l'étage du haut #lovecraft

Le 17/07/2026
-
par Louise Guersan
-
Une nouvelle mêlant satire, humour noir et horreur cosmique. À travers le récit d'une visite qui tourne mal, le quotidien bascule progressivement vers l'inimaginable. Ce qui commence comme le délire vaguement suspect d'un type un peu trop curieux se transforme peu à peu en une descente dans quelque chose de franchement malsain. Entre coups de griffes contre la société moderne, complots plus ou moins fumeux, paranoïa galopante et horreur cosmique, le texte avance en équilibre permanent entre le ridicule et l'effrayant. Volontairement excessif, parfois de mauvaise foi, souvent sarcastique, le récit prend un malin plaisir à égratigner tout ce qui passe à portée avant d'ouvrir une porte qu'il aurait sans doute mieux valu laisser fermée. Car après tout, dans les histoires lovecraftiennes, le plus terrifiant n'est jamais le monstre… mais la possibilité que le narrateur ait aperçu quelque chose de réel.
On ne peut écrire un récit lovecraftien sans y mettre quelques monstres aliens, et justement, il se trouve que j’en ai rencontré. Je n’avais osé en parler jusque-là, parce que les gens ne vous croient jamais et veulent ensuite vous envoyer chez le psychiatre vous faire soigner, mais ayant dans ma famille proche l’un d’eux, je puis témoigner que si cette engeance a choisi ce métier, ce n’est pas un hasard, mais pour tâcher de comprendre ses propres troubles. Puisque ce site propose d’écrire un sujet lovecraftien, je vais en profiter pour raconter les circonstances de mon étrange rencontre. Ceci dit, depuis, j’ai peur, et cela ne vous étonnera pas lorsque je vous aurai mis au parfum.
Voici comment cela a commencé.
Ils tombent. Partout. Dans la rue, chez les commerçants, au travail, dans l’escalier, au stade, sur les quais des gares, devant leurs élèves, devant leurs professeurs, devant leurs camarades, et devant leurs téléspectateurs, en plein discours sur l’abominable homme blanc, lie de la société et responsable de tous les drames du monde : le réchauffement climatique - la position de la Terre par rapport au soleil et les caprices de celui-ci comptent pour que dalle - la montée des mers qui va engloutir toutes les villes côtières et bien au-delà - un nouveau déluge certainement, même si les relevés montrent que la hauteur de la mer au niveau de la statue de la Liberté n’a pas augmenté d’un millimètre en un siècle - la dépopulation mondiale - comment ? les hommes ne veulent plus faire des enfants qu’on leur enlèvera au moindre agacement de Madame et pour lesquelles ils devront payer malgré tout sans avoir le droit de les voir ? - ou l’élevage des vaches bien que les autorités du Grand Tout (un ensemble de pays vivant sous la direction du Génial Universel, un groupe mystérieux - les ait obligés à leur mettre quelque part des bouchons de plastique. Au départ on avait pensé aux bouchons de liège mais c’était mauvais pour les arbres ; le plastique, c’est connu, c’est beaucoup mieux pour la planète. L’objectif étant comme chacun le sait d’empêcher les vaches de faire long feux avec leurs émanations azotées (ne comptez pas sur moi pour employer des mots vulgaires ou grossiers, mon éducation stricte de bourgeois s’y oppose même si je suis pauvre comme Job). Malheureusement, avec les vaches, quand on leur enlève les bouchons tout reflue d’un coup, alors on s’est dit que le système était inutile et le Grand Tout a émis l’obligation de leur mettre au même endroit des ballons, de gros, très gros ballons vu l’importance tragique des émanations, mais certaines vaches s’étant envolées, les gens n’ont plus respecté les ordres. Voir sa petite Roussette flotter dans l’air et dériver au gré du vent pour retomber on ne sait dans quel champ ou sur quel arbre, ou pire directement dans la cuisine d’un boucher, est une idée des plus cauchemardesques, surtout si ce dernier n’a pas payé pour la barbaque.

Bref, ils tombent, les gens, comme cela, brutalement, raides comme des quilles. Partout et en masse. Et ils ne se relèvent pas. Ils ne se relèveront plus jamais. Leurs images, dans les téléviseurs, affolent le monde entier. On exhibe sur les écrans leurs visages, du moins au début, parce qu’après il y en a tant que tous ces gens qui tombent ça devient banal, ça passe dans les statistiques. Un mort ça fait la une. Des milliers, ça devient anonyme et ça ne touche plus personne, sauf que chacun se demande s’il ne sera pas le prochain. Le Mal, tous en parlent, et d’abord les Zautorités Politiques, suivies par leurs grands aboyeurs de la presse écrite et audio surpayés et qui ne posent donc pas de questions. Pour quelques millions par an, on peut se mettre au garde à vous le doigt sur la couture du falzar. Le Mal, ils s’en moquent. Ils disent tout ce qu’on attend d’eux, et ce n’est même pas eux qui écrivent les textes de leurs interventions. Ce sont des cabinets occultes qui en sont chargés. Les autres, ce ne sont que des comédiens. Prêts à tout, quoi que soit ce tout. Parmi eux, on trouve aussi des médecins, mais il est évident qu’ils ne soignent pas grand monde en dehors de leur petite personne montée sur ergots. Ils font partie de tous ces experts auto-proclamés qui racontent doctement n’importe quoi. Mais eux, ils ont l’audience, et tous les crétins au QI n’excédant pas 80 et qui passent leur vie les yeux rivés sur l’écran croient dur comme fer tout ce qu’ils disent. Pensez ! Ils sont à la télé, tout de même. Cela leur permet de menacer de mort les incrédules, sans que ces appels au meurtre soient sanctionnés par les juges, mais eux aussi sont aux ordres. Alors ils crient à qui mieux mieux à la fin du monde et à la nécessité de l’éradication générale.
Le Mal, la nouvelle peste, comme le disait Lafontaire : « le Ciel en sa fureur, Inventa pour punir les crimes de la terre, La Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom), Capable d’enrichir en un jour l’Achéron »
Et chacun de se remémorer l’Histoire apprise dans les manuels scolaires ; chacun repense à la Grande Peste du quinzième siècle qui a éradiqué un bon tiers de la population du Grand Tout. Le Génial Universel désigne les coupables, il faut payer, la situation est grave, on dépense bien trop pour les inutiles, parmi lesquels les vieux déchets entassés dans leurs Ehpad et qu’on pique, qu’on pique, qu’on pique encore, pour leur bien, comme les inquisiteurs brûlaient les gens pour le salut de leur âme. Le crime de masse camouflé sous les étincelants atours de la bienpensance légale au nom des nouveaux dieux qui, tels les anciens, sont tout aussi colériques, vindicatifs, massacreurs et vengeurs. Et puis il y a trop de monde sur cette terre, il n’y a pas que les vaches pour émettre des gaz putrides néfastes à la planète. Ubu roi n’est pas mort : « voyez, voyez la machine tourner, Voyez voyez les cervelles sauter, Voyez voyez les rentiers trembler ». Sauf que les rentiers, c’est tout un chacun, les dynasties du Génial Universel exceptées. Alors, pour justifier le grand effacement, on les montre aux infos, ces gens qui tombent. Partout, dans la rue, chez les commerçants, au travail, dans l’escalier, au stade, sur les quais des gares, devant leurs élèves, devant leurs professeurs, devant leurs camarades, devant les téléspectateurs horrifiés devant le (plus ou moins) petit écran, qui écarquillent les yeux en voyant des médecins cosmonautes transporter dans des capsules hermétiques et transparentes des gens tombés. On les met dans des machines à faire respirer mais qui les étouffent et ça fait grimper le niveau au numéro 9 sur l’échelle de l’épouvante. C’est bon, cela, un peuple horrifié est plus à même d’obéir, même aux ordres les plus stupides. Et ça marche. On ne se touche plus qu’avec des gants jetables - grosse affaire pour les fabricants ! - on ne s’embrasse plus parce qu’avec les masque c’est devenu difficile, on n’a pas le droit de s’asseoir ni de se lever, ça dépend des ordres contradictoires, ni de laisser jouer les momes dans les jardins publics ou sur les plages, et on est obligé de nager avec le baillon. On aimerait raconter au téléphone ce qu’on a vu, mais on n’ose pas, le Mal pourrait s’insinuer dans les ondes, sait-on jamais.

Bien sûr il y a des irréductibles. Ceux qui se déplacent quand même, qui n’en ont rien à faire de s’écrire eux-mêmes des autorisations du genre « je soussigné moi-même autorise moi-même à sortir de chez moi-même de telle à telle heure pour faire pisser ma grenouille de compagnie, signé moi-même ». Trop c’est trop et moi je n’aime pas les ordres, surtout quand on ne sait même pas d’où ils viennent mais qu’on soupçonne le Génial Universel. Avez-vous remarqué que la plupart des tyrans s’attribuent des surnoms qui montrent à quel point de ce sont qui commandent ? Qui dirigent ? qui règnent sur des peuples soumis ? Mao le Grand Timonier, Ceaucescu le Conducator ou le génie des Carpathes, Staline, l’homme de fer, Hitler le Fuhrer, Franco Le Caudillo pour ne citer que les plus connus. Moi, je ne le cache pas, je fais partie des irréductibles, des rebelles. Je n’en suis ni fier ni pas fier, c’est juste une affaire de caractère depuis l’enfance. C’était ça ou crever. J’ai pas crevé. Mais ce caractère de rebelle m’a entrainé dans une aventure telle que je ne saurais la qualifier précisément, toute à la fois horrifique, cauchemardesque, Invraissemblable, mystérieuse et je sais que je suis en danger. En grand danger. Si mon récit s’interrompt brusquement c’est qu’ILS auront gagné. La bataille du pot de terre contre le pot de fer est engagée et généralement c’est le pot de terre qui se brise. Mais je suis prêt à tout, et surtout à défendre bec et ongles ma peau. Je tiens à elle. Je me sens bien dedans. Elle m’est confortable, c’est mon petit nid douillet et son grand intérêt, c’est que je peux l’amener partout avec moi. Tant que je l’aurai, je serai protégé.

Alors voilà comment tout cela a commencé. J’avais une copine qui avait un boulot à la Maison Générale de la Télévision, la fameuse MGT, lequel lui permettait d’entrer et de se déplacer librement dans ces lieux, dont je devais découvrir par la suite qu’ils étaient gigantesques. Elle avait l’habitude d’aller et venir partout et plus personne ne faisait attention à elle. Lorsqu’elle m’a proposé de me faire entrer secrètement pour visiter, j’ai accepté. C’est que je suis très curieux de nature et cela m’amusait de voir le fonctionnement de la MGT. Accompagné par ma copine, personne ne ferait non plus attention à moi. Ma copine avait sans cesse son téléphone à la main car elle pouvait être appelée partout à tout moment. Elle m’avait prévenu : « si jamais je dois m’absenter un instant, tu m’attendras, je n’en ai jamais pour très longtemps ». Nous avons ainsi parcouru des couloirs tout blancs, presque aseptisés comme ceux d’un hôpital, qui donnaient accès soit à de grandes salles, soit à de petites salles de travail où les journalistes se concertaient, soit à des studios d’enregistrement. Sans parler des nombreux lieux de repos, les petits cafés et les restaurants de luxe où ils pouvaient faire bombance aux frais de la princesse. Bienheureuses gens ! « Mais surtout, sans être accompagné par moi, n’y mets pas les pieds, même si tu meurs de soif. Tu serais repéré aussitôt, même avec le masque, tu n’as pas le style ». C’est vrai que je ne l’avais pas, le style bobo décontracté mais en mode hyper luxe. Ici, l’apparence était tout. Même les masques n’étaient pas les trucs moches et jetables achetés dans les pharmacies. On s’observait les uns les autres pour repérer les sacs les plus chers ou les montres suisses dernier cri à l’aspect inaccoutumé et aux fonctionnalités exceptionnelles et tout à fait inutiles. Plus c’est inutile et plus ça vous pose votre homme. Il n’y a que les pauvres pour consacrer leur deniers à l’utile.
Lorsque ma copine a été appelée, nous étions dans un long couloir menant à une cafeteria où elle voulait se prendre un expresso. Elle me fit immédiatement entrer dans une petite salle en me recommandant de ne surtout pas en bouger. « Personne ne vient jamais là, mais si c’était exceptionnellement le cas, tu dirais que tu es le stagiaire de Mademoiselle Lestrade et qu’elle t’a demandé de l’attendre ici. Si tu donnes ce nom, personne ne te posera de questions car ils la redoutent tous. Pour tout te dire c’est un chameau. Et je suis gentille en disant cela. » Je me suis donc assis sagement en attendant le retour de ma copine. Mais j’ai attendu longtemps. Très longtemps. Trop longtemps. Il est vrai qu’il y a des kilomètres à parcourir dans ces couloirs qui n’en finissent pas d’être interminables. Et la nature étant ce qu’elle est, j‘ai voulu chercher des toilettes. Et je me suis perdu dans ces lieux immenses occupés par des centaines de salles de toutes les tailles. Croisant un gars qui semblait pressé, je lui ai demandé où étaient les toilettes. « Si vous voulez les plus proches, montez deux étages au-dessus, l’escenseur est par-là ». Je me suis donc engouffré dans l’ascenseur - il y a ici une demi douzaine d’ascenseurs - mais je ne sais pourquoi, il est monté directement à un étage très supérieur, où j’ai cependant aperçu immédiatement des toilettes.
Ma petite affaire terminée, j’ai voulu reprendre l’ascenseur mais ayant entendu des bruits de pas, j’ai poussé une porte et je me suis dissimulé dans une sorte de grand cagibi. J’avais pu voir que cet étage était très différent de celui où ma copine m’avait laissé. Couloirs très larges, somptueux, recouverts de moquettes anglaises épaisses et de tableaux de maitres aux murs. Certainement l’étage directorial. Il ne fallait absolument pas que l’on m’y trouve, ces gens n’auraient pas apprécié que je me soulage dans leurs cuvettes grand style. Malheureusement, pas moyen de retourner dans le couloir, un petit groupe de cinq personnes s’y étaient réunies et parlaient à voix basse, mines sombres et visages tendus. Je les observais par la fente de la porte du cagibi que je n’avais pas eu le temps de refermer entièrement. Mais je ne captais pas bien leur conversation. Ils me semblaient parler d’ordres à appliquer et de gens dont il faudrait se débarrasser parce que le Maitre ne les trouvait pas assez dociles. Que voulait-ils dire ? Quel Maitre ? Depuis quand appelle-t-on Maitre le directeur d’une organisation quelle qu’elle puisse être ? J’aurais parié que ma copine ignorait ce qui se tramait ici et j’aurais voulu le lui raconter. En tous cas elle avait bien fait de me faire couper le son de mon portable, sa sonnerie aurait pu trahir ma présence. Mais en même temps, dans l’incapacité de me joindre si elle était revenue là où elle m’avait laissé, elle devait être aux cents coups. Je ne savais pas si elle me pardonnerait un jour mon escapade urinaire. Résigné et attendant que le conciliabule prenne fin, je m’appuyais sur le mur du fond du cagibi mais celui-ci se déroba, ouvrant sur un étroit couloir, assez sombre, dans lequel je décidais de m’engager. Il me conduisit à une autre petite pièce, tout aussi mal éclairée dans laquelle j’hésitais à entrer. Tant le couloir que cette petite pièce sentaient la poussière et le renfermé et je me dis que sans doute personne n’y venait jamais. J’allumais la torche de mon téléphone pour observer les lieux. La pièce était entièrement poutrée et lambrissée, d’un bois sombre, ainsi que son plafond, ce qui était curieux. C’était comme si elle avait été complètement oubliée des gens qui fréquentaient cet étage. Il n’y avait aucun meuble, ni fenêtre, mais un placard vide de tous documents. Je n’aurais pu dans mes pires cauchemares imaginer ce qui m’attendait, et rien qu’à cette évocation, je sens tous mes poils se dresser sur ma peau qui devient aussi grenue que celle d’une poule et se met à frissonner. Cette nouvelle salle ne donnait sur aucune autre, mais cependant j’entendais des bruits de voix assez curieux. Ayant collé l’oreille tout au long des murs, je constatais que les voix provenaient de celui qui était occupé par le placard. Il n’y avait pas de porte pour relier les pièces contigues, et c’était tant mieux car je me sentais en danger. Mais ma curiosité étant la plus forte, au lieu de retourner sur mes pas sur la pointe des pieds, je me mis à coller mon oreille au fond du placard car il m’était impossible de comprendre ce que disaient ces gens, comme s’ils parlaient une langue qui m’était étrangère et que je ne parvenais pas à identifier. En promenant ma torche dans le placard, je me rendis compte qu’une des poutres présentait sur le coté une fente assez large pour me permettre de regarder de l’autre côté de la pièce et je me hâtais d’éteindre ma torche. L’œil collé sur la fente, j’aperçus soudain l’un des protagonistes et je me demandais pourquoi il s’était déguisé en une sorte de monstre, avec une tête énorme, d’une couleur indéfinissable car elle changeait sans arrêt, passant par toutes les teintes. Le déguisement était remarquable car on ne voyait pas ce qu’il avait fait de son cou et de son torse, sa tête semblant reposer directement sur une sorte de jambe avec laquelle il faisait d’impressionnants bonds. Je supposais qu’il avait mis ses deux vraies jambes dans cet appareillage. Cette jambe reposait elle-même sur un pied en forme de cercle cerné de trois griffes en forme de crochets. De sa tête sans yeux mais équipée d’une bouche qui ressemblait à celle d’une seiche, sortaient des tentacules guère plus épais que de longs filaments et couverts de sortes d’yeux rouges, qui se terminaient par de petites pinces. J’aurais applaudi si j’avais osé. Lorsque j’aperçus les autres participants, je fus étonnée qu’ils aient tous le même déguisement et je me demandais s’ils étaient des comédiens se préparant à tourner un film dans l’une des grandes salles dédiées. Mais je ne m’étais pas trompé, leur langue m’était totalement inconnue, faite de sons multiples. Chacun pouvait pousser en même temps un cri aigu, un grognement guttural et un claquement, tout cela à une vitesse extrême.
Soudain l’un d’eux s’écria quelque chose et je vis avec le plus grand des étonnements qu’en la durée de quelques secondes et en se contorsionnant, ils changèrent d’apparence, devenant des hommes et des femmes normaux.
Je ne savais que penser. L’instant d’après arrivaient les présentateurs d’une émission de télévision connue, et ils furent invités à s’asseoir. On leur offrit une boisson aux curieux reflets fluos, accompagnée ce me semble d’une bonne dose de cocaine. La boisson fut engloutie en un clin d’œil et la cocaine sniffée aussi rapidement. Après quoi le premier personnage que j’avais observé leur dit : « répétez après moi : au nom de Chtlulhu voici ce que je dirai ce soir ». Suivaient les paroles que les téléspectateurs allaient entendre peu après. Des paroles propres à les décontenancer, à provoquer des dissensions dans les familles, et à créer le chaos. Mais que cherchaient donc ces gens ? Pourquoi voulaient-ils à ce point détruire la société ? J’étais dans un grand état de perplexité. Les présentateurs avaient à cet instant le regard vide comme s’ils avaient été hypnotisés. Ils répétèrent leur texte, dont une copie papier leur fut remise, et ils sortirent. Sitôt hors de la pièce, les créatures se secouèrent et reprirent leur formes d’aliens et leur langage incompréhensible. Je n’osais bouger et je me ratatinais sur moi-même, en retenant mon souffle. Et je priais intérieurement pour ne pas être découvert, car ces saletés baladaients leurs tentacules pourvues d’yeux sur toutes les parois de la pièce. Si un œil s’aventurait dans la fente, j’étais cuit. J’ai attendu longtemps avant de sortir de mon trou et de retrouver l’ascenseur en espérant que je n’y ferais pas de mauvaise rencontre, car maintenant j’étais incapable de savoir si les gens de l’étage étaient ou non de vrais humains. Mais en tous cas, j’avais découvert certainement un grand secret, car nos présentateurs, ou du moins un certain nombre d’entre eux, n’étaient que les pantins tenus au bout du fil par des marionnetistes venus d’ailleurs. Et alors se pose la question primordiale : qui d’autre est sous leur coupe ? Quels hommes politiques, par exemple, ont ainsi des regards vides d’expression ? Vous en trouverez certainement avec facilité.
Maintenant ous me demanderez pourquoi je vous ai dit de prime abord que j’ai peur. Eh bien, ayant fini par retrouver ma copine, à laquelle j’ai essayé de conter mon aventure et qui m’a répondu « t’as pas mieux que cela comme explication ? » j’ai appris par elle que tout ce qui converne l’étage supérieur est pris en vidéo, et lorsqu’elle est appelée par ce chameau de Mademoiselle Lestrade, chacun de ses pas est suivi depuis l’ascenseur par des caméras discrètes. J’ai donc été repéré. S’il m’arrivait de disparaitre soudainement, vous sauriez pourquoi, parce que j’ai fort à parier qu’une nouvelle de cette importance serait occultée par les médias.