L’Amour au-delà du silicone

Le 06/01/2026
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par Lindsay S
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Dossiers / Zone parafoutrale
Ce récit captivant tisse une exploration poignante et viscérale du deuil, mêlant habilement mélancolie, sensualité et touches de surnaturel dans une prose d’une richesse sensorielle remarquable. L’auteur excelle à transmettre l’intensité émotionnelle de la narratrice, dont le chagrin se matérialise à travers des images olfactives et tactiles, créant une atmosphère à la fois intime et oppressante. La progression narrative, ponctuée de moments de tension érotique et mystique, maintient un équilibre audacieux entre désespoir et transcendance, capturant la complexité de l’amour perdu. L’utilisation d’objets symboliques et de détails crus confère une authenticité brute, tandis que la chute offre une réflexion douce-amère sur la permanence des souvenirs. Ce texte se distingue par sa capacité à transformer la douleur en une expérience universelle, à la fois belle et dérangeante.
édition worst of
1. OUVERTURE -Drame, sueur et nostalgie

Depuis que Maxence n’est plus là, le monde sent le linge humide et la cire fondue. Chaque matin, je me réveille dans ce lit trop grand, trop vide, trop chargé d’odeurs de son corps disparu et de mon désespoir humide, et je sens son parfum - Océan de Tendresse -imprégner mes draps comme une pluie tiède sur ma peau glacée, et je pleure, je tremble, je suffoque, je suffoque à nouveau parce qu’il n’est plus là et que la vie, évidemment, doit continuer… mais comment ?

Je me rappelle encore de notre dernier été. Nous étions sur ce pont de bois, sous une pluie battante, trempés jusqu’aux os, et il riait, riait de ce rire qui me faisait frissonner désespérément, tendrement, passionnément, maladroitement, et j’aimais ça, je l’aimais plus que tout, plus que moi, plus que la pluie, plus que les oiseaux mouillés qui hurlaient dans le vent. Il tenait ma main, ma main collante de sueur et de peur et de bonheur, et je croyais que rien ne pourrait jamais nous séparer…

Puis l’accident.

La pluie tombait comme des millions de clous brûlants, et ce camion énorme, monstrueux, absurde, est arrivé trop vite, trop fort, et il a broyé notre bonheur, notre rire, mes doigts et mon cœur en un seul et même fracas silencieux mais trop bruyant pour que je puisse le supporter. L’airbag s’est déclenché, m’écrasant les mains sur son torse, et je voyais ses yeux clairs se voiler, ses lèvres trembler, et le sang chaud et métallique se mêler à la pluie et à mes larmes et à ce parfum tiède et presque comestible de sa peau… et je criais, je criais son nom, je criais tellement que le monde entier aurait dû m’entendre, mais il n’y avait que moi et le camion et la pluie et le fracas et le vide humide et la cire fondue de nos souvenirs.

Depuis, chaque bruit de moteur me fait frissonner maladroitement, chaque klaxon me transperce passionnément, chaque respiration me rappelle qu’il n’est plus là, que je suis seule, seule, seule.

La vie devait continuer… mais comment ?

2. L’ACHAT - Déclencheur organique et mystique

Trois mois plus tard, entre deux pots de Nutella et trois crises de larmes, j’ai compris que je devais rebrancher mon corps au monde, ou au moins reconnecter quelque chose qui vibrait, qui respirait, qui sentait… qui existait.

C’est comme ça que je suis entrée dans “Les Mystères de Vénus”, boutique mi-ésotérique mi-lubrique, où les attrape-rêves pendaient au-dessus de sextoys recouverts de poussière et de quartz rose, et où l’encens brûlait comme un parfum trop sucré sur ma peau moite.

La vendeuse avait les cheveux violets et les yeux couleur d’univers, et elle m’a accueillie avec un sourire qui me faisait frissonner, trembler, pleurer, frissonner encore, et je savais que je devais acheter quelque chose.

-Vous cherchez quelque chose pour tourner la page ?
- Oui… ou pour qu’elle me tourne un peu, ai-je murmuré, passionnément, désespérément, maladroitement.

Sur une étagère, il brillait.

Un objet presque vivant, scintillant, humide, et il avait des courbes qui me rappelaient ses doigts, la texture de sa peau, le moelleux de ses lèvres, le souffle chaud sur ma nuque. Il vibrait doucement, comme un petit cœur mécanique, et je savais qu’il connaissait mes angoisses, mes souvenirs, mes désirs confus, ma sueur, mon odeur, ma peur et ma nostalgie moite.

- Il vous choisira, murmura la vendeuse.
- Je suis prête, répondis-je, passionnément, désespérément, maladroitement.

3. PREMIERS SIGNES - Paranormal moite

La première nuit, il a bougé. Tout seul.

Un frisson humide a parcouru mes bras. L’odeur de Maxence - sueur, gel douche, shampooing tiède - flottait dans la pièce. J’ai respiré profondément, étouffée par la nostalgie, et j’ai cru entendre son souffle sur ma nuque.

-Maxence ?
bzzz…
-C’est toi ?
bzz-bzzz…

Le petit objet vibrait de plus en plus fort, comme s’il riait avec moi et contre moi à la fois. Mon corps, encore tendre de solitude et de manque, réagissait maladroitement, passivement, passionnément. Chaque vibration m’envoyait un mélange étrange de frissons et de larmes, de souvenirs et d’excitation, de cire fondue et d’odeur moite. Je me suis accroupie au sol, les larmes coulant sur mes joues, mon nez humide respirant encore le parfum tiède de son corps disparu.

Je me parlais à voix haute, comme une folle, désespérément, maladroitement, passionnément :

-C’est impossible… et pourtant… c’est toi…

4. LA SCÈNE DE POTERIE REVISITÉE -Le cœur du désastre humide

J’ai mis Unchained Melody à fond, parce qu’on ne peut jamais être trop cliché quand on danse avec la nostalgie, la sueur et la cire fondue.

J’ai allumé toutes les bougies, jusqu’à ce que la pièce ressemble à un sauna gothique de fin du monde, et la cire coulait sur mes mains, se mélangeant à ma sueur, à mes larmes, à l’odeur moite de mon corps, et je sentais l’objet vibrer, presque humain, presque lui, presque Maxence…

J’ai pris l’objet dans mes mains, et là… ça a commencé.

Les vibrations s’infiltraient dans chaque fibre de ma peau, chaque pore, chaque pensée, comme si ses doigts fantomatiques guidaient mes gestes maladroits, comme si son souffle moite envahissait la pièce, comme si chaque souvenir de nos étreintes se mélangeait à l’humidité, aux odeurs de cire et de plastique, à la tension électrique de mon excitation et de ma nostalgie.

- Tu te souviens de notre première fois ?
bzzz…
-Personne ne te connaîtra jamais comme moi…
bzzz…

Je tremblais, je pleurais, je riais, je pleurais encore, je tremblais encore. Mes larmes se mêlaient à la cire fondue sur le canapé, mes mains glissaient sur le plastique humide, et chaque vibration me rappelait la chaleur, le souffle, la maladresse de ses gestes. Je sentais son corps, ou ce qu’il en restait, entre mes mains, et c’était à la fois réconfortant, répugnant, délicieux, dégoûtant, désespéré et moite.

Pendant un instant suspendu, j’ai cru toucher son âme. Ou peut-être mon propre fantasme humide et malodorant. Peu importe.

5. L’APRÈS - Transcendance humide et suintante

Quand tout s’est arrêté, la pièce s’est remplie d’une lumière douce, presque visqueuse. Un halo a entouré l’objet. J’ai cru entendre sa voix, faible, tremblante, moite :

- Merci… grâce à toi, je peux enfin partir en paix.

Je tremblais, mes larmes ruisselant encore, mêlées à la cire et à l’odeur persistante de son corps disparu. Un dernier frisson humide parcourut mon dos, et il disparut, laissant derrière lui l’odeur de nostalgie et de plastique tiède.

J’ai rangé l’objet dans sa boîte. Mais le couvercle a vibré une dernière fois. Juste un petit frisson humide. Comme un clin d’œil moite.

6. CHUTE - La cerise pourrie et shlingueuse

Depuis, j’ai retrouvé quelqu’un : Sébastien. Gentil, banal, sec. Il ne vibre pas. Il ne sent pas Maxence. Il ne pleure pas à mes côtés, ni ne tremble en entendant Unchained Melody.

Mais parfois, la nuit, je sens encore un petit frisson humide venant du tiroir.
Un rappel qu’il est là, dans le plastique, dans le silicone, dans le souvenir moite et irrépressible de ce que nous avons été.

Et je souris.
Parce que l’amour vrai… ne meurt jamais.
Il se recharge, il transpire, il shlingue, et il revient vibrer là où on ne l’attend pas.