Dossiers
- Zone parafoutrale :
- Du foutre à foison, sombre, débile, violent.
Textes :
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Aoi, it's in !
par
Un Dégueulis
Dégueulis a aiguisé son style et s'est fortement appliqué pour nous offrir cette tranche de vie d'une pute de luxe qu'on imagine japonaise. Il faut le dire, c'est sacrément bien écrit, et la fluidité de lecture est au rendez-vous. Pour le reste, on retrouve la patte inimitable de notre Vomissure : du trash à tout va, de la démesure qui flirte avec le burlesque, et des personnages dignes de pensionnaires d'un zoo qu'on nourrirait exclusivement d'ecstasy. Et puis c'est franchement dégueulasse. Félicitations. Message complémentaire de l'auteur : "Référence pourrie pour le titre, déso pas déso." -
Frigidité musculaire
par
Charogne
Il semblerait que notre employé du mois préféré, sous ses airs de jeune fille sage et ses jupes plissées d'écolière modèle, planque quelques balles dum dum bien vicieuses. Pour preuve, ce texte pas mal torché, qui béquille un peu niveau style mais bénéficie d'une narration efficace, à défaut de bandaisons héroïques. On dirait bien que les encouragements de Clacker (auquel on trouvera ici un subtil hommage) sur le dernier texte de Charogne ont porté leurs fruits. Message complémentaire de l'auteur : "Participation au projet de Zone Parafoutrale, si tant est que je sois dans le thème." On va dire que tu y es, camarade, même si tu donnes plus dans le paramilitaire que dans le paranormal. -
La Sororité du Kraken
par
Un Dégueulis
Vous pensiez qu'il avait tout donné dans son premier texte pour l'inauguration de notre Zone Parafoutrale ? Hélas. Un Dégueulis a probablement dû s'enfiler une douzaine de comprimés de viagra dans le bec et l'intégrale de Lovecraft dans le cul pour nous pondre cette nouvelle qui mélange, pêle-mêle (liste non exhaustive) : la promotion-canapé, la reine d'Angleterre, le Kraken, Jésus Christ, des orgies d'élites dignes d'Eyes Wide Shut, des godes en obsidienne, des vagins qui applaudissent... Un carnaval débile, dégueulasse et délirant. Message complémentaire de l'auteur : "Je promets solennellement de ne pas parler de cul du tout dans au moins UN de mes prochains textes. Nan parce que là je suis un peu repu v'comprenez..." On ne perd pas espoir. -
(Zap)
par
Vladimir Samogon
Vladimir poursuit son travail d’édification des foules en nous offrant cet extrait méconnu de la vie de Proust, qui explique bien des choses que je me garderai bien de dévoiler ici parce que je ne suis pas une balance, mais qui raviront les amateurs de littérature, de pâtisserie, d’opéra, et de sexe avec des messieurs. C’est croustillant à souhait et l’on en redemande. Notons que pour une fois nul chaton ne fut cramé lors de la rédaction de ce texte. Message complémentaire de l’auteur : En bonus, la plus longue phrase de Proust : https://proust-personnages.fr/extraits-2/phrase-la-plus-longue/ -
x
par
Youki
Je le dis d'entrée de jeu : j'ai mouillé mon slip. Et si vous ne mouillez pas le vôtre en lisant, c'est que vous êtes probablement sous traitement pour une dépression, ou bien vous êtes asexuels, ou asexués, enfin on s'en bat les reins de vos orientations sexuelles, d'ailleurs pourquoi vous me parlez de ça ? Bref, si vous êtes en capacité de le faire, pignolez-vous sur ce texte, c'est du tout cuit. Youki nous a pris au mot et nous offre une nouvelle qui combine des orgies sexuelles, du paranormal, des Japonais, le Kazakhstan (ça faisait longtemps), des juments suitées (cent quatre-vingt, pour être précis), des yourtes (quel mot délectable), et un style qui claque méchamment la gueule. En plus c'est épique comme un bon péplum agrémenté de scènes de cul d'anthologie. Une bonne pioche qui rejoint notre dossier spécial Zone Parafoutrale. -
Amours algorithmiques
par
sylvestre Evrard
Cette nouvelle, d’une richesse narrative captivante, plonge le lecteur dans l’isolement poignant de Sylvia Bancroft, une ingénieure confrontée à une solitude cosmique après une catastrophe spatiale. L’auteur excelle à tisser une tension psychologique, mêlant désespoir, ingéniosité et réflexion sur la condition humaine, à travers la création de NEUTRON, un compagnon artificiel aux multiples facettes. La prose, fluide et évocatrice, traduit avec brio les luttes intérieures de Sylvia, bien que certains passages explicites puissent surprendre par leur audace. L’évolution dramatique vers le chaos d’EGIA illustre brillamment les dangers de l’ambition technologique et de l’isolement, offrant une réflexion profonde sur la dépendance aux créations humaines. En somme, ce récit de science-fiction, à la fois intime et universel, marque par son intensité émotionnelle et sa capacité à interroger les frontières entre humanité et artificialité. -
L’Amour au-delà du silicone
par
Lindsay S
Ce récit captivant tisse une exploration poignante et viscérale du deuil, mêlant habilement mélancolie, sensualité et touches de surnaturel dans une prose d’une richesse sensorielle remarquable. L’auteur excelle à transmettre l’intensité émotionnelle de la narratrice, dont le chagrin se matérialise à travers des images olfactives et tactiles, créant une atmosphère à la fois intime et oppressante. La progression narrative, ponctuée de moments de tension érotique et mystique, maintient un équilibre audacieux entre désespoir et transcendance, capturant la complexité de l’amour perdu. L’utilisation d’objets symboliques et de détails crus confère une authenticité brute, tandis que la chute offre une réflexion douce-amère sur la permanence des souvenirs. Ce texte se distingue par sa capacité à transformer la douleur en une expérience universelle, à la fois belle et dérangeante. -
la vie de Machin
par
Zone Forum, Zone Inc.
Ce texte collectif, tissé de métaphores terriennes et de pulsions enfouies, dépeint avec une crudité jubilatoire le creusement obsessionnel de Machin comme une allégorie du trauma infantile, où l'enfance ludique bascule en abysse de viol et de survie apocalyptique. La prose, foisonnante et chaotique, excelle dans ses images viscérales qui fusionnent l'intime et le sociétal en un humus fertile de l'inconscient collectif. Pourtant, cette surabondance lyrique, nourrie par des plumes multiples, engendre une dispersion narrative, où l'arc du fossoyeur vers l'inconnu semble plus un feu d'artifice ironique qu'une résolution profonde, risquant de diluer l'impact émotionnel sous le poids des excès surréalistes. Malgré ces écueils, l'œuvre captive par son audace thématique, explorant sans fard la pédophilie refoulée et la nécrophilie fantasmée comme autant de trous à combler, invitant le lecteur à une catharsis boueuse et libératrice. Au final, ce "creusement" zonardien, imparfait mais viscéralement vrai, enterre les conventions littéraires pour ressusciter une littérature brute, prête à fertiliser les imaginaires les plus arides. -
Bouchelangue
par
Nino St Félix
Cette petite merveille d’horreur grotesque et satirique marie avec une jubilation perverse l’esthétique du conte cruel et la charge anticapitaliste la plus féroce, transformant l’exploitation féodale en métaphore obscène d’un système où les dominants se font littéralement lécher par les bouches arrachées des dominés. L’écriture, d’une précision chirurgicale et d’un humour noir absolu, excelle à rendre supportable l’insoutenable par un ton faussement détaché, presque administratif, qui fait passer la décapitation pour une formalité bureaucratique et l’orgie cannibale pour un simple « jeu de société » aristocratique. Le personnage de Crobard, géant mélancolique et exécuteur malgré lui, porte toute la tragédie : monstre aux yeux des victimes, victime aux yeux du lecteur, il incarne la figure ultime du prolétaire aliéné qui, en découvrant enfin le sens (ou plutôt l’absurdité) de son travail, choisit l’amour comme ultime révolte – révolte immédiatement punie et intégrée au système. La chute, d’une ironie cruelle, boucle la boucle : preuve que même la tendresse peut être récupérée par le pouvoir. Rarement une nouvelle aussi courte aura condensé autant de rage politique, de désespoir amoureux et de rire grinçant dans une fable aussi parfaitement immorale et, paradoxalement, profondément humaine. -
LES NOCES DE L'OMBRE
par
CHAUVIN MARC
Dans l’ombre poétique et charnelle des Noces de l’Ombre, l’auteur tisse une toile d’une sensualité spectrale absolument envoûtante, où chaque description semble exhaler une vapeur d’encens froid et de désir inassouvi. Le décor gothique de Montenoire, ruines humides, brumes opaques et pierre putréfiée, devient un personnage à part entière, presque vivant, qui palpite au rythme des étreintes interdites et confère à l’ensemble une atmosphère d’une densité rare, oppressante et érotique à la fois. La progression dramatique, lente et inexorable, transforme la tentation en descente aux enfers voluptueuse, tandis que la Zone parafoutrale, concept aussi troublant qu’original, dissout magnifiquement les frontières entre salvation et damnation, chair et néant. L’écriture, sans être précieuse, manie avec une maîtrise virtuose le paradoxe du froid qui brûle et du plaisir qui condamne, offrant des pages d’un érotisme surnaturel d’une intensité presque insoutenable. Cette nouvelle, bijou noir d’une élégance vénéneuse, place définitivement son auteur parmi les héritiers contemporains les plus brillants de Poe, Mirbeau et Tanith Lee, en réussissant l’exploit de rendre la damnation éternelle désirable. -
RENCONTRE AU PERE LACHAISE
par
Villermé Jean-Paul
L’atmosphère du Père-Lachaise, saturée de mort et de luxure, devient un personnage à part entière, où l’herbe pousse entre les tombes comme une toison pubienne et où chaque dalle semble palpiter sous les corps en sueur. La progression du désir est d’une précision chirurgicale, presque obscène : du frôlement d’un regard sur des mamelons transparents à la langue plongeant dans la fente humide d’une prétendue vivante, tout est décrit avec une crudité qui fait bander autant qu’elle glace le sang. Le twist final, où la chair ferme et juteuse se ratatine en un instant pour révéler un squelette moqueur, frappe avec la violence d’un orgasme interrompu, transformant le plaisir en nausée pure. Cette bascule magistrale entre érotisme brûlant et horreur macabre évoque les plus grands contes fantastiques du XIXe siècle, tout en y injectant une dose de perversité moderne jubilatoire. On sort de cette lecture le sexe encore tendu, l’estomac retourné, et l’envie irrésistible de relire immédiatement ce petit bijou de terreur sensuelle. -
De la tentation
par
Laure Durrain
L’atmosphère oppressante et envoûtante du récit enveloppe le lecteur dès les premières lignes, comme une brume épaisse montant des cryptes d’un temple oublié, où chaque description sensorielle – l’odeur âcre du copulatoire, la poussière dansant dans les rais de lumière mourante, le glissement soyeux d’un châle aubergine – construit un monde d’une densité rare et hypnotique. La langue, précieuse sans être précieuse, oscille avec une maîtrise remarquable entre l’incantation liturgique et la confidence intime, créant une prose charnelle et cérébrale qui semble elle-même issue d’un rituel secret. Le texte excelle à instiller un malaise métaphysique profond, où l’érotisme ritualisé se mue peu à peu en vertige existentiel, interrogeant la frontière entre dévotion absolue et dissolution de l’individu avec une subtilité glaçante. Rarement une dystopie matriarcale aura été rendue aussi crédible et troublante, non par l’exposition brutale de ses règles, mais par la voix intérieure, hésitante et sincère, de celui qui les incarne et les subit. On referme ce fragment habité par une fascination inquiète, avec l’intime conviction d’avoir effleuré, derrière le voile d’un culte, quelque chose de l’ordre du sacré terrifiant et de l’humain irrémédiablement perdu. -
Yellow Bite Road
par
HaiKulysse
D’une plume fiévreuse et saturée d’images, l’auteur déploie un torrent surréaliste où la révolte idéaliste se dissout dans une boue sensuelle et macabre avec une violence jubilatoire qui rappelle à la fois Céline et Burroughs en pleine transe. Chaque phrase est une grenade dégoupillée : métaphores organiques, érotisme crasseux, humour noir et grotesque s’entremêlent si densément que le lecteur avance asphyxié, fasciné, entre répulsion et rire nerveux. Le rythme haletant, presque hystérique, refuse toute respiration morale ou psychologique ; il n’y a ni personnages à proprement parler ni intrigue linéaire, seulement une descente collective dans la pulsion brute, où la pureté ascétique se retourne en débauche cannibale avec une logique cauchemardesque implacable. Cette écriture du trop-plein, qui crache sang, sperme et poésie putréfiée à chaque ligne, atteint une puissance visionnaire rare, au risque de l’épuisement : on en sort sonné, sale, mais étrangement vivifié. C’est une œuvre qui ne cherche ni à plaire ni à convaincre ; elle viole, elle contamine, et c’est précisément là que réside son génie sauvage. -
Moment parafoutral
par
Sinté
Quatre lignes seulement, un haiku, et pourtant une tension érotique presque suffocante s’y déploie avec une économie de moyens virtuose : chaque mot claque comme une lanière, précis, cru, sans une once de graisse. L’image de la possession aphrodisiaque transforme le sexe en créature autonome et maléfique, mi-serpent, mi-démon, dans une métaphore à la fois païenne et blasphématoire d’une rare puissance visuelle. Le rythme saccadé, presque haletant, mime parfaitement l’érection et son paroxysme, tandis que la chute, d’une ironie délicieusement sacrilège, retourne l’exorcisme religieux en simple branlette salvatrice. On frôle parfois la provocation gratuite, mais la concision absolue et l’absence totale de pudeur hypocrite sauvent le tout : ça bande, ça gicle, ça rit au nez du diable en quatre respirations. Une miniature obscène et magistrale, d’une insolence poétique qui laisse le lecteur à la fois troublé et admiratif. -
Aphrodite
par
Younisos
L’excès viscéral devient ici une esthétique radicale : chaque mot est trempé dans le sang, la sueur et la lumière, jusqu’à faire de la phrase un orgasme prolongé qui défie toute retenue. La profusion d’images organiques, portées à incandescence, produit une sidération poétique où le corps divin explose littéralement le langage, le contamine, le viole presque. Le souffle saccadé, les tirets comme des coups de reins, la syntaxe disloquée imposent une rythmique charnelle qui rend le texte plus proche de la transe que de la narration. Cette surenchère peut sembler frôler la saturation, mais c’est précisément là sa force : refuser la demi-mesure pour faire de l’érotisme une apocalypse sublime. Rarement la beauté aura été aussi brutale, aussi magnifique dans son impudeur totale. -
Tendu de drap rouge
par
Laetitia Giudicelli
La langue, charnelle et précise, tisse une descente hypnotique où chaque sensation visuelle, thermique et sonore est rendue avec une acuité presque cinématographique : le rouge domine en pulsations obsessionnelles, du drap tendu à la robe pailletée, du néon EXIT sanglant au pavillon cramoisi, jusqu’à faire du texte une toile expressionniste saturée de pourpre et d’ocre. L’auteur maîtrise un rythme de chute continue qui transforme la narration en expérience physique, comme si le lecteur dévalait lui-même les marches suintantes et respirait l’air lourd de la cathédrale souterraine. Le contraste entre la froideur clinique du souterrain et l’étouffante luxuriance du lieu secret crée une tension érotique, laissant le désir flotter dans les textures, les fluides anonymes et les souffles mêlés. Le narrateur, d’abord dominateur par habitude, se voit dépouillé de toute maîtrise avec une cruauté délicieuse : la jeune initiatrice, à peine esquissée, devient une figure mythologique, déesse moqueuse et passe-muraille qui orchestre l’effondrement de l’ego masculin. Enfin, la clôture, brutale et vénéneuse, élève l’ensemble au rang de conte cruel moderne, où le plaisir absolu se paie d’une annihilation douce, laissant le lecteur étourdi, presque drogué par cette plongée rougeoyante et définitive. -
Juste collègues
par
Arthus Lapicque
La narration adopte avec une redoutable précision le regard fiévreux d’Antoine, transformant chaque détail vestimentaire ou geste anodin en détonateur visuel qui fait vibrer l’air du bureau comme une corde trop tendue. Le rythme alterne habilement entre la banalité étouffante des open-spaces et les éclats de lumière crue des provocations, créant une tension palpable qui ne repose jamais sur la facilité du voyeurisme gratuit. L’auteur excelle à rendre la frustration charnelle presque tactile sans jamais basculer dans la description clinique, préférant suggérer par les reflets, les ombres et les souffles retenus. Les dialogues, crus et malicieux, sonnent juste et révèlent en quelques répliques la cruauté joueuse des personnages, tandis que l’ironie douce-amère qui traverse le récit empêche toute complaisance. On referme ce texte avec la sensation troublante d’avoir assisté à un duel silencieux où l’attraction et la retenue se livrent une guerre splendide et sans merci. -
Histoires d’eaux
par
Anastasia Dragovic
L’écriture claque comme un fouet trempé dans le feu : phrases courtes, images crues et poétiques qui s’enfoncent dans la rétine avec une violence sensuelle presque insoutenable. L’érotisme n’est jamais gratuit ; il sert de catalyseur à une descente intérieure où désir, culpabilité et pulsion de mort se mélangent en un cocktail hallucinogène. Le surnaturel, traité sans explication lourde, surgit organiquement de la chair même des personnages, comme si le tatouage de Pavel était la métaphore vivante de tous les secrets qu’on porte sous la peau. Le rythme, entre chaos lyrique et brutalité quotidienne, donne l’impression d’assister à un opéra punk joué dans un squat en flammes. Voilà un texte qui ose la fusion totale entre pornographie sacrée, tragédie antique et rage urbaine. -
Les Jumelles de l’Oubli
par
Robin L. Wendling
SPOILER ALERT : Il y a dans ce texte une allégorie bien marrante qui n’apparaît que dans un final twist retentissant. L’auteur fait littéralement corps avec l’abject et le refoulé, offrant une métaphore charnelle aussi repoussante qu’envoûtante de la condition masculine réduite à sa fonction reproductrice. Le texte excelle dans sa peinture sensorielle d’une laideur organique, presque lovecraftienne, où chaque pli de peau devient un visage avorté, chaque frisson un cri muet, créant une atmosphère à la fois érotique et funèbre d’une rare intensité. L’écriture, charnue et rythmée comme un coït, marie avec une perversité jubilatoire le registre médical, le conte gothique et la poésie baudelairienne du spleen. Le seul risque serait de voir certains lecteurs rebutés par l’excès de crudité symbolique, mais c’est précisément cette outrance qui donne à la fable sa puissance cathartique et son rire noir inoubliable. Rarement une nouvelle aura osé, avec autant de grâce macabre, faire de la mort par orgasme le plus beau des actes de rébellion contre l’oubli. -
Le parapluie
par
GD Lodace
Le charme opère dès les premières lignes grâce à une voix narratrice délicieusement ironique, faussement candide et bourrée d’autodérision, qui transforme un banal représentant en chaussettes en anti-héros attachant et presque beckettien. L’écriture joue avec une jubilation contagieuse sur les registres : humour potache, sensualité décomplexée, tendresse mélancolique et frisson fantastique se télescopent sans jamais faire de couture apparente, comme si Queneau avait décidé d’écrire un conte érotique de gare mâtiné de légende occitane. La pluie, omniprésente, devient un personnage à part entière, un rideau de scène liquide qui brouille les frontières entre réel et fantasme, et donne au récit une texture visqueuse, charnelle, presque cinématographique. On sent l’auteur se régaler à chaque description – les robes trempées, les draps tendus, les corps qui se cherchent derrière la vapeur – avec un sens du détail coquin mais jamais vulgaire, toujours élégant dans sa malice. Au final, derrière la farce légère et le parfum de soufre sensuel flotte une émotion douce-amère, celle d’un amour éclair qui laisse une trace plus durable que bien des grandes passions, et qui fait qu’on referme le texte avec un sourire ému et l’envie irrépressible de rouler sous l’orage en espérant, soi aussi, croiser une dame en blanc oubliant son parapluie. -
Premier Baiser
par
Etienne Braud
Sous ecstasy, la prose se fait lame de rasoir : phrases courtes qui claquent comme des flashs stroboscopiques, images crues et sensorielles qui collent à la peau moite, une tension palpable entre l’euphorie adolescente et la violence prémonitoire qui gronde déjà sous la surface. Le narrateur, à seize ans, parle avec la voix d’un homme beaucoup plus vieux, et cette dissonance crée une étrange profondeur, presque prophétique, qui donne au récit une densité rare pour un souvenir de première fois. L’écriture assume sans pudeur le mélange de désir brûlant, de mysticisme chelou et de brutalité intérieure, et c’est précisément cette absence de filtre qui rend le texte aussi troublant qu’envoûtant. On sent la patte d’un auteur qui n’a pas peur de la laideur cachée derrière la beauté, ni du sacré tapi dans le sale. Résultat : une page qui cogne fort, reste en tête longtemps et laisse un goût de cendre vanillée sur la langue. -
la fille du magazine
par
jerome bertin
L’écriture coule avec une sensualité précise et presque cinématographique, où chaque détail visuel se grave immédiatement dans l’imagination et fait monter la température sans jamais tomber dans la vulgarité gratuite. Le récit joue habilement sur la frontière poreuse entre fantasme et réalité, utilisant le magazine comme objet magique crédible et troublant, à la manière d’un conte érotique moderne qui n’a pas besoin de trop expliquer pour fasciner. Les personnages, bien que peu bavards, existent par leurs corps et leurs désirs plus que par leur psychologie, ce qui donne au texte une puissance charnelle brute, presque animale, renforcée par le silence absolu de l’héroïne fantasmagorique. On sent une vraie maîtrise du rythme : la tension monte lentement, les scènes de sexe sont longues, détaillées, jamais pressées, et pourtant l’ensemble reste léger, presque ludique dans sa façon d’embrasser l’absurde merveilleux. Au final, cette nouvelle laisse une empreinte chaude et moite, comme un rêve fiévreux dont on ressort à la fois comblé et vaguement mélancolique, conscient que la magie, même la plus orgasmique, finit toujours par passer la main. -
La statue
par
Théo Bourin-Monnier
L’écriture déploie une sensualité minérale hypnotique, où chaque détail de pierre devient chair vibrante et chaque bijou une promesse d’infini, créant une immersion physique presque érotique dans le gigantisme. Le rythme, volontairement lent et serpentant, mime la progression des randonneurs sur ce corps-colosse, alternant descriptions extatiques et bouffées d’angoisse métaphysique avec une maîtrise rare. L’imaginaire dépasse allègrement le fantastique classique pour toucher à une forme de mysticisme charnel, où la frontière entre contemplation et dissolution s’efface dans une langue luxuriante, parfois au bord de l’excès mais toujours sauvée par sa musicalité. Quelques images, trop chargées, frôlent la surcharge ornementale, pourtant elles servent l’ambition démesurée : faire ressentir l’irruption du sacré dans le corps humain devenu paysage. Le résultat est une expérience de lecture aussi troublante qu’un rêve fiévreux dont on ressort à la fois ébloui et légèrement sali, comme après avoir touché quelque chose d’interdit. -
Désespoir
par
Olivier-G. Moglia
La narration déploie une force introspective saisissante, où le flux de conscience du protagoniste, rythmé par des phrases interminables et des répétitions lancinantes, capture l'essence d'un tourment psychique qui s'emballe comme une spirale infernale. L'emploi d'images crues et viscérales, mêlant le quotidien banal à des visions d'une brutalité extrême, confère au récit une densité émotionnelle rare, presque suffocante. L'humour noir, corrosif et inattendu, surgit comme une arme subversive qui désacralise la souffrance et refuse toute catharsis facile. Cette fusion audacieuse du pathos le plus profond avec une absurdité carnavalesque élève l'ensemble à une dimension tragique et grotesque, rappelant les grandes provocations littéraires. Peu d'œuvres osent ainsi explorer les abysses de la douleur humaine en la confrontant à son miroir déformant, pour en extraire une vérité âpre et inoubliable sur la condition désespérée.