute l’assommait presque, mais Dvitsevin était trop content de pouvoir enfin nettoyer la boue dont il s'était enduit le corps pour que les énormes primates ne puissent pas le repérer au flair. Non loin de là, à côté de leur chien, gisaient les cadavres des deux Umalates, mordant encore ce qui restait de leur pénis tranché. La partie pénible de sa mission touchait maintenant à sa fin. Il ne lui restait plus qu'à récupérer le cheval qu'ils avaient laissé en arrière quelques cycles solaires plus tôt -s'il n'avait pas été tué entre temps par un prédateur- et rejoindre Kahun au plus vite.

Le malaise de Vindu se fit de nouveau sentir, avec plus de force cette fois. Son estomac se contractait et il réprima une envie de vomir. Il lui semblait que son esprit se délitait, et il dut faire un effort de volonté pour rester présent. Les Prajnas s’étaient retirèrent, sauf celui qui s’était avancé au plus près et qui était toujours suspendu la tête en bas. Il l’avait surveillé d’un œil curieux pendant quelques temps. Un autre Prajna apparut soudain dans les feuillages. Il fit signe à Vindu d’approcher. Après l’avoir longuement regardé dans les yeux, il empoigna doucement ses coudes et lui fit signe de baisser la tête. Lorsque les sommets de leur crâne furent joints, Vindu constata que son mental entrait en état de rêve*, et qu’un arbre* s’y érigeait comme de lui-même. Il comprit immédiatement qu’il expérimentait pour la première fois l’état de rêve* partagé et, bien que luttant toujours contre son inexplicable étourdissement, il réussit à focaliser son attention sur l’interprétation du message qu’il recevait. Mais malgré sa grande simplicité, l’arborescence n’avait pas une structure orthodoxe et il ne put en comprendre le sens qu’avec une certaine difficulté. Le Prajna s’appelait Pranaya. Il lui souhaitait la bienvenue, lui exprimait qu’il était très honoré et ému de l’accueillir, parce qu’il se préparait à sa venue éventuelle depuis des cycles de moissons. Il lui signala qu’il pouvait recevoir les émissions cérébrales mais pas en envoyer. Il expliqua ensuite que parmi les Prajnas personne d’autre que lui-même et le disciple qui était jusque-là destiné à le remplacer ne savait plus manipuler les énoncés* de Synthèse. Les formulations qu’elle utilisait n’étaient qu’une forme archaïque de leur langage actuel, lequel, au cours du temps, était devenu à la fois plus simple, plus précis et plus complet. Il projeta ensuite dans sur son mental une série d’arbres* qui représentaient un code de langage tactile grâce auquel Vindu pourrait donner des réponses simples à certaines questions, en pressant avec les doigts divers points du corps de son interlocuteur. Mais le jeune Théoricien sentit soudain que ses forces l’abandonnaient. Ses yeux se voilèrent et, dans une vision enfiévrée, il se désagrégea en menus morceaux qui, en s’affaissant, roulèrent les uns sur les autres et s’entassèrent au sol en un monticule informe.

Vindu ouvrit les yeux. Il était allongé sur un parterre de mousse. Sa tête était enveloppée par une grande feuille d’herbacée, laquelle lui recouvrait toute la tête sauf la partie centrale du visage. Son esprit embrumé mélangeait ses perceptions aux parcelles de rêves qui virevoltaient encore autour de lui. Il sentait s’éloigner avec mélancolie ce mystérieux compagnon de voyage qui l’avait guidé à travers ses songes. Il prit le parti de regarder autour de lui. Il se trouvait dans une sorte de buisson creux. Sa forme était insolite. Il semblait avoir été aménagé. Un mélange de plantes diverses s’exhumait autour de lui en arc de cercle, s’enchevêtraient au fur et à mesure qu’elles s’élevaient, et finissaient par former une voûte qui se dressait à hauteur d’homme. L’une d’elles produisait de larges feuilles tombantes qui donnaient à l’entrelacement l’allure d’une paroi vivante. En se hissant sur les coudes, il s’aperçut que la charpente délimitait un espace clos dans lequel était percée une sorte de porte, une zone où les végétaux s’étaient abstenus de croître. Il eut alors le sentiment de se trouver dans une demeure vivante. Soudain une tête d’enfant simiesque apparut à l’envers en haut de l’ouverture qui donnait sur la pièce voisine. Elle le dévora des yeux avec une intrépide curiosité puis se mit à rire et enfin disparut. Vindu se leva lentement et avec difficulté. Il se sentait lourd, comme s’il avait une chape de métal dans le crâne. Il ferma les yeux pour se ressaisir, mais il se produisit un phénomène étrange. Il eut le sentiment qu’il venait en fait d’ouvrir les paupières et qu’il se trouvait dans un univers totalement différent et tout aussi réaliste. Les environs y étaient obscurs, humides et rocailleux. Il devinait dans les ténèbres la présence menaçante d’immenses bulbes noirs. Ceux-ci perçurent sa présence et se mirent à produire un mugissement souterrain qui fit trembler le sol et crouler les roches autour de lui. Il sentit alors résonner un appel au plus profond de sa conscience, et ferma les yeux…

Qu’il ouvrit sur la précédente réalité sylvestre. C’était Pranaya qui, ayant saisi sa tête entre ses mains, la balançait doucement pour le délivrer de son hallucination. Il lui offrit une coupelle en écorce d’arbre qui contenait une potion jaunâtre. Il engagea Vindu à la boire lentement, par gorgées. Les substances qu’elle contenait agirent très rapidement. Au fur et à mesure que le liquide pénétrait son estomac, il sentait les bulbes se faner, pourrir, et retourner au lointain et inaccessible néant d’où ils avaient surgi. Les vertiges disparurent, eux aussi. Pranaya lui fit ensuite signe de le suivre hors du buisson. Lorsqu’ils en émergèrent, une brise tiède et fruitée leur caressa doucement le front. Apparemment, ils se trouvaient toujours en plein cœur de la forêt. Toujours pas le moindre signe de la proximité d’une cité. Pranaya le tira près de lui et baissa la tête pour juxtaposer le sommet de leur crâne, puis engagea un rêve* partagé. La conversation qui s’ensuivit s’effectua dans le champ de la Synthèse. En voici une projection sommaire sur notre langage :
_Il est naturel que tu aie des malaises. Nous autres Prajnas savons en tirer parti, mais ceux qui ne sont pas accoutumés à la puissante influence qu’exercent sur eux les forces qui agissent dans cette région sont profondément déstabilisés, voire détruits par leur fulgurante intensité. On raconte qu’un homme comme toi est un jour venu à Habbel, qu’il a ressenti une grande fatigue et qu’il a fini par s’assoupir. Son sommeil lui a été fatal. Il est mort d’extrême vieillesse moins de deux cycles solaires plus tard. Tu dois te protéger, car cela pourrait t’arriver, à toi aussi. On t’a remis un bracelet avant ton arrivée ici, n’est-ce pas ?
Vindu se rappela celui que Vesya lui avait remis :
_oui
_Il faut que tu le mettes à ton poignet et qu’il y reste dorénavant.
Il fouilla dans le petit sac qu’il portait constamment sur lui et où il conservait les objets importants, mais il n’y était pas. Il fit un signe d’impuissance à Pranaya. Il n’y avait pas prêté attention depuis qu’il l’y avait mis. Il tenta de deviner où il se trouvait, mais il pouvait l’avoir perdu n’importe où, tout au long du chemin qu’il avait effectué depuis la demeure de Vesya.
_Ce bracelet devait te protéger et t’aider à t’adapter. Il est composé de minéraux très rares qu’on ne trouve que dans certaines grottes. Il n’en existe pas de telle dans les environs d’Habbel. Et comme nous autres Prajnas ne pouvons quitter cette région sans prendre d’immenses risques, il faudra que tu en trouve un toi-même ou que par d’autres moyens tu réussisse à t’acclimater petit à petit à ce lieu. De plus, si tu ne veux pas consumer toutes tes forces comme ton lointain prédécesseur, il te faudra prendre de nombreuses précautions. Evite de rester seul et de te plonger dans tes pensées. Elles pourraient te mener sur des territoires dangereux. Mais surtout, prends garde de ne jamais t’endormir inopportunément. Tes rêves doivent être protégés par la plante dans une feuille de laquelle reposait ta tête lorsque tu t’es réveillé tout à l’heure.

Pranaya resta avec Vindu pendant une longue portion de cycle solaire, à projeter en lui des arbres* explicatifs, afin qu’il puisse comprendre ce qu’il pourrait voir d’Habbel et saisir pleinement le sens de sa mission.

La connaissance de la Synthèse avait été transmise aux Prajnas par Kurtogdel, à l’époque de la création d’Habbel. Il l’utilisait comme un moyen d’explorer l’être humain et avait appris à s’en servir comme d’un langage, grâce au rêve* partagé. Elle permettait déjà aux Théoriciens de visualiser à chaque instant la plupart des étages de leur conscience. Il s’étaient en effet aperçus que les arbres*, dans leur organisation, étaient intimement liés à la structure de l’esprit, reproduisant la composition organique du cerveau. Les Prajnas avaient déjà naturellement la faculté de se mettre en état de rêve* pour communiquer, mais cette capacité n’était présente chez eux qu’à l’état de potentialité. Ils avaient réussi à la réveiller. Ils s’étaient ensuite transmis les uns aux autres les notions de la Synthèse, puis se les étaient appropriées collectivement en les intégrant à leurs processus psychiques et physiologiques. Cette assimilation progressive avait été très lente chez les adultes, mais l’apprentissage de ces mécanismes n’avait présenté aucune difficulté à leur progéniture. Les générations de Prajnas qui avaient suivi s’étaient occupées d’en approfondir la portée et les possibilités. Elles avaient découvert comment entrer en rêve* partagé avec d’autres formes de vie, et ce faisant que tous les êtres vivants possédaient une conscience, végétative chez les plantes et plus mouvante chez les faunes, organisée selon les schémas de la Synthèse. Les Prajnas avaient donc réussi à interagir avec les arbres* qui structuraient la psyché des végétaux, à pénétrer leur système perceptif. Après de longues périodes d’essais, ils étaient devenus capables de savoir avec précision quelle était l’état d’une plante donnée : quelle était son architecture spatiale, son histoire, ses besoins en éléments nutritifs ou en lumière…

Le rêve partagé avait donc permis aux Prajnas d’explorer les différentes organisations qu’adoptaient des êtres vivants plus élémentaires et donc plus facilement analysables. Ils étaient ainsi remontés jusqu’au principe fondamental de la vie : la conscience. En effet, même les organismes les plus rudimentaires avaient une certaine notion d’elles-mêmes, qui se manifestait, outre par la présence d’un état de rêve* latent, par la manifestation de signaux internes véhiculant information et énergie. Le support de cette conscience s’était avéré être une population d’entités immatérielles que les Prajnas appelaient Satya. Il était possible de repérer leur flux incandescent non seulement dans tous les êtres vivants mais aussi dans l’air, l’eau et les roches. L’intensité de leur concentration dans une zone donnée était un indicateur d’un certain niveau de conscience. Les Prajnas avaient constaté qu’ils étaient en grande quantité dans le corps et surtout le cerveau des humains, ainsi que ceux des autres êtres vivants, mais qu’ils naviguaient également en de nombreux autres endroits, notamment dans les innervations de l’écorce terrestre. Après cette découverte, certains Prajnas s’étaient investis dans l’étude de la nature humaine. Ils avaient ainsi découvert que les hommes n’existaient pas autrement que par l’effet des Satya qui évoluaient en eux. Ils avaient compris comment le rêve* partagé se mettait en place par la mise en commun de Satya propres à chacun des interlocuteurs. Leurs découvertes leur permirent de briser une erreur remontant à la nuit des temps : la solitude de l’individu n’était qu’une méprise. Les limites de ce qui lui était propre, qu’il avait depuis toujours fixées au niveau de son épiderme, n’étaient qu’illusion. De la même manière que l’air dans lequel baignait habituellement le corps devenait instantanément, par l’intermédiaire de la respiration, partie intégrante de l’organisme, tout ce qui était considéré comme extérieur prenait part à l’essence de l’individu. Ceux qui réussissaient à assimiler ce fait devenaient dès lors capables de détacher de leur corps une partie de leur conscience, ce qui leur permettait, en suivant les flux de Satya, d’acquérir toutes sortes de nouvelles perceptions.

Sthula écumait. Ces incapables d’Umalates avaient laissé les soldats tuer tous leurs chevaux. Outre les dommages que représentait la perte, cette intervention des forces impériales avait de quoi l’inquiéter. Cela signifiait-il que l’impératrice avait eu vent de l’activité des Vasitas ? Il ne pouvait s’empêcher de songer à la disparition du talisman. Il pénétra dans son bureau et resta frappé de stupeur. Dvitsevin était nonchalamment assis à sa place et utilisait sans vergogne sa masseuse de cuir chevelu personnelle. Une petite merveille que seul un haut fonctionnaire comme lui pouvait se permettre de posséder dans son bureau. Il vit dans le regard du fonctionnaire ce qu’il avait toujours eu peur de finir par l’y découvrir un jour : de la supériorité. Pire, de la condescendance. Il comprit immédiatement à quel genre de jeu il venait de perdre.
«_Je parie que vous ne l’utilisez même pas.
_ Vous nous avez vendus à l’impératrice, c’est ça ?
_Oh, non ! La situation serait beaucoup moins déshonorante pour vous. Je n’en ai pas eu besoin, parce qu’en réalité vous n’avez jamais été qu’un pion sur l’échiquier de la couronne. Les Vasitas, en qui vous aviez totale confiance parce que vous leur apparteniez depuis votre jeunesse et que c’est vous qui les dirigiez, n’ont jamais été qu’un moyen mis en place par les Sibylles, peu après l’éradication de la grande hérésie, pour contrôler les Théoriciens qui avaient une propension à se rebeller, et favoriser la réalisation partielle du plan de Kurtogdel. La bibliothèque interdite a été créée dans le seul but de vous laisser croire que vous saviez des choses que l’empire voulait vous cacher, et par là que vous aviez un certain avantage sur lui. En réalité, les Vasitas ont toujours été étroitement surveillés par le département dans lequel je travaille, le plus souvent grâce à l’infiltration d’un agent impérial dans votre faction. Mais le plus drôle dans toute cette affaire, c’est que vous ne vous êtes aperçu de rien, alors que le jeune Vindu était justement votre propre disciple. C’est lui que nous surveillons le plus depuis quelques cycles de lune, et lui seul nous intéresse désormais. Il va nous permettre de mettre enfin la main sur ces Prajnas, que nous avons cherché en vain pendant des dizaines de cycles de moissons. Vous autres Vasitas n’avez plus aucune utilité. Et au fond, vous n’avez jamais servi à grand chose. Nous avons pensé que Kurtogdel donnerait à Vindu la consigne de prendre contact avec vous, mais il n’en a rien été, et nous avons fait là une grave erreur : il s’est échappé de Kahun sans que nous en ayons eu connaissance. C’est alors que j’ai pensé à utiliser les chiens des Umalates, qui seuls pouvaient nous permettre de le retrouver. Il fallait pour cela leur accord, et donc le vôtre. J’ai alors fait disparaître votre fameux talisman. Vous avez réagi exactement comme je l’avais prévu : persuadé que c’était Vindu qui avait fait le coup, vous étiez prêt à tout mettre en œuvre pour le retrouver, et vous m’avez vous-même envoyé sur sa piste.
_Espèce de…
_Qu’est-ce que vous avez cru ? Qu’un personnage aussi ridicule que vous pouvait monter un coup d’état ?
Soudain, Sthula ne se contint plus. Il chargea en direction de Dvitsevin, les traits du visage tirés par un rictus de haine. Mais celui-ci se leva d’un bond, se pencha légèrement en avant, les muscles bandés, et face à la stature imposante de son adversaire, Sthula stoppa net son mouvement. Ils se reg   ardèrent droit dans les yeux pendant quelques secondes. Puis, constatant l’impossibilité d’une attaque de front, Sthula fit demi-tour et se précipita vers la sortie. Dvitsevin ricana, du fond du bureau : «vous êtes un homme fini». Tout en traversant les couloirs, le fuyard comprit que c’était vrai. Il devait désormais s’attendre à ce que l’impératrice se débarrasse d’un conspirateur qui avait jusque là été toléré pour sa supposée utilité, mais qui n’avait dorénavant plus aucun intérêt. Les Prajnas… Il pourrait peut-être trouver en eux de solides alliés. C’était en tout cas sa dernière chance de se sauver, lui et la révolution. Il suffirait sans doute de leur promettre une partie du pouvoir. Mais il fallait agir vite. Ses seules ressources résidaient désormais dans celles des Umalates.

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= INITIATIVES = / Quand avez-vous des envies
« le: juillet 13, 2005, 16:54:13 »
...de meurtre ?

moi j'ai une aversion particulières pour les conducteurs de véhicules en tous genres, comme ces enculés de pompiers avec leurs saloperies de sirènes à pleins tubes ou bien les acharnés du klaxon à 7h03 du matin

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= CODE DE CONFORMITE = / Les héritiers de Kahun - 2 : Fuite
« le: juillet 09, 2005, 20:21:54 »
Les corps, complètement déchaînés, s’adonnaient à tous leurs appétits. Des groupes de musiciens scandaient des mélodies torrentueuses aux accents frénétiques, au rythme desquelles des danseuses nues déployaient leurs sarabandes en poussant des appels hystériques. La plupart des spectateurs, transportés par des bouffées de délires opiacés, avaient beaucoup de mal à se tenir debout. De jeunes cornacs arpentaient la ville en proposant aux passants d’échanger quelques étreintes vacillantes avec la geisha qui reposait, cuisses écartées, dans le nid de coussins pourpres aménagé sur le dos de leur éléphant. De toutes les directions, on entendait exploser des rugissements de plaisirs qui ajoutaient un peu plus de confusion à ce gigantesque chaos orgastique qu’était la fête de Lohi.  

Des milliers d’esclaves surexcités remplissaient ainsi les rues de Kahun, libres de faire tout ce qui leur plaisait. Leurs maîtres s’étaient retranchés dans leurs logements, portes et fenêtres barricadées. Les soldats étaient en alerte, arme au poing, le long des remparts du palais ou sur l’escalier menant au Temple. Ceux qui se seraient approché de ces bâtiments d’un peu trop près auraient été abattus sur le champ. Malheur aussi aux citoyens qui auraient osé arpenter les rues : aussitôt reconnus, ils auraient été battus par cent gourdins et humiliés sous le regard narquois de mille spectateurs.

A la nuit tombée, pendant que les festivités nocturnes s’organisaient autour d’immenses bûchers dont les lueurs attiraient les fêtards vers les places, Vindu se glissait furtivement dans la pénombre. Il avait revêtu des haillons, dans l’espoir de passer inaperçu, et s’avançait avec circonspection tout en prenant soin d’avoir une allure naturelle. Sa traversée de la ville s’était déroulée presque sans encombres. Il avait seulement croisé un groupe d’esclaves, apparemment sous l’influence de quelque substance végétale, qui se bousculaient involontairement au hasard de leur démarche désarticulée, en chantant quelque rengaine grivoise. Ils portaient à grand peine, sur leurs épaules vacillantes, un pauvre bougre ficelé de la tête au pied et dont le sort semblait fortement compromis. Mais Vindu était sagement resté serein : ces balourds étaient tellement défoncés qu’ils ne l’avaient même pas remarqué.

Il parvint bientôt jusqu’au bâtiment des eaux de la ville, qui renfermait la laverie publique et plusieurs puits mis à disposition des habitants du quartier. En temps normal, l’entrée en était systématiquement gardée. Mais en ce jour de fête, au sein de cette ville livrée à elle même, aucun soldat n’aurait accepté de tenir cette faction suicidaire, devant un bâtiment qui ne présentait somme toute aucun intérêt pour les fêtards, et dont il suffisait de verrouiller l’entrée. Du reste, il n’y avait absolument personne dans les environs. Vindu eut un peu de mal à mobiliser les lois* qu’il connaissait sur le fonctionnement des serrures, mais il parvint sans tarder à ouvrir la porte principale. Il se dirigea ensuite vers un renfoncement au fond duquel se dressait une porte discrète. Il se remémora, cette fois sans peine, les actions prescrites par l’arbre* mystérieux qu’il avait réussi à décoder, et ne tarda pas à trouver la brique qui commandait l’ouverture du passage. Il tira ensuite de ses vêtements une petite lampe à huile d’olive qu’il alluma en frottant un peu de souffre près de la mèche, puis franchit le seuil et s’engagea dans un escalier qui s’enfonçait dans les entrailles de la cité. Au bas des marches, il déboucha sur une pièce où s’étendait un bassin recouvert d’étranges miasmes verdâtres. Ignorant les relents d’excréments et de pourriture qui emplissaient cette atmosphère viciée, il effectua une rapide exploration des lieux et découvrit bientôt avec satisfaction une petite trappe qui gisait dans un recoin. Une fois déverrouillée, elle laissait apparaître dans la lueur de la flamme une petite échelle qui descendait dans les ténèbres.

L’air de la bibliothèque était frais et sec, il sentait la poussière et semblait porter la mémoire d’un nombre incalculable de cycles de récoltes. Le dédale des rayons était visiblement à l’abandon depuis des lustres, et certaines étagères, dont la largeur était réduite de moitié, avaient été copieusement rongées par des insectes. D’antiques signes gravés dans les murs et sur les rangées d’alvéoles lui permettaient de se repérer. Succombant à sa curiosité, il examina au hasard quelques uns de ces rouleaux d’écorces qui contenaient des textes hérétiques : «Essai sur les bases empiriques de la Synthèse», «De l’instabilité structurelle des lois* fondamentales», «La Synthèse comme modèle de l’esprit humain». Les titres des ouvrages évoquaient tous des questionnements complètement étrangers à l’enseignement fourni par l’Université… La légende était donc vraie. Cela signifiait pour Vindu que s’il était découvert, il était perdu. Il avait désormais dépassé un point de non-retour. Et si on l’avait fait venir jusqu’ici, c’était pour le compromettre vis-à-vis de Kahun, pour s’assurer qu’il ne se retournerait plus sur ses pas. Toutes ces considérations ne faisaient qu’épaissir le mystère de l’identité de son destinateur. Mais il décida de ne pas s’attarder là davantage et entreprit de trouver ce qu’il était venu chercher afin de sortir de cet endroit au plus vite. Il aurait bien le temps de réfléchir à tout ça plus tard. Pour l’instant, il lui fallait relever des passages très précis de certains feuillets. Il se contenta de les mémoriser rapidement. Puis, prenant soin de ne laisser aucune trace de son passage, il effectua en hâte le chemin qui menait vers la sortie et disparut dans la nuit.

Dvitsevin pénétra dans le bureau de Sthula et s’immobilisa debout, au centre de la pièce, attendant que le Théoricien l’autorise à s’asseoir, en observant la politesse d’usage. Mais au lieu de cela, ce dernier resta le nez plongé dans ses documents, laissant planer un de ces silences déstabilisants qu’il aimait imposer à ceux qu’il convoquait dans son bureau. Il en profita pour se remémorer les évènements de la journée. La situation était devenue pour le moins épineuse. Le matin même, il n’avait accordé qu’une oreille distraite à l’esclave chargé de la bibliothèque universitaire lorsqu’il lui avait signalé la disparition d’une carte de l’empire. Quand plus tard dans la journée Dvitsevin lui avait fait savoir que la bibliothèque interdite avait été violée et qu’il faisait partie de l’équipe chargée de retrouver le profanateur, Sthula n’avait pas encore soupçonné combien cette affaire allait le concerner. Il avait ensuite découvert avec étonnement la disparition de ce disciple qui devait lui remettre son devoir et qui ne s’était toujours pas manifesté, en essayant d’y mettre la main dessus pour lui annoncer que cette fois c’en était trop, qu’il serait exclu de l’Université. Mais le véritable choc s’était produit lorsqu’il avait découvert que le talisman des Vasitas avait disparu de l’anfractuosité qui devait la receler. Celui qui était maintenant en sa possession pouvait mettre en péril les Vasitas : les symboles d’arbres* qui étaient gravés à sa surface révélaient les desseins de leur faction et, s’ils étaient décryptés, pouvaient s’avérer sérieusement compromettants. Sthula était persuadé que tous ces évènements ne pouvaient s’être produits en seulement quelques portions de cycle solaire par pure coïncidence.

Il leva enfin les yeux pour adresser un sourire volontairement absent à Dvitsevin. Le jeune fonctionnaire avait lui aussi étudié à l’Université. Comme la plupart des élèves adolescents, il s’en était fait exclure parce qu’on avait jugé qu’il n’avait pas suffisamment de capacités intellectuelles pour devenir Théoricien. Il était cependant parvenu à mettre en valeur sa relative érudition pour briguer un poste subalterne d’exécutant dans l’administration impériale. Ce qui contrariait Sthula, c’était que Dvitsevin ne méritait pas de faire partie des Vasitas –qui étaient tous par ailleurs d’éminents confrères- et que pourtant il était contraint de faire appel à lui, ce qui le rendait d’une certaine manière dépendant de lui. Il voyait déjà venir le jour où il devrait traiter d’égal à égal avec ce petit rond-de-cuir sans envergure.

«_J’ai une mission à vous confier, mon brave. J’ai pris contact avec les Umalates, ce groupe d’hommes dont vous avez vu un spécimen hier soir. Ils ont apprivoisé des loups –qu’ils appellent dès lors «chiens»- dont ils se servent du flair exceptionnel pour pister les fuyards. Je veux que vous partiez avec deux d’entre eux et que vous me retrouviez au plus vite ce Vindu, avec notre talisman. Vous est-il possible de faire cavalier seul, au cours de vos enquêtes ?
_Absolument, vénérable. Il me suffit de prétexter la découverte d’une piste importante dont il faut s’occuper sur le champ, pour autant que mon rapport justifie a posteriori mes décisions.
_Très bien. Vous partirez donc au plus tôt. Des questions ?
_Où et comment trouverai-je ces deux Umalates ?
_Tout est dans ce document. Mémorisez-le et rendez-le moi avant de sortir de mon bureau.»
Pendant que Dvitsevin prenait connaissance du détail de ses instructions, Sthula jeta sur lui un regard dubitatif. Après tout, ce morveux n’était rien d’autre qu’un traître à sa cause, fût-elle celle de l’impératrice. Pouvait-il vraiment lui faire confiance ? Pour l’heure, il n’avait pas le choix.

L’habitation apparut enfin derrière un escarpement. Vindu se félicita d’avoir pu la trouver si facilement. Les indications fournies par les arbres* qu’il était allé chercher dans la bibliothèque s’avéraient donc exactes. Il se demanda ce qu’il allait y trouver. S’il y avait bien là quelqu’un, il connaîtrait sans doute l’auteur de tous ces messages. Malgré tous les efforts qu’il faisait pour rester calme, il sentait au fur et à mesure qu’il s’approchait que son cœur battait plus vite, que sa gorge se nouait irrésistiblement. Le ciel s’assombrissait rapidement, les étoiles apparaissaient une à une. Alors qu’il se trouvait à quelques centaines de pas de la masure, une lumière apparut à l’intérieur. Ainsi donc, plus de doute possible. Il y avait bien là une présence. Son trouble n’en fut que plus intense.

Lorsqu’il ne fut plus qu’à quelques pas, la porte s’ouvrit et une femme apparut sur le seuil. Il fut surpris par sa beauté farouche. Elle était d’âge mûr, plutôt grande, vêtue d’une robe légère qui épousait sa peau, laissant apparaître ses formes généreuses. Sa longue chevelure noire se répandait sur ses épaules. Elle portait autour de son cou soyeux un collier de pierres précieuses qui descendait jusqu’à ses seins, des bijoux en forme d’anneaux le long de ses bras ronds. Son visage tout entier, depuis l’expression sévère de son regard jusqu’à la fermeture de ses lèvres et une légère contraction de sa mâchoire, exprimait une dureté méfiante qui n’apparut à Vindu que comme une manière de cacher aux inconnus une douceur sans bornes. Ils restèrent debout l’un en face de l’autre, à se jauger mutuellement. Il se sentit tout à coup mis à nu par cette femme. Il pouvait presque sentir son regard scrutateur effleurer chaque parcelle de son être. Cette sensation lui fut agréable. Oubliant ses précédentes appréhensions, il se détendit. Le désir de s’abandonner à elle monta alors en lui comme si elle avait caressé son érotisme d’un geste adroit. Au bout de quelques instants, apparemment satisfaite de ce qu’elle avait observé en lui, elle fit signe au jeune homme de pénétrer dans sa demeure.

L’impératrice passait une grande partie de sa journée au lit. Les reproducteurs qui avaient la permission de l’y retrouver étaient triés sur le volet et devaient se montrer efficaces s’ils ne voulaient pas finir décapités. Ils ignoraient d’ailleurs ce détail, car cela nuisait à la qualité de leurs performances. C’est là que, la plupart du temps à quatre pattes, elle recevait ses conseillères, sans interrompre ses coïts. Elle venait de dénicher un jeune adonis dont le talent était exceptionnel. L’agent qui devait lui faire son rapport s’en aperçut immédiatement et décida de se faire le plus laconique possible. Il lui était d’ailleurs inutile de lui exposer l’objet de sa visite, elle pu se contenter de lui annoncer que le processus avait été initié et que tout se passait comme prévu.

Vindu gisait nu, aux côtés de l’inconnue. Leur ventre et leur poitrine se remplissaient d’air et se dégonflaient dans le même rythme. Le jeune Théoricien se sentait tout à fait apaisé, quoique fourbu de la journée de marche de la veille et de cette longue nuit d’efforts répétés. A travers les fenêtres de la bâtisse parvenaient jusqu’à eux les premières lueurs de l’aurore, éclairant le mur de pierres qui se dressait à côté de la couche où ils reposaient. Bien que leur étreinte se fût prolongée pendant toute la nuit, elle lui avait semblé n’avoir duré que quelques minutes. Pas un seul mot n’était sorti de leur bouche depuis leur rencontre. Tout ce qu’ils s’étaient exprimé l’un à l’autre était passé par le langage des sens. L’aînée rompit alors le silence :

«_Tu ignores dans quel but on t’a fait venir ici, n’est-ce pas ?
Le ton qu’elle avait employé était assuré et affirmatif. Ils savaient tous les deux que ce n’était pas une question. Pour toute réponse, Vindu lui adressa un regard interrogateur.
_Ce que j’ai fait avec toi, c’est mon métier. Mais ne crains pas en entendant ces mots de me devoir une somme d’argent que tu ne possèdes pas ! Cela fait des années que j’attends ta visite. Ma mère, la mère de ma mère et mes aïeules t’ont elles aussi attendu avant moi.
_Qui suis-je donc pour que des inconnues aient attendu ma visite depuis des dizaines de cycles de moissons ?
_Tu as une mission à remplir. Tu peux changer l’histoire des hommes.
Vindu se sentait incapable de prendre cette révélation au sérieux. Aussi tenta-t-il de prendre la conversation à rebrousse-poil :
_Et si je la refuse ?
_Je ne t’ai pas dit en quoi consiste mon métier. Il m’a été transmis par ma mère. Depuis des générations, mes aïeules ont reçu ici des personnalités en tous genres, femmes et hommes. Elles connaissaient toutes les subtilités des jeux de l’amour, et cela faisait d’elles des maîtresses très recherchées parmi ceux qui détiennent le pouvoir. Les enseignements de ma mère et ceux de mon expérience m’ont appris à lire dans le cœur des hommes. Si la bouche peut enfanter les mensonges, le corps, lui, ne peut tromper. En te faisant l’amour, j’ai sondé ton âme dans ses moindres replis et je sais que tu es prêt. Je sais que tu désires ce destin.
Finalement, cette idée commençait à lui plaire :
_Mais alors, en quoi consiste-t-il ?
_Je ne suis qu’une étape sur ton chemin. Je ne connais pas tous les détails de ta mission. Et je ne te dirai que ce que tu as besoin d’en savoir pour le moment. Le reste te sera transmis lorsque l’instant en sera venu. Il y a des générations, mon aïeule recevait régulièrement un Théoricien du nom de Kurtogdel. Il était l’un des plus grands de l’empire et il dirigeait tous les monastères du Couchant. Il avait découvert quelque chose d’essentiel et terrible à la fois, à propos des fondements de la Synthèse.»
A ces mots, le regard de Vindu s’intensifia et il se mit à examiner les moindres mouvements qui animaient le visage de la femme, comme pour saisir plus pleinement le sens de ses paroles.
_Ses découvertes furent taxées d’hérétiques, les Théoriciens qui les partageaient furent massacrés jusqu’au dernier et les monastères furent détruits. Mais avant de disparaître, il fit en sorte que ce savoir qu’il avait acquis puisse être conservé, et qu’un jour il puisse refaire surface dans le monde des hommes, afin de le transcender.
Elle marqua un temps d’arrêt pour donner plus de poids à ce qu’elle allait dire :
_Tu es celui par qui se réalisera cette métamorphose.
Vindu resta le souffle coupé. Ce qu’il venait d’entendre avait éveillé en lui des milliers de questions qui tournoyaient en tempête dans son esprit. Mais son interlocutrice interrompit immédiatement le cours de ses pensées.
_Tu sais maintenant presque tout ce que j’avais à te dire. Il ne me reste plus qu’à te remettre ces choses.
Elle retira l’un des bracelets qui ornaient ses poignets. Il était épais et incrusté de pierres légèrement colorées.
_Il est composé de minéraux qu’on ne trouve que dans de rares grottes. Garde-le précieusement, car tu en auras besoin.
Elle lui tendit ensuite une écorce d’arbre sur laquelle étaient gravés les symboles de lois* de Synthèse.
_Je ne veux pas savoir ce que cela signifie. Mémorise-les puis jette l’écorce dans le foyer.
Elle lui remit enfin un bagage qui contenait de la nourriture, une réserve d’eau, un petit sac en peau de chèvre et une lampe à huile.
_Prends ceci, tu en auras également besoin pour poursuivre ton voyage. Mon rôle auprès de toi est terminé. Tu n’as plus rien à faire ici, tu dois maintenant partir. Je veux simplement que tu saches mon nom, qui est aussi celui de mes aïeules : Vesya. Et aussi que je porterai un enfant qui sera tien. Je le nommerai comme son père. Maintenant, vas et ne te retourne pas ! Le monde est devant toi. »

Vindu s’accroupit pour caresser la rangée de pierres qui affleurait au milieu des herbes. Elles étaient encore noire, comme si elles avaient été brûlées. Visiblement, personne n’était venu jusqu’ici depuis longtemps. Cet endroit était proprement tombé dans l’oubli. Ainsi, des monastères avaient bel et bien existé, et plus personne à Kahun ne le savait. Il n’en restait plus que quelques pierres presque totalement recouvertes par la végétation, dans une région sauvage éloignée de tout et où personne ne songerait à aller. Certaines structures étaient cependant restées d’aplomb, étouffées par les énormes bulbes et racines des tapangs. Il se remémora la suite des instructions et se dirigea vers un terrassement. Il entreprit de se glisser entre deux racines, à l’endroit indiqué. Après quelques coudées effectuées dans l’obscurité totale, il sentit que le boyau qu’il suivait s’ouvrait sur une salle, assez vaste s’il en jugeait par la réverbération des sons. Il alluma sa lampe à huile. Il se trouvait dans une crypte où étaient alignés d’étranges petits édifices en pierre. Une partie des murs s’était effondré sur les alvéoles d’une bibliothèque qui avait dû contenir de nombreux ouvrages. Il alla en consulter quelques uns à la lueur ondoyante de sa flamme, mais ce qui y était consigné lui était complètement obscur. Il s’aperçut alors que l’un des blocs de pierre avait été peint. Il s’en approcha et découvrit une liasse d’écorces coincées dans un replis de la pierre.

 «Si tu lis ces lignes, c’est que tu as pris conscience que tu peux jouer un rôle important dans la destinée de l’humanité, et que tu as approuvé cette vocation. Cet écrit n’a pas pour but de t’expliquer en quoi elle consiste exactement. Tu l’apprendras en temps voulu. Il te préparera à comprendre les choses que tu vas voir, afin que ton esprit ne soit pas dérouté par leur étrangeté. Il est nécessaire de commencer avec un peu d’histoire.

Ce sont les Sibylles qui furent à l’origine de l’empire. Elles vivaient à l’emplacement actuel de Kahun. Elles utilisaient une forme archaïque mais déjà puissante de la Synthèse pour effectuer leurs prédictions. Leur renommée se répandit progressivement dans les contrées avoisinantes et les visiteurs se firent de plus en plus nombreux. Le village dans lequel elles vivaient devint pour les pèlerins un centre d’accueil qu’elles décidèrent de gérer elles-mêmes. Plus intéressées par leur pouvoir que par la pratique de leur art, elles créèrent ensuite l’Université des Théoriciens et abandonnèrent aux mâles la fastidieuse étude de la Synthèse. L’étendue de leur domination s'élargit aux contrées avoisinantes, jusqu’au jour où, toujours plus avides de puissance, elles décidèrent de créer un empire. L’Université des Théoriciens se révéla être le meilleur moyen d’endiguer une insurrection toujours plus menaçante de mâles exploités, puisqu’elle permettait de sélectionner dès la petite enfance les plus intelligents, donc les plus dangereux d’entre eux, et de faire en sorte qu’ils focalisent toute leur énergie sur l’étude de la Synthèse. Face à l’afflux croissant d’élèves, des monastères furent créés dans les contrées reculées, pour éloigner les Théoriciens de Kahun. Loin de la réalité de l’empire, animés par un système de croyances qu’on leur avait fermement inculqué, occupés à une tâche qui absorbait toute leur énergie, ils n’y avait plus guère de danger qu’ils conspirent contre les Sibylles.

J’étais un de ces Théoriciens. Lorsque arriva mon trentième cycle de moissons, je fus envoyé dans un monastère voisin. Un Théoricien y avait récemment trouvé la mort dans des circonstances suspectes. J’en discutai brièvement avec mes confrères, mais on me fit rapidement comprendre que je ferais mieux d’ignorer ces évènements. On voulait me cacher quelque chose. J’entrepris de découvrir de quoi il retournait. Mon enquête dura plusieurs cycles de lune. Je finis par mettre la main sur des documents qui me signifièrent que ce Théoricien avait été assassiné par ses pairs parce qu’il avait réussi à remonter jusqu’aux sources de la Synthèse, et qu’il en avait ramené des théories qui bousculaient certains dogmes. Je réussis à mettre la main sur une partie de ses travaux et je décidai de les poursuivre. Les découvertes furent nombreuses, riches et fécondes. Mais j’exécutais mes recherches dans le plus grand secret et n’y initiais que ceux à qui je pouvais faire confiance. Et durant tout ce temps, je gravissais progressivement les échelons de la hiérarchie, jusqu’à diriger tous les monastères de la région. Une grande partie des Théoriciens qui étaient sous ma responsabilité participaient alors au mouvement que mes travaux avaient initié.

La Synthèse avait toujours été utilisée à des fins pratiques. Les arbres* n’avaient jamais eu pour seule fonction que de représenter des problèmes concrets. Nos découvertes surgirent lorsque nous commençâmes à utiliser les arbres* pour étudier la Synthèse elle-même. Nous créâmes pour cela une méta-Synthèse qui nous permettait d’explorer les possibilités et les limites de notre savoir, en créant des méta-arbres* dont les paramètres représentaient eux-mêmes des arbres*. Puisque la Synthèse devait révéler la manière dont l’esprit Radharma avait ordonné l’univers, elle devait respecter les règles de fonctionnement de la psyché, et en particulier la logique. Mais nous découvrîmes rapidement que, comme tout savoir humain, elle recelait une contradiction majeure : le méta-arbre* qui contenait tous les arbres* stables possibles, c’est à dire le noyau de la Synthèse, s’avérait être instable. Cela prouvait qu’aucun esprit parfaitement logique ne pouvait être structuré par la Synthèse telle que nous la concevions. Et donc, si le Radharma existait, son esprit était profondément incohérent. Cette conclusion constituait une dangereuse hérésie qui sapait les dogmes du culte au Radharma, et mettait en question le pouvoir divin des Sibylles.

Puisque la logique semblait n’être qu’une limitation à la Synthèse, nous décidâmes de reconsidérer cette dernière d’un point de vue intuitif. Il nous apparut alors que, plutôt que de constituer la charpente de l’univers, elle était révélatrice de la structure de l’esprit humain. En effet, ce dernier est comparable à une arborescence en continuelle évolution qui gère les diverses informations issues des sens (qu’elles en proviennent directement ou qu’elles aient été transformées, combinées et stockées entre temps sous forme de souvenirs) et dont les arbres* ne sont que des cristallisations. Nous utilisions dès lors une nouvelle Synthèse, basée sur les sensations de notre corps, comme un système de visualisation qui nous permettait de nous sonder intérieurement. Nous avions donc construit un moyen d’explorer et de développer notre conscience. Après plusieurs décennies de pratique, nous découvrîmes qu’il était ainsi possible de créer un état de rêve* partagé grâce auquel deux d’entre nous pouvaient ensemble visualiser le même arbre*. C’était un moyen de communication incomparablement plus complet que le langage.

Il y avait, dans les forêts avoisinant l’un des monastères qui étaient sous ma tutelle, une race de singes assez surprenante dont les Théoriciens réussissaient parfois à apercevoir fugitivement un représentant. Nous les appelions Prajnas. Ils avaient la peau blanche, l’œil terne mais le regard d’une intensité hors du commun, les bras ballants. Ils se traînaient mollement sur le sol lorsqu’ils étaient seuls et détalaient dès qu’ils étaient surpris par des humains. Mes confrères furent intrigués par les petites constructions en pierres qu’ils édifiaient avec une ingéniosité toute particulière. Ils semblaient se livrer à des expériences dont l’objet nous échappait, ce qui nous prouvait leur intelligence. Intrigués, nous avons alors décidé d’en capturer un pour tenter d’entrer en communication avec lui. Quelle n’a pas été notre surprise lorsque nous avons découvert que non seulement il était doué de conscience et était capable de communiquer avec nous par gestes, mais qu’en plus il avait naturellement la capacité d’entrer en rêve* partagé ! Nous lui avons alors immédiatement rendu sa liberté. Depuis ce jour, nous travaillons avec eux tous, ils nous ont appris beaucoup de choses. J’ai pu leur transmettre la somme de tous mes savoirs. Ils sauront les conserver et les développer. Ils vivent maintenant dans un endroit très particulier nommé Habbel et ont considérablement changé d’aspect.

Cependant, le secret de nos recherches devenait de plus en plus difficile à garder. Je savais que ce ne serait plus possible pour très longtemps. Je savais aussi qu’en apprenant l’existence de nos travaux, l’impératrice déciderait d’exterminer tous les Théoriciens, sans faire de détail, pour n’en conserver qu’un petit nombre qu’elle tiendrai sous surveillance à l’Université. Nous avons donc planifié notre disparition, et notre installation aux côtés des Prajnas. Le problème est que nous autres humains ne pouvons pas encore supporter la puissante influence qu’a le site d’Habbel sur nos corps. Il nous faut nous y habituer progressivement, ce que nous avons trouvé le moyen de faire dans nos monastères, mais qui reste un travail lent. Nous avons décidé qu’une fois partis, nous ne reviendrions vers Kahun que le jour où les hommes seraient prêts à bénéficier de nos découvertes. Ce jour serait celui où un élève Théoricien comme toi aurait compris le message que j’aurais élaboré pour lui et serait parvenu en suivant mes indications jusqu’à Habbel. J’aurais également défini ce que deviendrait l’enseignement de la Synthèse à l’Université, celui que tu as dû connaître, c’est à dire un savoir largement amputé, réduit à l’utilisation des lois* dont on peut vérifier la stabilité sur une structure matérielle en trois dimensions. Aucune découverte sérieuse n’est possible dans ce domaine restreint de la Synthèse. C’est d’ailleurs ce qui a dû t’interpeller lorsque tu était à Kahun... Bref, j’ai donc prétexté une entrevue avec l’impératrice pour m’installer pendant quelques cycles solaires à l’Université et y faire mettre en place tous les dispositifs qui t’ont conduit jusqu’ici. Mais ce soir même, à la veille de mon entretient avec l’impératrice, mon disciple de confiance m’a fait savoir que nous avons déjà été découverts, que les soldats sont partis aujourd’hui même pour détruire tous les monastères et massacrer mes confrères. Mais les Prajnas peuvent encore être sauvés et mon plan peut encore en partie fonctionner. Je suis dans la cellule qui a dû être la tienne. Il me reste à mettre en place ce jeu de lumière qui a dû solliciter ta curiosité et à remettre à mon disciple les diverses instructions pour Vesya, les Prajnas et ce document que tu lis. Quant à moi, je suis suffisamment vieux pour négliger mon propre destin.»

Les feuillets suivants contenaient des arbres* qui lui expliquaient comment se rendre à Habbel.

Agresara avait atteint l’état transcendantal qui pour les Umalates constituait le plus haut sommet de l’humanité. Comme le faisait quotidiennement chacun de ses hommes, il venait de passer une importante fraction de cycle solaire à s’entraîner seul dans la jungle, rivalisant d’agilité avec tous ses frères animaux. Son corps, à présent parfaitement fluide et souple, mais épuisé, était parcouru de sensations agréables et de légères décharges. Il lui semblait que son organisme était comme un métal chauffé au rouge qu’il pouvait modeler à souhait. Il pénétra dans le campement discret que lui et ses confrères avaient dressé dans la jungle avoisinant Kahun. Il désirait plus que tout profiter du léger repos qui lui était maintenant accordé, mais il fut interrompu par l’un de ses hommes, qui venait au rapport. Celui-ci avait réussi à pénétrer la crypte de l’Université, qu’il avait pu explorer de fond en comble, et il était catégorique : s’il y avait bien un passage sous-terrain vers le palais impérial, ce n’était pas de là qu’il partait. Il fallait poursuivre les recherches. Agresara ne se départit pas le moins du monde de sa confiance : il savait qu’ils parviendraient tôt ou tard à leurs fins.





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= CODE DE CONFORMITE = / Les héritiers de Kahun - 1 : Kahun
« le: juin 12, 2005, 18:25:46 »
«Parce que les hommes croient déjà posséder la conscience, ils se donnent d’autant moins de mal pour l’acquérir.»
F Nietzsche




Il y a si longtemps que nous en avons presque perdu toute mémoire, il était une cité de pierres du nom de Kahun, construite au cœur de la jungle, et qui régnait sur le plus puissant empire que l’humanité avait jamais connu. En cette fin d’après midi de printemps, un soleil tirant déjà sur l’orange embrasait de ses rayons obliques les petits nuages de poussière qui roulaient sur le sol de la grande place. De puissant marronniers y projetaient une ombre rafraîchissante dont profitaient indolemment quelques chameaux fourbus de leur long voyage à travers les plaines. Leurs maîtres se désaltéraient à la fontaine qui jaillissait non loin de là, sous le regard nonchalant de quelques vieillards assis sur un banc. Un cortège de voyageurs, venus à pied des villages de la brousse ou des autres villes de l’empire, vint troubler ce calme paresseux. Ils prirent le long escalier menant au temple de la Sibylle, qui du haut de sa colline dominait la capitale. Au cours de leur ascension, ces pèlerins vêtus de blanc s’arrêtaient devant les étals des vendeurs installés sur les marches, pour acheter des fleurs dont il garniraient les autels du Temple.

Assis sur la rambarde du parvis, juste au-dessus du vide, les bras enlacés autour de ses jambes repliées, le menton posé sur ses genoux, Vindu laissait errer un regard las sur les terrasses en briques blanches qui s’étendaient en-dessous de lui. Il se sentait complètement étranger à cette cité dans laquelle il était pourtant né. Il ne supportait plus cette sensation de majesté prétentieuse qui émanait des bâtiment de l’Université des Théoriciens, à laquelle sa vie devait appartenir désormais. Il lui semblait chaque jour un peu plus que ce n’était qu’une façade hypocrite destinée à masquer une ignorance inavouable.

Soudain, deux vestales firent rouler les portes du Temple et invitèrent les fidèles massés alentours à pénétrer dans l’enceinte sacrée. A demi bousculé par les voyageurs fébriles qui se pressaient devant l'entrée de l'édifice, il franchit le seuil du portail démesuré, toujours plongé dans ses pensées mélancoliques. Les visiteurs, bien que venant pour certains des contrées les plus reculées de l'empire, connaissaient parfaitement le cérémonial liturgique, et ne proférèrent dès lors plus une parole.

Seul le clapotis de l’eau, dont les vastes murs du Temple renvoyaient de toutes parts les échos paisibles, résonnait dans la profondeur aérienne qui s’étendait sous la haute voûte. Le feu sacré, où se consumait lentement un assortiment de résines aux parfums subtils, emplissait l’espace d’une nuée diaphane que les faisceaux parallèles des rayons solaires fendaient de part en part. Lorsque la Sibylle apparut à la foule, les vestales, dressées en rangs le long des murs, entonnèrent un chant sacré. Entourée de prêtresses qui soutenaient les pans de sa mante blanche, l’oracle se dirigea souplement vers sa chaire, dont la masse imposante surplombait le parterre des fidèles. Elle se figea face à la foule, devant un diamant que soutenait un ostensoir en or. Au bout de quelques instants, dans son imperceptible mouvement rotatif, un rayon de soleil atteignit le diamant. Alors que les nouveaux faisceaux de lumière qu’il renvoyait en tous sens s’en allaient heurter les émeraudes dont était orné le front des immenses statues qui s’élevaient entre les colonnes du temple, la mélopée des vestales s’évanouit pour laisser la Sibylle entamer son office. L’assemblée, comme hypnotisée, était suspendue à ses lèvres.

Vindu connaissait par cœur cette mascarade emphatique. Un groupe de fidèles était venu la veille exposer à la Sibylle le dilemme auquel leur village était confronté. Celle-ci leur avait alors demandé de préciser touts les données de leur problème, puis les avaient transmises à un groupe de Théoriciens qui, après calculs, lui avaient fourni une réponse. L’oracle allait maintenant faire preuve de son prétendu pouvoir en leur dictant ce qu’ils devraient accomplir, en prenant soin de leur prescrire des tâches inutiles qu’ils ne pourraient de toute évidence pas exécuter pleinement, afin de pouvoir se dédouaner en cas d’échec. Il ne prêta aucune attention à la cérémonie. Quelque part dans le jeu de lumières induit par le diamant devait se trouver le signe qu’il cherchait en vain depuis des cycles de lune.

Un étourneau se posa sur le bord d’une des hautes fenêtres du temple, projetant son ombre sur toute la longueur du faisceau de lumière qu’elle découpait dans l’atmosphère trouble du sanctuaire. Rapidement incommodé par les émanations du feu sacré, il repartit sans tarder et profita de la brise pour planer tranquillement au-dessus de l’observatoire céleste qui coiffait le puissant dôme du temple. Il plongea ensuite le long de ses contreforts cambrés, suivant leurs faisceaux de péristyles incurvés qui s’enracinaient dans la colline, poursuivit son piqué au-dessus de la ville avant de virer vers l’Université des Théoriciens et de se poser finalement sur la fenêtre d’une salle de cours.

A l’intérieur, une vestale se promenant fièrement de long en large, les mains jointes en bas du dos et le menton légèrement relevé, adressait son cours de Synthèse à une classe de garçons de sept ans, assis en rangs, sur leurs talons : «Jusqu’à présent, vous avez toujours travaillé sur les rêves* à trois dimensions. Il est temps pour vous  de commencer à vous familiariser avec les structures de dimension quatre, parce qu’elles sont nécessaires à la construction d’arbres* plus complexes. Dans le cas général, une telle projection mentale est extrêmement difficile à construire car peu de données sensibles en permettent une représentation intuitive. Il vous faudra donc plusieurs années de travail et d’efforts soutenus avant d’en maîtriser les subtilités. Comme vous le savez tous, ceux d’entre vous qui se révèleront inaptes à cet exercice seront exclus de notre Université.»

Depuis le couloir, un homme d’allure austère jeta un œil à la vestale, à travers la porte de la classe. Sthula était l'un des Théoriciens les plus respectés de l'empire. Il avait lui aussi été assis là, à écouter les cours dispensés par les vestales. Il avait travaillé dur, très dur, pendant des cycles de moissons, supportant les remarques acerbes de ses maîtres. Mais son obstination avait fini par se révéler payante et il était parvenu à entrer dans les arcanes supérieurs de l'Université. Il lui avait ensuite fallu défendre son statut face à l'ambition hostile de ses collègues, mais il avait su manœuvrer habilement pour se débarrasser des importuns et se faire remarquer par la Grande Rectrice. Il occupait maintenant un poste des plus enviés et les affaires qu'il dirigeait étaient d'une importance capitale pour l'empire, ce dont il n’était pas peu fier. Mais ce qui lui importait le plus était le culte du Radharma. Et s’il avait consacré sa vie aux Vasitas, c’était pour défendre ce dernier face aux manœuvres politiques de l'Impératrice.

Tandis qu'il s'engageait dans un vaste couloir orné de sculptures ancestrales, il passa devant l’embrasure de la porte de la bibliothèque. A l’intérieur, dans la première rangée d’étagères, sur la plus haute tablette, au milieu du rayon, reposait un rouleau de feuillets dans lequel il était écrit, à la cinq-cent trente-septième ligne : «Le Radharma est l’Etre qui organise l’univers. Il est présent en toutes choses, il est en chacun de nous et chacun de nous est une portion de Lui. Nous devons vivre en harmonie avec Ses lois immuables et parfaites. Il est aussi pure abstraction, et c’est pourquoi par la force de notre esprit, grâce à la Synthèse, nous pouvons connaître Son Ordre, prévoir les évènements futurs et résoudre les problèmes auxquels nous sommes confrontés.  Les Sibylles possèdent ce savoir depuis la nuit des temps. Par son intermédiaire, elles pénétraient la conscience du Radharma et pouvaient ainsi répondre aux interrogations des fidèles.»

Sur la même étagère, un autre rouleau contenait ces mots : «La Synthèse est une science transcendantale qui permet de résoudre n’importe quel type de problème, en pénétrant la conscience absolue du Radharma. Une situation donnée pouvant être modélisée par un ensemble de paramètres, les Théoriciens doivent connaître les lois* fondamentales de la Synthèse, c’est à dire celles que le Radharma a imposées à l’univers, afin de pouvoir définir convenablement les relations que ces paramètres entretiennent entre eux. Les manipulations s’effectuent grâce à un système de représentation mentale, le rêve*, dans lequel le problème est traduit en une structure spatiale que nous appelons arbre*, lequel est typiquement constituée d’un agrégat de lois*. Un problème convenablement posé définit la valeur de paramètres-clés à partir desquels il est possible de déduire la valeur de tous les autres et ainsi lui apporter une solution. Le Théoricien doit pour cela identifier les lois* idoines à partir des données mises à sa disposition, puis les combiner entre elles pour échafauder l’arbre* correspondant. Si la structure de cet arbre* est stable, ce qu’il vérifiera par l’intermédiaire d’un calcul assez difficile, c’est qu’il sera parvenu à pénétrer la conscience du Radharma. Il sera alors en possession de la solution. Notons qu’en fonction de leur niveau de complexité, les arbres* doivent être échafaudées en rêves* de dimensions quatre, cinq, voire six.»

Sthula s’engagea bientôt sur un escalier qui s’enfonçait dans les entrailles du bâtiment, puis parvint à une porte gardée. Il ignora dédaigneusement la salutation que, l’ayant reconnu,  l’esclave qui en défendait l’entrée lui adressait, puis pénétra dans la crypte de l’Université. Il entra discrètement dans une salle voûtée, hémisphérique, où, sous la direction d’un de ses confrères, nerveux, une dizaine de préparateurs montés sur des échelles s’affairaient en silence. Un jury impassible, composé de fonctionnaires impériaux et de Théoriciens les observait attentivement. Ils étaient en train d’ériger dans un équilibre subtil une structure disposée sur un socle qui recouvrait la quasi-totalité du sol de la salle. Cette construction représentait la projection en dimension trois d’un arbre* de dimension cinq, qui rendait compte d’observations effectuées sur le mouvement des astres. La concordance avec l’Ordre du Radharma de chaque nouvelle loi* proposée par un Théoricien devait de la sorte être confirmée par la stabilité de ses projections en dimension trois. Si cette construction, la dernière d’une série de vingt, ne s’écroulait pas au cours de son édification, l’arbre* serait validé comme loi* de dimension cinq et le collègue se verrait promu vicaire de la Grande Rectrice. Mais dans le cas contraire, il subirait le plus déshonorant des traitements avant d’être décapité pour avoir insulté le Radharma.

Sthula se glissa le plus subrepticement possible vers sa place et s’assit à côté des autres membres du jury, non sans accuser le regard mauvais que lui lançait la Grande Rectrice : une fois de plus, on avait dû commencer sans lui. Il s’assura que son contact, Dvitsevin, était bien présent, et consacra alors tout son esprit à la fastidieuse tâche qui consistait à contrôler les manœuvres des préparateurs, pour s’assurer qu’ils ne faisaient pas d’erreurs et que la construction s’effectuait dans les règles.

Comme toujours, la séance se déroula sans incident. A son issue, après une courte invocation au Radharma, les membres du jury sortirent silencieusement de la salle. Pendant que tout ce monde se pressait devant la porte, Sthula indiqua à Dvitsevin par un signe discret de la main qu’une réunion des Vasitas aurait lieu le soir même. Il le chargeait du même coup de prévenir les autres. Il sortit ensuite la crypte, remonta à la surface et s’engagea dans le cloître central. Il reconnut alors l’un de ses disciples qui s’avançait vers lui en rasant les murs, ce qui lui arracha un soupir d’agacement. S’occuper d’étudiants était pour un homme de son rang, constamment chargés de problèmes de la plus haute importance, une tâche vulgaire qui avait le dont de l’irriter. Surtout lorsque ces jeunes ingrats ne respectaient même pas les institutions qui les transformaient, eux qui n’étaient absolument rien, en notables respectés de tous.

 «_Qu’est-ce que vous faites ici ? Vous devriez être en train de travailler aux côtés de vos camarades en salle d’expérimentation. Vous filez un mauvais coton, mon ami. Le conseil des études a déjà une opinion très défavorable à votre sujet, et vous ne faites rien pour lui prouver que vous êtes digne d’appartenir à notre Université. Vous compromettez votre avenir, sachez-le. Pour l’heure, je vous rappelle que vous ne m’avez toujours pas rendu votre travail sur le recensement des paramètres permettant d’établir les lois* qui décrivent fonctionnement de canalisations pour les eaux sales. Je veux le voir au plus tard dans deux cycles de soleil sur mon bureau. Et que je ne vous y reprenne plus ! La prochaine fois, je ne serai pas si clément.
_Veuillez me pardonner cette errance, gourou. Cela ne se reproduira plus.»

Vindu haïssait ces Théoriciens prétentieux qui s’imaginaient détenir la connaissance absolue de l’Ordre cosmique, mais son regard ne laissa rien transparaître d’autre qu’une humble expression de soumission envers un éminent ministre du Radharma. Satisfait de voir dans l’œil de son élève cette obéissante résignation dont il avait dû faire preuve pendant tous ces cycles de moissons, Sthula détacha le regard d’un air hautain et reprit son chemin. Vindu regarda s’éloigner son gourou, qui marchait le dos légèrement voûté et les épaules tombantes. A force d’observer les Théoriciens, Vindu s’était convaincu qu’ils avaient quelque chose à cacher, un secret inavouable qui remettait en cause leur profession toute entière. Peut-être même un dogme de la Synthèse. S’il n’avait pas eu cette conviction, il n’aurait sans doute jamais commencé à fouiller dans ce qui était caché, il n’aurait jamais prêté attention à tous ces signes qui mystérieusement semblaient le guider vers quelque chose.

Tout avait commencé une nuit, plusieurs cycles de lune auparavant, dans sa cellule. Il ne parvenait pas à s’endormir. S’il ne s’était pas tenu les yeux ouverts, il n’aurait jamais pu voir ce rayon de lune qui, passant à travers les enjolivures ornant la monture de sa fenêtre, avait projeté un symbole sur l’une des pierres du mur opposé. En s’approchant, il s’était aperçu, incrédule, que ce signe était celui d’une injonction : « ouvre ». Après quelques tâtonnements, il avait réussit à extraire la brique. Dans le renfoncement, il avait trouvé une autre suite de symboles, qui lui étaient d’abord apparus comme sans signification. Il s’était alors persuadé qu’il devait s’agir de quelque canular et, pour se distraire de la monotonie de la vie à l’Université, il s’était mis en quête de découvrir qui pouvait bien en être à l’origine. En réfléchissant au sens que pouvaient avoir ces idéogrammes, il comprit quelques cycles de soleil plus tard qu’ils désignaient un passage d’aspect anodin, écrit dans un des rouleaux de feuillets entreposés à la bibliothèque : « Le regard des statues recèle ce que tu cherches ». Interloqué, il avait décidé de chercher plus avant ce dont il était question, et il avait commencé par la sculpture qui se trouvait au centre du cloître. En suivant la direction de son regard, il avait découvert sur ce même mur devant lequel il se tenait à présent, gravé presque imperceptiblement, un nouveau signe, une fois encore inconnu. Les grandes sculptures qui siégeaient dans les diverses salles de l’Université lui avaient permit d’en trouver d’autres, et une recherche dans les documents de la bibliothèque lui avait finalement apprit qu’il s’agissait de symboles désuets désignant des lois* de dimension cinq. L’hypothèse du canular avait alors commencé à lui paraître de moins en moins vraisemblable : dans quel but avait-on pu monter une plaisanterie aussi alambiquée ? Il avait alors cherché à combiner ces lois*, en espérant que leur agrégat définirait un arbre*. Mais jusqu’à présent il n’était toujours pas parvenu à édifier une structure stable. Et comme il avait également été renvoyé à un autre passage d’un rouleau de feuillets, « cherche dans les jeux du soleil », il se rendait régulièrement à la cérémonie de la Sibylle, depuis quelques cycles de lune, mais en vain. Et une fois de plus, il en rentrait bredouille. Il se dit alors que ce passage faisait peut-être allusion à autre chose. Mais il était bien incapable de comprendre quoi.  

Le retentissement du gong le tira de ses pensées. C’était l’heure du repas de fin de journée. En quelques instants, les couloirs se remplirent d’étudiants de tous âges. Vindu se mêla à eux et se dirigea vers le réfectoire. Il pénétra dans une vaste salle aux murs décorés de fresques, sur le sol de laquelle étaient disposées des tablettes autour desquelles les apprentis Théoriciens venaient s’asseoir à même le sol, par catégories. Après que chacun se fût lavé les mains dans l’écuelle qui se trouvait devant lui, l’assemblée entama une courte oraison au Radharma, afin de respecter l’Ordre cosmique. Des esclaves servirent ensuite le repas, que les étudiants entamèrent silencieusement, écoutant le Lecteur qui, siégeant en hauteur pour se faire entendre de tous, rapportait les nouvelles de l’empire. Mais Vindu, une fois de plus plongé dans ses pensées, n’écoutait pas. La compagnie de ses camarades le rebutait, et il préférait se cloisonner dans son monde intérieur. Ils étaient orgueilleux et méprisants. Plus ils étaient anciens, plus ils avaient passé de temps à l’Université et plus ils ressemblaient à leurs maîtres. Il faisait partie des plus âgés, de ceux qui auraient accès aux fonctions les plus prestigieuses que des mâles pouvaient exercer dans l’empire. Les femmes elles-même leur devraient du respect. Certains seraient voués à assister les mairesses, pour exercer le culte du Radharma et résoudre les problèmes temporels de gestion des villages, d’autres travailleraient au palais impérial comme conseillers de l’Impératrice, d’autres encore deviendraient Théoriciens-chercheurs à l’Université. Mais tous seraient assujettis à leur fonction, car c’est elle qui leur fournirait ce statut enviable. Et l’empire, qui aurait fait d’eux ce qu’ils seraient, exploiterait le fruit de ce travail de construction. Certes, ils auraient tout ce qu’un homme pouvait désirer obtenir dans la vie, mais cela ne leur permettrait finalement que de pouvoir se libérer des contraintes matérielles afin de pouvoir s’adonner plus complètement à leur tâche. En réalité, ils ne bénéficieraient que de très peu de temps pour profiter de leur statut. Tous les cycles de soleil serait voué au service des intérêts de l’empire… Vindu se dit qu’au fond, ils ne seraient pas différents des esclaves qui travaillent dans les rues.

Mais tout à coup, la surface de son brouet s’illumina. Un rayon du soleil couchant, passant à travers un vitrail du réfectoire, y projetait un signe. Avec jubilation, il y reconnut immédiatement un symbole désignant une loi*. Issu d’un jeu de la lumière solaire. Il attendit alors impatiemment la fin du repas, essayant vainement de se concentrer pour basculer en état de rêve*. A la fin de son discours, le lecteur rappela à ceux qui l’auraient oublié que la fête de Lohi aurait lieu le lendemain. C’était la fête populaire de printemps. Il leur enjoignit de ne pas sortir de l’Université jusqu’au surlendemain.

Une fois sorti du réfectoire, pendant que les autres étudiants s’en allaient promener dans les jardins, Vindu se précipita vers sa cellule. A peine arrivé, il s’assit sur ses talons, écarta les genoux puis se pencha en avant pour poser son front sur le sol. Coudes écartés, il joignit ensuite les mains sur le sommet de son crâne. Il était alors dans la posture du rêve*, qui était nécessaire à la concentration et manifestait en même temps l’humilité du Théoricien pénétrant la conscience du Radharma. Peu à peu, son esprit bascula vers un cosmos profondément symbolique dans lequel il commença à imbriquer les unes dans les autres les différents lois* qu’il avait recueillies, cherchant à bâtir un arbre*. Après plusieurs tentatives infructueuses, il parvint à édifier une structure qui lui semblait être stable. Un long calcul lui permit ensuite de vérifier l’équilibre des liaisons qui joignaient les nœuds de l’arborescence. Il dut temporiser l’exaltation que lui procurait la découverte de ce qu’il cherchait depuis des cycles de lune, afin de rester suffisamment concentré pour visualiser clairement le rêve*.  Mais ce qu’il avait pour le moment à sa disposition n’était qu’une structure abstraite dénuée de toute signification matérielle. Il lui restait à y trouver un sens.

Quelques étages plus bas, dans la crypte de l'Université, se trouvait une salle sombre, éclairée en son centre par une unique lampe dont la flamme, légèrement agitée par les remous de l'air, projetait des ombres dansantes sur le visage des Vasitas, qui siégeaient là sans mot dire, l'air grave, le regard tourné vers Sthula. Celui-ci se tenait debout, et ses mains en coupe soulevaient symboliquement le talisman des Vasitas vers le ciel, afin d’honorer le Radharma. C’était un objet anguleux sur lequel avaient été gravés les symboles des arbres* qui représentaient les inspirations divines des Vasitas, les intentions de leurs luttes. Après la rituelle psalmodie collective, Sthula prit la parole :

«Vasitas, je voudrais tout d’abord présenter à ceux qui ne le connaîtraient pas notre nouveau membre : son nom est Dvitsevin. C’est le première fois qu’un fonctionnaire impérial devient membre de notre société de Théoriciens. C’est un homme de confiance qui a prouvé sa motivation et sa bonne foi de manière convaincante.» A ces mots, Dvitsevin songea à toutes les petites humiliations que Sthula lui avait fait subir depuis des cycles de moissons. Il avait appris à haïr cet infatué assoiffé de domination. Mais dorénavant, il pouvait être certain qu’il aurait sa revanche. «Il a été promu au sein des services secrets de l’impératrice, et il pourra nous transmettre de nombreuses informations sur leurs activités. Mais passons à l’ordre du jour.»

Un des Théoriciens de l’assistance se leva et se mit à haranguer ses collègues : «Camarades, l'heure est grave ! C'est non seulement notre statut mais aussi le culte au Radharma qui est en péril. Comme vous le savez tous, l'impératrice, appuyée par la Grande Rectrice, a pris la décision d'ouvrir des centres d'enseignement populaires qui auront pour but de vulgariser la Synthèse et d'en enseigner aux citoyens les lois* de bases, les plus générales, mais aussi de plus spécialisées, en rapport avec les techniques utiles à leurs professions particulières. Elle envisage même qu'à terme certains esclaves parmi les plus dignes de confiance -selon ses propres mots- puissent utiliser la Synthèse pour gérer les affaires courantes de leur maître ! Elle soutient que cet enseignement permettra à tous d'agir plus judicieusement et que l'intérêt de l'Empire réside dans le bon fonctionnement des activités de ses citoyens. Mais il s'agit en réalité de nous humilier plus encore, nous autres Théoriciens dont on exploite le travail pour en décerner tout le mérite aux vestales et à la Sibylle, et plus encore que cela de nous reléguer aux rangs de techniciens et d'expérimentateurs !»  

Les réactions se firent vives dans l'assemblée des Vasitas :
«_On cherche à retirer à la Synthèse tout ce qu'elle comporte de sacré ! Comment ces roturiers ignorants pourraient ne serait-ce qu'imaginer ce que cela signifie que de pénétrer la conscience du Radharma ?
_Nous sommes les vaches à lait de l'empire ! Il s'est construit sur la renommée et la puissance des prédictions de la Sibylle. L'un et l'autre ne seraient jamais rien devenus sans les découvertes effectuées par les Théoriciens ! Et aujourd'hui, on nous retire le seul privilège auquel, malgré notre importance, nous ayons jamais eu droit : la connaissance de la Synthèse. Nous ne pouvons laisser faire cela !
_Les ouvrages que contient la bibliothèque interdite sont encore là pour prouver qu’on maintient les Théoriciens dans l’ignorance de ce qu’est réellement la Synthèse. Nous devons parvenir à rendre sa grandeur à notre Université !
_Jamais l'empire n'aurait pu soumettre les tribus guerrières de la région sans le concours de nos lois* relatives à la stratégie des combats ! Jamais Caïn n'aurait pu avoir un Temple si prestigieux ni une organisation urbaine si pratique et esthétique si nous n'en avions pas nous-même dessiné les plans ! C'est absolument inique !
_Vasitas, la seule solution est de renverser le despotisme des femmes ! Puisque c'est la Synthèse même qui nous a permis de comprendre qu'elles ne sont pas les seules à tenir un rôle dans la naissance des enfants, il est temps que nous nous soulevions contre une hégémonie féminine dont le principe appartient désormais à un passé d'ignorance et qui fait de nous des êtres inférieurs à qui l'on retire toute possibilité d'être reconnus pour leurs indéniables qualités.»

Sthula reprit la parole : «Je suis heureux de constater que nous sommes tous bien décidés à réagir. Ce n'est qu'en unissant nos forces que nous pourrons infléchir la tendance actuelle. Je voudrais maintenant vous faire part de quelques initiatives qu'il me semble nécessaire de prendre.»

Vindu se releva, dépité. Cet arbre* insensé semblait n’avoir aucune signification. Il s’accouda à la fenêtre pour vider son esprit en humant les effluves nocturnes qui parvenaient jusqu’à lui. Puis lentement il leva les yeux au ciel et laissa naviguer son regard dans le ciel. Machinalement, son œil reconstituait les constellations, rejoignant les étoiles par des lignes imaginaires, selon des schémas rendus familiers par ses cours d’astronomie. Mais quelque chose en lui, un mécanisme refusant la réduction de ses perceptions à des stéréotypes psychiques, le poussa à observer ce spectacle avec la liberté d’interprétation que connaît l’enfant qui se considère encore en toutes circonstances comme ignorant de l’univers qui l’entoure. Les astres lui apparaissaient alors sous un aspect différent, de nouvelles manières d’effectuer des liens entre eux germèrent dans son esprit, et il voyait ainsi apparaître toutes sortes de formes qu’il n’avait jusque là jamais pensé à imaginer. Soudain, tout devint clair. Comment n’y avait-il pas pensé plus tôt ? L’arbre* sur lequel il était en train de travailler avait été obtenu en agrégeant un ensemble particulier de lois*, mais il se pouvait corresponde à une structure de lois* différentes ! Il lui fallait considérer l’arborescence dans son ensemble, oublier la manière dont il l’avait obtenue pour trouver comment elle pourrait être décomposée à l’aide d’autres lois* moins générales, et donc douées d’une interprétation plus aisément identifiable. Mais les possibilités de combinaisons étaient prodigieusement gigantesques, c’était un travail qui pourrait l’occuper jusqu’à la fin de ses jours…

«Vasitas, si nous voulons agir efficacement, nous devons nous organiser. Vous savez tous combien les services secrets de l’empire sont puissants. Nous ne pourrons rien faire tant que nous n’aurons pas à notre service une force qui puisse leur faire concurrence. Malheureusement, il est très difficile de trouver des mercenaires efficaces et prêts à travailler pour la modique solde que nous pouvons leur accorder. Après plusieurs cycles lunaires de recherches, nous avons réussi à trouver un groupe d’hommes qui pourraient faire l’affaire. Ils se font appeler «Umalates». Ils vivaient jusqu’à présent dans les royaumes extérieurs à l’empire qui bordent la grande eau. Ceux qui ont été ravagés par le raz-de-marée qui s’est produit il y a quelques cycles de moissons. Ils sont parvenus jusqu’à Kahun sans se faire repérer des espions de l’impératrice, ce qui prouve leur sens de la discrétion. Ils ont également apprivoisé des animaux, inconnus dans nos contrées, qu’ils appellent chevaux. Grâce à eux, ils peuvent se déplacer très rapidement et sur de longues distances. Afin que vous puissiez les juger par vous-même, j’ai fait venir leur meilleur guerrier, qui va vous faire une démonstration de ses talents.»

Sthula se dirigea vers une porte et fit entrer un homme de haute stature dont les yeux étaient bandés. On lui retira son bandeau et, sous l’injonction du Théoricien, il dégaina son arme, puis se mit à effectuer diverses passes, tantôt dans les airs, tantôt au ras du sol. Chacun des Vasitas pu se rendre compte que les soldats d’élite de l’impératrice étaient beaucoup plus agiles et beaucoup plus rapides. Dans un combat de front, ces mercenaires ne feraient certainement pas le poids. Mais ils savaient également qu’ils ne pouvaient espérer trouver mieux.

Vindu connaissait plusieurs milliers de lois*, qui s ‘appliquaient dans les domaines les plus divers : logistique, physiologie humaine et animale, commerce, psychologie, agriculture, topographie, architecture… Certaines d’entre elles lui venaient plus facilement à l’esprit que les autres, celles qu’il avait le mieux intériorisé, celles dont il avait rêvé à maintes reprises, parce qu’elles décrivaient des situations et des éléments récurrents de sa propre existence. Au cours de son travail d’interprétation, ces lois* étaient naturellement celles auxquelles il pensait en premier. Etrangement, une partie notable d’entre elles se révélèrent être adéquates. Cela réduisit considérablement le temps qu’il pensait devoir accorder à ce travail, comme si cet arbre* avait été construit pour que lui seul pût en comprendre le sens. Mais ce qui l’intrigua le plus fut que la structure représentait en fait le problème actuel de sa vie. Qui avait pu le deviner avec une telle perspicacité ? Devait-il voir dans ces messages mystérieux l’œuvre du Radharma ? Projeté sur les mots du langage habituel, l’arbre* aurait pu s’exprimer comme l’interrogation saisissant un jeune homme emprisonné dans une organisation à laquelle il ne croit plus, fondée sur un système de pensée qui a toute l’apparence d’une vérité absolue et indubitable mais qui, à un regard sagace, laisse apparaître entre les mailles de sa structure des malformations révélatrices de son statut illusoire. Une partie de la solution proposée par l’arbre* n’aurait pas nécessité l’emploi de la Synthèse : fuir. Mais dans la partie supérieure de l’arborescence étaient analysées les questions : où ? comment ? Et dans cette zone, la structure des nœuds laissait apparaître une réponse plutôt originale, mais non directement fournie : il s’agissait de consulter des ouvrages qui se trouvait dans un bâtiment constamment gardé. Le bâtiment des eaux de la ville. Il ne pouvait s'agir que de la bibliothèque interdite, celle qui attisait l'imagination des apprentis Théoriciens, dont tous avaient entendu parler mais que personne n'avait jamais visité, à tel point même que personne ne savait si elle n'était pas qu'une légende. Une bibliothèque qui aurait recelé des ouvrages hérétiques dont la consultation serait punie de mort. Ainsi donc, c'était là qu'elle aurait toujours été, sous les yeux de tous... Mais comment faire pour contourner la surveillance des gardes ? L’arbre* ne disait rien à ce sujet... Vindu se leva et alla une fois encore s'accouder à sa fenêtre. La lune avait disparu derrière l'horizon et la nuit était déjà bien avancée. Depuis le fond des ruelles de la ville lui parvenaient les échos d'une activité inhabituelle à cette heure. C’étaient les esclaves qui préparaient les festivités du lendemain. Lohi... Pendant un cycle de soleil, tous les rôles sociaux seraient inversés. Des milliers de citoyens viendraient en ville pour participer aux réjouissances, les rues seraient le théâtre de toutes les folies, et les gardes seraient tous occupés à contenir les débordements. Une chance unique pour Vindu de pénétrer dans la bibliothèque interdite.




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= CODE DE CONFORMITE = / Que va devenir la zone ?
« le: mars 28, 2005, 21:14:29 »
bin ouais, quoi

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